‹ Contribution à l'étude clinique des laryngites rubéoliquesChapitre 18 sur 26 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

progrès, la toux est moins fréquente, et les quintes ne reviennent que tous les quarts d'heure, toutes les demi-heures et même à intervalles plus éloignés, nous dit Trousseau. Quant à la voix, d'abord enrouée, puis rauque, elle finit les jours suivants par s’étéindre ; c’est l'aphonie complète.

Du côté de la poitrine, la dyspnée va croissant en même temps que l'orifice glottique se rétrécit ; l'inspiration se change en un sifflement strident et prolongé. En même temps se montre le phénomène appelé tirage au niveau du creux épigastrique et de la fossette sus-sternale. Dans le cours de cette dyspnée progressive, surviennent des accès de suffocation de plus en plus rapprochés.

La face bouffie, viôlacée, les veux hagards et brillants expriment l’anxiété la plus pénible ; enfin l’agonie commence, sans qu'il y ait eu, à partir de ce moment, autant d'accès de suffocation qu'auraient pu le faire prévoir ceux qui ont lieu jusque-là (Trousseau).

A l’auscultation, on n'entend que le retentissement du sifflement laryngé ; l'expiration est lente et même plus prolongée que l'inspiration.

L’expectoration est souvent caractéristique ; les malades rejettent des lambeaux membraneux vers le quatrième jour. J. Simon dit quele rejet des fausses membranes s’observe dans la moitié des cas.

Si nous ajoutons que la fièvre oscille entre 38 et 39 degrés, qu'il y a fréquemment de l’albuminurie, de l’engorgement ganglionnaire (Sée, Barbosa), quelquefois des éruptions multiples (G. Sée), que chez l'adulte les caractères cliniques sont à peu près les mêmes, si ce n’est que la dys-

UE he

pnée est plus lente, qu’il n’y a pas habituellement de sifflement laryngo-trachéal et d'accès de suffocation, la description du croup sera à peu près complète, en tenant compte toutefois des exceptions si nombreuses qui peuvent se présenter, surtout au cours d’une épidémie.

Reproduisons en quelques lignes les phénomènes laryngés des deux observations de Blanckaert. Dans la première, la toux était rauque, sourde, assez fréquente, mais non quinteuse ; il n’y avait du côté de la gorge qu’un peu de rougeur, la respiration était abdominale, mais accompagnée de peu de tirage. Il n’y eut pas d’accès de suffocation. A l’autopsie, on trouva des fausses membranes.

Dans la seconde, la toux était très rauque, sourde, incessante le premier jour; le second il y eut des accès de suffocation assez répétés. Le troisième, la toux devient moins fréquente, très rauque, sourde, la voix est éteinte ; il n'ya pas d'accès, mais une respiration abdominale, du tirage très net ; la figure devient ecchymotique, la dyspnée est très prononcée ; il y a même le quatrième Jour un bruit laryngotrachéal.

A l’autopsie, on trouve la muqueuse simplement épaissie et gontlée.

Comparons maintenant ces symptômes avec ceux d’une laryngite pseudo-membraneuse. Eh bien les symptômes, la marche, tous les caractères des deux maladies observées par Blanckaert nous paraissent insuffisants pour établir le diagnostic différentiel ; bien plus ces symptômes n’indiquent-ils pas plutôt le croup chez le petit garçon atteint de laryngite et une laryngite chez la petite fille qui a succombé au croup.

Il serait, à notre avis, difficile de dire qu'ici l'enfant soit mort de sa laryngite rubéolique (observation IN), les lésions pulmonaires et pleurales trouvées à l’autopsie étaient très suffisantes pour expliquer et déterminer la terminaison fatale. Cependant nous nous croyons autorisé dans le cas présent à faire remarquer que la laryngite a bien pu contribuer à la mort : de plus les symptômes qui se présentaient, le tirage, la voix éteinte, n’auraient-ils pas suffi à faire porter Le diagnostic de croup d'emblée à un praticien qui n’aurait pas été prévenu.

Poursuivons notre analyse encore plus loin ; on pourrait objecter que, dans le second cas, les accès de suffocation ne se sont présentés qu'un seul jour et ne se sont pas répétés ; mais nous pouvons répondre qu'il n’est pas très rare de rencontrer des cas où une laryngite spasmodique vient compliquer le début d’un croup qui parcourt ensuite ses périodes et se termine sans s'accompagner d'accès de suffocation. Dans la même observation n° IT, on pourrait également objecter que l’affaiblissement du murmure vésiculaire était en rapport avec la présence de la pleurésie ; mais n'est-il pas plus logique d'expliquer cet affaiblissement de la respiration par les lésions trouvées à l’autopsie, l’épaississement et le gonflement de la muqueuse, principalement au niveau des cordes vocales.

Que reste-t-il donc pour asseoir le diagnostic ? C’est ce que nous fâcherons de montrer à la fin de ce chapitre quand nous aurons analysé de nouveaux cas.

Page 1