Soc. médicale des hôpitaux, 15 mai
2, Caussade et Montès, Tatouage saturnin de la muqueuse buccale(Société médicale des hôpitaux, 6 novembre 1903, p. 1173).
NÉE Var
Au point de vue topographique, le tatouage saturnin peut revêtir deux aspects principaux :
Ou bien il est discret et siège sur la face interne des lèvres, en regard du liséré de Burton ;
Ou bier ilestintense et forme de larges taches sur la muqueuse labiale et jugale.
Le cas de Galliard correspond parfaitement à la première éventualité; en eflet, chez sa malade, le liséré s'était, en quelque sorte & décalqué » sur la muqueuse qui portait une raie noirâtre reproduisant exactement les sinuosités du liséré.
Dans la seconde observation de Caussade et Montès, la plaque ardoisée de la lèvre inférieure s’appliquait exactement sur le liséré gingival et sur les denis (profondément cariées).
La première observation de Caussade et Montès et la première aussi de nos observations inédites représentent un type de tatouage intense et diffus. Dans le cas de Caussade et Montès, il y avait « d'immenses macules » occupant les faces internes des deux lèvres et des joues ; dans notre observation, il s’agit d'un tatouage surtout jugal, n'ayant pas un rapport absolu avec le liséré.
Si l'on étudie avec soin les caractères de ces taches pigmentaires, on voit que chacune d’entre elles est constituée par une sorte de réticulum à fines mailles (Bertrand), ou par une série de points très fins et très rapprochés les uns des autres analogues à ce que l'on aperçoit quand on regarde à la loupe des dessins imprimés suivant le procédé dit du « gillo-
I) Dee
tage » (Caussade et Montès).La coloration est variable : du bleu gris ou ardoisé an bleu foncé ou même à une teinte tout à fail noire ; la coloration est, en général, plus intense au centre de la plaque et se dégrade «en bavant » (Galliard) sur les bords.
Nous ne connaissons pas de cas où l’on ait pratiqué l’examen histologique de la plaque de tatouage ; la biopsie a été parfois pratiquée sur la gencive portant un liséré (1) mais non sur la plaque ellemême.
Le professeur Letulle (2), en décrivant la répartition cytologique du pigment, remarque « que les fines poussières qui tatouent la muqueuse sont infiltrées dans les mailles fibreuses du derme non loinet peut-être même dans l'épaisseur même des capillaircs sanguins, au niveau de l'extrémité saillante des papilles du derme, contre la basale du corps muqueux de Malpighi.
En outre, on trouve aussi les grains pigmentaires incrustés dans le protoplasma des grosses cellules mononucléaires (macrophages) logées dans les intestices du derme,.. Les couches profondes de l’épithe- Hum malpighien peuvent, elles-mêmes, être tatouées
parle pigment en question ».
1. Mesnÿ Thèse de Bordeaux, 1893 n° 48. — Bunelle, Bulletin médical du Nord, 1894. — Launois, Société de Biologie, 1903.
2, Letulle, Traite de Médecine (Gilbert et Thoinot) Intoxications ; article Saturnisme, p. 100.
La constatation de taches pigmentaires buccaies soulève-t-clle quelques problèmes de praGxosric ?
Assurément, on a tendance à considérer d'emblée le malade comme un addisonien, si on ignore el sa profession et ses antécédents. La pâleur jaunätre, l’asthénie (qui correspond à une anémie globulaire réelle et parfois même à des altérations globulaires) peuvent plaider un instant en faveur de ce diagnoslic, mais d'une part, le liséré gingival n'existe pas dans la maladie d’Addison; d'autre part, les caractères du pouls sont entièrement différents dans l'insuffisance surrénale où dans l'imprégnation saturnine. Dans le premier cas, 1! y a une hypotension manifeste ; dans le second, au contraire, le pouls est fortement frappé, hypertendu; si lintoxication saturnine est légère el récente, l'hypertension ne s'accompagne pas d'allérations artérielles ni d'hypertrophie cardiaque ; dans les cas anciens, il y a sclé- : rose arlériellie,gros cœur, albuminurie parfois, Enfin, la profession du malade, la notion, presque toujours évidente, d'une intoxicalion plombique constituent pour le diagnostic un appoint définitif. On peut rechercher, comme la fait Meillère, le plomb dans le tartre qui recouvre les chicots dentaires et qui
participe au liséré (V.0bs. 1 de Caussade et Montès).
RU vs Ed
OBSERVATION de ‘M: GALcrARD
(Société médicale des hôpitaux, 15 mai 1903, p. 534.)
Femme âgée de trente-six ans. admise le 20 avril à Lariboisière, salle Aran, n° 25, pour une colique de plomb d'intensité moyenne, accompagnée de tuméfaction des parotides. Depuis un an environ, cette femme est occupée à étaler sur du papier une poudre colorante à la céruse qui sera plus tard fixée sur la porcelaine. Elle est done incessamment exposée aux poussières de céruse.
Le jour de son admission à l'hôpital, je constatai d’abord chez elle unliséré gingival très marquéen haut et en bas. Puis en examinant la face interne des lèvres, je vis que ce liséré s'était décalqué, pour ainsi dire, sur la muqueuse qui portait une vraie noirâtre reproduisant exactement les sinuosités du liséré, raie noirâtre bordée de gris. comme si le coloris de la muqueuse avait « bavé » A la lèvre inférieure se dessinait une sorte d'accent circonflexe correspondant à une dépression de la gencive qui montrait une incisive partiellemert déchaussée.
Rien à la face interne des joues.
Au début de l'observation, ce tatouage saturnin ne pouvait être confondu avec la pigmentation de la maladie d'Addison. Aujourd'hui, le diagnostic serait moins facile, car le dépôt métallique s'est atténué, aussi bien sur les gencives que sur la muqueuse des lèvres,sous l'influence du traitement général et local institué depuis quatre semaines. La malade ne conserve sur la muqueuse qu'une raie brunâtre qui échap-
perait aisément à un observateur non prévenu.
Les autres manifestations du saturnisme ont disparu. La
malade va quitter l'hôpital demain complètement guérie.
OBSERVATION I de MM. CaussADE et MonTÈs
(Société médicale des hôpitaux, 6 novembre 1903, p. 1174.)
Le nommé G..., quarante-quatre ans, émailleur, entre dans notre service de l'hôpital Tenon pour des coliques de plomb survenues la veille en pleine santé. Ce n’est d'ailleurs pas la première fois qu'il est sujet à pareil accident ; il a été traité, il yaun an, dans le même hôpital, pour la même affection.
Au moment ou on l’examine, la crise est sur le point de finir, les douleurs sont moins vives ; elles sont continues, avec des paroxysmes ; elles siègent au niveau de l’épigastre et de l'ombilic, irradiant vers les flancs.
La profession du malade, les douleurs abdominales caractéristiques, la pression profonde diminuant la douleur alors que la pression légère la réveille ou l'exagère, le ventre rétracté et les antécédents (attaques identiques) font penser au saturnisme que vient d'ailleurs confirmer l'examen de la bouche. Le liséré gingival de Burton est caractéristique. IL s'étend, bleuâtre, autour du collet des dents et sur le bord des gencives, plus fortement marqué à la mâchoire inférieure. Les dents sont noires et déchaussées, envahies par le tartre qui leur forme une véritable croûte dure, épaisse, munie de rugosités et d'aspérités nombreuses,.plus ou moins fines, disposées en scie. Elles sont irrégulières et irrégulièrement espacées, les dents sont branlantes, recouvertes comme les
gencives d'une salive visqueuse donnant à l'haleine une féti-
dité repoussante. Si dans cette description nous parlons tout d'abord du liséré, c’est pour bien spécifier que notre homme était saturnin. Mais, si nous avions voulu parler des lésions buccales qui attiraient immédiatement notre attention, nous aurions dû signaler tout d'abord les plaques ou taches ou immenses macules bleu ardoisé, bleu foncé, ardoisées ou noirâtres, qui occupaient les faces internes des lèvres et des joues des deux côtés. À priori, n'était le liséré saturnin, on pouvait penser à la maladie d'Addison. Mais, si on pratiquait un examen minutieux,on n hésitait pas à rejeter ce diagnostic La couleur n'était pas répartie d'une manière uniforme : ce n’était pas une teinte d'une seule tenue, également répandue sans interstice de muqueuse saine comme dans les mélanodermies. Ici le bleu foncé. le bleu ardoisé était d'aspect étoilé ou de tourbillon surtout au niveau des lèvres ; chaque branche, composée de rayons plus ou moins grêles et serrés les uns contre les autres, était formée par une série de pointillés très fins, tels que les aurait produits la pointe d'une aiguille trempée dars l'encre et appliquée successivement et et à intervalles assez rapprochés sur une feuille de papier Ainsi apparaissent à la loupe les dessins dit « Gillottage ». Comme dans les dessins, les points étaient plus ou moins écartés les uns des autres, toute proportion gardée : ils étaient plus ou moins réguliers, laissant dans leurs interstices entrevoir sans difficulté la muqueuse’saine et rosée. A la périphérie de la plaque, la teinte s’atténuait et dispa raissait insensiblement pour se confondre avec le tissu sain. Était-ce les papilles qui étaient teintées et qui correspondaient aux semis de grains noirs ? C'était possible,
mais on ne pouvait rien aflirmer à cet égard, car nous
n'avions pas voulu, dans la crainte de complications septiques, faire de:biopsie. La saillie des grains noirâtres plaiderait «a priori en faveur de limprégnation papillaire par.le plomb, mais il faut ajouter qu'il existait des papilles nettement arrondies de la grosseur d'un grain de chénevis etqui n'étaient nullement teintées. |
La coloration des plaques de tatouage était de même couleur quele liséré gingival, mais sa nuance en était beaucoup plus foncée ; sur une même plaque la teinte variait d'intensité. La disposition en étoile ou en tourbillon s observait de préférence aux lèvres tandis que sur la joue, la muqueuse était plutôt imprégnée également, colorée comme par un pinceau,ressemblant piutôt à une plaque de mélanodermie de la maladie bronzée d’Addison.
Pendant le séjour du malade dans nos salles quelques-unes de ces plaques s’agrandirent.
Le siège exact de ces tatouages était sur les faces internes des lèvres supérieure et inférieure et de la joue gauche. Sur la lèvre inférieure,il n'existait qu'un seul tatouage ;ilétail large, il s’étendait depuis une ligne inférieure correspondant exactement au collet des dents et se superposant à ces dents, quand on appliquait la lèvre supérieure contre la maàchoire inférieure ; en haut ce tatouage se perdait insensiblement sur le bord libre de la lèvre et n'empiétait pas sur lui. Jl occupait seulement le côté gauche de la lèvre inférieure et avait une étendue qui correspondait rigoureusement aux dents qui persistaient de ce côté : les quatre incisives, la canine et la prémolaire. De ce même côté, les molaires
faisaient défaut ; il n’y avait plus de coloration anormale.
Sur le côté droit de la lèvre inférieure, il n'y avait pas de
dents ni de chicotset la muqueuse était saine. Il y avait donc une corrélation absolue entre la présence des dents et des plaques ardoisées. Ce fait était encore évident,quand on examinait la lèvre supérieure. A droite ni dents ni chicot, pas de tatouage. Évident encore était ce même fait en présence d'une longue trainée bleuâtre siégeant sur la face interne de la joue à gauche en haut et secontinuant sur la lèvre supérieure (face interne) jusqu'à sa partie médiane sans la dépasser nullement à droite ; les dents qui faisaient vis-à-vis à cette plaque étaient encore debout, entières, couvertes de tarte, qui d'après l'analyse de M. Meillère, pharmacien à l'hôpital,
contient o gr. 0003 de plomb.
Cette disposition permet d'affirmer qu'il s’agit d’un autotatouage ; l'examen seul de la bouche de notre malade plaide en faveur de cette opinion qui futémise par Gubler dès sa
première description.
Il aurait était intéressant d'examiner histologiquement la plaque de tatouage. Nous le répétons: si la biopsie est possible sans crainte d'accidents pour la liséré gingival, comme l'ont fait MM. Cras, Y. Renaud, Mesny, Bunelle et Launois, il ne doit pas en être de même pour la plaque dite de tatouage. Notre malade est à un degré d'intoxication assez prononcée. Il est anémique, pâle, de couleur blafarde. Les globules rouges : 2.790.000. Il existe une leucocytose chiffrée à 28.000 par millimètre cube. Pas de néphrite ; pas trace d’albumine ; les petits signes du mal de Bright font défaut ; ni glucose, ni urobiline ; cependant le foie est petit ; les artères sont sinueuses et dures; 1l y a de Phypertension artérielle très sensible au doigtet non chiffrée au sphygmomanomètre. Il y a des vertiges fréquents, l’acuilé visuelle n'est
A. Alexeieff 2
que faiblement modifiée, le malade voit moins bien depuis quelques mois, il n'y a pas de scotome central, le champ visuel n'est pas diminué. ! e système nerveux central et périphérique est indemne ; ni troubles de la sensibilité ni troubles de la locomotion ne sont à signaler. L’intoxication u'a donc porté ses atteintes que sur le tube digestif {(colique ue plomb, constipation, liséré gingival et tatouage saturnin) et sur le sang; elle s'accompagne seulement de quelques manifestations d’alcoolisme chronique telles que: insomnies,
parfois des cauchemars et un léger tremblement des mains, mais on peut dire qu elle est marquée.
L'étiologie est la suivante :
Depuis quatre ans, notre malade est émailleur. Il travaille dans un atelier surchauffé par plusieurs fours où l’on porte à blanc les pièces à émailler. Son emploi consiste à les recouvrir une poudre à base de silicate de plomb. Pendant au moins buit heures par jour il est enveloppé par une atmosphère formée de cette poussière contre laquelle aucun masque ne le protège. De plus, aucun soin hygiénique n'est prescrit, aucune surveillance n’est exercée : les ouvriers ne sont astreints à aucun lavage des mains ; la bouche et les dents ne sont l’objet d'aucun examen médical: le moindre rincage de la bouche n'est même pas conseillé. Ce sont là, il faut l'avouer les meilleures conditions pour produire l'intoxication saturnine. Aussi, au bout de six mois, le teint de notre homme de rosé devient blanc et blafard, l'acuité visuelle diminue, la constipation apparaît, En janvier 1909, survient la première attaque de coliques de plomb. Le malade est hospitalisé à Tenon pendant quelques jours : il en sort amé-
lioré, mais il reste toujours sujet à la constipation, à des
TI tree
douleurs intestinales vagues jusqu’au jour où, Le 3 juin 1903, il entre de nouveau à l'hôpital Tenon pour une nouvelle attaque de colique de plomb. C'est à ce moment que nous
l'avons soigné et que nous avons relevé les symptômes
d'intoxicationsaturnine relatés dans la présente observation. |
OBSERVATION II de MM. Caussape et Monrès
(Société médicale des hôpitaux, 6 novembre 1903, p. 1196.)
L..., Henri, quarante-et-un ans, fabricant de couleurs, entre le 17 octobre 1903 à l'hôpital Tenon, il présente une paralysie bilatérale des deux avant-bras, survenue depuis dix mois envirob et déjà traitée à la Salpétrière. Cette bilatéralité de la paralysie, l’intrégrité du long supinateur, les muscles frappés (les extenseurs, les muscles de l'éminence thenar, les radiaux) et sa profession font immédiatement penser à l’intoxication saturnine et c'est dans ce sens que le malade est interrogé.
Travaillant depuis quatorze mois dans une usine de couleurs rectifiées, il a été pris, dès le premier mois, d’une attaque de coliques de plomb pour laquelle il a déjà été soigné à Tenon au mois de mars 1905.
Comme le précédent malade, il est exposé aux poussières de plomb et aux vapeurs dans un atelier clos, peu aéré et dont l'air est surchauffé. Son métier consiste à écraser des couleurs. Dans cette usine, cependant, les précautions d'hygiène sont prises, telle que : lavage rigoureux de la bouche,
des mains et des cheveux avant la sortie; défense de fumer
et absorption tous les jours d'un verre de limonade sulfurique (?)
Depuis sa première attaque de coliques de plomb, le malade a toujours été sujet à de l'entérulgie, son abdomen est douloureux, la constipation est opiniâtre. La paralysie des avant-bras survient en cet état, dans les premiers jours de janvier 1903. Cette paralysie s’installe d'abord à droite, les extenseurs des deux doigts, médius et annulaire, furent d’abord pris ; puis la paralysie frappe l'avant-bras gauche de la même façon, elle se complète à droite et ensuite à
gauche, réalisant le type antibrachial classique.
Pour cette complication, le malade entra à la Salpétrière, il y suivit un traitement élecirique approprié, mais dès qu'il fut légèrement amélioré il reprit son travail dans la même usine.
Dans l'incapacité absolue de se servir de ses mains, ils vient dans notre service se faire traiter de nouveau. À son entrée, la paralysie des deux avant-brasestcomplète. Bilatérale, elle est cependant plus marquée à droite ; à gauche, on obtient encore quelques mouvements volontaires. La main est passivement fléchie, pendante, légèrement inclinée sur son bord cubital, en pronation. Les doigts sont à demi fléchis sur Ja main, seul l'index gauche a tendance à se mettre en extension. Les mouvements d'extension et d'adduction sont impossibles. La flexion manquant d'énergie est rendue normale lorsqu'on relève le poignet. Le long supinateur seul a conservé sa contractilité : les autres muscles innervés par le nerf radial sont paralysés. La tumeur dorsale du poignét fait défaut, Les muscles de la main droite sont atrophiés émi-
nence thénar, premier interosseux palmaire et probablement
4" Es
grand adducteur du pouce). À gauche, on provoque une légère trépidation épileptoïde,quand on relève brusquement la main sur le poignet et quand on maintient la main dans cette attitude pendant quelque temps. L’excitation faradique des deux nerfs radiaux à gauche et à droite :0. A droite, l'excitation faradique des muscles innervées par le nerf radial : 0. Il en est de même à gauche. Dans la zone du nerf cubital, on ne provoque par l’électrisation galvanique à
gauche et à droite que quelques contractions.
Il n'existe pas de paralysie dans d’autres groupes musculaires.
Néanmoins, comme on le voit, l’intoxication saturnine, quoique datant de quelques mois seulement, a marqué fortement son empreinte.
Intoxication relativement récente, mais profonde, dont témoignent en outre les lésions de la bouche. Le liséré de Burton est très net. bleuâtre foncé,de couleur ardoisée, occupant tout le bord libre des gencives, plus marqué à la mâchoire inférieure où il occupe toute l'étendue du collet des dents. Les dents sont noirâtres, branlantes, déchaussées, envahies par la tartre qui leur forme une couche épaisse, remplie de rugosités et d'aspérités. L'haleine est fétide. Sur la face interne de la lèvre inférieure se trouve une plaque gris ardoisé,bleuâtre.de coloration identique à celle du liséré, mais d’une nuance plus foncée. Elle occupe exactement une région s'étendant depuis l'interstice du maxillaire et de la lèvre en bas, jusqu’au bord libre de la lèvre en haut, où il n'y a pas trace de coloration.
Cette plaque gris ardoisé correspond exactement aux
dents qui lui font vis-à-vis; quand on appiique la lèvre sur
ces dernières, la superposition est aussi rigoureuse que possible. Autre particularité importante à signaler ; la couleur de cette large macule n'est pas uniforme ; elle estcomposée de stries verticales de teinte plus sombre qui est en quelque sorte le décalque de chacune des dents de la mâchoire inférieure, des quatres incisives et des deux canines Il y a mieux: il existe une trainée bleuâtre de même dimension et de même longueur que la canine correspondante gauche; cette petite laque est entièrement séparée de la grande plaque par un intervalle de muqueuse saine, et, fait digne de retenir notre attention, la canine gauche est elle-même séparée des incisives voisines par une brèche égale en dimension à cette portion de muqueuse saine. Comme chez notre premier malade, la matière colorante est disséminée sous forme de petits points, formant un piqueté très net, mais n'affectant pas la disposition en étoile ou en tourbillon. Ici, mieux que chez notre premier malade, les saillies formées par les papilles sont plus apparentes et se montrent avec leur teinte blanc rosé normale. Le dessin produit par la matière colorante donne encore l'aspect du « Gillotage » avec des points plus ou moins sombres. L'ensemble de ce tatouage représente la forme d’un trapèze dont les contours sont certainement
moins foncés dans le centre.
Il semble bien en comparant nos deux :malades, que le début de cette lésion s’est faitau nivenxt de la lèvre inférieure, ce qui s'explique d’ailleurs par l'abondance du tartre à ce niveau, Dans la première observation, des plaques de tatouage réparties sur la muqueuse,celle de la lèvre inférieure était La plus étendue et la plus marquée; ici il n'en existe
qu'une seule dans cette région. C'est là où letartre a d’ailleurs
le plus de tendance à s’accumuler, c'est done une preuve de plus en faveur de l’auto-tatouage.
Outre ces manifestations de l’intoxication saturnine sur les appareils locomoteurs(paralysie antibrachiale) et digestils (liséré saturnin,. tatouage, constipation) le foie est petit, l'hypertension artérielle est assez marquée, il existe quelques céphalées vagues. Le malade est sujet à des insomnies, sa mémoire a diminué mais les yeux sont sains et les signes du malade Bright font défaut. Les urines ne contiennent ni
albumine ni glucose, ni urobiline. #
OBSER\ ATION (Inédite) (1)
Homme de quarante ans, journalier, observé en mars 1911, à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. le D' Brault. Le malade est entré à l'hôpital pour une colique de plomb ; celle-ci est survenue à l'occasion d’uneintoxication récente, le malade ayant travaillé pendant trois semaines dans une usine de minium. Trois ordres de faits sont à étudier chez ce malade: la colique de plomb, l’anémie. la pigmentation buccale.
Colique de plomb. — La constipation est presque absolue; l'abdomen est rétracté et douloureux dans presque toute son étendue ; il n’y a pas eu de vomissement.
C'est la troisième fois que le malade présente cet accident ; il a été soumis d’une façon intermittente à l’intoxica-
ion saturnine et, à chaque fois,il a été atteint. L'ancienneté
1. Nous remercions le D' Paillard qui nous a communiqué cette observation ainsi que la suivante et nous adressons aussi tous nos remerciements à M. le D' Brault et à M. le D' Roubinovitch dans les services desquels elles ont été recueiilies et qui nous ont autorisée à les publier.
sua tee
relative de ces accidents explique la constatation d’arières radiales, indurées, de temporales flexueuses, d'une tension artérielle systolique entre 18 et 20 (oscillomètre de Pachon),
d’un nuage d’albumine dans Îles urines.
Anémie. — Les téguments présentent une coloration pâle, j&unâtre, surtout accentuée au visage. La numération des globules rouges montre un chiffre de 3.400 000.La recherche des hématies ponctuées n’a pu être effectuée. Allant de pair avec cette anémie, il existe une asthénie intense qui, jointe aux troubles douloureux abdominaux, entraîne une impo-
tence presque complète.
Pigmentation buccale. — Les dents sont profondément cariées sur les deux maxillaires; il ne reste plus qu'une masse informe de chicots qui présente une coloration brun noirâtre ; il ne peut être question, ici, de liséré à proprement parler.
La face interne des lèvres est peu tatouée ; on ne remarque rien sur la lèvre supérieure ; à la lèvre inférieure, il existe deux faibles tatouages de la dimension d'une lentille et situés en regard de la gencive. Au contraire, la pigmentation jugale est très intense. En regard des prémolaires, en avant de l'orifice du canal de Sténon, il existe. de chaque côté, plusieurs taches ardoisées de coloration uniforme, à contours irréguliers ; un certain nombre se trouvent exactement au niveau des lésions gingivales, mais il existe, du côté droit, deux taches et du côté gauche une tache situées au-dessus des précédentes et aflleurant presque le sillon gingivo-jugal supérieur.
Le malade quitte l'hôpital au boutde quinze jours, guéri de sa crise de colique, avec un étatgénéral un peu amélioré, Quant
à la pigmentation buccale, elle ne s’est nullement modifiée.
OBSERVATION (Inédite)
Homme adulte observé à Bicêtre dans le service de M. le D' Roubinovitch, où il était interné pour paralysie générale.
La syphilis est certaine chez ce malade, la réaction de Wassermann est positive ; il existe des signes indéniables de P.G. sur lesquels nous n’avons pas à insister.
De plus, ce malade est un ancien saturnin; il a manié la céruse et a présenté, à plusieurs reprises, des coliques de plomb. Il n’est plus soumis à cette intoxication depuis deux ans environ.
L'examen de la bouche montre l'existence d’un liséré insighifiant : autant que l’on peut accorder créance aux paroles du malade, ce liséré aurait été autrefois beaucoup plus marqué et se serait atténué peu à peu ; ce fait est, d’ailleurs, très fréquent; mais il existe sur la lèvre inférieur et sur la face interne de la joue droite trois plaques de tatouage grisâtre légèrement ardoisé, à contours diffus, plaques qui siègent en regard de ce qui fut autrefois le liséré. Cette topographie semble donc indiquer qu il y a eu auto-tatouage.mais lorsque le liséré a disparu, les plaques sont demeurées.
Pas d'artério-selérose ; pas d'albumine dans les urines. La P. G. a continué son évolution ; il s'agissait bien ici de P.G. vraieet non de pseudo P. G. saturnine, affection si hypothé-
tique d’ailleurs.
TROISIÈME OBSERVATION INÉDITE. — Ce travail était imprimé quand nous avons eu l’occasion d'observer à la Charité, à la consultation de médecine, un saturnin de soixante ans artérioscléreux, présentant un nuage d'albumine dans les urines et venant consulter pour une quatrième crise de coliques. On notait chez lui un liséré très net et la présence, sur le bord supérieur de la lèvre inférieure, de deux taches ardoisées indiscutables.
Pigmentation de la muqueuse buccale dans le diabète bronzé
Quoique la mélanodermie ne constitue pas un signe absolument constant de la cirrhose hypertrophique pigmentaire décrite en 1882 par Hanot et Chauffard (1), elle existe dans presque tous les cas et justifie le nom de diabète bronzé souvent appliqué à cette maladie.
La mélanodermic est constituée par une teinte bistrée ou mine de plomb, uniforme, sans pointillé ni plaques hyperpigmentées comme dans la maladie d'Addison. Elle est plus marquée au niveau des régions exposées à la lumière telles que la face, les mains.et également au niveau des organes génitaux.
Les muqueuses sont-elles prises dans le diabète bronzé ? Les traités classiques, presque tous, affirment leur intégrité,et l’on pourrait établir même qu'il y a là un élément de diagnostic différentiel avec la maladie d'Addison.
Cependant, dans nu travail récent, M. Gouget (>)
1. La mélanodermie était absente, en particulier, dans un cas de Brault et Galliard.
2. Gouget, Société médicale des hôpitaux, 2 février 1912, p. 129.
DS Ni
a montré que la pigmentation buccale était loin d'être rare en pareil cas. Cet auteur a relevé avec soin les indications contenues dans les 65 observations publiées de cirrhose pigmentaire, dont une cinquantaine méritent le noi de diabète bronzé. Or, dans 11 cas au moins, cest-à-dire dans une proportion considérable, la pigmentation des muqueuses est signalée.Il faut y ajouterle cas de MM. Marcel Labbé et Bith (1).
Les indications contennes dans le travail de M. Gouget étant très précises, nous les suivons ici
exactement (:).
Observation de Parkes et HARLEY: taches pigmentaires sur les conjonctives et la muqueuse labiale.
ee de LEvA : taches brunes buccales.
— de PARKER : coloration grise des gencives.
— de BarTi (3): pigmentation de la muqueuse buccale.
— de Mossé et Dauxic (4): légère pigmentation à la face interne d'une joue et de la lèvre inférieure. ;
— de pe Massary et Porier (5): pigmentation des lèvres .
— de Ricmarnière (6). conjonctives et muqueuse buccale uniformément grisâtres.
‘1. Marcel Labbé et Bith, Société médicale des hôpitaux, 26 janvier 1912, P. 119.
2. Nous. apportonsici les indications bibliographiques que nous avons retrouvées,concernent les observations dont parle M. Gouget dans son travail.