‹ Contribution à l'étude clinique des formes de la maladie de ParkinsonChapitre 29 sur 35 · RE · texte numérisé non relu

RE

Depuis quelques mois, il vient à la Salpêtrière, au service d’électrothérapie, où M. Vigouroux a bien voulu m'autoriser à recueillir son observation.

État actuel (juin 1892). — Leq.…. se présente avec l’aspect d'un individu dont toutes les parties du corps soudées les unes aux autres formeraient une seule pièce, la tête est légèrement fléchie en avant et rendue presque immobile par suite de la rigidité des muscles du cou, la figure est sans expression, les yeux fixes et brillants, les traits figés, les rides à peine marquées, surtout du côté droit ; il n’y a pas de déviation de la bouche ni de la langue, cette dernière tremble un peu quand elle est tirée hors de la bouche; il n’y a pas d’agitation des lèvres ni de la mâchoire. Il a toujours l’air anxieux, préoccupé et triste.

Le membre supérieur droit quand le malade est debout ou en marche reste appliqué le long du corps sans présenter de balancement, le coude est légèrement fléchi, les doigts en demi-flexion, tous les mouvements spontanésou provoqués ne sont exécutés qu'avec une certaine lenteur et en luttant contre une résistance constante. La force musculaire est conservée, la main droite serre plus que la gauche. M. D = 40. — M. G. — 56.

Ilest presque impossible au malade de porter la main droite derrière la tête.

Il n’y a pas d’atrophie musculaire. Jamais il n’y a eu de tremblement ; la main est lourde, lente et maladroite dans les mouvements, se fatigue vite, surtout dans les travaux qui demandent quelque délicatesse, c’est ainsi qu’il lui est presque impossible de ficeler les paquets de marchandises, alors qu’il soulève sans difficulté un poids considérable. La position de la main droite est telle qu’elle parait tenir une plume à écrire, la main gauche n’a pas d’attitude spéciale.

La jambe droite légèrement fléchie au niveau du genou, lui semble plus courte, elle est raide, pesante et se fatigue plus vite que la gauche, le pied se détache encore assez bien du sol; cette faiblesse n’est qu'apparente, car si on cherche à étendre ou à fléchir le membre contre la volonté du malade, on rencontre une résistance considérable et égale des deux côtés.

Les réflexes tendineux sont normaux.

Assis ou au lit, Leq... n’est pas tourmenté par le besoin de changer de place. Quand il est assis depuis un certain temps, il a plus de difficulté à se lever à cause de la raideur, alors il fait involontairement quelques pas en avant et est menacé de tomber ; dans toute autre circonstance, il n’y a pas de propulsion ni de rétropulsion.

La parole est lente et monotone sans scansion des mots ni bredouillement.

L'écriture exige un réel effort, les caractères sont tout à fait minus-

cules, l'examen à la loupe permet de mieux constater l'existence de sinuosités et d’ondulations dans les jambages des lettres.

Toutes les fonctions s’accomplissent normalement.

Le caractère n’a pas changé, il serait même, au dire du malade, plus gai qu’autrefois.

Pas de troubles intellectuels.

La paupière inférieure laisse l’œil à découvert ce qui rend le regard un peu fixe. ,

Les mouvements des yeux sont normaux.

Pas de rétrécissement du champ visuel ; pas de lésions du fond de l’œil.

Bien que les troubles soient surtout accentués à droite, le côté gauche est déjà pris, et le malade n’a pas l’allure d’un hémiplégique ; en outre l'existence des autres symptômes ne permet pas de méconnaître le diagnostic.

OBsERVATION X VI (Personnelle).

Maladie de Purkinson unilatérale. — Inclinaison latérale de la têle et abaissement de l'épaule. — Hérédité.

-M. Fran... Pierre, àgé de 57 ans, adjoint principal du génie, en retraite, fait remonter le début de sa maladie à 6 ans, en lui imputant comme cause, une série d’ennuis et de contrariétés.

Antécédents héréditaires. — Son père mort à 82 ans, d’une fluxion de poitrine, avait toujours joui d’une vigoureuse santé; dans les dernières années de sa vie, il était atteint de tremblement sénile et avait la tête branlante. Sa mère est morte à 55 ans, d’une bronchite chronique non tuberculeuse.

Le malade nous ayant dit qu’une de ses sœurs était atteinte depuis 4 ans de la même maladie que lui, nous avons prié le médecin qui la soigne dans le département de la Meuse, et qui connaît toute sa famille, de nous fournir des renseignements précis que nous transcrivons ici: « Mlle Fran... âgée de 61 ans est atteinte de paralysie agitante ; la maladie a commencé il y a quatre ans par une faiblesse très grande dans la jambe et le bras droits, le tremblement est survenu peu à peu, tout d’abord d’une facon insensible, puis l'augmentation s’est produite, surtout depuis deux ans, aujourd’hui, il empêche, ou plutôt il retarde le sommeil, mais une fois celui-ci arrivé, le tremblement cesse. La malade marche difficilement, se courbe beaucoup et ne peut presque étendre ni plier la main atteinte qui se referme sous forme de griffe, du reste elle ne peut tenir aucun objet. La mémoire est normale, l'intelligence n’a pas faibli, toutes les fonctions s’accomplissent régulièrement. La sœur de cette demoiselle est hystérique, il y a un frère plus àgé qui est d’une très bonne santé ».

fou #

SA

Antécédents personnels. — Pendant une partie de son enfance M. Fran... est resté très chétif, il avait en particulier des vomissements continuels, depuis il était devenu vigoureux. Pendant ses huit années de service militaire, il n’a eu aucune maladie. À sa nomination de garde du génie, il fut envoyé en Algérie où s’est passée la plus grande partie de sa carrière ; il a eu plusieurs accès de fièvre paludéenne, mais pas d'autre maladie.

Rentré en France, il est resté onze ans employé à des travaux de bureau au Ministère de la guerre. Il a une fille âgée de 19 ans, bien portante.

Histoire de la maladie. — L’affection à débuté d’une façon lente et insidieuse en 1886 ; il s’est aperçu qu’il était plus maladroit de la main droite pour écrire, il sentait une sorte de raideur étendue du coude à la main ; cette rigidité existait dès le matin, mais elle augmentait dans la journée après quelques heures de travail, la plume sautait dans la main et ne pouvait plus former les lettres surtout quand il essayait d'écrire rapidement ; il usait d'artifices pour combattre cet état et arrosait fréquemment sa main trouvant que cette manœuvre lui rendait un peu de souplesse pour quelques instants. Son écriture qui autrefois était régulière et même belle, devenait tout à fait défectueuse. Il fit part de sa maladie à un médecin inspecteur de l’armée, qui lui dit que c'était la crampe des écrivains. Pendant deux ans, il n’eut que de la raideur et put conserver sa place, bien que la gêne eût beaucoup augmenté et que le travail fût très lent. En

juin 1888, il se décida à prendre sa retraite, et retourna presque aus-

sitôt en Algérie, où il venait d’être nommé architecte de la ville de Médéah. Quelques mois plus tard, il s’aperçut que sa jambe devenait raide depuis le genou jusqu'au cou-de-pied, il sentait le membre pesant et trainait un peu le pied, il n’était encore penché en aucune façon et pouvait faire quelques kilomètres par jour sans se trouver fatigué. En même temps la raideur du membre supérieur gagnant le bras et l’épaule, l’obligeait à renoncer à sa profession.

En janvier 1889, on vint brusquement lui annoncer que son beaufrère avait été écrasé par une voiture; sous linfluence de l’émotion, il fut pris subitement d’un tremblement généralisé qui ne persista que quelques instants, mais à dater de cet accident, la main droite est restée agitée d’un tremblement continu qui a été en aug-. mentant peu à peu ; il remarquait déjà qu’il avait un peu de tendance à tomber en avant. Le médecin de l’hôpital de Médéah lui prescrivit de la strychnine, et des frictions le long de la colonne vertébrale ; plus tard, à l'hôpital du Dey à Alger, on lui donna du bromure et de

l'iodure de potassium à hautes doses.

Rentré en France, en 4891, il s'est présenté à la consultation du

mardi, au mois d'octobre, M. Guinon lui a prescrit des granules BÉCHET : 45

d'hyosciamine, et plus tard on l’a engagé à essayer le traitement par le fauteuil trépidant, il l’a toujours fait très régulièrement depuis le mois de janvier 1892.

État actuel. — Quand le malade est assis, la tête est légèrement penchée en avant et inclinée sur l'épaule droite, qui paraît sur le même plan horizontal que la gauche. Le faciès est peu mobile, et donne au sujet un air de tristesse et de préoccupation, le regard est fixe et brillant, les sillons du visage ne sont pas plus marqués d'un côté que de l’autre, il n’y a pas de déviation de la bouche, ni de la langue, cette dernière est animée d’un léger tremblement, plus marqué quand on la fait tirer au dehors que quand elle reste dans la bouche.

Les muscles de la nuque sont un peu durs et tendus, l’inclinaison latérale de la tête et sa flexion, sont assez facilement corrigées par le malade lui-même, quand il le veut, et on la ramène sans peine par les mouvements provoqués. Il existe une légère voussure des épaules peu accentuée quand le malade est au repos. Le bras droit tombe le long du tronc, le coude un peu éloigné du corps, le malade a une certaine difficulté à mouvoir l'articulation de l’épaule, et dans les mouvements provoqués de cette jointure, on perçoit quelques craquements articulaires, cependant l’étendue des mouvements est assez considérable.

Le coude est en demi-flexion, la main en demi-flexion sur l’avantbras, repose sur la cuisse, les deux dernières phalanges des quatre doigts étendues sur la première qui est elle-même légèrement fléchie sur le métacarpe; les quatre doigts sont accolés les uns aux autres, le pouce est allongé en adduction, ayant sa pulpe en rapport avec la première phalange de l'index; c’est l'attitude classique de la main qui tient une plume.

Le malade peut faire tous les mouvements volontaires avec sa main et son avant-bras, mais ils sont plus pénibles, plus lents que du côté opposé et empreints d’une certaine raideur. Quand il veut prendre un objet, il le saisit facilement et le serre solidement entre les doigts, il

a plus de peine pour le làcher, surtout si l’objet est de petite dimension, par exemple, une plume ou un couteau ; il est alors obligé de ‘ l’enlever avecla main gauche, de la pince, formée par le pouce et l’index droits, qui ne s'ouvre pas aisément aussitôt l’ordre donné ; avec un objet d’un certain volume, ce trouble est moins marqué, jamais il ne lui arrive de laisser tomber l’objet qu’il tient ou de le lâcher brusquement ; la direction du mouvement est bien conservée, et le tremblement est presque aboli par les mouvements volontaires, quand on fait porter un verre à la bouche, il semble que les mouvements des doigts vont le faire tourner sur son axe; de plus l’inclinaison latérale du tronc et la raideur s’accentuent pendant cette épreuve.

Dans les mouvements provoqués, on sent une raideur très marquée

né

du poignet et des doigts, beaucoup moindre au niveau du coude. Le centre des mouvements oscillatoires paraît être au niveau du coude, mais les différents segments du membre tremblent pour leur compte, aux doigts ce sont des mouvements de flexion et d’extension ; le pouce frotte continuellement contre l'index, au poignet, les mouvements de latéralité dominent; l'inscription en montre nettement les caractères, les modifications sous l'influence de l’effort, et le rythme qui est de 5 1/2 environ par seconde.

Le membre inférieur droit a une attitude normale, le pied pose à plat comme du côté opposé, il n'y a jamais eu de tremblement dans aucun segment de ce membre, c’est seulement de la gêne, de la raideur, de la faiblesse qu’accuse le malade à ce niveau ; les mouvements du pied et de la jambe sont plus limités et moins rapides que du côté gauche.

Les réflexes rotuliens sont égaux des deux côtés.

La sensation de raideur est moins marquée qu’au membre supérieur et au cou, elle n'existe pas dans le côté droit du tronc. Au membre supérieur gauche, il n’existe pas de raideur, mais en faisant tenir la main dans l'attitude du serment, on constate un très léger tremblement oscillatoire des doigts, il n’y a pas d’attitude spéciale de la main qui a conservé tous ses mouvements normaux.

Au dynamomètre, on a M. G. = 31. — M. D. — 37.

La force musculaire n’est donc pas diminuée du côté droit.

Au membre inférieur gauche, il n’y a rien à noter.

Malade debout et en marche. — Quand le malade se tient debout, il appuie sur la jambe gauche, la droite restant demi-fléchie, le corps un peu penché; il semble qu’il soit continuellement sur le point de partir du pied droit. La main droite est généralement soutenue par la gauche, sinon le coude est en demi-flexion et la main ramenée vers la ceinture ; la tête est inclinée du côté droit et le tronc dans son ensemble, paraît incliné du même côté, pendant la marche, l’inclinaison du corps en avant devient plus marquée, le genou gauche reste toujours légèrement fléchi, le pied est soulevé un peu au-dessus du sol, et retombe en deux temps, produisant un double choc comme dans le steppage. La longueur du pas est restée ce qu’elle était autrefois. La marche se fait sans trop de fatigue, il n’y a pas de propulsion ni de rétropulsion.

Il n'existe pas de sensation subjective de chaleur, seulement depuis quelques années, l’influence de la température extérieure sur la main droite serait beaucoup plus marquée.

M. Fran... n’aime pas à rester en place, toute la journée il est en mouvement, mais la nuit, il dort assez bien, le tremblement ne recom-

mence qu’une demi-heure à une heure après le lever.

La parole est un peu plus lente qu'avant la maladie, il n’y a pas. d’embarras de la parole, tous les mots sont bien prononcés.

Pas de troubles digestifs, pas de gêne de la déglutition, un peu de constipation. Pas de troubles urinaires. Il n'existe pas de troubles trophiques, ni d’altérations de la sensibilité. L’ouie est moins fine du côté droit.

La vue à un peu baissé, l'examen oculaire a été pratiqué par M. Kœnig : Sans myopie, un verre concave de 01,75 rend la vision à distance ; l’activité visuelle sans le secours d’un verre n'étant que de 5/15. Pas de rétrécissement du champ visuel, pas de dyschromatopsie. Les yeux sont dans leur attitude normale. Les mouvements des yeux s’exécutent normalement, pas de réduction dans leur amplitude. Les pupilles réagissent bien à l’excitation lumineuse ; le réflexe consensuel est normal, mais à la sollicitation de la convergence, les pupilles se contractent faiblement, ce n’est qu’à la suite d’un effort que les yeux peuvent converger et ils ne se maintiennent pas longtemps dans cette position.

Le côté le plus intéressant de cette observation réside dans un mode de début, en effet à cette époque on a pensé à une crampe des écrivains, c’est une erreur qui a été commise dans un certain nombre de cas.

Un autre point à noter c’est l’existence de la même affection chez une sœur du malade.

OBsERvVATION X VII (Personnelle).

Maladie de Parkinson unilatérale droite. — Scialique ancienne du côté droit. — Traumatisme de la hanche ayant amené une ankylose coxo-fémorale. — Atrophie des muscles de la cuisse.

— Rélraction des fiéchisseurs de la jambe.

La nommée Bor... Aimée, âgée de 64 ans, cultivatrice, arrivant de la campagne, se présente à la consultation du mardi, le 17 mai 1892. La personne qui l’accompagne demande son admission dans le service afin de lui faire donner des soins pour une paralysie du côté: droit accompagnée de tremblement.

Elle entre à la salle Duchenne de Boulogne, où elle reste quelques jours seulement. |

Antécédents héréditaires. — Le père de cette malade est mort à 59 ans, elle ignore de quelle maladie ; elle sait seulement qu’il a été plusieurs mois malade et que ses jambes étaient enflées.

Sa mère est morte à 74 ans, d’une affection aiguë, elle n'était pas. maladive.

Elle connaît peu de chose de ses grands-parents paternels et maternels, tous ont vécu jusqu’à un âge avancé, et ne paraissent pas, de même que ses oncles et tantes avoir été atteints de maladies nerveuses; un de ses frères est boîteux à la suite d’une sciatique dont il a souffert pendant des années.

Antécédents personnels. — Elle-même ne se rappelle pas avoir fait de maladie pendant son enfance ou sa jeunesse ; elle n’a pas eu de convulsions. Elle a été réglée à 17 ans, toujours régulièrement. La ménopause a eu lieu vers 40 ans sans accidents. Elle a eu huit enfants ; un seul est mort, à 28 ans, après des privations éprouvées pendant le siège de Paris; tous les autres sont d’une vigoureuse santé, aucun ne paraît avoir eu d'affection nerveuse ; il en est de même des petits-enfants.

À l’âge de 24 ans, Aimée Bor... a été atteinte d’une névralgie sciatique du côté droit, survenue à la suite d'un refroidissement ; à cette époque, elle était enceinte; un jour après s’être couchée sur la terre humide, elle se réveilla souffrant dans la fesse droite ; les douleurs n'ont jamais élé très violentes, mais elles ont persisté pendant de nombreuses années, avec des améliorations et des rechutes passagères ; elle ne s’est jamais soignée pour cette affection, qui tout en la faisant souffrir, ne Pempêchait pas de marcher, ni de se livrer en tout temps aux travaux des champs ; elle n’a jamais eu d'attaque de rhumatisme. Il y a 6 ans, en glissant dans un escalier, elle tomba sur la hanche droite, et dut à la suite de cet accident garder le lit pendant 9 ou 6 jours, au bout desquels elle commença à marcher, bien que continuant à souffrir; 6 semaines plus tard, comme elle éprouvait beaucoup de peine pour marcher, elle consulta un médecin, qui lui aurait dit, paraît-il, qu'elle avait une coxalgie, et lui conseilla le repos. Quoi qu'il en soit, elle n’a jamais plus retrouvé la liberté des mouvements dans le membre inférieur droit, la jambe était plus courte que du côté sain et un peu fléchie, la marche réveillait les douleurs au niveau de la hanche ; illui était devenu nécessaire de s’aider d’un bàton, néanmoins cette infirmité ne l'empêchait pas d’aller travailler aux champs. |

Histoire de la maladie. — La maladie actuelle remonte à 18 mois environ. D’après le récit de la malade, le début absolument brusque eut lieu à la suite d’une émotion violente, dans les circonstances suivantes. Dans la soirée du 24 novembre 1890, elle s’inquiétait de ne pas voir rentrer un de ses fils; lui connaissant des habitudes de boisson, et sachant qu’il lui fallait pour regagner la maison traverser une petite rivière, l’idée lui vint qu’il devait être noyé; alors, tout d’un coup, son bras droit s’allongea, se raïidit, en même temps qu’elle ressentait dans le membre une vive douleur qui lui arracha un cri perçant: cette douleur ne persista pas mais sa main était agitée d’un

tremblement menu. Ce tremblement, qui était primitivement limité aux doigts et à la main, gagna progressivement l’avant-bras, puis le bras, de sorte que quatre ou cinq mois après le début, il avait envahi jusqu'à la racine du membre; elle n’y éprouvait d'ailleurs aucune douleur.

Le membre inférieur droit, déjà impotent depuis longtemps par suite de l’accident signalé plus haut, fut envahi à son tour, vers le mois de mai 1891, c'est-à-dire, six mois environ après le début de la maladie, le tremblement commença par le pied, qui frappait de petits coups sur le sol quand la malade était assise; ce nouveau trouble augmenta considérablement les difficultés de la station et de la progression, la jambe droite plus faible, fléchissait pendant la marche qui réveillait au niveau de la hanche des douleurs accompagnées d’élancements et d'irradiations dans tout le membre. Pendant les premiers mois de la maladie, malgré le tremblement du membre supérieur, Aimée Bor... put continuer à s'occuper des travaux du ménage ; les mouvements volontaires à cette époque étaient sans influence sur le tremblement ; les objets ne lui échappaient pas des mains, il y avait seulement un peu moins d'habileté et de précision, un peu plus de lenteur, c’est ainsi qu’elle a pu faire de la couture jusqu’au mois de décembre 1891 ; jusqu'à cette époque également, malgré la flexion de la jambe, elle allait et venait dans sa maison, se servant pour avancer d’une chaise qu’elle tenait des deux mains, pendant qu'elle y appuyait le genou droit. Depuis, elle ne peut plus marcher, et passe la journée, assise sur une chaise, cherchant à chaque instant à varier sa position. Les questions qu’on lui pose permettent de penser qu'elle n’a jamais présenté de phénomènes d’antépulsion ou de rétropulsion ; d'autre part, on apprend que depuis quatre ans, elle est sujette à des bouffées de chaleur, survenant de temps à autre subitement, et durant peu ; elle ne sait sous quelles influences elles se produisent, maïs elle affirme que depuis qu’elle tremble, le côté droit et surtout les mains lui paraissent plus chauds. . :

État actuel {mai1892). — Malade assise. — Aimée Bor.…. reste le plus souvent dansla journée assise sur une chaise ou dans un fauteuil, VPattitude qu’elle y prend est celle que présentent la majeure partie des malades alteints de maladie de Parkinson; le tronc, légèrement penché en avant, ne s'appuie pas ordinairement au dossier ; il existe une voussure très marquée des épaules.

Téle. — Depuis 5 mois, la tête est fortement fléchie en avant, mais ne s'incline pas spécialement d’un côté, la malade peut corriger spontanément. cette flexion sans éprouver de douleur, mais l'extension ne peut être maintenue que très peu de temps, les mouvements de latéralité de La tête sont limités, elle accuse une sensation de raideur

dans les muscles de la nuque, quoique à Pexploration on ne les trouve

ni tendus ni rigides. Le visage est sans expression, le front présente à peine quelques rides, le regard est fixe et brillant, il n’y a pas de déviation de la face, le sillon naso-génien du côté gauche parait seulement un peu plus accentué; la tête ne tremble pas, mais il existe une légère trémulation des lèvres et du menton, la bouche est normalement fermée sans déviation de la commissure, il n’y a pas d'écoulement de salive ni de tremblement de la langue.

Il n’y à jamais eu de difficultés de la parole, qui est seulement un peu plus lente qu'autrefois, mais tous les mots sont bien articulés, il n'y à pas de bredouillement, et la malade n’a pas de difficulté pour trouver ses expressions. -

Les mouvements des globes oculaires sont normaux.

Membre supérieur droil. — L’épaule droite est légèrement abaissée, le coude rapproché du tronc-est en demi-flexion, l’avant-bras et la main reposant sur la cuisse, le poignet est animé de petits mouvements de flexion et d'extension, il n’y a pas de mouvements de latéralité ; la main en pronation présente un mode de déformation qu’il est assez fréquent de rencontrer ; les premières phalanges des quatre derniers doigts sont en extension sur le métacarpe, la phalangine et la phalangette en extension sur la phalange, les deux premiers doigts pouvant être mis en extension ; l’annulaire et l’auriculaire, au contraire, restent toujours demi-fléchis ; le pouce est en extension et en adduction, la phalangine en extension forcée sur la phalange frotte continuellement sur l’articulation phalango-phalanginienne de d’index, les articulations métacarpo-phalangiennes sont un peu augmentées de volume, de même que l'articulation du poignet au nivean de laquelle les mouvements provoqués déterminent quelques craquements ; la main dans son ensemble est portée vers le bord cubital, les mouvements spontanés du coude et de l'épaule sont limités et se font lentement; dans les mouvements provoqués, on reconnaît aisément l'existence d’une rigidité assez marquée dont on finit par triompher.

L’éminence thénar paraît légèrement diminuée de volume.

Quand la malade est au repos, le tremblement n’existe qu’au niveau des doigts et du poignet, sous l'influence d’une émotion, il envahit tout le membre, en même temps qu’augmente l’amplitude des oscillations ; les mouvements volontaires ne l’influencent pas d’une manière sensible; l'écriture est devenue à peu près impossible, les premiers mots sont encore lisibles, malgré les sinuosités caractéristiques que présentent les jambages des lettres, mais bientôt les mouvements deviennent tout à fait désordonnés, la plume frotte le papier sans arriver à former une lettre.

La force musculaire est notablement diminuée. Au dynamomètre on 22 MD == 145; —M.G. — 18. S

Membre inférieur droit. — Il ne peut être exploré d’une façon complète dans la position assise; la cuisse est en légère abduction et immobile, la jambe fléchie, les mouvements de larticulation du genou presque supprimés ; quand la malade est assise la pointe du pied repose seule sur le sol, l’angle du pied sur la jambe est plus ouvert qu'à l'état normal, les orteils sont en flexion forcée vers la plante du pied ; le tremblement du pied est peu marqué en temps ordinaire, il ne devient net que quand la malade est émue ; on voit alors de petits mouvements rapides d'extension et de flexion du pied sur la jambe pendant lesquels le talon vient frapper le sol.

Malade couchée. — La tête et le haut du tronc restent toujours un peu fléchis en avant, la malade n'aime pas le séjour au lit où elle ne peut satisfaire elle-même son besoin incessant de changer de position ; tandis que lorsqu’elle est assise, elle arrive à se tourner de côté et d'autre, au lit, elle est obligée d’avoir recours à un aide.

Membre supérieur droit. — Son impotence et son tremblement sont les mêmes que dans la situation assise.

Membre inférieur droit. — En découvrant la malade on reconnaît

que la cuisse est légèrement fléchie sur le bassin, avec abduction et rotation en dehors ; l'exploration de la région de la hanche est douloureuse, et il est actuellement difficile de se prononcer sur la nature de la lésion causée par le traumatisme, il y a 6 ans ; la cuisse droite est atrophiée, sa circonférence est de 4 centimètres inférieure à celle de la cuisse gauche ; la jambe est en flexion sur la cuisse et ne peut être étendue ; articulation du genou est plus volumineuse-que du côté sain; les tendons des muscles fléchisseurs forment des cordons durs et résistants de chaque côté du creux poplité ; les muscles de la jambe ne sont pas atrophiés, le pied présente un léger équinisme facilement corrigé; la recherche du réflexe rotulien est rendue à peu près impossible par la rétraction des tendons fléchisseurs. Quant au côté gauche, il est absolument indemne, on ne peut y constater ni raideur, ni déformation de la main, ni tremblement. Il n’existe aucun trouble de la sensibilité. La santé générale est restée bonne ; l'appétit est médiocre, il n’y a jamais eu de gêne de la déglutition.

Artères un peu athéromateuses. Pas de lésion cardiaque. L'intelligence est intacte ; en octobre 1891, la malade a perdu son mari, à ce moment, il y a eu un accroissement rapide de la maladie ; elle a souvent des crises de larmes et se tourmente des progrès de son mal, pour lequel elle n'espère guère de soulagement ; malgré cela, elle ne manifeste pas trop d'inquiétude, et ne pouvant plus travailler, elle passe son temps à lire, ce qu’elle fait facilement.

Aimée Bor... n’est restée que 4 jours dans le service, son départ précipité ne nous a permis ni de nous renseigner sur la réaction des

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