V. — ENRYTOMA APPENDIGASTER DALM
ETUDE MORPHOLOGIQUE ET SYSTÉMATIQUE
Nous avons obtenu ce Chalcidien Eurytomide de plusieurs élevages d'A. glomeratus récoltés dans les régions de Lyon (1923 et 1924) et d’Auxonne (1924). Son action parasitaire fut chaque année très faible ; nous ne l’avons pas retrouvé en 1925 sur A. glomeratus.
Mayr ( 1878) donne une description détaillée de cet Eurytoma, qui. correspond bien avec nos exemplaires. Le Pteromalus appendigaster de SCHWEDERUS est décrit d’une façon si générale qu’il n’est pas possible de voir de quelle espèce actuelle il s’agit ; aussi MAyr se base-t-il de préférence sur les descriptions de DALMAN et surtout de BoHEMAx. L’E. appendigaster Dalm. a été souvent confondu avec des espèces voisines, en particulier avec l'E. rosae Ness, dont il ne se distingue que par des petits caractères variables ou difficiles à voir. Il est probable que les individus obtenus de galles Cynipides et décrits sous le nom d’E. appendigaster Swed. sont en réalité des £. rosae. L’E. abrotani, signalé par RaAT- ZEBURG (1844) est synonyme de E. appendigaster Dalm. GrraAuD signale aussi un Æ£. microgasteri (s. descrip.), parasite d’un Microgaster de l’Ocneria dispar, qui est sans doute l’espèce que nous avons étudiée ; nous avons nous-même obtenu des Eurytoma, identiques à ceux sortis des cocons d’A. glomeratus, d’un cocon jaune vif d’Apanteles sp., parasite d’une chenille de Lymantria dispar, récoltée sur les quais du Rhône, à Lyon (VII-25).
Dans son travail de 1907, MARTELL: signale un Eurytoma Sp., parasite de JA. glomeratus ; Masr (1909) l’identifie et le décrit sous le nom de E. strigifrons Thoms. ; sa biologie est étudiée par MARTELLI (1908) et SILVESTRI (1912). Cette espèce, de Suède, est très brièvement et imparfaitement décrite par THoOMsoN ; MAYr, dans sa monographie du genre Eurytoma n’en fait même pas mention. Pcur identifier lEurytoma italien de MARTELLI à l’espèce de THOMSON, MaAsr fait état d’une proéminence dentiforme qui se trouve au milieu des hanches des pattes antérieures et qui fait rentrer cette espèce, comme Masi le dit, dans le premier groupe des espèces de MAyr. Il ne nous a pas été possible d’apercevoir cette petite dent chez nos individus, qui rentrent mieux dans le troisième groupe des espèces de MAyr. Il semble donc exister actuellement deux espèces d'Eurytoma parasites de l'A. glomeratus.
L’E. appendigaster est complètement noir, sauf les tarses qui sont blanchâtres ; il se reconnaît au milieu des nombreux autres Chalcidiens parasites de l’A. glomeratus par la sculpture très marquée de sa tête et de son thorax dont le pronotum est largement développé. L’abdomen est
lisse et luisant aplati latéralemert celui du mâle est très nettement pédonculé, avec son premier segment cylindrique allongé.
ETUDE BIOLOGIQUE
L’aduite quitte le cocon de son hôte par un orifice ne présentant aucun caractère particulier et pratiqué à l’aide des mandibules. L’accouplement se passe suivant la manière commune à la plupart de ces petits Chalcidiens.
Les élevages en captivité n’ont présenté aucune difficulté ; nous avons pu suivre la descendance de certaines femelles pendant trois années consécutives au laboratoire. Nous avons pu ainsi réunir des observations précises sur la biologie, jusqu'alors mal connue de ce parasites. Des éducations ont pu être faites sans difficulté sur l'A, ebeninus ; mais nous n’avons pas obtenu E. appendigaster de cocons de cet Ichneumonide récoltés dans la nature. |
Les adultes des deux sexes se nourissent d’eau sucrée, qui est indisà leur existence ; faute de liquide, ils meurent dans les 4 à 6 jours, et les mâles avant les femelles. Celles-ci absorbent en outre le sang des larves d’Apanteles (ou d’Anilastus) enfermées dans leur cocon.
Nutrition. — La femelle parcourt l’amas de cocons d’Apanteles en les tâtant avec ses antennes. Bientôt elle s’arrête, ramène son abdomen en dessous et en avant, avec la pointe de sa tarière encore engagée dans les valves. Ayant trouvé un point convenable, la femelle ramène sen abdomen dans sa position normale ; la tarière engagée dans la paroi du cocon est perpendiculaire à sa surface. Le forage commence ; la position de la tarière, insérée très près de la base de l’abdcmen, donne à ce Chalcidien une allure tout à fait particulière. Par des mouvements combinés de torsion alternative et de pression de tcut le corps, la femelle réussit à traverser la paroi du cocon avec sa tarière. Elle enfonce sa tarière jusqu’à ce que sa pointe arrive au contact de la larve d’Apanteles ; elle en exploré avec soin la surface, cherche un point d'appui et pique généralement entre deux segments. Elle larde alors le corps de sa victime en tous sens, de la même manière que nous avons décrite pour le D. boucheanus. Elle s'arrête quand la larve cesse de réagir.
Ce résultat étant acquis, la tarière restant engagée par son extrémité dans le corps de la victime, on voit coulér par saccades le long de la tarière de petites masses dé liquide umcilagineux. À mesure que le liquide fait prise, la tarière est retirée d’un petit intervalle qui correspond à la longueur de tube formée. Lorsque le tube émerge hors du cocon, ŸEuryloma enfonce à nouveau sa tarière à fond, puis la retire avec lenteur et régularité. Nous avons retrouvé cette façon de faire chez tous les autres Chalcidiens sécrétant un tube de succion ; elle assure la montée du sang de la victime dans le tube. Après avoir retiré complètement sa tarière, l’insecte se recule : aidé des antennes et des palpes, il
à $e) ) °L'& & 1 A La ï 1 retrcuve l'extrémité du tube et s’alimente. La perforation du cocon et
la formation du tube ne demandent parfois que 5 à 6 minutes. Les
ART à
femelles ne parviennent pas toujours à retrouver l’extrémité du tube qu’elles viennent de construire ; cie font preuve pourtant dans cette recherche d’une très grande activité et ne l’abandonnent qu'après de longs efforts.
Ponte. — La ponte suit scuvent la nutrition ; dans ce cas, la femelle utilise généralement l’orifice du cocon où passe le tube, qui est alors détruit. Le dépôt de l'œuf est dans tous les cas précédé de la paralysie de la larve par des coups de tarière à travers le corps ; cet acte est très vite accompli, si la larve a déjà été immobilisée. pour la succion, mais il est toujours réalisé. La femelle tâte avec sa tarière le corps de la larve d’Apenteles, comme pour y chercher un emplacement favorable à Ta ponte et plus certainement pour s’assurer si la paralysie est complète. L’extrémité de la tarière étant en contact avec la larve, on voit très nettement un liquide brillant descendre et enrober la tarière. Les antennes sont ramenées sous la tête ; au cours d’une période de contractions plus violentes de l’abdomen, l’œuf est évacué. Il passe à travers la paroi du cocon et glisse en s’étirant entre les pièces de la tarière, sous la gaine de mucus. Il ne se dégage et reprend son volume normal qu’à l’extrémité de la tarière. L’œuf présente deux prolongements à ses pôles, l’un nettement plus petit que l’autre ; le plus long se dégage le dernier de la tarière. L'existence de ces pédicelles au pôles de l’œuf paraît caractéristique des Eurytimidae (PARKER, 1924). Après son passage dans la tarière, l’œuf est complètement entouré de mucus qui sert à le fixer sur les téguments de l’hôte, au point même où il a quitté la tarrière. La fixation est surtout assurée par le long pédicelle, qui se dégage le dernier et emporte le plus de liquide gluant. Un seul . œuf est déposé à chaque ponte.
Après le dépôt de l’œuf, la tarière est retirée ; mais elle reste un moment engagée par son extrémité dans la paroi du cocon, dont l’orifice est bouché par du liquide mucilagineux, qu’on voit à nouveau descendre le long de la tarière.
Œuf. Larve. Nymphe. — L’'œuf est blanc et brillant, de forme ovoïde, avec un court pédicelle à l’avant et un pédicelle allongé à l’arrière. Ces deux prolongements n’apparaïssent bien que si on monte l’œuf en pré- . paration entre lame et lamelle; sinon ils restent plaqués sur la coque de l’œuf,et sont difficiles à voir, surtout le plus petit. L'intérieur de l'œuf a un aspect granuleux, plus dense au centre. La taille varie avec celle des femelles ; elle en moyenne de 0.5 m/m. d’un pôle à l’autre, et de 0.18 m/m. de largeur. Le pédicelle le plus long mesure 0.2-m/m. de longüeur ; il est nettement plus large que le petit, qui n’a que 0.04 m/m. de long.
La jeune larve, à l’éclosion, se reconnait à sa grosse tête qui porte deux petites antennes, et surtout à son corps, composé de 13 segments, recouvert d’une pilosité abondante, avec des rangées latéro-dorsales de poils très longs, sauf sur les derniers segments.
Le système trachéen de la larve jeune se compose essentiellement de deux troncs latéraux, anastomosés à l’avant et à l'arrière, et qui se
prolongent vers la tête, Il existe 4 paires de spiracles ouverts : une sur le segment II du thorax, les 3 autres sar les segments I, IT, III de l’abdomen. En‘cutre des tronc latéraux partent des ramifications assez fortes, mais courtes, au segment III du thorax, et aux segments IV à VII de l’abdomen. PARKER (1924) retrouve la même disposition chez E. dentata Mayr., et E. rosae Nees. LL F
La larve adulte mesure 2,5x1 m/m. Sa tête est chitinisée, avec les mandivules bien apparentes ; le corps est entièrement couvert de poils ; on distingue une triple rangée de poils plus longs sur les segments abdominaux. Les segments thoraciques portent un collier de poils inégaux, sauf sur la partie ventrale. L'aspect de ces larves est suffisament caractéristique, pour qu’on les distingue au premier coup d’œil de toutes celles que ncus avons observées sur l’A. glomeratus,
Les larves d’E, appendigaster vivent en parasite solitaire et externe
sur le corps de leur hôte ; quand plusieurs œufs sont pondus dans un même cocon, une seule larve se développe. Ce qui correspond bien au fait qu’un seul œuf est déposé à chaque ponte ; dans la nature, la multiplicité des hôtes à exploiter doit réduire à peu de chose ce facteur naturel de destruction.
La nymphose a lieu à nu dans le cocon de l’hôte, dont la pes vide est rejetée à l’une des extrémités,