‹ Contribution à l'étude d'une réglementation des spécialités pharmaceutiquesChapitre 18 sur 22 · OÙ · texte numérisé non relu

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rêt personnel ne doit les pousser à vendre tel produit plutôt que tel autre ;

2° Is se plaignentencore du nombre de spécialités vendues, à des prir de gros, par les fabricants sans passer par leurs officines, ce qui constitue une concurrence déloyale ;

3° Enfin, fail plus grave encore, ils se plaignent, et à bon droit, de ce que l’emploi des spécialités qui tend à se généraliser de plus en plus, les oblige à entreposer el à vendre au public des médicaments dont ls ne peuvent pas garantir personnellement la composition, la pureté el l'efficacité : cela diminue leur prestige moral et tend à les ramener au rang de simples épiciers ; cela ne justifie plus les études longues et coûteuses auxquelles ils sont astreints. -

Citons à ce sujet le P' Lafontaine ; Leçons de Déontologie, faites à la Faculté de Pharmacie de Nancy, les 9 et 11 juin 1923 (cf. Perreau : Le Droit des Pharmaciens).

« Le Pharmacien n’est pas un commerçant comme «un autre ; les études qu’on exige de lui, sa responsa- «bilité effrayante, la discrétion à laquelle il est tenu, la « confiance qu’il doit inspirer, ses actes qui ne relèvent «que de sa conscience, tout le classe dans les proles- « sions libérales... » Et ailleurs. |

« Le mercantilisme l’envahit (la profession pharma- « ceutique) sans mesure... contre ces tendances qui, «un jour ou l’autre, amèneraient fatalement notre « ruine, il est urgent de réagir...»

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III. — Les pharmaciens fabricants de spécialités ou spécialistes souhaitent aussi des mesures susceptibles d'améliorer leur situation légale.

1° Ils voudraient voir définir exactement dans quelle mesure une aide financière peut être apportée à leur entreprise par un tiers non diplômé ;

20 [1 peuvent d'autre part demander une protection légale non plus seulement de leur marque mais de leurs formules. En un mot : la possibilité de prendre brevel.

IV. — Les desiderata du public sont plus difficiles à exprimer : nous voulons cependant plaider sa cause ici, parce que ses représentants qualifiés en France ne semblent pas très obsédés par son intérêt en général, et plus particulièrement en ce qui concerne la santé et l'hygiène.

1°Ily a d’abord à envisager la question du prix de vente.

Bien des malades de ville se plaignent du prix de revient des spécialités ; or, il y a lieu de distinguer ICié

M° Allard Latour dans son étude économique sur les spécialités montre que le prix de vente au public de certains médicaments composés est moins élevé sous la forme de spécialités que sous la forme magistrale : c'estexact au moins en ce qui concerne des prépara-

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lions assez compliquées, mais cela ne l’est plus s’il s’agit de médicaments de composition assez simple ; en outre,;unfait subsiste:le Médecin qui prescrit par spécialités se laisse trop souventaller à en indiquer plusieurs à la fois ou à indiquer des produits compliqués à multiples ingrédients alors qu’une formule magistrale serait Souvent plus simple et partant moins onéreuse.

Mais le procès de la polypharmacie n'est pas à faire ici. C’est au Médecin tout d’abord qu’il appartient de se soucier du prix de revient des médicaments qu'il prescrit et de choisir entre une formule magistrale et une spécialité, ce qui est le plus utile au malade, et le moins onéreux.

Quoiqu'il en soit, il nous semble qu’en dépit du prix de revient très onéreux de certaines spécialités, les fabricants pourraient réaliser d'importantes économies par la suppression en grande partie des frais de publicité qui, nul ne l’ignore, sont extrêmement élevés.

Ajoutons que bien des malades, lorsqu'ils font appel à un Médecin, préfèrent une prescriplion magistrale, moins coûteuse qu’une spécialité, et dont la formule à été rédigée «pour eux » à leur chevet... Ils pensent sans doute « qu’il n’est pas utile de mander un Médecin si celui-ci doit ordonner un médicament à toul faire, que l’on aurait pu obtenir sans lui».

Ce raisonnement, s’il n’est pas impeccable, est ce-

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pendant empreint d’un certain bon sens et doit attirer l'attention du Médecin sur le danger qu’il y a à se laisser aller trop facilement à la formule paresseuse qui consiste à prescrire uniquement par spécialités.

. « On ne peut faire de bonne thérapeutique sans approprier les doses médicamenteuses au malade et à la maladie, aussi, l'emploi de certaines spécialités entraîne-t-il pour le Médecin de mauvaises habitudes et c’est naturellement le malade qui en pâtit » (Prof, Achard in : Comm. à l’Académie de Médecine, 11 octobre 1927).

2° La publicité pharmaceutique, faite dans la grande Presse, dans les théâtres ou cinémas, dans les émissions radiophoniques, ou encore par l'intermédiaire d'affiches publicitaires ou de notices explicatives accompagnant les produits spécialisés vendus au public; et d'autre part les soi-disant articles de «vulgarisation médicale », publiés à chaque instant dans différents journaux et périodiques, amènent le public à se croire des compétences qu’il n’a pas, à se soigner seul, eu dehors ou à l’insu du Médecin ; ce qui ne va pas sans entraîner parfois de sérieux inconvénients : Citons pour exemple l’observalion rapportée à l’Académie de Médecine par le P' Achard (déjà cité).

J'ai vu il y a quelque temps un cardio-rénal, à qui l’on avait prescrit le régime sans sel et qui le suivait tout en protestant que ce régime l’affaiblissait Ayant entendu parler d'un plasma fortifiant, qui est une solution saline. il s’en fit faire des injections, je ne sais par qui, et j'aime à croire que ce n'était pas par

un Médecin. Enchanté de voir son poids monter après ces in-

Jections, il fut soudain frappé d'une attaque d'œdème aigu du poumon qui l'emporta » ..

Même en dehors de cas aussi sérieux, heureusement assez peu fréquents, cette forme d’autodidactisme peut amener une maladie à un degré d'évolution tel qu’elle échappe aux ressources d’une thérapeutique ralionnelle qui, appliquée en temps voulu, aurait pu amener la guérison.

Le Médecin est spécialement instruit en vue de soigner les maux de l’humanité, il a, seul, la responsabilité morale de la santé publique ; il est donc logique qu’il soit seul à instruire le public de ce qu’il doit faire pour l'entretien de sa santé et il doit s’occuper aclivement de protéger la crédulité des malades contre toute influence qui pourrait leur nuiré. Dans l’espèce, le Corps Médical a donc le devoir de s'opposer avec énergie à toute publicité médico pharmaceutique quelle qu’elle soit, et de réclamer à cet effet l’appui des pouvoirs publics.

3° La tolérance abusive existant sur la vente des spécialités sans ordonnance expose à des accidents graves sur lesquels déjà de nombreuses protestations ont été émises (qu’il nous soit permis de ne pas les citer ici).

Un individu quelconque peut se procurer, comme il veut, des doses fortement toxiques de certains médicaments et de nombreux cas d’empoisonnement ont été relalés qui n’avaient pas d’autres causes, nolamment par des barbituriques.

Une règlementation nouvelle à ce point de vue devrait

done préserver le publie de semblables accidents.

4° Pour la question tout à fait spéciale des stupéfiants, dont le commerce illicite cause des ravages sociaux dont il n’est pas besoin de rappeler l'importance, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à louvrage très complet de M. Muselier (les stupéfiants, thèse pharmacie Marseille 1934).

Au point de vue -médico-pharmaceutique, la règlementation en vigueur est suffisante, voire même excessive en certains points ; mais retenons cependant une remarque de M. Muselier à laquelle nous ne pouvons que souscrire :

La Médecine peut très bien se passer complètement de la cocaïne et de l'héroïne pour l'usage thérapeutique ; et l'interdiction formelle de la fabricalion de ces produits, particulièrement dangereux comme stupéfiants, constituerait la meilleure mesure à prendre contre leur usage illicite, surlout si elle devenait internationale.

Conclusions

L'étude des nombreux textes qui ont réglementé l'exercice de la Pharmacie aux différentes périodes de l'Histoire, nous a montré combien une réglementation, même rigoureuse, pouvait être inefficace lorsqu'elle ne s’appuyait pas sur des conditions sociales. capables de la seconder : c’est dire que si l'on veut obtenir une réglementation eflicace des spécialités pharmaceutiques. en harmonie avec les besoins de la Société Moderne, il faut avant tout que la valeur scientifique et l'autorité morale des Médecins et des. Pharmaciens puissent, peser davantage dans la balance de la Thémis moderne que la eupidité des charlatans.

Il appartient donc avant tout aux Ecoles et Faeultés, de, surveiller les jeunes ; de leur inculquer une moralité. à la hauteur de leurs responsabilités futures, et de leur assurer une connaissance suffisamment étendue de la matière médicale, pour qu’ils puissent juger des spécialités qu'ils auront à prescrire, mieux que les maiades qui,se.confieront, à leurs soins.

Cela ne nous empêche pas d'envisager, d'après les desiderata que nous avons exposés, la possibilité de ré-

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gere

forme que réclament les défauts de la réglementation

actuelle.

Le coup d’œil que nous avons jeté sur les organisations étrangères, nous prouve qu’il est possible d’obtenir un résultat par l'institution d’un contrôle facultatif des médicaments.

S'il n’existe pas en France de Société assez puissante pour organiser un contrôle autonome comme aux Etats- Unis, rien ne s’oppose du moins à l’organisation d’un contrôle d'Etat comme celui des Pays-Bas.

. Le rôle d’un tel organisme nous paraît devoir être :

1. De vérifier l’exactitude des déclarations faites sur la formule du médicament.

2. De vérifier l’exactitude des assertions du fabricant sur l’expérimentation biologique de son produit.

3. De préciser les indications thérapeutiques et l’efficacité clinique du produit examiné.

4. De publier les résultats de ces recherches dans un bulletin périodique adressé systématiquement à tous les Médecins.

5. De tenir les Médecins et Pharmaciens au courant des progrès de la thérapeutique par des publications, telles que les monographies de l’Institut Pharmacothérapique des Pays-Bas.

6. D’éditer un formulaire comme le «Useful drugs » des Américains où figureraient, à côté des recettes magistrales préconisées dans les Universités, les remèdes spécialisés approuvés par l'organisme de contrôle.

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