‹ Contribution à l'étude d'un Acarien: Le Thrombicula autumnalis ShawChapitre 2 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le LEPTE AUTOMNAL ET LA THROMBIDIOSE CHEZ L'HOMME

Sous le nom de « Lepte automnal » (Leptus autumnalis Shaw) on désigne une larve hexapode d’Acarien, du groupe des Thrombidions, qui, dans un grand nombre de localités, pendant les mois chauds et secs, surtout en août et septembre, attaque l'Homme.

C'est le minuscule parasite désigné vulgairement sous Les noms de rouget, bête rouge, bête d'août, pique août, aoûtat, vendangeron. ;

Les animaux de cette espèce envahissent de préférence les

- (!) L'une de ces larves est le Zeptus phalangii De Geer, type du genre Leptus.

membres inférieurs, puis remontent le long des jambes et se promènent avec agilité sur toute la surface du corps, pour venir s'accumuler dès qu'ils rencontrent un obstacle (jarretières, ceinture) : ils font des piqüres qui produisent une éruption de boutons.

Quand on n’est qu'accidentellement piqué par des Leplus isolés, il n'y à pas lieu de parler de maladie, mais lorsqu'il s’agit de personnes (par exemple, moissonneurs, bergers) séjournant pendant plusieurs jours ou même des semaines dans des lieux où on trouve des Leptus en masses, il se produit un exanthème cutané appelé érythème automnal, acarodermatite ou thrombidiose, dont les manifestations ont été étudiées récemment avec le plus grand soin par K. Tozor jun. [1923 4, p. 15] dans une série d'observations détaillées faites sur lui-même.

Après 30 minutes, la place piquée s’entourc d'un cercle rouge d'environ 4 millimètres et on aperçoit à son centre un petit point, d’un écarlate intense ; c’est le Leplus qui est solidement accroché par sa tête et dont le corps s’écarte de la peau de l'hôte plus ou moins obliquement ou même perpendiculairement.

3. J. Waiçar [1870, p. 2) a fait remarquer que l'opinion populaire qui veut que le Rouget s'enfonce lui-même tout entier dans la chair de son hôte est erronée : l'examen à la loupe.ne montre pas la moindre trace d'une galerie ayant livré passage à l’animal. D'ailleurs aucun objectif n'expliquerait cet enfouissement du parasite : dans cette galerie il n'aurait ni à subir aucun développement ultérieur ni à déposer ses œufs (!).

Il insinue simplement sous la peau l’extrémité antérieure de son corps pour se fixer et se nourrir aux dépens des sucs des tissus de l'hôte (mais non pas du sang).

D’après Frôcez [1876, p. 107] la larve de Thrombidion ne s'accroche pas à l’hôte avec les pattes, comme le ferait un Gamasus par exemple, et ne s'attache pas non plus par succion : mais elle se fixe par Les forts crochets des mandibules qui s’enfoncent dans l’intérieur du corps de la victime et qui, recourhés en dehors et divergeant dans le même plan, de sorte que les

{!) Une forme voisine, le Leptus irrilans Riley, qui est connue sous le nom HE gaire de Chigger, attaque, dans l'Amérique du Nord, l'Homme de la même façon

que le Rouget en Europe. Ewinc [1921, p. 8] a constaté qu’elle aussi s'attache seulement par ses pièces buccales et ne creuse aucune galerie dans la peau.

bords convexes sont tournés en regard. vers la ligne médiane, forment, après pénétration, un contre-crochet en forme d’ancre.

D'ailleurs, comme FLôçez [1876, p. 109] l’a fait remarquer, les larves de Thrombidion, une fois fixées, ne changent jamais de place et, «a fortiori, d'hôte.

I est inexact de dire que les Leptus s'enfoncent uniquement dans les conduits des glandes sudoripares ou dans les follicules pieux : on en observe certainement à des places dépourvues de poils. Ceux-ci peuvent plutôt leur servir de point d'appui pour pénétrer dans la peau (!).

Dans la pustule rouge provoquée par la fixation du Rouget, on ne peut découvrir aucune piqüre centrale, comme c’est le cas pour la morsure d’une punaise, d’une puce ou d’un cousin (3. J. Wriear, 1870, p. 3].

. Les crochets des mandibules sont extrêmement petits, comparés aux stylets de ces Insectes. En perçant la peau, ils font une simple incision qui, en raison de son extrême petitesse et de sa tendance à se fermer exactement au moment où les crochets se retirent, est beaucoup plus difficile à distinguer que la piqûre large et circulaire d’une puce.

WRiçur [1870, p. 3] trouve que c’est extrêmement semblable à une piqüre d'ortie, dans laquelle il nous est impossible de distinguer le point où le poil urticant s’est introduit, bien que nous soyons sûrs qu'il y à eu pénétration d'une pointe etinjection d'un liquide acide.

Dans le cas du Rouget, pour expliquer qu'une si petite inci-

“sion puisse exciter une irritation aussi forte, il suppose égale-

ment qu'un fluide irritant est inoculé dans la blessure.

Et, en effet, tandis que certains auteurs [C. V. Rire, 1873, p. 18) disent que l'irritation dure seulement pendant la présence du parasite, Jourpaix [1896, p. 1082] a fait remarquer que, si on extrait ce dernier au début de l’inflammation, celle-ci continue, ce qui indique que les accidents sont dus surtout à la piqüre du Rouget et non à sa présence dans la peau.

D'ailleurs normalement, au bout de 48 heures au maximum

(:) Ewic [1921, p. 9] a également reconnu que le L. irrilans américain ne choisit pas particulièrement les follicules pileux : sur 26 individus observés, 21 étaient fixés en des points quelconques de la surface cutanée et 5 seulement s'étaient attachés à la base de poils. Ces larves qui, à jeun, ont déjà une largeur de 150 &, ne peuvent pas pénétrer non plus dans les pores de la peau qui atteignent seulement de 20 à 50 y de diamètre,

la larve tombe toujours, souvent arrachée par le frottement, dü surtout aux vêtements.

Quant à la piqûre, on voit, au cours de plusieurs heures, à l'endroit où elle à été faite, s'élever peu à peu une papule, de 2 à 3 millimètres de diamètre, rougeâtre et entourée d’une aréole plus claire d'environ 1 millimètre de largeur [Tozor, 1993 6, p. 17]. |

Quand, pendant un certain temps, elles n’ont pas été irritées par aucun frottement, les papules sont pâles (par exemple le matin après le repos au lit) ; par contre, elles rougissent après le frottement le plus insignifiant : c'est Le cas le soir, à la suite du déplacement des vêtements par les mouvements du corps pendant toute la journée.

On a constaté, en effet, que les démangeaisons sont plus fortes le soir dans le lit, tandis que pendant le jour elles sont momentanées et locales.

C'est au bout d'environ 30 heures qu’elles deviennent intolérables, c’est-à-dire à un moment où les Leptes sont déjà presque tous tombés.

Les douleurs violentes se limitent d’ailleurs à six soirs, du 2e au 7° après l'infestation.

Après huit jours approximativement, les papules se résorbent peu à peu et, environ le 18 jour, elles ne sont plus qu’à peine visibles.

Mais les frottements et les grattements peuvent provoquer. des infections secondaires qui augmentent et prolongent les douleurs ou arrivent parfois à causer des ulcères.

La piqüre elle-même le plus souvent n'est pas sentie ; ceci tient à la petitesse de la blessure, car l'appareil de pénétration, très fin (stylostome), peut s’enfoncer sans rencontrer les filets nerveux de l’épiderme et n’est pas assez long pour atteindre les organes sensoriels du derme.

À la blessure mécanique succèdent Les altérations des tissus de l'hôte dues à la sécrétion digestive (salive ?) de l’Acarien : l'irritation n’est pas provoquée par cette sécrétion elle-même, mais par les matières nouvelles qui proviennent de la transformation, sous l’action du venin, des cellules lésées et qui diffusent jusqu'aux filaments nerveux. Ceci explique l'apparition tardive de la démangeaison {'). La réaction peut avoir une violence

() Le Dr. MeracaGr [1927 a, p. 100] suppose que l’exanthème est dû, non pas

inégale, ce qui doit provenir d'une inégale force de résistance (formation d’anticorps ? anaphylaxie ?).

D’après Le Prof. M. von Frey [in Tocnr, 1923 b, p. 23], la constatation que la démangeaison est éprouvée principalement pendant la nuit s'explique certainement en partie parce qu’alors il n'existe plus de diversion de l'attention par les occupations

de la journée. En outre, il y a l'influence de la chaleur du lit et le fait que le sommeil par lui-même produit une hyperhémie accélérant (dans la proportion du double) la formation des produits secondaires de transformation. Enfin, pendant le repos du corps, la propulsion du liquide somatique (lymphe) s'arrête presque, ce qui permet l’accumulation des produits irritants,.

Au réveil, la démangeaison ne réapparait pas immédiatement, parce que probablement l'accumulation des matières 1rritantes exerce une action narcotisante sur les terminaisons nerveuses.

Puis, pendant le jour, les mouvements du corps rétablissent la circulation des matières irritantes.

La transmissibilité de la thrombidiose d'homme à homme est très faible. Cependant évidemment des Leptus à jeun peuvent passer des habits de gens venant d’un territoire contaminé sur d’autres personnes. Mais les Leptus semblent ne pas se conserver longtemps vivants dans les vêtements. Trente heures après avoir quitté une région d’épidémie, Tocor | 1923 4, p. 23] n'a plus trouvé dans les siens que des individus morts.

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