TRAITEMENT
Au poste de secours, le traitement des plaies de l'abdomen est simple : on panse les blessés, on évite de leur donner à boire, on soulage leur douleur par une ou deux piqûres de morphine, on remonte leur état général et on les évacue le plus rapidement possible. Des publications nombreuses affirment qu’un grand nombre guérissent soit par le simple traitement médi-
cal, soit à la suite d'interventions. Nous restons très
sceptiques sur les brillants succès des abstentionnistes et nous nous bornons simplement à constater que leur vogue diminue à mesure que la guerre dure.
Quant aux résultats opératoires, s’ils s’améliorent de jour en jour, ils sont encore loin d’être absolument satisfaisants. Peut-être, dans certains secteurs calmes, où la constitution du terrain permet aux automobiles d'arriver très près des lignes, jusqu’au poste de secours de bataillon, obtient-on le maximum de succès qu’on puisse espérer pour des plaies aussi graves que celles de l’abdomen, mais c’est l'exception. Beaucoup trop d’abdomens meurent encore dans des cas où cependant l’atténuation des symptômes pouvait donner quelque espérance de guérison.
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A la suite des combats, au bout de quatre où emq jours, les lettres des blessés commencent à arriver aux camarades restés au bataillon. Ecrites rapide— ment, au crayon, d’une main mal habile, ou au contraire très soignées sous tous les rapports, elles disent, l’une : la joie d’un blessé léger de se trouver à
l’intérieur ; l’autre, les souffrances d’une fracture de:
cuisse; l’autre encore les difficultés de respirer d’un
blessé de poitrine, etc. ; mais des lettres de blessés
de l'abdomen racontant le succès de leur intervention, on n’en reçoit presque jamais. Îl faut. l'avouer, dans certains cas la mortalité atteint presque 100 pour 100.
Les premiers postes chirurgicaux sont trop loin. Voilà la vérité, la vérité criante qu’on s'efforce de cacher. Ce n’est pas six heures au plus tard après la blessure qu’il faut opérer, c’est de suite. Ce n’est pas à 10 kilomètres du front que doivent être pratiquées les opérations urgentes, mais tout près des lignes, dans les lignes mêmes.
Il y a, dit-on, deux inconvénients à cela ; le plus grave c’est que la tranquillité morale manque au blessé. Nous affirmons que c’est faux ou du moins très exagéré. Le blessé grave ne demande pas à quitter rapidement le ur de bataille quand il est à l'abri. Tout dans la vie n’a de valeur que par comparalson : une couchette dans un abri est un bon ht pour qui a passé dix jours dans la tranchée. Un poste de secours aménagé est, pour le combattant, un hôpital suffisant.
La deuxième difficulté c’est de trouver un local.
Elle peut être très grande dans des secteurs très plats
et marécageux comme en Belgique; mais la plupart du temps on trouve une cave, une grotte, un abri souterrain. On a parlé de constituer des équipes de génie chargées de la confection, en ligne, de postes de secours ; c'était une excellente idée, mais elle n’a pas dù être exploitée car nous n’avons jamais vu ces équipes.
Même installés précairement, ces postes chirurgicaux avancés peuvent rendre des services considérables, comme on peut s’en rendre compte par Vhistoire de l’ambulance 1/7 que nous allons relater :
Au début de la guerre, après la victoire de la Marne, à la suite du redressement des Allemands sur PAisne, cette ambulance se trouva installée au nord de la rivière, au château F..., à 1 kilomètre environ des premières lignes. Durant près de trois mois, elle fonctionna comme poste de secours chirurgical avancé. Les brançardiers des compagnies y apportaient directement des blessés sans passer par les postes de bataillon qui se trouvaient à sa hauteur. Toutes les opérations d'urgence y étaient pratiquées et, en particulier, neuf laparotomies dont voici les observations :