‹ Contribution à l'étude de certaines myélites et de leurs rapports avec l'encéphalite épidémiqueChapitre 16 sur 21 · LH SA OS · texte numérisé non relu

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20 Qu'on n'avait pas coutume d'en voir avant cette épidémie et qu'à son occasion, on va jusqu'à en compter cinq ou six cas à la fois dans le même service.

3° Enfin que, depuis l'extinction de l'épidémie, on n'en voit plus.

Dès lors une hypothèse s'impose tyraniquement à l'esprit : pourquoi ces myélites ne reconnaîtraient-elles pas la ou les mêmes causes que l'encéphalite épidémique ? Le mot lâché, nous entendons bien l’objection qui se dresse tout armée et à première vue irréfutable : « Mais l’encéphalite épidémique, pour laquelle MM. de Saint-Martin et Lhermitte avaient proposé la dénominalion de poliomésocéphalite primitive avec narcolepsie est caractérisée par un trépied symptomatique : léthargie, paralysie nucléaire des nerfs craniens et fièvre. Cela ne cadre guère avec ce que vous nous avez dit jusqu'ici de vos myélites. » Évidemment, devant cette conception de l’encéphalite épidémique, la comparaison tombe d’elle même. A telles enseignes que mon condisciple et ami, M. Serre dans sa thèse des plus consciencieuse sur l’encéphalite «léthargique » (disait-on alors), donne comme un de ses caractères distinclifs l'intégrité à peu près constante de la moelle. Mais M. Serre écrivait sa thèse en avril 1919-et depuis les premières descriptions de l'encéphalite épidémique, les temps ont marché, les observalions se sont multipliées, on est arrivé à mieux connaître la maladie. Détroit qu'il élait au début, son cadre s’est agrandi peu à peu, et nous allons en donner des preuves. Dans un chapitre inlulé : « De la diversité clinique de l’encéphalite léthargique,.voici ce que dit M. Achard dans le Bulletin de l’Académie de Médecine n° 5 (séance du 3 février 1920) : « La maladie est donc sans ordre défini polymorphe et acyclique. Cela peut aider au diagnostic, s l’on sait considérer non des symplômes isolés, mais, un ensemble de symptômes. L'expérience montre qu’à la symptomatologie univoque du début, tendent à se substituer des tableaux cliniques beaucoup plus variés. » Ici, M. Achard émet un regret : « Peut-être à vouloir étendre ainsi le domaine de la maladie,

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risque t-on d'y incorporer des cas étrangers que les premières observalions n'auraient jamais fait songer à y faire entrer », dont nombre d'auteurs, M. Lhermitte entire autres, se sont préoccupés, mais qui, s’il a pu être légilime à une certaine époque, n'est plus à l'heure actuelle d'ordre à nous arrêter. « Mais on ne peut nier, poursuit M. Achard, qu'on observe en ce moment une fréquence inusitée de tableaux cliniques caractérisés par ces ensembles de phénomènes intellectuels, moteurs et généraux, qui ne sauraient être rangés dans les cadres de pathologie classique. » Et MM. Arnold et Netter, dans le même Bulletin de l’Académie de Médecine porlant les numéros 8, 9, 10 (séances des 24 février, 2 et 9 mars 1920), s'expriment ainsi : « Le virus de lencéphalite léthargique peut ne pas limiter ses effets à l’'encéphale. La moelle peut participer aux lésions et même jouer le rôle essentiel. Cette notion juslifierait le terme d'encéphalo-myélite cher à M. Cruchet. »

C'est qu’en effet, en même temps que M. Von Economo, exactement à 10 jours d'intervalle, M. le Professeur Cruchet de la Faculté de Bordeaux, alors aux armées, et en collaboration avec MM. Moutier et Calmettes, faisait lui aussi, mais sans qu'elle fit beaucoup de bruit, une communication sur ce qu'il dénommait : l’encéphalo-myélite. Seulement, entre l’encéphalite épidémique et l’encéphalo-myélite, on n'apercçut pas tout d’abord le rapport. C’est que, différant de méthode à peu près dans la mesure où diffèrent les génies des deux pays, alors que M. Von Economo, de Vienne, ne voyant ou ne voulant voir que des symptômes isolés bien définis, présentait sept cas d’une maladie qu'il limitait au cadre étroit d’une de ses formes, M. le Professeur Cruchet, de Bordeaux, se plaçant à un point de vue autrement général, présentait non plus sept, mais quarante cas qu'il avait réunis sous la même dénomination, non pas parce que de symptomatologie identique, mais bien parce que ressortissant, selon lui, cliniquement à la même cause.

Aussi bien, et il y a déjà longlemps qu'à la Faculté de

Bordeaux, M. le Professeur Arnozan, au cours d'une de ses cliniques, particulièrement courue celle-là (le sujet, « sur un cas d’encéphalite léthargique », étant alors de pleine actualité), el prestigieuse comme elles le sont toutes, avait exprimé cette idée, non sans rendre justice à M. Cruchet : on ne voit pas bien pourquoi le € virus de l’encéphalite épidémique limiterait ses effets à certains éléments cellulaires de l'axe cérébrospinal, et épargnerait systématiquement des éléments'identiques, mais de topographie différente, et cela, sans qu’existe pourlant, que nous sachions, interposée, aucune espèce de barrière d'ordre anatomique ou fonctionnel. Que dans la majorité des cas, les lésions portent sur une certaine partie de l'axe cérébro-spinal, nous l'accordons volontiers, mais exclure les autres localisalions ne satisfait ni la logique ni ce que nous savons des théories généralement admises touchant l'invasion de l'organisne par un agent infectieux. Quant à déterminer sous quelle influence se manifeste telle localisation plutôt que telle autre, c'est autre chose; s'il nous fallait en donner une explication, nous adopterions celle de Grasset, qui fait une large part, dans la recherche étiologique, aux dispositions névropathiques : € Quand plusieurs individus sont atteints d’une même maladie infectieuse, dit-il, tous ne font pas de la myélite. Pour que l'infection produise de la myélite chez tel ou tel, il faut que chez cet individu, dans son état organique antérieur, il y ait un autre élément éliologique qui détermine la localisation sur la moelle plutôt qu'ailleurs : c’est la disposition névropathique acquise ou héréditaire ». Après ce que nous venons de dire, peut-être nous accordera-t-on que nous pouvons reprendre notre hypothèse avec plus de vraisemblance. Nous avons déjà dit que les myélites dont nous nous occupons se sont montrées pendant l'épidémie d’encéphalite. De plus, si on consulte nos observations, on verra que l'âge des malades se tient bien dans les mêmes limites que celles où frappe généralement l’encéphalite épidémique. Cet âge (26 ans, 49, 38, 41 et 36 ans) est d’une façon générale compris entre 20 et 50 ans : ce sont donc le plus

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