LE RACCOURCISSEMENT
Il est en rapport immédiat avec le siège et les caractères mêmes de la lésion. Celle-ci, en effet, siégeant au niveau du cartilage conjugal, aura pour conséquence naturelle d'entraîner des troubles dans la fonction ostéogénique de ce dernier. Troubles d'autant plus importants qu'il s’agit, à l'extrémité inférieure du fémur, d’une des épiphyses les plus fertiles du système osseux — deux fois plus fertile que l'épiphyse supérieure du même os (Ollier) — et susceptible de diminuer considérablement. la longueur du segment de membre correspondant. Quelques précisions doivent être données. Tout d'abord, le
raccourcissement ne s’observe pas d’une manière cons-
tante. Et différents facteurs interviennent dans le méca-
nisme de sa production: C'est ainsi que l’âge a une
grande importance. Il est facile de comprendre en effet
que plus le sujet sera jeune plus son accroissement en
longueur au niveau du segment de membre considéré
sera diminué. Chez le tout jeune enfant où-l'ostéogénèse est si active, le raccourcissement pourra être considérable. S'il s’agit, au contraire, d'un jeune homme dont le développement est presque complet, il pourra être réduit au minimum. Et tous les degrés pourront ainsi s'observer suivant l’âge du sujet.
Les caractères de la lésion, avons-nous dit, interviennent eux-mêmes, qui sont en rapport avec la nature et la gravité de la violence traumatique, l'intensité des phénomènes inflammatoires qui l’ont suivie. Celles-ci
doivent être prises en très sérieuse considération. Le
décollement est-il ouvert ou fermé? S'il se complique de plaie et de suppuration consécutive; s'il s’accompagne de fractures multiples de la diaphyse et de l'épiphyse séparées; si surtout le chirurgien a été mis dans la nécessité pour réduire de pratiquer une résection plus ou moins étendue de la diaphyse et si, quoi qu'on ait fait, le décollement s'est vicieusement consolidé, il faudra s'attendre à avoir un raccourcissement marqué. Quelle est l'importance du déplacement? A priori, il semble que celui-ci doive contribuer pour une bonne part au raccourcissement en s'opposant au rapprochement des surfaces séparées. C'est en s'appuyant sur cette considération qu'on lui a fait jouer un grand rôle. Sans doute le fait en lui-même mérite de retenir toute l'attention du chirurgien au point de vue de la réduction. Mais l'existence ou l'absence de celle-ci est-elle
invariablement liée au raccourcissement ? Il ne le semble
pas. Et même en l'absence de consolidation vicieuse,
on peut voir survenir du raccourcissement. Celui-ci n'est donc pas lié essentiellement au déplacement.
IL est par contre un facteur auquel il faut attacher une grosse importance : le fait même du {raumatisme du cartilage conjugal. — C'est des troubles mêmes produits par le traumatisme au niveau de celui-ci et de ses modifications structurales qu'il relèverait avant tout. De sorte que, ainsi qu'il résulte des recherches de Cornil et Coudray, le raccourcissement serait étroitement lié à l'évolution même de la réparation des traumatismes du cartilage. L'absence de déformation ou déplacement
ne serait nullement une garantie contre la possibilité
de raccourcissement dans la suite. Et M. Massard 2 rapporté un cas de raccourcissement après décollement sans déplacement qui vient à l'appui de ces faits. Se fondant sur ces données, on se gardera de former un pronostic en rapport avec l'existence ou l'absence de déplacement, ce pronostic n'étant pas nécessairement bénin parce que pas de déplacement, ou grave parce que celui-ci est plus ou moins étendu.
Quelles sont maintenant Ia fréquence et l'étendue de ce raccourcissement ? Nous avons dit qu'il n'existait pas d’une manière constante. Et ici, il y 2 lieu de distinguer. Alors que, en effet, l’expérimentation 2 montré aux auteurs sus-nommés que foute lésion traumatique du cartilage était suivie d’arrét de développement, la clinique montre au contraire que ces raccourcissements consécutifs aux décollements ne sont pas fréquents, bien qu'il s'agisse, nous le savons, d’une épiphyse des plus fertiles. Poland n'en rapporte que 56 cas sur 700 décollements. Pour ce qui est du degré de raccourcissement, on cite des cas de 6 centimètres par rapport au côté sain, chez un enfant de douze ans, six ans après l'acci-
dent; chez un enfant de quatorze ans, cinq ans après (obs. IV); de 10 centimètres chez un enfant de quinze ans, quatre ans après, et de 10 centimètres encore après résection diaphysaire. Au pronostic, nous avions aussi cité quelques chiffres. Mais il s’agit là de cas fort heureusement fout à fait exceptionnels si un bon diagnostic ayant été fait, le décollement a été bien réduit. Il faut bien savoir toutefois que si une réduction imparfaite aggrave l'arrêt de développement, une bonne réduction
LR ere En
par contre n'est nullement une garantie qu'on ne l'observera pas nécessairement (Broca). De l'ensemble de ces faits se dégage pratiquement la conclusion suivante : s’efforcer d'obtenir une bonne réduction et s’il y a lieu à intervention sanglante, éviter la résection de la dia-
physe.