‹ Contribution à l'étude d'une réglementation des spécialités pharmaceutiquesChapitre 8 sur 22 · ENTREE · texte numérisé non relu

ENTREE

IL n’est pas besoin d’insister sur'les inconvénients de laisser la libre vente au public de médiéaments'toxiqués comme les barbituriques, les cas d'intoxication volot: taire, souvent mortels, ne sont: plus à compter, et la question a déjà soulevé de nombreuses ‘protestations.:. Mais il'existe: bien d’autres médicaments toxiques'qui peuvent:être: délivrés sans ordonnance sous forme: de spécialité...

Et même des préparations dont ‘la composition

semble inoffensive, peuvent constituer un danger par leur:publicité mentionnant le nom de maladies au cours desquelles elles peuvent être employées — des malades trop crédules les utilisent sans discernement pendant un temps souvent assez long avant de requérir un avis autorisé. — Et alors même que la drogue:ne leur aurait point nui, elle peut leur avoir fait perdre.un temps pré- Cieux. ;

Enfin, il convient de. dénoncer l’exploitation:des.:malades.chroniques, qu'aucune thérapeutique: ne peut soulager, et qui croient. toujours trouver la guérison dans une drogue.nouvelle — dont une publicité. tapageuse vante les mérites.

Nous .voyons donc qu’en ie de Les mauvaise foi et de tout charlatanisme, la commercialisation à outrance de la Pharmacie et l’application à la vente des médicaments des procédés de Publicité en usage dans les autres commerces, constituent un réel danger c con itre lequel on ne Saurait trop réagir. re

Mais si nous n’avons pas mis en cause jusqu'ici la bonne foi des producteurs de spécialités pharmaceuti:

ques, doit-on se refuser d’y jamais porter un regard ?

Un glissement insensible sur la pente fatale du € Ren: dement Commercial » né mènerait il pas au Rire soie latanisme ? GTOE ER LE

L'idée de Rendement, si en honneur dans l’industrie moderne (peut-être pour notre malkeur) nous semble rigoureusement incompatible avec la profession de: ie Pharmacie, comme de la Médecine d’ailleurs.

Sans doute ne peut-on pas empêcher un homme de tirer profit d’une drogue qu'il aura Composée ou dont il aura découvert les mérites, mais c’est au seul titre dü Service Rendu qu'il doit être rémunéré.

Celui qui réussit. à vendre à un particulier un objet dontil n’a pas besoin est un adroit commerçant ; celui qui vend de la piquette pour du'vin« certifié d’origine » est unvoleur ; celui qui vend'sciemment à un malade une drogue nuisible ou mème seulement HE est un bandit.

Ik:y a seulement 200 ans tous lés termes du mépris étaient attachés au nom de l’apothicaire qui devenait: synonyme, ou à peu près, de voleur, d’empoisonneur, de sorcier... Lentement, péniblement, les Pharmaciens ont réussi à reconquérir la considération publique.

A. Phillippe, au début de son «Histoire des HE res » nous dit que:: | DURE ELTIE,S

L'opinion publique attache au mot pharmacien l'idée d'une profession libérale et noble, qui suppose des connaissances au-dessus de la routine mercantile »:..

Allons-nous être obligés de ressusciter le vieux terme d’Apothicaire c’est-à-dire de « boutiquier » ?

Ce

Le Mercantlisme est une souillure qui jette le diseredit sur la profession médicale comme sur celle des Pharmaciens : dans l'une comme dans l’autre profession il faut le combattre avec énergie.

Mais l'objet de cette étude n'est pas de démontrer l'opportunité d'une règlementation qui apparait nècessaire à tous, c'est de rechercher comment peut être envisagee celle règlementation.

Dans les premières lignes de ce chapitre nous avons evoaque le out à rechercher ; ce qui vient d'être dit va nous permettre de le préciser :

D Donner des garanties certaines sur la composition et l'action des medicamenis spécialisés mis en vente ;

2; Prèserver le publie d'une publicité tapageuse propre à exploiter sa créduhié et son ignorance.

Et par |à mème les fabricants de spécialité conscienceux se trou veraieut à l'abri de la concurrence SH des charlatans. |

Quelques faits puises dans l'histoire de la Parme nous montreroal que ke problème n'est pas nouveau et qu'à des epoques differentes des lois ont êté édietées pour juguler les abus de la pero et du cammerce des drogues.

Nous verrons quelles sont les lois qui régissent actusl lement le commerce des spécialités en France.

Nous verrons ensuile comment fonctionnent les règlements dans certains pays étrangers.

Nous verrons enfin quels sont les vœux exprimés en France pour améliorer là règlementation actuelle.

EL d'apres ces donnees, nous tâècherons de discerner ce qu'il conviendrait de faire.

L'enseignement de l'histoire

Dans l'antiquité Gréco-Romaine, les médecins faisaient les médicaments eux-mêmes ; toutefois il existait des herboristes fournisseurs des médecins ; ils en vinrent rapidement à confectionner des drogues composées pour les médecins,puis à faire des mixtures destinées directement au public qu’ils exploitaient: le principe de la spécialité est donc apparu au berceau même de l’art pharmaceutique, entraînant avec lui ses abus, qui furent d'autant plus considérables que la vente des drogues n’était pas règlementée.

La «Thériaque » dont le nom a survécu dans la pharmacopée jusqu’au xix° siècle, peut être considérée comme une spécialité dès son origine ; composée par Andromaque, médecin de Néron, d’après la recette de l’électuaire de Mithridate, la « Thériaque » était vendue au peuple Romain avec une éiégie qui en vantait les bienfaits (Philippe : Histoire des Apothicaires, p. 50).

Les abus étaient tels que les autorilés durent sévir : Solon et Licurgue avaient chassé les apothicaires d'Athènes et de Lacédémone.

A Rome «leluxe des préparations composées, des

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« produits exotiques, devint révoltant, et dans tout «l'Empire, la polypiarmacie fut portée à un excès dé- « sordonné ».

IL existait des vendeurs de drogues sédentaires, ayant des officines : herbarii, sellularii, apothicarii.

« Ils avaient usurpé le monopole des maladies infamantes dont la grande et impudique Cité était gangrenée, outre la vente patente et publique, ils avaient une arrière-boutique, vérilable guet-apens où ils exploitaient

les maux incurables... vendaient avec le plus effronté cynisme des drogues illicites aux dames Romaines »

(A. Philippe, in Histoire des Apothicaires).

Il y avait encore des marchands de drogues ambulants, véritables balteurs de foire « Médicamentarii- Pharmacopolæ ». |

Il yavait enfin des sage-femmes, les Sagæ.

Tout ce monde-là faisait le commerce des drogues composées, et bien souvent aussi de produits aphrodisiaques, hypnotiques ou abortifs.

On conçoit la déconsidération qui régnait sur le nom des Apothicaires assimilé à ceux de voleur, empoisonneur, Charlatan (1). |

Mais tout cela n’a guère qu’un intérêt récréatif ; la première règlementation sérieuse visant l'exercice de la phamarcie date de la fondation des Ecoles de médecine de Salerne, au xr° siècle, établie par Roger premier Roi de Sicile : il existait deux sortes d’Apothicaires : les Sta-

(4) PuiNE L'ANGIEN. — Medicina Rom, ch. XXIX. Horace. — Satires, Lib. I, 2.

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lionarii qui détenaient des médicaments simples et des préparations médicinales vendues d'après un tarif élabli, |

les Confectionarii qui étaient chargés de l’exécution des ordonnances. |

Leurs officines étaient soumises au contrôle du « Collégium Médicorum ».

Hs étaient tenus d'apprendre leur métier sous la direction des médecins, et n'obtenaient licence de s’installer qu'après s'être engagés à respecter les modes de préparation des médicaments exposés dans l’antidotaire de l’école, approuvé par l'Etat (2). |

Les peines encourues en cas d' infraction à la Loi étaient importantes (Confiscalion des Biens).

Comme on le voit, il y avait là une règlementation rigoureuse, ce n’est qu'au Cours du xiv° siècle que se généralisa en Europe la formule du contrôle des Apothipaires par les Médecins.

En France, la séparation de F D et de l'Art Médical apparaît assez tard, à une date encore discutée (xie ou x1i° siècle suivant les auteurs).

En fait, d’après Philippe, le premier texte consacrant l'indépendance des Apothicaires serait le livre des Meshers el Marchandises d’'Estienne Boileau (xurr° siècle), les Apothicaires étaient assimilésaux épiciers brocanteurs ; ils étalaient le samedi aux Halles et aux Marchés... « Ce « sont les Mestiers frans de la ville de Paris qui ne doi- « vent pas le guet au Roy, ainsi que les Estuveurs tous

(2) Antidotaire de Nicolas de Sulerne,

« Apothicaires, tous vendeurs d’auge, d’escuelles et « d’eschielles ».

Ces Apothicaires-espiciers formaient donc une corporation séparée de la Médecine, mais ils étaient des épiciers, tenaient boutique d’épicerie, fondaientle sucre et avaient en sus le monopole des drogues médicinales et le contrôle des poids et balances (1).

Ils étaient insiruits par des Médecins et des Maîtres Apothicaires avant de passer Maîtres à leur tour, et devaient faire un chef-d'œuvre pour terminer leur apprentissage.

Ils étaient érigés en corporation, ils prêtaient serment avant de s'installer suivant une formule assez curieuse que nous ne pouvons passer sous silence, pour ce qu’elle constitue une des premières réglementations intérieures du corps des Apothicaires de Paris.

SERMENT DES MAISTRES APOTHICAIRES CHRÉTIENS ET CRAIGNANS Dieu. — Je jure et promets devant Dieu, auteur et créateur de toutes choses, unique en essence et distingué en trois personnes éternellement bienheureuses, que j'observeroy de point en point tous les articles suivans :

1° Et premièrement je jure et promets de vivre et mourir en la Foi chréstienne ;

2° Item, d'aimer et honorer mes parens le mieux qu'il me sera possible ;

3° Item, d'honorer, respecter faire servir, en temps qu'en moi

sera, non seulement aux Docteurs Médecins qui m'auront ins-

(1) On comprend ainsi que des balances aient figuré sur les armoiries accordées à la corporation des apothicaires de Paris, et que leur devise ait été : LANCES PONDERA SERVANT.

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