OBSERVATION V
Marie L..., 29 ans, primipare, entrée à la clinique Baudelocque, le 12 avril 1899, à 40 du matin. :
Antécédents héréditaires. — Père mort poitrinaire. Mère vivante el bien portante. Une sœur morte de méningite à deux ans et demi. 6
Antécédents personnels. — A l’âge de 10 ans, elle aurait eu une atlaque de rhumatisme arliculaire aigu; depuis lors à deux ou trois reprises, elle aurait eu des poussées de rhumatisme, sans que jamais on ne se soit occupé de son cœur.Pas d'histoire rénale antérieure,
Réglée à 17 ans et demi et toujours régulièrement, elle eut ses règles pour la dernière fois du 1° au 5 août 1891, et perçut les mouvements actifs vers le 5° mois de la grossesse.
Dès le troisième mois de la grossesse (novembre) elle dut aller consulter, pour les battements de cœur,un médecin qui lui ordonna de la digitale. En janvier elle eut des crachements de sang ; les palpitalions s’accrurent; la malade commença à maigrir. Tous les huit jours depuis lors elle eut des hémoptysies. Il y a trois mois survint de l’œdème des membres inférieurs. La malade continua néanmoins à vaquer à ses occupations, malgré des accès de dyspnée assez fréquents.
Ce n’est qu’il y a quinze jours qu'un médecin appelé une nuit .
pour un accès de dyspnée très violent, accompagné d’hémoplysie, pensa à examiner les urines qu'il trouva albumineuses, et prescril le régime lacté qui ne fut pas suivi. ‘
Le 11 avril. — Le médecin voyant l’état de L.. s’aggraver l’envoie à la clinique. ,
À son entrée le 12 au matin, nous constatons : cachexie, la malade a l’apparence extérieure d’une phtisique à la dernière période. Teinte subictérique, œdème énorme des membres inférieurs et de la paroi abdominale.
Dyspnée telle qu’il est impossible de pratiquer l'examen dans Je décubitus dorsal. L... ne peut rester qu’assise, arythmie cardiaque. Congestion et œdème pulmonaire aux deux bases, plus prononcés à gauche.
Albuminurie 10 grammes par litre.
La grossesse est d'environ sept mois. Le fœtus, vivant, se présente par l’extrémité pelvienne. Pas de début de travail.
Le 12 et le 13 avril. — L... est gardée ea observation, au régime lacté absolu ; le 13 à cinq heures du soir, les battements du cœur du fœtus sont nettement perçus avec leur rythme normal,
Le {# avril. — Au matin, l’état empirant (orthopnée, tendance syncopale, œdème gagnant les membres supérieurs), je me vois contraint de provoquer l'interruption de la grossesse qui a manifestement provoqué et qui aggrave les accidents ci-dessus décrits.
A 10 heures 1/2 du matin, le col étant ce qu’il est au septième mois de la grossesse, ayant par conséquent toule sa longueur, “incomplétement ramolli, fermé à ses deux orifices, la malade au bord du lit (décubitus dorsal impossible), j'introduis dans l’utérus le ballon de Champetier de Ribes grand modèle.
L'introduction est facile après quelques minutes de dilatation digita'e qui ouvre sans grand effort l’orifice externe, le canal cervical, et enfin l'orifice interne. Pendant le placement du ballon
la poche des eaux se rompt. le liquide amniotique qui s'écoule
ur Qi
est coloré en vert par du méconium; il est clair que l’asphyxie de la mère agit sur le fœtus.
Mon intention était d'abord de laisser la dilatation s'opérer sous l'action des contractions utérines. Mais à cinq heures du soir les accès de sulfocation étant de plus en plus intenses, la respiration n'étant entretenue qu’à force d’inhalations d'oxygène, la mort élant imminente, je me vois contraint d'accélérer le travail pour vider l'utérus au plus tôt.
A ce moment la dilatation est grande comme une pièce de 4 franc et les bords de l'orifice résistent. En vingt minutes, grâce à une manœuvre qui sera décrite plus loin, j'obtiens la dilatation complète.
J'extrais aussitôt le ballon du vagin; immédiatement derrière le ballon issue du cordon qui ne bat plus.
Ma main droile aussitôt introduite dans l'utérus, dont l’orifice n’offre aucune résistance, saisit les pieds et j'extrais très facilement une file de 1395 grammes commençant à desquamer, morte depuis quelques heures.
Immédiatement après je pratique la délivrance artificielle. Le placenta, farci de foyers hémorrhagiques anciens, près 295 grammes.
Le cordon, dont l’insertion est marginale a 64 centimètres de longueur. Pendant la soirée, dans la nuit et la matinée du 15, l’accouchée n'obtient de soulagement et ne respire qu’en inhalant de l'oxygène.
Elle en réclame sans cesse, l’inhale à pleine bouche ; la sagefemme qui l’assiste, Mile Rose, m'assure qu’elle a usé 500 litres d'oxygène dans la soirée du 14 el 600 dans la nuit et la matinée du 15.
Le 15 au matin, l’état s’est légèrement amélioré. Pouls 136 ; 48 respirations à la minute. Température 37°,8. 250 grammes d'urine dans la nuit.
BoTTIAU ‘ 9