IV. — Évolution et pronostic
En dehors des formes où la fièvre à grandes oscillations et l'état général très grave ne laissent à peu près subsister aucun espoir, la marche de la maladie se fait selon un mode particulier, suffisamment caractéristique pour faire naître un rapprochement entre les différents cas, quel que soit le type clinique sous lequel il évolue. A l'opposé de ce qui se passe dans la. poliomyélite aiguë, dans laquelle, après une phrase d'amélioration, les troubles paralyliques se stabilisent, n’intéressant plus que cerlains groupes musculaires, et qu'ainsi se trouvent constituées des séquelles durables d'importance variable, rien de tel n'apparaît dans l’évolution de l'affection qui nous occupe.
Dès le début, la tendance à fa guérison est à peine marquée et la régression se poursuit avec une lenteur désespérante, à tel point que l’on est en droit de se demander si la guérison est possible. Des mois et des mois les malades restent en traitement à l'hôpital, cependant qu'à part les cas bénins, où l'état général paraît peu ou pas touché, l’asthénie physique et mentale, la demi-torpeur, parfois la somnolence, la désorientation, quand elle existe, se montrent des plus tenaces. Puis il arrive que lassés, et en dépit de la médiocrité des progrès de la guérison, ils demandent à sortir. Quand il est possible de les suivre et qu’on leur demande, longtemps après de leurs nouvelles, comme nous avons fail pour la malade de l’observation n° II], la réponse parvient peu satisfaisante : la malade se lamente de ne pas guérir, et envisage son entrée à nouveau à l’hôpital. Cependant, grâce à un traitement judicieux et des soins bien entendus, on peut espérer certains résultats non négligeables. D'abord on peut éviter une issue falale menaçante, ce qui a eu lieu pour la malade de l'observation n° Il qui est arrivée salle 4 dans le coma et dans un élat lamen-
ane
table. Ce qu'on peut s'attendre à voir céder, ce sont les troubles sphinctériens, surtout quand, comme dans l'observation no HI el VI, ils se limitent à des mictions impérieuses. Enfin, les eschares, qui n’ont pas ici de signification pronoslique trop sombre, guérissent souvent. Mais en ce qui concerne l'impotence motrice, la convalescence - s’élernise, interminable. Aussi bien, et pour dire vrai, sur les exemples que nous avons fournis, nous n'avons pas enregistré une seule guérison, et cependant le début de l'affection remonte loin pour certains. Des trois malades qui n’ont pas succombé, l’un a fait de l’atrophie musculaire (observalion n° I), les deux autres (observation n° IT et VI) sont devenus des paraplégiques chroniques. Enfin sur six cas, nous notons trois décès : l’un rapide, celui de L. D. (observation n° V), un autre qui ne l’est guère moins, celui de J. L. (observation n° 1), et un troisième tardif, celui d’A. M. (observalion n° 4).
Par conséquent, s’il est permis de voir une indication dans ces résultats, elle serait en faveur d’un pronostic vital grave. Et si l’on considère ce que l'amélioration obtenue comporte de peu satisfaisant dans les cas non mortels, tout ce que peut avoir d'hypothélique la « restitutio ad integrum » ou même une guérison approximative, le pronostic fonctionnel s'avère sombre.