‹ Contribution à l'étude de l'ablation de la claviculeChapitre 7 sur 16 · IMPORTANCÉ DE LA CLAVICULE · texte numérisé non relu

IMPORTANCÉ DE LA CLAVICULE

« Jetée comme un pont du thorax à l'épaule » la clavicule a paru à la plupart des anciens chirurgiens jouer un rôle d’arc-boutant de la plus haute importance. De nombreuses observations viennent à présent nous montrer que l’on peu se passer assez facilement de clavicule. Quelle idée se faire au juste de l'importance de cet os ?

Pour Tillaux (1) la clavicule maintient l'épaule . écartée du thorax et s’oppose à sa chute; d’où, en cas de fracture, projection de l'épaule en avant et son abaissement.

Malgaigne dit avec raison que la clavicule sert à fixer la cavité glénoïde presque directement en dehors et assez librement en arrière. Otez la clavicule,

(1) Tillaux .Anat. topograph., p. b24.

R-oûr 2

dit-il, la cavité glénoïde regardera en avant: les mouvements en arrière et en avant deviennent impossibles. Malgaigne invoque alors l'exemple du chien qui ne peut nager qu’en battant l’eau en avant, tandis que l’homme décrit avec ses bras un grand are de cercle Mais le chien n'a pas du tout le même genre d’articulation scapulo-humérale que l’homme. Chez lui, la cavité glénoïde emboite l’humérus d’une facon si étroite que les mouvements de latéralité sont impossibles.

A cette façon de voir on peut d’abord opposer les cas d'absence de la clavicule où les mouvements du bras en avant en haut et en arrière peuvent très bien s'effectuer.

Kappeler (1) a observé un cas d'absence congénitale presque complète des deux clavicules chez une jeune fille de 16 ans qui n'éprouvait aucun trouble fonctionnel. Les clavicules n’étaient représentées que par un tégument osseux mesurant à gauche 4 centim. et à droite 1 cent. 5 seulement.

Pierre Marie (2) a observé à Bicêtre quatre cas très intéressants dans la même famille d'absence plus ou moins complète de la clavicule. Et aucun de ces malades ne soupçonnait qu'il eut quelque chose d'anormal de ce côté-là. Ainsi chez A, péresila clavicule gauche est relativement assez bien developpée, sauf dans son tiers interne: la clavicule

(1) Ark. der Heïlk XVI ne 3.

(2) P.Marie et P. Sainton. Dysostose cleido-cranienne.Héréd.

aan droite présente au niveau de la partie moyenne une dépression dans laquelle les doigts entrent profondément : il semble qu'elle soit en deux fragments : peut-être ceux-ei sont-ils réunis par une portion fibro-cartilagineuse.

Chez A..., fils, il existe une atrophie de la moitié interne de la clavicule droite : à gauche, la clavicule est divisée en deux parties osseuses séparées par une intersection fibreuse permettant aux deux fragments de grands mouvements de chevauchement par rapport l'un à l’autre.

Chez E..., mère, se trouve de chaque côté un petit rudiment de clavicule partant du sternum et ayant trois centimètres de long environ et donnant une sensation de cartilage ; il est terminé en pointe et va se perdre dans du tissu fibreux ; l’extrémité externe de ce rudiment claviculaire est très mobile. Cette femme a seulement remarqué qu’elle re peut rien porter de lourd dans la direction horizontale ; 1l lui a toujours éte pénible de porter ses enfants sur les bras, mais elle est capable de porter un seau plein d'eau même assez loin.

Chez E..., fille, on sent en partant du sternum, up nodule induré dans la direction de la clavicule, se prolongeant de 5 centimètres et allant se perdre en pointe dans le tissu fibreux qui semble remplacer la clavicule et sur lequel s’inséreraient les aponevroses. Un examen radiographique a permis de con

firmer les données de la palpation.

Il est encore d’autres opinions sur le rôle de la

clavicule et que nous tenons à citer.

« La clavicule dit Polaillon (41) a essentiellement pour usage d'écarter l'épaule du tronc et de la maintenir à une distance déterminée et constante par rapport au thorax. C’est un arc-boutant qui sert à fixer la glenoïde presque directement en dehors, de manière à ce que le bras puisse exécuter ses mouvements librement en dehors et assez librement en arrière. On a dit souvent après Bichat que la clavicule était destinée à soutenir l’épaule et on expliquait par là la chute de l'épaule lorsque cet os est fracturé. Mais en examinant les choses de plus près on reconnaît sans peine que l’omoplate est soutenue par les muscles trapèze, rhomboïde, etc. et que loin d’être soutenue par la clavicule elle sert à celle-ci de point d'appui en dehors. Si donc l'épaule s’abaisse après la fracture de la clavicule, ce n’est pas parce que la clavicule ne la soutient plus, mais parce que n'ayant plus cette tige qui la maintient en dehors, elle tend à se rapprocher de la perpendiculaire et à s'appliquer contre la poitrine ».

Richet (2) s'exprime dans le même sens : « Les fonctions de la clavicule, dit-il, ne sont point comme on le croit généralement de supporter le mem-

bre supérieur ; ce rôle est exclusivement dévolu aux

(1) Dict. Dechambre, t. XVIIL, série I, p. 655.

(2) Dict. Jaccoud art, Clavicule,

2 ERÇE PARU

muscles. Le sien est simplement de le tenir à distance du tronc pendant les contractions de tout l’appareil musculaire groupé autour de l'épaule. ». Les mouvements du bras ne peuvent s’accomplir en eflet sans que l’omoplate soit maintenue solidement en différentes positions. Les surfaces articulaires et les ligaments adjacents qui maintiennent la clavicule lui permettent différents déplacements. Son extrémité acromiale est douée de mouvements de glissements, qui bien que très limités (Testut) sont très suffisants pour permettre à l’omoplate des déplacements très étendus par rapport au thorax. De nombreux muscles antagonistes servent à la fois à ces déplacements et au maintien de l’omoplate; d’une part, le muscle grand dentelé s'étendant obliquement de la partie antérieure de la cage thoracique au bord spinal de l’omoplate contribue à attirer cet os en avant et en bas contre les côtes ; d'autre part, l’omoplate est attirée en arrière et en haut par tout le groupe musculaire qui descend obbiquement des apophyses vertébrales vers l’acromion et le bord spinal ; dans ce groupe, le trapèze avec ses puissantes attaches tient la première place au-dessous de lui, l’angulaire et les rhomboïdes forment de bons auxiliaires. Le grand dorsal de

son côté attire l’omoplate en arrière et en bas.

En somme, l'articulation du membre supérieur avec le tronc est formée par un ensemble musculaire et osseux d’une assez grande complexité. À chaque mouvement entrent en jeu un nombre considérable

LEO Pate

d'éléments qui concourrent plus ou moins directement au même but et se suppléent en cas de besoin. L'un d’eux vient-il à manquer, les autres sont encore assez nombreux pour coopérer à l’œuvre commune et à l’harmonie naturelle.

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