‹ Contribution a L'étude d'une Règlementation Spécialités PharmaceutiquesChapitre 9 sur 19 · PS · texte numérisé non relu

PS

commère et de deux compères; il jouait des pantomimes burlesques sur'les places publiques et sur le Pont: Neuf, «faisait le boniment » comme un camelot, et vendait ensuite divers tisanes dépuratives, pommades ou onguents, aux vertus miraculeuses.

Citons encore Nicolas de Blégny.qui fut clerc au Collège Chirurgical de Saint-Côme, réussit par intrigues à se faire nommer Chirurgien ordinaire de la Reine et Conseiller du Roi ; et oblint privilège pour la fabrication et la vente de ses produits. Mais l’exploitation outrancière de son Industrie le fit tout de même poursuivre pour escroquerie et emprisonner à Angers en 1693. Dix ans après, il se retira en Avignon, où il publia une sorte de formulaire donnant au public l'indication de quelques bons remèdes (« Secrets concernant la Beauté et la Santé »). Il en profitait pour indiquer.ses propres remèdes et se justifier d’en conserver la formule secrète et de les exploiter au profit de sa famille : «En réservant la moindre part des remèdes que j’ay Cinventéz, dit-il, je n’ay fait de tort à personne, n’y «ayant aucune loy ni maxime moralle qui puisse enga- « ger un homme à donner tout son bien lorsqu'il n’a « dessein que d’en communiquer une partie » (Cité par le D' Bouvet Bull. Soc. Hist. Pharm.).

La publicité faite à différents remèdes de l’époque mérite également une mention spéciale, et il ne nous paraît pas sans intérêt de la comparer aux brochures de propagande destinées actuellementà vanter les mérites de certaines spécialités :

« L'eau de la Reyne de Hongrie » très en honneur auprès des Dames de la Cour était présentée de la façon suivante.

« Dona Isabelle, Reyne de Hongrie, âgée de 72 ans, était fort

infirme et souffrant de la goutte ; en fut guérie grâce à une eau qu'elle respirait, la formule de ce remède lui avait été confiée par un ermite qu’elle n'avait jamais vu.

- L'on en prendra une fois par semaine le poids d’un drachme dans le boire et le manger ; ce remède renouvelle les forces, nettoye les moelles, fortifie les esprits ». La formule de ce remède fut publiée dans un livre anonyme de 1660 « Nouveaux Secréts rares et curieux donnés charitablement au public par une personne de qualité ». Ce n'était rien autre chose que de l’alcoolature de romarin. (D'après Reutter de Rosémont, Histoire de la Pharmacie ; l'auteur ajoute que la dite « Reyne de Hongrie » n’a jamais existé).

Plus curieuse encore est la publicité du frère Célestin, autorisé à vendre ses remèdes par privilège du Roy du 22 décembre 1716.

« Par permission du Roy,

Extrait des lettres patentes de Sa Majesté.

Il est défendu à tout Médecin, Chirurgien, Apothicaire, ou tout autre personne de quelque condition qu'elle soit, de troubler ni empécher le Frère Célestin, Prieur de Saint-Thibaud en Berry, Supérieur et Fondateur du Saint-Calvaire de Villefranches en Rouergue, ni même ceux qui auront pouvoir de lui par écrit, de vendre, distribuer ses remèdes spécifiques, à peine de mille livres d'amende, et de tous dépens, dommages et intérêts. Il est permis à lui seul, par nos présentes lettres patentes, de distribuer, vendre ou faire vendre les dis remèdes dans toute l'etendue de notre royaume ».

Les Placards de publicité rédigés par le Frère Célestin pour-

ront donner une idée de ce qu'étaient ces « Remèdes Spéciliques »:

« Avis au Public :

Messieurs les Prieurs et Curés de ce Diocèse sont très humblement priés par le Frère Célestin de faire sçavoir à leurs Paroissiens que le dit Frère arrivé depuis peu dans la Ville, traite toutes sortes de maladies, les guérit ou les soulage avec le secours du ciel :

Il traite la descente des boyaux sans couper ni tailler, particulièrement les jeunes gens, il soulage les autres avec une adresse surprenante, se servant de bandages à la Polonaise, les plus commodes de tous ceux qu'on fait. Fe

Il traite aussi de tout relâchement et descente de matrice, et fait des pessaires à l’angloise pour la soutenir, en même temps qu'il la tortifie par ses remèdes. :

Il traite le haut mal, guérit les jeunes gens par ses remèdes spécifiques antiépileptiques, soulage les personnes avancées eh âge, et rend les chutes rares en observant ce quil prescrit.

Il guérit les maladies du cerveau, vertiges, vapeurs, surdité, et l’apoplexie, léthargie, les maladies des yeux, fistules lacbrimales (sic), cataracte, etc.. les humeurs froides, écrouelles, can-

cer, fistules, vieux ulcères et autres maladies semblables ; de

Ju l'enflure et de l'hydropisie en général.

Il guérit et résout toutes les loupes, sans taïller, couper ni extirper, il emporte les cors des pieds et empêche qu'ils reviennent, il traite toutes sortes ne péripneumonies, maladies du poulmon, et aulitres semblables.

Il guérit de la teigne, des dartres et des maladies invétérées dans la masse du sang, en purifiant et adoucissant l’âcreté de la lympbhe.

Il'traite par ses excellents spécifiques les personnes asthmatiques et ceux qui ont une difhiculté de respirer invétérée.

Il distribue la quintescence d’absinthe suivant la méthode d'Helvétius, Médecin du Roy, qui corrige les aigres, facilite la digestion, excite l'appétit, dissipe les vents, cruditéz et gonflemens, maux de cœur, coliques d'estomac, passions hystériques, suppression des règles et les maladies scorbutiques... ete ».

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