‹ Contribution à l'étude d'un Acarien: Le Thrombicula autumnalis ShawChapitre 10 sur 16 · OBSERVATIONS PERSONNELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PERSONNELLES

J'ai pu observer notamment des Rougets, conservés dans lalcool, donnés en 1899 au Muséum de Paris par M. H. du Buyssox et fixés sur les organes génitaux externes de Lapins provenant de Broùt-Vernet (Allier).

En prélevant des fragments de la peau de ces Vertébrés et en les dilacérant sous la loupe, je suis arrivé à isoler des larves auxquelles restait adhérent leur stylostome (Fig.9, 1).

Il se présente sous la forme, indiquée par tous les auteurs, d'une masse cylindrique [S}] homogène, hyaline, dont le con-

tour externe se montre, surtout dans la partie proximale, irrégulier.

Dans certains cas, ce cylindre s’est trouvé brisé transversalement vers son milieu et on s'aperçoit alors que son axe est occupé par un cordon d’aspect plus opaque (Fig. 9, I, T).

Si on fait agir une solution de potasse à chaud, on constate que tout, aussi bien masse enveloppante que canal axial, se trouve détruit, alors que toutes les parties chitineuses de l’Acarien subsistent. Il y a done absence totale d'aucun revêtement chitimeux et ceci démontre que tout cet appareil n’est nulle-

Fi6. 9. — I, Larve fixée à un fragment (F) de peau de Vertébré et munie de son stylostome {S).

IT, Stylostome (S) brisé et laissant voir le cordon axial (A)

ment un organe permanent du Leptus : le caractère anhyste de cette formation permettait, du reste, de prévoir ce résultat.

D'ailleurs, en admettant l’éxistence d’une langue ou d’une trompe, on devrait tout au moins la trouver rétractée à l’intérieur du corps, et il est à remarquer que, dans aucune préparation de Rouget, libre ou fixé, je n'ai pu observer un organe interne de ce genre.

- Trouessarr [1897, p. 98] supposait que cette langue était l’or-

MAKC ANDRÉ 101

gane désigné par HenkiNe [1882, p. 566], chez la larve du F. fuliginosum Herm., sous le nom de « Saugkegel » (cône [et non tube] suceur) et 1l l’assimilait à un hypopharynx : mais 1l est beaucoup plus probable que ce serait un épipharynx, ainsi que le dit Brücker [1900, p. 418]; en tout cas, chez la larve comme chez l'adulte, ce cône suceur, dont la paroi dorsale est formée par l’épipharynx ascolé au tégument supra buccal [Cf. M. Axpré, 1925, p. 303, fig. 1 e ; et voir plus haut, p. 86, fig. 5], s'avance seulement Jusqu'à l'orifice buccal entouré par une membrane constituée par les lobes maxillaires, et e’est un organe conique court, tandis que la soi-disant langue tubulaire de TrousssarT aurait une longueur pouvant atteindre celle du corps de l’Acarien (°).

Je crois donc pouvoir conclure avec Jourpain à l’inexistence ” d'une langue |[M. Anpré, 1927 b, p. 512] et l'examen des préparations mêmes du D" Trouessarr, actuellement conservées dans les collections du Muséum de Paris, n’a fait que corroborer cette manière de voir, car je n'ai constaté aucun aspect concordant avec ses figures.

Cependant récemment, A. C. Oupemaxs |1928, p. 326] a cru pouvoir affirmer, d’une manière générale, la présence d’une langue chez les larves de Thrombhidiidæ, en se basant sur ses observations personnelles. Mais sur des centaines de larves de Thrombididæ, Hydrachnidæ, Erythræidæ étudiées par lui, cet auteur dit n'avoir vu qu'« une seule fois » la langue (qu'il assimile à un hypopharynx) en complète extension chez un Hydrachnide, l'Hydryphantes qymnopterorum L. [= Thrombidium novum Oudms.], dont il avait examiné plus de cinquante spécimens [1903, p. 4, pl. 1, fig. 10] et sa figure représente d’ailleurs un organe filiforme sans aucune différenciation d'articles. De même, sur des centaines de Tarsonemini, il n'a réussi à voir une formation analogue (rétractée) que dans un cas « unique » chez un Tarsonemus [1928, p. 287]. 7

Ces deux observations isolées, faites chez des animaux d’autres groupes, ne me paraissent pas avoir une portée suffisante pour infirmer mes recherches sur la larve du Thrombicula autumnalis.

(:) Chez une larve différente, le Metathrombium inexspectatum Oud. = poriceps Oud. = parasilicum pe Geer, Oudemans [1909, p. 24, pl. 5, fig. 12] a déerit et figuré, entre les lobes maxillaires de l’hypostome, un épipharynx : mais c’est également une lame triangulaire courte et large.

Tout récemment, en octobre 1929, H. Virzrauu [p. 244] à admis que l'existence d'une langue parait théoriquement démontrée par le fait que le stylostome est creusé d’une lumière centrale : je pense que celle-ci est maintenue ouverte non par le va-et-vient d’un semblable organe, mais par le passage contimu de la bouillie alimentaire aspirée, dont parle Gudden, et que, comme je le dirai plus loin (p. 104), j'ai observée sous forme de particules constituant un cordon opaque axial (Fig. 9, IT et fig. 10, 4).

J'ajouterai qu'en juin 1929, J. F. Mansaazz et Srazey | p. 159, fig. 1-3] ont constaté que, chez des Moustiques (Aëdes) parasités par des larves d’un Hydrachnide (Zäebertia), la réaction des tissus de l'hôte amène également la production d’un stylostome semblable à celui du Rouget, avec surface irrégulièrement gaufrée, base renflée et sommet épais : or, ici non seulement cet appareil tubulaire peut présenter des courbures, mais parfois il s’enroule sur lui-même en circonvolution, serpentiformes, ce qui ne semble guère conciliable avec l'hypothèse d’une langue chitineuse plus ou moins rigide (‘).

En faisant des coupes histologiques dans la peau du Lapin aux points où étaient fixés des Rougets, j'ai pu vérifier, en grande partie, les observations faites par Tounr et Kynze.

Le Leplus qui s'accroche à l'hôte non par ses pattes, mais uniquement par les griffes de ses palpes maxillaires | Pm] dirigées en bas et en arrière, enfonce, dans la peau de celui-ci, les crochets de ses chélicères [Ch], lesquels, le plus souvent, contrairement à ce qu'affirme Fiôçez [1876, p. 107, pl. VI, fig. 1, 2,5], ne divergent pas de façon à tourner leurs bords convexes en regard vers la ligne médiane, mais se placent parallèlement l'un à l’autre, comme on le voit dans plusieurs figures d'Oupeuans [1913, fig. B4, C5, K4].

Le stylostome, renflé à sa base, tantôt suit un trajet rectiligne (Fig. 10, 2 et 3), tantôt présente plusieurs courbures (Fig. 10, 4 et 5).

Le canal axial clair, .dont le contour n’est pas uniformément

(1) R. V. Taurce [1929, p. 490] vient également de constater que, chez le 7”. irritans Riley, il n'y à aucun organe chitineux (langue) dans la lumière du stylostome, pour lequel il propose le nom d’histosiphon, parce que ce n’est qu’un pseudo-organe résultant de la modification des tissus enflammés de l'hôte,

rigide, se rétrécit fortement en arrivant au contact des crochets chélicéraux ('); à son extrémité distale, il s'ouvre, au sommet du stylostome, par un élargissement en entonnoir. Dans la lumière de ce canal interne, je n'ai jamais pu, en particulier, apercevoir la moindre trace d’un organe quelconque pouvant rappeler la langue décrite par Trouessarr. Dans l'ensemble du stylostome, je n’ai jamais distingué qu'un double

F16. 10. — Coupes montrant différents stades de développement du stylostome,

contour : un externe constituant la limite périphérique de l'appareil et un interne correspondant à son canal axial. Rien ne m'a permis de discerner un troisième contour représentant la délimitation d’un organe placé à l'intérieur de cette cavité centrale.

(} Contrairement à ce que représente FLôcez (4876, p. 107, pl. VI, fig. 4, 2,5. pour le stylostome ramifié des Rougets d'Arthropodes, je n'ai jamais observé que les crochets des chélicères fussent enfoncés dans l’intérieur de la cavité tubulaire axiale, mais j'ai toujours constaté qu’ils sont externes par rapport à ce canal central, ainsi que le montre la figure de Jounpain [1899 a, fig. 4].

Mais, parfois, on trouve celle-ci remplie d'une matière qui (Fig. 10, /) correspond au cordon opaque mentionné plus haut et qui se montre comme formée des particules d'une bouillie alimentaire, ainsi que l'indique Guppex.

Quant à la substance qui constitue la masse même du stylostome, elle parait homogène ('), mais elle n'est pas neitement séparée des tissus de l'hôte et son contour est plus ou moins déchiqueté : la formation se présente comme si, à sa périphérie, il s'était produit une modification des tissus de l'hôte sous l’action d’une inflammation déterminée par un liquide inoculé par le parasite.

Les choses paraissent donc pouvoir s'interpréter ainsi : l'Acarien, après avoir enfoncé les crochets de ses chélicères, déverse dans la blessure un liquide (salive ou venin) qui constitue la masse homogène du stylostome et qui pénètre par diffusion dans les tissus de l’hôte.

Sur toute la périphérie de ce pseudo-organe ceux-ei se trouvent profondément modifiés, mais l’action se fait surtout sentir à l'extrémité distale du stylostome qui se trouve entourée par une zone œdémateuse. :

En conséquence, je pense que, si l’on met à part la région périphérique, la masse proprement dite du stylostome est une production temporaire sécrétée par le Leprus.

D'ailleurs, le premier stade de la formation du stylostome, tel qu'il a été décrit par Frôcez, qui a vu cet appareil apparaitre sous forme de petites bulles placées devant la bouche du parasite, donne bien l'impression qu'il s’agit de globules que celui-ci vient d'émettre.

Moi-même, pour le stylostome simple du Leptus autumnalis, un cas unique, où j'ai vu le stylostome se montrer comme une petite masse piriforme |Fig. 10, f] homogène, attachée aux chélicères me parait particulièrement intéressant : je considère, en effet, que ceci pouvait représenter un début de formation de cet appareil.

Je regarde donc le stylostome comme étant formé d’une sécrétion du parasite produite fort probablement par ses glan-

(") Dans les parois de cette masse, je n'ai jamais distingué les trois couches

que FLôGez [1876, p. 108] mentionne pour le stylostome ramifié des Rougets d’Arthropodes. ;

des salivaires et venimeuses. Mais cet appareil tubulaire ne servirait pas simplement à puiser des matériaux déjà liquides dont se nourrirait le parasite. Le produit sécrété aurait pour effet d’agir sur les tissus sous-tégumentaires de l'hôte, afin de les transformer en principes nutritifs liquides susceptibles de pouvoir être introduits dans le tube digestif de l’Acarien, puis ceux-ci sont aspirés dans le canal axial du stylostome et constituent la bouillie alimentaire dont on le voit parfois rempli.

IL y aurait donc deux temps à distinguer dans la piqûre du Rouget :

1° le Leptus dégorge dans sa proie un suc digestif capable de solubiliser les divers tissus de celui-ci (digestion extra-intestinale) ;

20 il aspire par succion le liquide uutritif ainsi produit dont la digestion chimique se complètera dans l'intestin.

Dès lors, on comprend que cette sécrétion qui a pénétré dans le corps du Vertébré, continue à y faire sentir son action après l'extraction du Leptus et que, par suite, même dans ce cas, les démangeaisons puissent persister quelques jours après la piqüre.

Quant à ce fait que Le stylostome, simplement cylindrique dans Le cas des Vertébrés, devient arborescent chez les Arthropodes, je pense que Jourpain a eu raison de supposer que cette forme compliquée tient uniquement à ce que la matière sécrétée par l’Acarien se répand alors dans un système de lacunes ramifiées du corps de l'hôte.

Page 1