‹ Contribution à l'étude de l'ablation de la claviculeChapitre 12 sur 16 · SO · texte numérisé non relu

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mois et demi après l'opération la consolidation paraît complète. Les moignons des deux épaules se trouvent au même niveau et sont identiques. On voit faisant une légère saillie sous la peau l'extrémité du fragment interne qui est un peu hypertrophié. Le fragment long de 8 centimètres occupe sa position normale; il se prolonge en dehors et en arrière par une masse de for. mation nouvelle se continuant avec lui sous un angle assez prononcé d'environ 120° Cette nouvelle production présente une consistance assez ferme, moins dure cependant que celle d’un os ordinaire, À son point d'implantation sur le fragment interne de la clavicule, elle a sensiblement la même largeur et la même épaisseur qu’une clavicule normale; elle va en s’élargissant de dedans en dehors et rejoint le bord acromial en se confondant avec lui.

L’opéré peut exécuter des mouvements assez étendus. Il peut élever son bras jusqu’à l'horizontale, le porter ‘en arrière, en avant, mettre sa main à sa figure; il a une certaine difficulté pour soulever des poids un peu lourds, mais l’épaule ayant été longtemps ankylosée, les mouvements ne peuvent avoir encore la souplesse qu'ils acquerront fort probablement après un traitement électrique. |

La radiographie faite actuellement nous montre Ia disposition suivante, Le tiers interne de la clavicule ne présente rien de particulier. Le tiers moyen forme une ombre un peu plus foncée et un peu plus large que celle de la région précédente, répondant ainsi à l’hypertrophie constatée à la palpation. Le tiers externe est formé par une ombre assez claire avec deux bords supérieur et inférieur foncés, A l'extrémité acromiale,

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l'ombre s’éclaircit beaucoup, comme d’ailleurs sur toute clavicule normale. Cet os est, en effet, formé dans toute sa longueur d’un tissu spongieux entouré d’une couche corticale compacte un peu plus épaisse au milieu de l’os.

D'après tous ces caractères, il nous semble bien pouvoir affirmer qu’il y a eu là une régénération osseuse malgré l’âge du sujet (54 ans). Comment l’expliquer ? La résection ayant été faite sans conservation du périoste, peut-on supposer que la régénération vienne du segment diaphysaire. Matewen (1) prétend bien que l'os diaphysaire peut reproduire directement de l'os par prolifération de ses ostéoblastes, contestant au périoste son pouvoir ostéogène ; pour lui le périoste transplanté seul ne donne pas d'os nouveau : la greffe ne devient ostéogène que si elle renferme des fragments d'os enlevés en même temps que la lame périostique. Haas (2) a repris la question au point dé vue expérimental sur des cotes de lapin. Ces expériences confirment celles d’Ollier et Haas conclut de ses recherches que le périoste soigneusement détaché de l'os peut reproduire de l'os nouveau surtout en présence de caillots sanguins qui paraissent jouer un rôle important comme exeitants de l’ostéogenèse ; au contraire des fragments d'os dépouillés de leur périoste n’ont présenté aucun signe

(1 et 2) J. de Chirurgie, Oct. 1913. Haas (San Francisco).

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net de régénération. Au fond la question est surtout une question de définition de mots ; si l’on détache seulement la partie fibro-élastique du périoste sans racler l'os et que l’on considère cette partie fibreuse comme représentant le seul vrai périoste,. on obtient évidemment aucune ostéogenèse : mais si au cours de l'expérience, on détache la couche de moelle souspériostée en raclant l'os au plus près, on enlève alors, en même temps que la partie fibreuse du périoste un tissu éminement ostéogène constitué justement, formé par cette moelle sous-périostée. Ollier n’a jamais dit autre chose. (Lecène).

Pour notre malade, il était cependant resté ça et là quelques débris périostiques. Il doit souvent en être ainsi dans les opérations de ce genre et ces débris nous paraissent suffisants pour contribuer à une régénération possible aussi, dit Mauclaire à propos des ostéomyélites, chez des sujets chez lesquels la croissance est achevée.

La régénération facile de,la elavicule s'explique peut-être aussi par le mode de développement un peu particulier à cet os. « La clavicule, dit Testut (1) diffère des os des membres en ce qu'elle n’est pas précédée d’une ébauche cartilagineuse. Le tissu osseux qui constitue le point d’ossification primitif et se trouve au milieu de l'os nait en effei dans un tissu indifférent et se développe tout d’abord aux dépens de ce tissu. Ce point d’ossification est le premier qui

(1) Testut, Anatomie. Ostéol.

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apparaît sur le squelette vers la fin de la quatrième semaine. Il s'accroît très rapidement. Plus tard à son côté externe et à son côté interne apparaissent deux petites masses cartilagineuses qui en s’allongeant limitent la longueur de l'os et qui s’ossifient à leur tour.

Ce mode de développement spécial à la clavicule nous est nettement expliqué par l’anatomie comparée. Chez un certain nombre de vertébrés inférieurs, chez les poissons notamment la clavicule est un os exclusivement cutané et tout superficiel. Chez les vertébrés plus élevés il gagne les régions profondes et entre en relation avec le squelette : alors à son ébauche dermique vient s’ajonter une ébauche cartilagineuse qui s’ossifie comme s’ossifient toutes les pièces du squelette cartilagineux. C’est le cas chez l’homme et chez lui la clavicule est réellement un os mixte se rattachant aux os de revêtement par son point osseux primitif et au squelette par son ébau-

che cartilagineuse. »

Il est encore bien des cas où la clavicule fut enlevée entièrement chez des adultes même assez âgés et qui purent néanmoins se servir de leur membre supérieur comme par le passé. Nous rappellerons surtout les divers cas de sarcomes cités par Flament et dont nous avons déjà donné un aperçu dans notre historique. L'un, un homme de 46 ans avait un sarcome sous périosté dont l'extraction fut assez pénible à cause de la vascularisation et de l'importance de la tumeur. Il guérit et conserva ses mouvements

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