‹ Contribution À L'Étude Clinique Des Névrites Et Des PolynévritesChapitre 5 sur 14 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

$S 1. — Quelques mots sur l'existence des névrites. S 2. — Névrites des nerfs craniens.

$ 3. — Névrites des nerfs périphériques.

$ 4. — Polynévrites.

S 1. — Les opinions les plus opposées ont été soutenues au sujet de l’existence des névrites. Cette question a même fait objet d’un rapport de M. Marie au congrès des médecins aliénistes et neurologistes des pays de langue française tenu à Clermont-Ferrand en 1894.

D’après MM. Marie, Babinzky, ete. les altérations des nerfs périphériques seraient sous la dépendance des lésions que l’agent morbide a provoqué sur le système nerveux, étle mot de névrite périphérique signifie simplement que les altérations anatomiques du système nerveux perceptibles à nos moyens d'investigation sont exclusivement localisés dans les nerfs, où ÿ sont bien plus

accusés que dans le système nerveux central,

M. Renaut (de Lyon), et avec lui MM. Leyden, Joffroy, Pierret, Pitre et Vaillard Déjerine, et nombre d’autres affirment que : « la réaction desnerfs à l’encontre des réac- « tions pathogènes qu’ils reçoivent dans leur terminaison « est ou demeure toute locale parfaitement individuelle. » M. Renaut ne nie pas toutefois l’influence de la cellule ganglionnaire ; mais d’après lui la névrite périphérique ne peut pas être ramenée à un cas de trophisme émané des centres nerveux et elle doit conserver sa place en neurologie.

Depuis 1894 de nouvelles observations, de sérieuses études sont venues, chaque jour apporter des éléments à cette idée de l’autonomie pathologique du système nerveux périphérique ; et si la discussion reste ouverte, il n’en est pas moins vrai que la question des névrites n’est plus ce cadre sans tableau dont parlait Charcot.

Malheureusement, si, dans les nombreux travaux par lesquels on est parvenu à classer les névrites d’origine interne à la suite de différentes infections, on recherche ce qui à trait à la syphilis on ne trouve rien ou presque rien.

En tous cas les travaux d’ensemble manquent absolument. Toutes les études sur la syphilis du système nerveux périphérique se sont limitées aux affections des nerfs craniens et portent presque toutes sur la période tertiaire, Etmême, quand, dès la période secondaire, ceuxci sont atteints ; on a recours à une lésion cérébrale, méningée ou osseuse pour expliquer la névrite, on en fait

du tertiarisme précoce.

$S 2. — Nous n’en voulons pour preuve que les hypo-

en ES

thèses émises par le Dr Boix à la suite d’une étude sur les paralysies faciales dues à la syphilis, étude complétée par une observation personnelle de l’auteur qui nous a paru devoir être reproduite rx extenso comme le type d'une paralysie faciale syphilitique.

M. Boix s'élève contre cette idée d’une névrite essentielle. Pour lui la paralysie du nerf facial «n’est plus qu’une question de topographie de la plaque méningée » et il la considère comme l’expression d’un tertiarisme précoce.

Rien cependant, ne vient à l'appui de cette assertion. Dans l'observation de M. Boix prise avec un soin méticuleux, on ne constate aucun symptôme de troubles méningés ou cérébraux. Le malade n’a même pas de céphalée. Comme pour appuyer au contraire l’hypothèse des névrites périphériques,cette paralysie du nerf est accompagnée d’une éruption zoniforme (1) occupant la région innervée par le plexus c:rvical superficiel. \

Avant M. Boix le D' Marty avait publié un cas de paralysie faciale survenue chez un syphilitique âgé de 25 ans ayant encore la roséole du début. Ne pouvant incriminer ni le froid, ni le traumatisme, ni, en l’absence de tout trouble cérébral, une origine centrale, l'auteur en avait conclu à une névrite périphérique primitive qui guérit du reste par le traitement.

Nous devons aussi à M,Bahuaud, d'Angers une observation de névrite du nerf facial ayant éclaté 27 jours

après l'infection, chez un homme de 35 ans. Là encore

1, M, Gaucher a signalé l’existenese de manifestations syphilitiques qu'il a appelé des syphilis zoniformes, Ménétrel < 2

Lg 2 toute cause étiologique autre que la syphilis a été éliminée et la guérison par le traitement vint confirmer le diagnostic.

On compte environ encore une vingtaine d'observations de paralysies faciales précoces. Du reste ainsi que le montre le docteur Dargaud (1) le nerf facial serait celui de tous les nerfs craniens qui seraient le plus fréquemment touché par la syphilis à la seconde période. Puis viendraient par ordre de fréquence le nerf optique, le nerfauditif, les autres nerfs étant épargnés par l’infection où du moins leurs lésions ayant passé inaperçues ou étant rapportées à la syphilis cérébrale.

Nous ne pouvons malheureusement insister comme nous le voudrions sur ces névrites des nerfs craniens. Il n’est pas possible actuellement d’affirmer que quand l'un d’eux est touché il n’est pas comprimé dans son trajet intra-cranien par une méningite scléro-gommeuse au début, ou par une altération osseuse ou périostée. Jusqu’alors en effet ces affections relativement rares et générale ment bénignes, n’ont pas encore donné lieu à une autopsie et seule l’anatomie pathologique pourrait, jétant quelque lumière sur la question séparer ces névrites des troubles cérébraux. |

S 3. — Cest surtout quand on arrive à l’étude de linfluence de la diathèse syphilitique sur Les nerfs rachidiens que la pénurie des documents français se fait sentir. En revanche à l’étranger, notamment en Jtalie et en Autri-

che ils se trouvent en assez grande abondance.

1. Thèse Paris 1885. De l’hémiplegie f aciale duns la période se= — condaïire.

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Ne EE Ces névrites sont parfois très localisées c’est ainsi qu'on les trouve isolément au membre supérieur au membre inférieur atteignant tantôt un seul nerf, tantôt tous les autres en vertu de cette solidarité qui relie toutes les parties du système nerveux entre elles. Souvent aussi elles sont généralisées à tout ou partie de l'orgarisme. On à alors ces polynévrites à réactions multiples pouvant en imposer pour des lésions du système nerveux central dont elles ne diffèrent du reste que par des symptômes parfois difficilement appréciables.

Nous envisagerons successivement les névrites du membre supérieur, celles du membre inférieur et enfin les polynévrites. |

A. — Névrites du membre supérieur.— Dansles obser-

vations de névrites du membre supérieur que nous avons

eues sous les yeux, c’estle nerfcubital qui a presque toujours été lésé soit seal,soit concurremmenatavec le médian cutané et le médian.

En 1881 Ormeroit présente à la Société pathologique de Londres une hypertrophie du nerf médian d’origine nettement syphilitique.

Le professeur Ehrmann de Vienne, a observé et examiné attentivement Îles névrites cubitales. IT cite le cas d’un homme qui six mois après son chancre à présenté une névrile cubitale typique avec troubles moteurs et sensilifs. Nous avons jugé inutile de reproduire cette observation publiée dans un travail dont nous parlerons, mais nous citerons les conclusions du professeur Ehrmamn.

«Ilne peut être question d’une polyomyélite car il y

avait à la fois des troubles moteurs et sensitifs. En outre

les symptômes étaient limités à des régions nerveuses déterminées ; la maladie était absolument sémilatérale, aucun symptôme d'affection centrale n’existait, les réflexes étaient intacts. La sensibilité à la périphérie s’explique parfaitement dans l’hypothèse d’une névrite «périphérique, hypothèse qui concorde avec tous les phénomèenes observés : « multiplicité des points atteints, sensibilité «-a la pression, hyperalgésie des régions innercées par le « cubital, paralysie et atrophie des muscles de la main. Les « muscles longs de l’avant-bras sous la dépendance du

« même nerf restant complètement intacts.

« L’affection ne procède pas d’une maladie des racines « là où elles pénètrent dans le canal médullaire puisque « les symptômes indiquant une participation des méain-

« ges tous font défaut.

« La multiplicité de la maladie permet de rejeter l’hy- « pothèse d’une compression des nerïe, par les tumeurs

.« dont du reste on a constaté l’absence.

« Quant à lorigine svphilitique de l’affection nerveuse « elle résulte : 4° de l’absence de tout autre cause, 2° de « la présence simultanée de syphilis papulo-squameuse, « 3 de la disparition de l’atrophie et du retour de l'inner-

« vation sous l'influence de l'iodure de potassium. »

En 1895, M. Gaucher signalait coup sur coup trois cas de névrites cubitales auxquelles il ne voyait pas d’autres causes que la syphilis. Ces trois observations ainsi que. celte du professeur Ehrmann sont rapportées tout au long dans la thèse du D: Champanier sur les névrites cubitales

secondaires,

Depuis, l’histoire des névrites cubitales s’est enrichie quelque peu. pie d

En 1896 Bruusgaard signale deux cas de névrites cubitales pendant la période secondaire de la syphilis. Le premier chez une fille de 18 ans atteinte depuis 4 mois de la vérole et entrée à l’hôpital pour syphilides secondaires.

Quatre jours après l'entrée dit le D: ‘Bruusgaard elle était atteinte d’une névrite bien caractérisée et localisée dans la région du cubital gauche. |

Le second cas a été observé sur une fille de 21 ans ayant eu son chancre un an 1/2 auparavant.

Malheureusement M. Bruusgaard ne nous donne pas de détails sur les troubles qu'il a observés. Il constate sims plement la quérison rapide par liodure de potassium.

L'observation de M. Grosz de Vienne est plus instructive.

La malade qui en fait l’objet a eu un chancre induré vers le milieu de 1896. Au commencement de 1897 elle vint voir le D° Grosz pour une éruption papuleuse disséminée sur tout le corps accompagnée de douleurs térébrantes générales, et d’anesthésie de l’annulaire et du petit doigt de la maïn gauche.

On examine complétement le système nerveux: pas de’ troubles moteurs, pas d’atrophie. musculaire. Diminution sur le bras gauche de la sensibilité cutanée. Les réflexes sont normaux.

Le long du cubital existent des douleurs spontanées qui s’exaspèrent la nuit et par la pression. l

Huit jours après, on constatait des troubles analogues

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