IL. — Groupe des Septicémies Eberthiennes très atypiques
Ce deuxième groupe de faits comprend tout d’abord les SEPTICÉMIES EBERTHIENNES DONT L’ALLURE EST TOUT A FAIT ANORMALE, MAIS RICHES CEPENDANT EN SYMPTÔMES, QUI NE RAPPELLENT EN RIEN LE TABLEAU TYPHIQUE HABITUEL, SE PROLONGENT PARFOIS DURANT PLUSIEURS MOIS ET NE SE DIAGNOSTIQUENT QUE PAR L'HÉ- MOCULTURE SYSTÉMATIQUE et pratiquée sans idée préconçue, qui révèle le bacille d’Eberth, ou PAR UN SÉRO-DIAGNOSTIC POSITIF.
A. — Septicémies Eberthiennes avec localisations
ou manifestations anormales, absence de tableau
clinique et des caractères typiques de la courbe thermique.
Comme l'indique le titre, nous rangeons dans ce groupe à la fois les cas où le bacille d’'Eberth se localise d’une façon certaine à un seul organe (Eberthite primitive), et les cas où la manifestation organique pathologique dépend, semble-t-il, plutôt de la toxhémie Eberthienne.
DT. Du
Dans toutes ces affections, l’origine Éberthienne est extrémement difficile à soupçonner, et on comprend qu'étant donné la rareté des cas publiés jusqu'à présent (d’abord réunis par MM. Bezançon et Philibert, puis par le Professeur Audibert), il vienne peu à l'esprit de faire un séro-diagnostic T chez des malades atteints, par exemple, de pleurésie ou de méningite cryptogénétiques.
IL est des cas cependant où l’heureuse apparition de quelqu'un des signes habituels de la toxi-infection Eberthienne (taches rosées, ulcérations pharyngées) viendra mettre sur la voie de l’étiologie, à moins qu’elle ne demeure encore méconnue.
Le bacille d'Eberth a été, en effet, trop longtemps considéré comme l’ennemi du seul intestin et ce n’est que depuis peu qu’on a démasqué en lui « le bacille à tout faire » (Audibert).
Une brève nomenclature de quelques cas signalés suffira d’ailleurs à nous convaincre de la réalité de ce groupe d’affections et de la variété de leurs allures cliniques.
Appareil Broncho-Pulmonaire.
Il est touché, d’ailleurs plus ou moins légèrement, dans toutes les affections Eberthiennes, mais il peut être principalement et même seul atteint.
Bryant (British Médical Journal, 1909) rapporte un cas de broncho-pneumonie, d’origine Eberthienne, sans localisations intestinales ou autres ayant entraîné la mort chez un enfant.
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MM. Chantemesse et Widal, Du Cazal (Bulletin Médical, avril 1894) rapportent plusieus cas analogues. MM. Courmont et Savy (Journal de Physiol. et Path. générale, 1912) publient à ce sujet une observation
particulièrement probante, que nous résumons briè-
vement.
Femme, 38 ans, présente durant 3 mois une température élevée, irrégulière, à grandes oscillations, avec signes pulmonaires prédominants (râles humides confluents, sans souffle, dans toute l’étendue des deux poumons, avec expectoration extrêmement abondante et purulente. Ulcération du pilier antérieur ayant persisté une quinzaine de jours, légère hypertrophie splénique. Albuminurie. Pas de taches rosées, pas de symptômes intestinaux ou abdominaux (ni météorisme, ni diarrhée).
2 séro-diagnostics positifs à 1/10 et 1/50.
1 hémoculture positive (sur 6 pratiquées) décelant du bacille d’Eberth. Eberthurie.
Plèvres.
Dans l’observation de MM. Charrin et Roger (Bullein de la Soc. Méd. Hôp., 1891), le liquide pleural de leur malade, mort des complications pulmonaires de sa pleurésie, ensemencé sur agar, donna du bacille d'Eberth, alors qu’intestin et plaques de Peyer étaient absolument normaux.
Foie et Vésicule.
Le foie et la vésicule sont presque aussi souvent touchés que lintestin, dans la dothiénentérie classique, mais le Professeur Audibert relate plusieurs cas
d’ictères infectieux Eberthiens primitifs (loc. cit.) et les cholécystites Eberthiennes primitives sont encore plus fréquentes.
Etienne et Théry (Arch. G. de Médecine, 1907, p. 97) relatent également un cas d’ictère catarrhal Eberthien primitif, chezun vieillard.
M. Panayotatou (Soc. Méd. Hôp. Paris, janvier 1920) publie un cas de cholécystite suppurée Eberthienne sans signes abdominaux.
Appendice.
Blum (in Semaine Médicale, 1907) publie un cas tout à fait probant d’appendicite sans lésions typhoïdiques de l'intestin, avec un séro-diagnostic positif à 1 %.
Thyroïde.
Obs. de Kummer et Tavel (Revue de Chirurgie, 1891), Thyroïdite aiguë chez un sujet de 26 ans, porteur d’un goitre depuis l’âge de 12 ans. La tumeur extirpée montre, à l’examen direct et par culture, d’authentiques bacilles d’Eberth. Pas de symptômes abdominaux ou autres.
Septicémie Eberthienne à forme articulaire.
A côté des observations anciennes dues à MM. Barjon et Lesieur, signalons-en deux plus récentes, publiées par MM. Savy et Bouchut (Lyon Médical, 1913).
En 1920, M. Henry Bourges présente à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris les observations de
deux sujets, non vaccinés et indemnes jusque-là de typhoïde, qui présentèrent un état infectieux, d’une durée de quatre à cinq semaines, caractérisé, au point de vue clinique, par une suite d’accès fébriles à caractère intermittent, un syndrome articulaire, de l’hypersplénie, une adynamie nette. Dans ces deux cas, l’affection a évolué sans aucun autre signe de dothiénentérie. Leur séro-diagnostic était positif à
un taux élevé.
Septicémie à forme cérébrale.
MM. Vaillard et Vincent (Bull. de la Soc. Méd. Hôp. 1890) signalent le cas d’un malade ayant présenté, au cours d’une infection dont l’étiologie fut révélée par lhémoculture (Eberth), un syndrome d’excitation cérébrale. Il n’y avait pas de phénomènes abdominaux et l’autopsie ne révéla ni ulcérations ni altérations intestinales.
M. Audemar (T'hèse Lyon, 1899) publie un cas d’accès maniaque à début brusque. Pas de signes abdominaux, séro positif à 1/200. Mort. A l’autopsie, intestin sain et méninges congestionnées.
Septicémie à forme anémique.
La septicémie à forme anémique, qui fait l’objet de la thèse du Docteur Maynal, inspirée par M. le Professeur Savy (Lyon, 1922), M. Maynal, de cinq observations, tire les conclusions suivantes :
« Il existe une forme de Septicémie Eberthienne caractérisée par une anémie intense, une hypersplé-
EL
nie et une température élevée. Le diagnostic peut être difficile, surtout avec l’endocardite infectieuse, mais l’hémoculture révèle la nature Eberthienne de cette septicémie.
B) D’autres Septicémies Eberthiennes non seulement ne présentent NI LE TABLEAU CLINIQUE RÉVÉLATEUR DE LEUR ÉTIOLOGIE, NI LES CARACTÈRES TYPIQUES DE LA COURBE THERMIQUE, MAIS ENCORE NE DONNENT NULLE- MENT LIEU, comme les précédentes du même groupe, A QUELQUES LOCALISATIONS OU MANIFESTATIONS ORGANI- QUES QUELCONQUES. |
De ces affections particulièrement pauvres en symptômes et que l’on serait dans l’impossibilité de rapporter cliniquement à leur cause, le Professeur Savy a observé un cas qu’il nous a paru intéressant de publier.
OBSERVATION I (Hôtel-Dieu, Salle Chavannes) ?
(Service de M. le Professeur SAvVY)
R.. Suzanne, 64 ans.
Le malade entre à l'Hôpital le 11 septembre 1924 parce qu’elle présente depuis 3 semaines un état fébrile avec courbature et lassitude.
A. P. —— Pas de maladies d’enfance, pas de signes d’imprégnation bacillaire. Elle a toujours au contraire joui d’une excellente santé. Non mariée, pas d’enfants, pas de faussescouches. Réglée régulièrement, ménopause normale à 54 ans. Pas de métrorragies depuis. ÿ
A l’âge de 30 ans, la malade avait eu dans le membre su-
Apres
périeur gauche des douleurs rhumatoïdes, sans fièvre ni tuméfaction appréciable des articulations. Mais depuis elle aurait souvent présenté des douleurs analogues, surtout aux membres inférieurs. On lui aurait même fait des pointes de feu sur le genou gauche, et elle auraït cette fois remarqué que ses genoux étaient gros, sans qu’il y ait eu d’inflammation articulaire nette. Aucun traitement salicylé par voie buccale, simples applications locales de salicylate de méihyle.
ACTUELLEMENT, 11 septembre : Elle se plaint de douleurs dans le membre inférieur droit, douleurs de type sciatique, provoquées par la pression à l’origine du nerf, s’irradiant dans la cuisse et quelquefois jusqu’au talon. Cette douleur est rendue plus vive par la recherche du signe de Lasègue. Pas d’atrophie musculaire ni d’abolition du réflexe achilléen.
L'affection actuelle a débuté il y a 3 semaines (20 août 1924) par des frissons, une céphalée intense et de la fièvre sans autres douleurs (à ce moment la malade toussait un peu. 2 jours après, vomissements alimentaires et bilieux, s’étant reproduits environ 6 fois depuis 3 semaines.
Pendant tout ce laps de temps celle est restée alitée, ne présentant qu’une lassitude extrême, avec fièvre probable, quoique la température n’ait pas été prise régulièrement. Elle n’a jamais souffert du ventre. Aucune douleur non plus dans l’hypocondre droit ou les fosses iliaques, la malade se plaignaït seulement d’une pesanteur gastrique marquée. Durant toute cette période pas de diarrhée, pas d’ictère, pas d’hémorragies.
À L'EXAMEN : Femme grasse, à bon état général. Température à 38°. Ni sucre, ni albumine dans les urines.
Appareil digestif : Langue saburrale. Pas d’angine. Abdomen non météorisé, souple mais paroi très épaisse gênant la palpation. Pas d’ascite. Le foie ni la rate ne sont pas perceptibles. Aucun point douloureux ni dans la zone vésiculaire, ni dans la fosse iliaque droite. Il n’y a aucune tumeur ou masse anormale perceptible dans l’abdomen.
Pas de subictère des conjonctives et des muqueuses.
Appareil pulmonaire : En arrière et à gauche râles sous-
Se
crépitants à la base. Pas de souffle. Respiration un peu soufflante au sommet droit sans bruits surajoutés. Pas de dyspnée, pas de cyanose.
Appareil cardio-vasculaire : Cœur : bruits réguliers, pas d’arythmie.
Tension : 12-7 (Gallav.Vaquez).
Système nerveux : Réfiexes tendineux normaux. Pupilles égales, réagissant bien à la lumière et à l’accommodation.
Articulations : Rien d’anormal. Au genou gauche, cicatrices de points de feu signalées plus haut. Pas d’épaississements synoviaux. Pas d’hydarthrose. Pas de modifications des saïllies osseuses. Rien au genou droit. Pas de douleurs à la palpation ou aux mouvements passifs
Le 20 septembre : Devant la persistance de la courbe thermique qu'aucune cause n’explique on fait une prise de sang pour séro-diagnostic typhique. Le laboratoire de bactériologie de la Faculté de Lyon répond : faiblement positif pour Eberth +1/50 —1/100, négatif pour Para A et B à 1/10.
Le 26 septembre : La malade a eu hier soir un grand frisson, c’est le deuxième depuis qu’elle est dans le service. Il a duré au moins 20 minutes. Toujours pas de diarrhée. Rien aux bases ni au cœur. Langue sèche.
Le 4 octobre : L’état est stationnaire. On fait une prise de sang pour hémoculture.
Le 7 octobre : L’hémoculture donne après 48 heures d’étuve un bacille mobile à Gram négatif. Le repiquage de ce bacille sur milieux différentiels montre qu’il s’agit de bacille d’Eberth.
Le 4 novembre : On demande au laboratoire de faire un auto-vaccin au cas où il aurait conservé la culture. Mais celle-ci ayant été jetée on doit renoncer à ce moyen thérapeutique.
Le 15 novembre : On fait une nouvelle prise de sang pour séro-diagnostic. Cette fois séro très positif pour Eberth (1/250) négatif pour para À et B (A —1/50, B +1/30 —1/50).
Le 17 novembre : Vu la persistance de quelques râles sous-
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crépitants à la base gauche on fait rechercher le bacille de Koch après homogénéisation. On n’en trouve pas.
Le 18 novembre : Dosage de l’albumine dans lurine des 24 heures :
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Le 20 novembre : La malade ne présente aucun symptôme objectif. La température oscille toujours entre 37° et 38°. Elle n’a pas eu d’autre frisson depuis environ 30 jours. L’auscultation du cœur et du poumon est entièrement négative. La malade a bon appétit et ne présente pas de symptômes digestifs. La rate et le foie ne sont pas perçus. k
Pas de taches rosées. Pas d’ulcération du voile du palais. Pas de clapotement ou douleur cœcale. Le ventre est souple, non météorisé.
On fait une nouvelle prise de sang pour hémoculture, avec prière de faire si possible un auto-vaccin.
Le 25 novembre : L’hémoculture est restée stérile après 4 jours d’étuve.
Le 1* décembre : Frisson intense ayant duré 5 minutes.
Le 5 janvier : La malade ne se plaint que d’un peu de lassitude et de douleurs, surtout au membre inférieur gauche. Aucun signe d’inflammation articulaire. Température subfébrile.
Le 5 février : La malade quitte l’hôpital, plus de température, seules persistent encore quelques douleurs au genou gauche.
Elle peut être considérée comme guérie.
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