‹ Contribution à l'étude de certaines myélites et de leurs rapports avec l'encéphalite épidémiqueChapitre 11 sur 21 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Victoire M..., 36 ans, cuisinière. Entrée le 15 mars 1920, sallè 4, lit 24.

Diagnostic : Paraplégie. Traitement mercurie].

La maladie a débuté au commencement du mois de féviier par une douleur dans la région lombaire, s'irradiant dans la jambe gauche, empêchant la flexion du corps et accompagnée d'une sensation de froid dans les membres inférieurs, douleur qui cependant n’a guère duré plus de vingt quatre heures. Mais peu à peu, dans les jours qui suivent, la malade sent ses jambes fléchir sous. elle. Obligée de s'appuyer pour marcher, elle n'en continue pas moins à travailler pendant trois semaines environ. Mais au bout de ce temps, la marche est devenue impossible sans le secours de quelqu'un servant de soutien. D'ailleurs pis de douleur. Seulement, avec la gêne dans les mouvements des membres inférieurs, apparaissent des troubles de la miction. La malade n'urine pas plus fréquemment qu'auparavant, mais quand arrive l'envie d'uriner, cerle-ci est tellement impérieuse que la malade doit la satisfaire immédiatement. La malade entre à l'hôpital le 145 mars

Antécédents héréditaires : Père mort à 71 ans d'un accident, mère à 74 ans d'une maladie d'estomac. Ils avaient toujours été

Se

bien portants. À eu quatre sœurs et un frère : le frère est mort en naissant, et narmi les sœurs, deux sont mortes, l’une à 18 mois, l'autre à 24 mois. Deux sœurs mariées : l'une a quatre enfants, l'autre, deux. Mères et enfants se portent bien.

Autécédents personnels : Dans l'enfance, aucune affection épidémique. Réglée à 13 ans. Les règles peu abondantes, durant environ deux jours, avancèrent souvent de quelques jours. A 21 ans, pertes blanches assez fournies avec douleurs à la miction pour lesquelles la malade fait une saison à Salies-de-Béarn. Depuis, les perles sont minimes. Pas d'autre maladie à signaler. La malade n'aurait jamais eu de rapports sexuels,

Etat à l'entrée à l'hôpital : Facies bien coloré, embonpoint normal, bien que la malade prétende avoir un peu maigri, Muqueuses bi:n colorées. Langue humide, légèrement saburrale.

Face normale.

- Membres supérieurs normaux ; force et adresse conservées.

Membres inférieurs : la marche est impossible. Ce n'est qu'avec l'aide de deux personnes soutenant la malade des deux côtés que celle-ci peut avancer péniblement un pied l’un devant l'autre en le traîinant sur le sol. La station debout est impossible. Dans le lit, les mouvements de flexion et d'extension, d'abduction et d'adduction sont possibles, mais si les membres peuvent ètre décollés du plan du lit, le pied ne peut s'élever au-dessus de ce plan que de 20 à 25 centimètres. La force est diminuée, cependant il faut encore déployer une certaine vigueur pour plier la jambe sur la cuisse quand la malade s’y oppose, vigueur égale des deux côtés. Les membres inférieurs ne paraissent pas atrophiés, mais le tissu cellulaire est beaucoup plus développé que normalement eton ne sent au dessous que des masses musculaires très diminuées, cela élant surtout marqué pour le quadriceps. L'hypertrophie du tissu cellulaire masque l'atrophie musculaire.

Réflexes. — Membres supérieurs : normaux.

Membres inférieurs : Réflexes rotuliens et achilléens vifs des deux côtés. Signe de Babinski des deux côlés. Pas de clonus du pied ni de la rotule.

Réflexes abdominaux faibles.

Sensibilité : Pas de troubles bien marqués. Cependant la piqûre est peut-être un peu moins bien perçue aux membres inférieurs.

Sphincters : Mictions impérieuses.

ER ve

Il n'existe pas de douleurs spontanées, mais la pression un peu vigoureuse des quatrième et cinquième vertèbres lombaires est un peu douloureuse. Pas de douleur quand on presse sur la tête ou sur les épaules.

Pas de céphalée, pas de température ; rien à noter des appareils digestif, circulatoire et respiratoire.

En résumé, paraplégie ayant débuté le 15 mars (920, à marche progresssive, non douloureuse, avec troubles légers de la miction et sans grands troubles de la sensibilité, en dehors de tout symptôme suceptible de faire penser à la syphilis ou à la tuberculose.

Le 16 mars. Ponction lombaire. Résultat de l'examen du liquide céphalo rachidien : Albumine 0 gr. 9); réaction leucocytaire faible; lymphocytose pure. Quelques ctIlules de desquamation.

Réaction de Wasser mann : négative.

Le 10 mai 1920. Après deux séries de 16 injections de biiodure - de Hz: à 0 gr. 02, et 5 injections d'hectine, les troub'es de la miction et de la sensibilité ont disparu. En dehors de cela, aucun changement.

Le 11 mai. Cependant en continuant les inj clions d'hectine, les mouvements des membres iuférieurs augmentent d'amplitude.

A cette date, examen électrique. Résultat : réactions normales au courant faradique et au galvanique, Pas de R. D.

Allons nous faire de ces myélites une étude complète sinon définitive, sur le mode classique avec tous les chapitres qu'il comporte ? Non. — Loin d'être de mise, un tel dessein ne laisserait pas que d’appäraître en l'occurence, mettons téméraire, pour ne pas dire plus. Une méthode que nous devons à nos maîtres, et notamment à M. le Professeur Verger, va nous déterminer à choisir le parti que nous considérons comme de beaucoup le plus sage : c'est de nous en tenir simplement, observations en mains, à faire ressortir et ce qu’elles peuvent présenter d’intéressant au point de vue de la propre connaissance de nos myélites, et les caraclères susceptibles de concourir à rendre vraisemblable

l'hypothèse que nous avons avancée concernant leur nalure.

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