PÉRIODE DE DESQUAMATION. — CONVALESCENCE
Nous avons affaire maintenant aux laryngites tardives. Les lésions, comme nous le verrons, commencent bien pendant la période d’éruption ; mais comme elles sont plus profondes, elles demandent plus de temps pour évoluer, de sorte que, si anatomiquement cette forme de laryngite est pour ainsi dire à cheval sur la période d’éruption et la période de desquamation, cliniquement elle appartient plutôt à celle-ci. C’est cette forme, quand elle devient grave, qu'il importe de distinguer de la laryngite diphtérique que nous passerons sous silence ou du moins dont nous ne dirons que quelques mots quand nous traiterons du diagnostic différentiel entre le croup et la laryngite grave.
Nous allons reproduire maintenant quelques observations de différents auteurs qui nous semblent indispensables pour montrer combien dans certains cas le diagnostic différentiel est difficile, pour ne pas dire impossible. Nous allons également reproduire les deux observations que nous avons recueillies à l'hôpital Trousseau.
OBsERVATION |. — (Recueillie dans la thèse de doctorat par EnouarDp BLanckaErT de 1868.)
Hougeole compliquée de broncho-pneumonie surtout gauche, le 3° jour, de croup le 6°. — Mort. — Autopsie.
La nommée P..... Joséphine, âgée de 3 ans, entre le 5 mars
à l'hôpital des Enfants malades, dans le service de M. Roger, pour
un rachitisme très prononcé. Chapelet costal, gros ventre, cour-
bure des os des membres inférieurs. Elle était soignée pour cette
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maladie, lorsque le 18 mars, à la visite, on constate une quinte de coqueluche et une éruption de rougeole, caractérisée par de très petites taches assez pâles et marquées surtout à la figure où néanmoins elles existent par places. On en trouve quelques-unes encore aux avant-bras et aux cuisses, aucune ailleurs.
Le 19 mars, l’'éruption est partout bien sortie et d’une bonne couleur, avec bouffissure de la face, gonflement des yeux et larmoiement. L'enfant paraît très abattue ; on trouve quelques ràles muqueux dans la poitrine.
Le 20, l’éruption commence à pälir et la petite malade, beaucoup moins abattue, semble plus à l'aise. Les quintes de toux sont celles d’une coqueluche commençante.
Le 21, il y a uné aggravation évidente : l'enfant est retombée dans un grand abattement. La dyspnée est notable ; la respiration accélérée (52 inspirations par minute). À l’auscultation on entend en arrière, dans les deux poumons, des râles sous-crépitants gros, mêlés de räles sous-crépitants fins, surtout inspiratoires et plus abondants du côté gauche où il y a aussi du souffle. Il n’y a pas de souffle à droite. Le pouls bat 160 fois par minute. Depuis hier, il est survenu une diarrhée verte, abondante, mais sans chaleur, ni douleur du ventre. L’éruption a disparu de la face qui est très pâle ; ailleurs elle ne laisse que des maculations cuivrées, excepté au ventre et aux cuisses où quelques taches sont devenues ecchymotiques.
Le 22, l’état est à peu près le même qu’hier. L'enfant, toujours très abattue, sommeille constamment. Les quintes de coqueluche qui ne furent jamais ni intenses, ni nombreuses ont diminué de fréquence ; même état de la poitrine. On remarque l'injection vive de la pommette droite.
Le 23, il y a une aggravation considérable ; la petite malade très affaiblie, est couchée, immobile et paraît accablée. Le pouls,
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petit, bat 150 fois par minute. La peau est sèche et brûlante (température rectale 41°).
Ce matin on constate pour la première fois l’existence d’une toux rauque, sourde, assez fréquente quand l’enfant est éveillée, mais non quinteuse. Si l’on comprime le larynx, la petite malade contracte ses traits, ouvre la bouche, comme si elle voulait crier,
mais aucun son ne se produit : la voix est éteinte. En examinant
la gorge on trouve un peu de rougeur aux piliers et à laluette. — La respiration est tout à fait abdominale, mais ne s’accompagne que d’un tirage peu marqué : 48 inspirations par minute. A l’auscultation on entend des râles sous-crépitants gros et fins, mais beaucoup moins abondants à droite qu’à gauche, où il y a aussi du souffle dans les fortes inspirations ; ces ràles sont plus marqués à la base. — Ilne reste plus de l’éruption de rougeole que des maculations cuivrées au ventre et aux cuisses, et dans ces régions, les taches ecchymotiques dont nous avons parlé plus haut ont beaucoup pli, quoiqu'elles soient encore apparentes.
Le 24, l'enfant est morte ce matin avant la visite, sans avoir eu d'accès de suffocation ni rien présenté de particulier ; elle s’est comme éteinte.
Auropsie. — Vingt-quatre heures après la mort. Larynxz. — On trouve des fausses membranes blanchâtres,
très molles, exiguës, très peu adhérentes. Elles tapissent la muqueuse laryngée, surtout à la face supérieure de l’épiglotte, au niveau des replis aryténo-épiglottiques et des ventricules qu’elles effacent, de la partie inférieure du larynx et des premiers anneaux de la trachée, où elles sont plus étendues et s’enlèvent par lambeaux plus larges.
La muqueuse est le siège d’une tuméfaction considérable et d’une vive injection, surtout dans les points occupés par les pseudo-membranes. Les replis aryténo-épiglottiques et les cordes vocales, les supérieures surtout, sont très épaissies. Dans le reste