‹ Contribution à l'étude clinique et thérapeutique de la perforation aiguë de l'ulcère duodénumChapitre 5 sur 23 · EME · texte numérisé non relu

EME

OBsEnvaTIoN Il. — (D' Monprofit.)

Due à l’obligeance de mon excellent camarade G. Boumard.

J. L.., âgé de 65 ans, cultivateur à Brain-sur-l’Authion, entre à l'Hôtel-Dieu d'Angers, le samedi 20 juillet 1912, parce qu’il souffre de douleurs très vives à droite de l’épigastre, et que depuis 24 heures il n’a rendu ni matières, ni gaz.

Antécédents : À noter d’abord un éthylisme très marqué. Depuis une trentaine d'années environ, le malade se plaint de douleurs épigastriques, qui le prennent quelques heures après les repas, et se sont toujours manifestées de facon irrégulière. Elles ne sesont jamaisaccompagnées d’autres troubles digestifs.

Le vendredi, 19 juillet, à 5 heures du soir, le malade se sent pris d’une très violente douleur siégeant à l’épigastre, à la partie droite surtout de cette région ; cette douleur s’irradie dans le flanc droit ; elle est intermittente.

Une demi-heure après l'apparition de la douleur surviennent des vomissements alimentaires.

À 7 heures,un médeein voit le malade et le croitatteint d’une crise douloureuse de gastrite alcoolique. Piqûre de morphine, qui amène pendant quelques heures, semble-t-il, un peu d’amélioration.

Au milieu de la nuit, la douleur et les vomissements réapparaissent. La douleur, pénible au point de faire crier le malade, siège dans toute la partie droite de l’abdomen, mais cependant est prédominante à la partie supérieure.

Le ventre se ballonne.

Le malade ne rend ni matières, ni gaz, ni urines.

Le 20, au matin, le médecin revoit le malade : cathétérisme de l’urèthre, afin de vider la vessie remplie d’urine. Potion calmante, et glace à appliquer sur le ventre. Cette thérapeutique n'amène que très peu d'amélioration.

Le soir,à 4 heures, l’état s’est peu modifié : la douleur, les vomissements, la rétention des matières et des urines persistent. Le ventre est un peu plus ballonné.

SPRTE eS

À 9 heures du soir le malade est amené à l’hôpital dans le service de M. le Pr Monprofit.

L'examen montre un malade très fatigué : les traits tirés, le. nez pincé.

L'abdomen est ballonné légèrement et uniformément. La palpation en est douloureuse, surtout à droite et au-dessus de l’ombilic ; on ne sent rien dans la profondeur.

Les flancs et l'hypogastre sont submats.

Le toucher rectal ne donne aucun autre renseignement.

La température est à 370 2.

Le pouls à 120.

On pense à : appendicite suraiguë et on se décide à intervenir. :

Opération à 10 heures du soir. Anesthésie au chloroforme, puis à l’éther.

Incision sur le bord externe du muscle droit. A l'ouverture . du péritoine, il s'écoule du ventre un liquide noirâtre, non fétide.

L’appendice présente quelques adhérences, à l’intérieur on trouve un petit coprolithe. Mais il n’est pas sphacélé et il ne semble pas possible que ses lésions aient amené les accidents actuels. Appendicectomie.

On prolonge alors l’incision par sa partie supérieure. On explore la vésicule, distendue et entourée de quelques adhérences. Dans cette partie supérieure de l'abdomen, le liquide jaune noirâtre, trouvé dès la première incision, est plus abondant. L’estomac paraît intact. Mais, en dehors du pylore, vers la première partie du duodénumile doigt pénètre dans une énorme perforation.

Vu l’état particulièrement grave du malade, et la lésion, on ne peut qu'en faire le tamponnement. ;

On draine le bassin, la fosse iliaque et la région du duodénum et on ferme la paroi.

Après l'intervention, le malade est très fatigué; son pouls est petit, fuyant il bat à 140.Sérumartificiel,et toni-cardiaques. Au réveil il se plaint de souffrir atrocement dans le ventre, il

DU Te

a quelques vomissements de liquide jaune noirâtre, analogue à celui qu’on a trouvé dans le ventre. Il est très agité.

Mort, dans la nuit, à 2 heures.

Autopsie. — On trouve, entourée d’adhérences aux organes

voisins, la perforation large comme une pièce de deux francs, Elle est située exactement à l’angle formé par la première et la seconde portion du duodénum, face antérieure. Autour de cette perforation,la paroi duodénale est épaissie et indurée.

En résumé, ces deux observations nous montrent deux malades, le premier bien portant jusqu'alors, le second se plaignant de troubles gastriques depuis une trentaine d'années, pris subitement de violentes douleurs dans le ventre, douleurs siégeant surtout au côté droit et accompagnées, chez le premier du moins, de contracture abdominale intense. Evolution rapide vers la péritonite généralisée, avec tous les symptômes d’infeclion très grave. La douleur prédominante à droite et la marche de l’affeclion ont, dans les deux cas,conduitau diagnostic de péritonite par lésion appendiculaire. Dans les deux cas, l'intervention a montré l’appendice sain ; au duodénum siégeait la lésion cause des accidents ; une perforalion d’un ulcère du duodénum.

Page 1