‹ Contribution à l'étude de l'accouchement provoqué méthodiquement rapideChapitre 17 sur 20 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

Observation de L. Bourgeois.

Je Fay fait prattiquer par consentement et en la présence de feu M. le Fébure, médecin, et de M. le Moine et M. de l'Isle aussi médecin fort doctes d’aulant que j'avais veu que ces perteslà sont causes tout à coup de la mort de la mère et de l'enfant, cela fut fait en la femme d'un Conseiller de la Court du Parlement, laquelle était grosse de six mois, son enfant vécut deux jours, elle a porlé d’autres enfants depuis, les médecins recogneurent que si l’on eust différé une heure d’avantage, la mère

et l'enfant estoyent morts: M. le Fébure récite cette pratique-là

aux esco!les de médecine et dit qu’en tel cas il conseilloit aux

assistans d’y procéder de mesme, veu qu'il avoit veu mourir d'honnestes femmes, faute de l'avoir faicte. Environ un an après je fus appelée pour voir la femme d’un frippier de la place Maubert laquelle n’avail pas eu une perle sis à coup, elle fut quatre ou cinq jours, comme elle vit qu’elle n’en pouvait plus, elle m’envoya prier de l'aller voir. Je la trouvai en une sueur froide, le poux d’une personne qui se mouroit, j’envoyai quérir un chirur-

gien pour esviter le blasme, et pour oster le regret de la laisser

mourir sans l’accoucher en diligence, lequel l'accoucha fort doucement, elle mourut un quart d’heure après, estant ouverte, il ne put pas trouver en son corps une goutte de sang, si elle eust esté secourue en temps l’on l'eust sauvée, sa sage femme lui disoit qu'il fallait laisser faire nature et qu’elle en avoit eu autresfois de mesmes. Je n’entends pas que si tost qu'une femme a une perte de sang que l’on y procède de cette façon-là, mais il faut veiller sur elle comme le chat fait à la souris, et faire la guerre au doigt et à l’œil; il se trouve bien des femmes qui ont leur mois sur leur grossesse pourveu que cela ne dure guère et que ce ne soit en petite quantité, il ne faut pas venir à ce remède, mais ceux ou celles qui sont appelés, en doivent prendre le soing, et en sortir avec honneur. D'autant que les malades, ne cognoissant la conséquence de leur mal, le néglige.

J’ay veu peu de femmes qui ayent eu perte de sang sur leur grossesse ne soyent accouchées avant terme, et plus souvent enfans morts que vivans, pour les mères de pertes semblables à celle dont je viens de parler en mourut feuë Mile d’Aubray, femme de M. d'Aubray, qui a esté prevost des marchands, aussi en est morte Mme la duchesse de Montbazon et tant d’autres, moy connoissant que le flux de sang n’est entretenu que par la grossesse, l'ayant veu cessé sitost que la femme est accouchée j'ay mis celte pratique en avant, laquelle j'ay cogneu trop tard à mon gré, pour la conservation de celles que j'ay nommées encore qu'elles n'ayant esté servies de moy, mais si la pratique en eust esté plus lost en usage, elles fussent encore vivantes au contentement de leurs familles. |

Il se voit des femmes qui estant subjectes à de grands fluxions, lesquelles prennent leur cours le long de l’espine du dos, vienuent à passer par la matrice, aux unes elle se mele parmy le sang qui va nourrir l’enfant, qui le rend chétif et mal nourry,

dont s'ensuit à plusieurs accouchements avant terme, sans avoir

RQ T NES

grande perle auparavant : aux autres elle s’escoule dans la matrice, à l’entour des membranes, ou liet où il est envelopé que nous appellons hydropisie de matrice, telles femmes ont souvent pertes quelquefois d'eau. A d’autres elle fort teinte de sang ; c’est en quoyil ne se faut pas tromper, n’y prendre cela pour une perte de sang : les femmes en sont soulagées et qui voudroit restreindre ce flux-là, l’on les feroit suffloquer, cela est un bénéfice de nature, qui se cognoist aux linges, car estant sec cela est tout pasle, telle perle vient sans effort, ny blessure, ce que ne fait celle du sang pur, sinon à celles qui sont si sanguines qu’elles en regorgent tellement qu’il sort tout pur sans aucun subject, ces femmes-]là estant saignées pour descharger et faire révulsion leur flux s’appaise et ayant fait ces remèdes là, si le flux persévère, il y faut prendre garde et les accoucher : si l’on void les signes que Jay dit, foiblesse ou ouverture de matrice sans douleur, avec la perte de sang pur qui se doit toujours juger à la

teinture des linges. »

: OBSERVATION Il

Portal. De l’accouchement d’une femme en danger de sa vie à cause d’une perte de sang.

Un mercredi vingt-quatrièmée jour du mois d'août 1672, je fus appelé aux Halles dans la rue de la Cordonnerie ponr accoucher la femme d’un de mes confrères, que je trouvai en danger de perdre bientôt la vie à cause d’une perte de sang qui était fort cousidérable et qui l'avait entièrement épuisée de ses forces. MM. Kikebœuf, de Mersennes, Akakia et Buci, tous quatre habiles et fameux médecins de la ville de Paris, l’obligèrent de

recevoir tous les sacrements ; après quoi ces Messieurs m : dirent

EE

Qt

de travailler et de tâcher de sauver la malade du pér: où elle était, n’y ayant que ma main après Dieu qui lui pût sauver la vie, et, pour cela, je gressai mes doigts et ma main avec de l'huile, ensuite je portai mes doigts jusqu’à l’orifice interne de la matrice, que je sentis être dilatée en rondeur et en largeur de sept à huit lignes. Je fis connaître cette rondeur avec mes doigts à ces Messieurs qui étaient auprès de la malade. J'introduisis mes doigts, index, médius et annulaire et, les séparant les uns des autres je dilatai cet anneau ou orifice interne en introduisant ces trois doigts l’un après l’autre, et, ayant passablement dilaté, je glissai mon pouce et mon petit doigt à la faveur des trois autres, et avec iceux je formai une sorte de speculum malricis en les écarlant doucement les uns des autres. J'ouvris cet anneau en telle sorte que je n’eus point de peine à porter ma main vers le fond de la matrice où, en la glissant, je sentis le placenta qui environnait en dedans l’orifice interne, ce qui était la cause de la perte de sang, parce que lorsque l'ouverture de l’anneau se faisait, le placenta qui se trouvait contigu à cet orifice, à cause de quelque contiguité qu'il avait avec la matrice, à l'endroit où il est adhérent, cet orifice venant à s'ouvrir, il se divisait et en même temps les vaisseaux venant à se diviser, cela fait que la malade se perdait en abondance et si eile n’est promptement secourue elle allait mourir. Je glissai ensuite mes doigts vers la partie interne et postérieure de la matrice, après avoir séparé le placenta, pour trouver les membranes qui étaient pleines de ses eaux et pour lui donner jour, en les ouvrant avec mes doigts et en les trouant elles s'écoulèrent quoique les orifices fussent occupés par ma main. Cela me donna beaucoup de facilité pour pouvoir joindre les pieds de l'enfant. J'en pris un avec mes doigls que je tirai le plus promptement qu'il me fut possible dehors les dils orifices et je l’ondoyai sous conditions sur ce pied, puis je l'enveloppai d'un linge et je tirai ce pied et

wr

e Tandis

la jambe que j'amenai dehors jusqu'aux fesses. Alors j'observai la situation de l’autre cuisse et de la jambe, que je reconnus être pliée sur le ventre, car si elle avait été écartée postérieure ment, j'aurais élé obligé de repousser les fesses pour dégager l’autre jambe et la cuisse, où indispensablement elle se serait rompue ; mais la sentant dans la situation que j'ai dit, je tirai bhardiment el sans crainte l’autre jambe et le reste du corps jusqu'aux épaules que je dégageai en plaçant ma main sur le sternum de l’enfant et la droite sur la nuque; par ce moyen je tirai l’enfant qui était très faible à cause de l'énorme perte de saug de la mère et aussi parce qu'il avait fort souffert à travers le col qui n’est pas aussi ouvert que quand les choses viennent nalurellement. Quant à l’arrière-faix, il ne me fit nullement de peine à tirer, parce que je l’avais déjà séparé dès l'ouverture que j'avais faite de l’orifice interne de la matrice. Mon confrère croyait-bien que son enfant était mort, et l’ayant tiré, je priai la sage-femme de le mettre auprès du feu et l’arrière-faix dans un poellon plein de vin qui était sur le feu, qui tenait encore par son nombril au ventre de l'enfant. On lui souffla du vin pur aux yeux, au nez, aux oreilles et autres parties de la face. Nous l’enveloppâmes dans un liage trempé dans du vin chaud el nous lui appliquâmes continuellement de l’oignon écrasé à la bouche et au nez et de moment à autre des linges trempés dans du vin chaud sur ses bourses, parce que c’élait un garçon, et par ces remèdes nous le fimes revenir se porlant bien et la mère

aussi.

BOTTIAU DS De $

A NL"

SLR

ORSERVATION III

Accouchement forcé chez une multipare pour accidents pulmonaires graves avant le début du travail (personnelle). (Recueillie dans le service de M. le professeur Tarnier).

Emma V..., âgée de 29 ans, II pare, enceinte de près de neuf mois ; le bassin est normal.

Age de la marche inconnue. Réglée régulièrement depuis l’âge de 18 ans.

Première attaque de rhumatisme en 1885, pour laquelle la malade reste trois mois alitée. Bonne santé jusqu’en septembre dernier, où elle eut une deuxième attaque pour laquelle elle fut soignée pendant deux mois à Lariboisière ; depuis cette époque, sa santé ne s’est jamais complètement rétablie.

Première grossesse en 1891, normale.

Dernières règles du 10 au 14 mai 1893.

Examen le 14 janvier 1894.

Léger œdème des membres inférieurs. Squelette normal.

Cœur maternel normal (?) Rien dans les urines. Enfant mobile, vivant, se présentant par le siège. Col long et perméable.

3 février. — La malade entre à la Clinique pour des étourdissements, des étouffements, des palpitations, et un léger œdème des jambes. On ne trouve rien à l'examen du cœur et des pou- . mons (?) Après quelques jours de repos, ces accidents s’amendèrent, puis reparurent il y a deux ou trois jours; en même temps crachements de sang, frissons, dyspnée nocturne, accidents dont la malade ne se plaignit pas el pour lesquels elle ne fut pas examinée.

Pendant la nuit du 14 février, la dyspnée augmenta, mais la

er

malade resta encore sans se plaindre. Vers deux heures du soir (14 février), pendant que la malade, couchée, se prêtait à l'examen d'une élève sage-femme, la dyspnée s’exagéra subitement et considérablement,

On me fit demander aussitôt et je trouvai la femme dans l'état suivant :

Cyanose de la face et des mains’; refroidissement des extrémités ; anxiété respiratoire extrême, obligeant la malade à rester immobile sur une chaise, augmentant au moindre mouvement ; pouls très rapide, petit, mais régulier ; battements du cœur e xagérés, cœur affolé; pas de souffle. Matilé dans toute la hauteur du poumon droit et en avant du poumon gauche ; râles fins très abondants mêlés à des râles ronflants dans les mêmes parties de la poitrine, toux quinteuse, difficile. Expectoration rosée, peu abondante. Tendance au collapsus. |

Léger œdème des membres inférieurs.

En somme, état général très grave.

. Après l'application de ventouses sèches sur la poitrine, la malade est momentanément soulagée.

M. Ribemont l’examine alors, diagnostique une embolie pulmonaire et conseille une saignée de 3 à 400 grammes.

En attendant l’arrivée de M. Démelin, inhalations d'oxygène, piqures d'éther et de caféïne ; malgré cela l'état général s'aggravait de minute en minute. La saignée est faite quelques minutes après par M. Démelin, d’abord au bras gauche, puis au bras droit ; 150 grammes de sang environ furent retirés de chaque côté. La circulation se faisant très mal, les saignées se tarissent vite, bien que les veines fussent très apparentes et volumineuses au moment de l'ouverture.

Après une légère amélioration, l'élat général s'aggrave de nouveau. On fait une piqüre de morphine (0,01 centig.) qui reste

sans effet. Une intervention s'impose. Examen du ventre. Têle

= OÙ — engagée en O. 1. D. P. Les battements du cœur fœtal sont sourds et ralentis, beaucoup plus lents que ceux de la mère. Le col est ong, souple et facilement perméable. L'introduction de deux doigts et leur écartement produisent une ouverture grande comme une piècé de deux francs.

M. Démelin, afin d'obtenir la déplétion de l'utérus et de faciliter ainsi les mouvements respiratoires, décide de pratiquer l’accouchement forcé. A cet effet, il introduit le ballon de M. Champetier que l’on gonfle avec 500 grammes, mais dès les premières iractions sur le ballon une couture mal assujettie se déchire. Le ballon est reliré.

Alors, introduclion de quatre doigts et dilatation artificielle du col qui atteint les dimensions d’une pièce de cinq francs. L'orifice ne laisse passer que les quatre doigts et non le métacarpe. Le sommet est repoussé dans la fosse iliaque droite ; on sent les deux membres supérieurs, puis le cordon, puis un pied. La main de l'opérateur sent à la fois les battements maternels aortiques et les pulsations du cordon ombilical; celles-ci sont très lentes, surtout par rapport aux premiers.

Ouverture des membranes. Saisie el abaissement du pied gauche qui s'engage aisément. Le siège en s'abaissant entraîne le col jusqu’à la vulve. L'orifice résiste, des tractions continues, mais modérées, font enfin descendre le siège, le tronc et les bras qui sont facilement dégagés. Mais la tête est arrêtée au-dessus de l'orifice et la manœuvre de Mauriceau est impuissante à la faire sortir ; la lèvre antérieure du col apparaît sous la symphyse.

Alors application de forceps sur la lêle dernière, des tractions énergiques, soutenues, finissent par la dégager.

L'enfant est dans un état de mort apparente assez prononcée; une certaine quantité de liquide amaiotique a pénétré dans les voies aériennes. Insufflation, bain, frictions, etc.. l'enfant est

ranimé, il pèse 3.080 grammes ; la Lête est grosse, ossifiée.

Après l'évacuation. de l’utérus, soulagement marqué et immédiat de la femme; elle va visiblement mieux. Deuxième injection d’éther.

Délivrance naturelle : le placenta normal se décolle aisément. Pendant l'injection utérine, on constata qu'il n’y avait pas de déchirure étendue du col,

L'amélioration continue et la cyanose disparaît rapidement.

Quelques heures après l'accouchement, sueurs profuses.

T.37°,9; à 9 heures du soir, la femme a un nouvel accès d’étouffement qui se calme assez vite par des inhalations d’oxygène (celles-ci sont continuées depuis la saignée)..

Injections de morphine et de caféïne.

Venlouses sèches. Amélioration.

28 février. — La malade est actuellement en pleine convalescence et sort quelques jours plus tard. L’auscultation du cœur révèle un souffle intense au premier bruit et un souffle au deuxième bruit, soit une double insu:fisance mitrale et aortique.

L'enfant se porte bien.

Osservarion IV (inédite)

Eclamptique ; accouchement accéléré. — Recueillie dans le È service de M. Doléris.

Le 9 février, à 1 heure du matin, on amène à la Pitié une femme enceinte de 7 mois dans le coma, qui est transporlée en médecine dans la salle Grisolle. L'interne de garde prescrit douze ventouses scarifiées dans la région lombaire et des venlouses sèches. On l'amène dans le service d’accouchement le 9 février . 1895 à 9 heures du malin.

A son entrée on constale que la malade est dans le coma. La

respiration est bruyante, stertoreuse. La face n'est pas trop cyanosée, le pouls assez rapide mais non irrégulier.

Température 36°,8.

Du côté de l’abdomen l’ulérus remonte à traversun de doigt audessus de l’ombilic. Sa tension est tel'e qu’elle rend la palpation impossible. Des caillots remplissent le vagin. Par le toucher on

arrive sur le col qui est en voie d’effacement et très rigide.

A travers le segment inférieur, on sent un sommet peu engagé. On n'entend pas les battements du cœur fœtal. On sonde la malade et on relire environ 40 grammes d’urine très albumineuse. L'auscultation de la poitrine est rendue impossible par suite du râle trachéal continu.

On fait le diagnostic d’éclampsie chez une femme enceinte de

sept mois et demi à huit mois environ.

Le chloroforme est donné d’unefaçon continue. Saignée de 150 grammes environ, lavement, purgatif du codex, on n’a pas le temps d’administrer un lavement de chloral. On essaie vainement l'introduction d’un ballon de Champetier, et l’on n'arrive qu’à rompre les membranes. Liquide ammiotique normal. à

Le col est presque compltéement effacé,il n’y a plus qu'un bourrelet ; il est dilaté comme à fr. environ. Application des trois branches de l’écarteur Tarnier, à 41 h. 10, mais lecol est dur et se dilate lentement. Pendant ce Lemps on peut tout au plus sentir une contraction utérine. La malade a un accès avorté aussitôt grâce au chloroforme mais au lieu d’avoir le faciès congestionné, est au contraire très pâle. Quelques moments après, le pouls assez bon jusque-là tombe brusquement, disparaît ; la respiration se suspend et la malade meurt. Malgré les injections d’éther et de caféïne les tractions rythmées de la langue, les frictions sur le

thoraxe et la respiration artificielle.

À 11 heures 45, la dilatition est suffisante. On brusque alors

NO Se l'application de forceps et l’on extrait un enfant mort cyanosé, mais non macéré : Poids : 1350 grammes.

Les trois observations qui suivent sont extraites du mémoire de Varnier.

Page 1