XI. — SCHIZONOTUS PAILLOTI FERR. ET J. C. FAURE
ETUDE MORPHOLOGIQUE ET SYSTEMATIQUE
Nous avons décrit le Schizonotus Pailloti en collaboration avec CH. FERRIERE (1925) d’après des exemplaires obtenus de cocons d’A. glomeratus récoltés vers la mi-août 1924 dans la région d’Auxonne (Côte-d’Or); nous ne l’avons pas rencontré dans le région lyonnaise.
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La détermination de ce Ptéromalide nous a donné quelques difficultés; nous n'avons pu le faire rentrer que dans le genre Schizonotus, créé et décrit assez vaguement par RATZEBURG (1852), Cet auteur insiste sur une différence de sculpture entre les deux parties du scutellum, séparées par le sillon : ce caractère ne se retrouve pas chez nos individus, mais KURDJUMOV, qui a examiné les types de RATZEBURG, dit simplement « scutellum avec un sillon transversal avant son extrémité, entièrement ponctué p. Bien que ce sillon se retrouve faiblement marqué chez d’autres Ptéromalides et chez quelques Cléorymides, notre espèce ne pourrait rentrer dans aucun autre genre connu ; elle est de plus, différente des deux espèces de Schizonotus décrites par RATZEBURG:.
Le S. Pailloti se distingue du $. Pannewitzi Ratz., par ses antennes plus allongées, au lieu d’être très courtes et épaisses et aussi par la nervure radiale des ailes antérieures beaucoup plus courte que la marginale. Il se différencie du $S. Sieboldi par le pédicelle de ses antennes plus court que le premier article du funicule, par la nervure radiale des ailes plus courtes que la nervure postmarginale et par sa couleur vertbrillant au lieu d’être vert-grisâtre. |
La femelle du S. Pailloti a la tête plus large que le thorax, avec les joues légèrement bombées ; un léger sillon part de la base l’œil et atteint la base des mandibules. Les mandibules, à 3 dents, sont fortes.
ct saillantes. Le thorax est bien développé ; le prothorax est étroit à sa |
partie supérieure ; le frein du scutellum est nettement marqué, et sépare :. celui-ci en deux parties ; le segment médian est plus large que ie scu-. tellum, striolé en partie et non réticulé comme l’ensemble du thorax, dont toutefois l’épisternum est lisse et brillant. Le méthathorax est nettement caréné, Les ailes antérieures au repos dépassent largement la pointe de labdomen. Lcs pattes sont de couleur testacée, sauf les hanches qui sont vert-sombre, L’abdomen, de forme ovoïde, est légèrement pé-. tiolé, aussi long et aussi large que le thorax, mais lisse et brillant.
Le mâle est semblable à la femelle, avec les articles du funicule des antennes plus allongés, l’abdomen un peu plus court.
La femelle mesure 3 mm. environ de longueur et 6,5 mm. environ d'envergure ; le mâle 2,5 et 5 mm. ; la taille des adultes des deux sexes varie dans une certaine limite, suivant la quantité de nourriture dont dispose la larve. Les individus éclos d’A. ebeninus et obtenus seulement : au laboratoire sont un peu plus grands (4 mm. pour les femelles et 3,5 mm. pour les mâles) que ceux élevés sur À. glomeratus.
ETUDE BIOLOGIQUE
Nous n’avons obtenu que 9 femelles et un mâle d’une centaine d’amas de cocons d’A.glomeratus récoltés sur un mur près d’Auxonne et fortement parasités par divres autres espèces. Le S. Païllofi apparaît donc comme un parasite occasionnel de l’Apanteles, Les 10 adultes sont sor-
tis chacun d’un cocon, dans lequel Icur larve avait vécu en parasite externe et solitaire,
Les adultes des deux sexes se nourrissent d’eau sucrée ; la femelle s’alimente aussi à l’aide d’un tube de succion aux dépens des larves d’Apanteles (ou d’Anilastus) enfermées dans leur cocon. Bien que nous n’ayons obtenu nos premiers individus que de cocons d’Apanteles, la parasitsme aux dépens de l’A. ebeninus est très vrasemblable dans la nature, car en captivité lcs femelles de S. Pailloti accèptent très bien cette proie pour l’alimentation ou la ponte, et les élevages se poursuivent normalement aux dépens de cct Ichneumonide.
La formation du tube de succion est du même type que chez le P. variabilis, Quand le tube vient de se consolider autour de la tarière servant de moule, il fait très nettement saille à l’extérieur. À ce moment la femelle renfonce à fond sa tarière et son abdomen vient écraser l’extrémité du tube, qui n’apparaît plus alors que faiblement. La tarière est retirée très lentement et sans à coup ; cette façon de faire assure, comme nous l’avons dit, la montée du sang de l’hôte dans le tube, Ayant dégagé sa tarière, la femelle vicnt appliquer ses pièces buccales à l’orifice du tube et la succion commence ; elle peut durer une 1/2 heure. La partie interne de la lèvre inférieure s'applique à l’extrémité du tube ; les mandibules sont largement écartées et ne jouent aucun rôle. La tête est animée d’un mouvement de balancement de bas en haut ; ainsi la partie molle et charnue de la lèvre fonctionne comme une ventouse et assure la montée du liquide qui est aussitôt avalé, La répétition de ce mouvement permet une aspiration continue ; le siphon n’a pas le temps de se désamorcer entre deux mouvements de tête, le tube étant capillaire et le liquide visqueux. Nous avons vu que la femelle de l’H. poecilopus opère de même, mais avec un décollement très marqué de la lèvre, ce qui entraîne l’épanchement du liquide sanguin hors du tube.
En septembre et en avril les femelles ont vécu de 21 à 26 jours en pondant et s’alimentant d’eau sucrée et du sang de leur hôte. Par contre une femelle éclose le 7 avril, abandonnée sans soins, est morte le 18 avril. Les mâles, nourris, n’ont vécu que 9 à 13 jours en avril-mai.
La ponte et la nutrition peuvent commencer le jour même de la sortie du cocon ; les femelles peuvent pondre des œufs se développant parthénogénétiquement et dans Ce cas tous leurs descendants sont des mâles. Dans presque tous nos élevages, nous avons dû partir de femelles vierges ; une seule fécondée nous a donné quelques pontes ; mais elle est morte prématurément d'accident. Un seul œuf est déposé à chaque ponte ; mais les femelles ne reconnaissent pas les cocons déjà parasités.
L’œuf est blanc brillant, de forme allongée, plus renflé à l’une de ses extrémités ; son chorion est entièrement recouvert de petites aspérités. I1 mesure 0,4 mm. de longueur et 0,13 mm. au point le plus large. Il est déposé à plat sur le corps de la larve, qui a été paralysée au début de la ponte.
Après une période variant de deux jours et demi à trois jours (fin sep-
tembre 1924), la jeune larve sort de l'œuf et se fixe aussitôt sur sa victime. Au cours de son existence, e.le peut se déplacer sur son hôte. A l’éclosion, elle mesure 4 millimètres de longueur. Elle est formée de 13 segments, plus la tête, qui porte deux petites antennes et une noue proéminante. Son corps est couvert d petites aspérités, d’un briHant nacré. Les segments thoraciques et les cinq premiers segments abdominaux portent chacun une paire de poils latéraux. Outre les deux grandes trachées longitudinales, latérales anastomsées à l’avant et l'arrière, on compte 10 troncs trachéens caractéristiques des larves de Chalcidiens (SEuRAT, 1899), et 4 paires de stigmates ouverts, appartenant respectivement aux segments II du thorax et I, II, IT de Pabdomn.
Les éclosions des adultes furent très irrégulières en 1925, à partir des pontes de l’automne précédent : elles s’échelonnèrent du 20 février au 18 mai. En voici quelques exemples :
Pontes du 19 septembre : Sorties des adultes (mâles), 21 mars, 23 et 24 avril. f é
Pontes du 17 septembre : Sortie de l’adulte (femelle), 7 avril.
Pontes du 22 septembre : Sortie de l’adulte (femelle), 21 mars.
Pontes du 24-26 septembre : Sorties des adultes (mâles), 4, 28, 29 mars; 14, 21, 23, 30 avril ; 4, 18 mai.
Toutes les larves ont passé l’hivr dans leur cocon au stade adulte, dans les conditions du laboratoire, qui furent les mêmes pour toutes. Les variations furent les mêmes quel que soit le sexe de l’adulte et la nature de l’hôte sur lequel l’élevage fut conduit, Apanteles ou Anilastus.
La durée du cycle évolutif prit au contraire une valeur plus constante dans les élevages faits en mars-mai sur À. glomeratus ; elle fut en moyenne de 57 jours, avec des extrêmes de 53 et 62 jours, pour les descendants d’une femlle vierge.
Une des femelles obtenue en 1925, restée vierge, a pondu 23 œufs au cours de son existence, du 21 mars au 15 avril.
Nous avons vu plusieurs jeunes larves de S. Pailloti vivre sans animosité sur un même hôte; mais, dans nos élevages, comme du reste dans la nature, chaque cocon n’a donné qu’un seul adulte. 11 faut donc admettre que dans le cas de co-parasitisme, une des larves tue ses compagnes. Le parasitisme solitaire des larves correspond bien au fait que les femelles ne déposent qu’un seul œuf à chaque ponte. Le nombre de
23 descendants que nous avens obtenus d’une femelle vierge est très vraisemblablement un minimum.