‹ Contribution à l'étude de l'acide chromique, des chromates et de quelques composés du chrome (physiologie, thérapeutique et toxicologie)Chapitre 7 sur 9 · I. — CHROMATES · texte numérisé non relu

I. — CHROMATES

Gmelin est l’auteur des premiers travaux qui aient paru sur l’action physiologique et toxicologique des composés du chrome. Les expériences du professeur de Tubingen datent de 1825, elles ont porté principalement sur le chromate de potasse (2). Elles ont établi qu’à la dose de 30 grains (1 gr. 62), ce sel déterminettes vomissements continuels et que la mort, survient vers le sixième jour sans amener aucun symptôme frappant; quel gros (3gr. 90) profil) The dispensatory of the un. st. Philadelphia, 1858, p.608

(2) Grnelin, Journal de chimie médicale, 1825.

Rousseau. 5

duit la mort instantanément en paralysant l’action du cœur; les effets du chromate dépotasse introduit sous la peau sont encore plus remarquables ; ainsi un gros (3 gr. 90) réduit en poudre et placé sous la peau du cou d’un chien vigoureux amena comme symptômes de la lassitude, des vomissements et de l’inappétence ; le lendemain, les vomissements persistèrent, et de plus Gmelin observa une secrétion muco-purulente sur la conjonctive. Le troisième jour, la soif augmenta, et les membres postérieurs devinrent paralysés ; le quatrième jour, l’animal ne pouvait respirer et avaler qu’avec une extrême difficulté ; enfin il mourut le sixième jour.

La plaie était sèche et très-peu enflammée; mais le larynx, les bronches et leurs ramifications contenaient une grande quantité de mucus fibrineux ; les narines, les conjonctives étaient aussi couvertes de cette même matière. L’irritabilité des muscles avait cessé avec la vie ; cependant les contractions du cœur persistaient encore faiblement, et les mouvements péristaltiques des intestins étaient conservés.

Le second mémoire, publié sur la toxicologie des sels de chrome est dû à Ducatel de Philadelphie ; il fut entrepris dans les circonstances suivantes (1):

Un ouvrier travaillant dans une fabrique de chromâtes tenta d’empoisonner un de ses camarades en mêlant à du whiskey du bichromate de potasse. L’affaire fut portée devant les tribunaux ; mais les juges acquittèrent l’accusé, les médecins consultés

(1) De l’empoisonnement par les préparations de chrome. Journal de chimie médicale, t. X.

ayant répondu que les propriétés vénéneuses de cette substance n’étaient pas bien constatées.

Ducatel, voulant combattre l’erreur commise en cette circonstance par les médecins légistes, chercha à démontrer que le bichromate de potasse est un poison énergique. Il signala alors dans les conclu- . sionsdeson mémoire et d’après ses recherches que le chrome, à l’état de pureté, n’exerce aucune influence sur l’économie animale, mais que le bichromate de potasse est la plus toxique de toutes les préparations de chrome.

Jacobson,aprè savoir parlé de quelques propriétés du chromate neutre de potasse, après avoir signalé en particulier qu’à la dose de 4 grammes pour 1000 d’eau il est préférable au bichromate pour la conservation des préparations anatomiques , prétend qu’à l’intérieur le chromate neutre de potasse n’est toxique qu’à forte dose, mais qu’en petite quantité, 1/2 grain par exemple., il agit comme vomitif avec la même promptitude que le tartre stibié, et cela sans irriter le tube digestif (1).

Cumin reconnaît à petite dose une puissante action toxique au bichromate de potasse; il suppose qu’il pourrait bien tuer en frappant de mort les globules sanguins ; mais, ainsi que le fait remarquer M. Gubler, aucun fait expérimental, aucune observation clinique, n’est encore venue fournir une base solide à cette hypothèse.

Les documents les plus précis que nous possédions actuellement sur la toxicologie dubichromate

(1) Annal, der pharm., Copenhagen, et Journal de» connaissances médicales pratiques, t. I, 1833-1834.

de potasse ont été publiés par le docteur Jaillard, dans une excellente thèse soutenue à l’Ecole de pharmacie de Paris en 1853, et voici les conclusions auxquelles est arrivé cet auteur, à la suite de nombreuses observations :

En petite quantité, par exemple, à la dose de 5 à 10 centigrammes, le bichromate de potasse irrite momentanément le tube digestif ; il produit des vomituritions, des vomissements, quelquefois de la diarrhée, delà perte d’appétit; il rend la respiration pénible et ralentit la circulation. Ce dernier phénomène a constamment été observé par Jaillard chez les malades syphilitiques soumis au traitement par le bichromate de potasse qu’a préconisé M. Ed. Robin. A dose plus élevée, les symptômes d’une gastrite suraiguë se manifestent. La soif est vive, les vomissements spontanés deviennent difficiles; mais l’introduction dans l’estomac de la boisson la plus douce suffit pour les provoquer, ils sont composés de matières muqueuses, bilieuses, jaunâtres et quelquefois sanguinolentes. En même temps les extrémités se refroidissent; il y a de la dyspnée, de l’inappétence, des vomituritions fréquentes, puis la respiration devient stertoreuse, et c’est au milieu de la prostration la plus complète que le malade succombe. Ducatel avait prétendu que le bichromate de potasse donnait lieu en outre à l’inflammation de la conjonctive, à la formation dans les bronches d’un mucus coagulé et coloré par du sang, à des affections exanthémateuses, à des convulsions et même de la paralysie; mais Jaillard n’a observé aucun de ces phénomènes.

Dans les expériences intéressantes de Jaillard, je tiens à relever un fait que cet auteur n'a pas suffisamment mis en lumière : dans toutes les autopsies qu’il a faites d’animaux ayant succombé, non pas à une injection de bichromate de potasse, mais à l’introduction sous la peau d’une certaine quantité de ce sel, il a trouvé des lésions de la muqueuse stomacale (ramollissement, ecchymoses, arborisations), absolument comme si un caustique eût été en contact direct avec ce viscère. Ce fait me semble remarquable et important à signaler ; j’y reviendrai plus loin, à propos de mes expériences personnelles.

En résumé, d’après les expériences de Jaillard, le bichromate de potasse devrait être considéré comme un poison énergique, puisqu’une dose de 25 centigrammes de ce sel peut tuer un chien de moyenne taille dans un intervalle de temps de 2 à 6 jours, et que 12 centigrammes pris en une seule fois amènent souvent chez l’homme des symptômes fâcheux.

Ce même auteur a, de plus, démontré que le chrome s’élimine en partie àl’état d’acide chromique par les urines ; il a pu se procurer pour ses expériences des urines de vénériens soumis au traitement par le bichromate de potasse, et dans tous ses essais, il a manifestement décelé la présence du chrome, alors même que ces malades ne prenaient que 2 à 5 centigrammes de bichromate par jour et qu'il n’opérait que sur 800 grammes d’urine, la moitié environ de ce que ces malades rendaient en ringt-quatre heures.

On ne connaît qu’un très-petit nombre de cas d’empoisonnement par les chromâtes et encore parmi ceux qui ont été signalés,, quelques-uns sont-ils fort discutables.

Dans le mémoire de Ducatel, on trouve le fait suivant, observé à Maryland, par le docteur Baër.

Un ouvrier âgé de 35 ans, voulant retirer d’un vase, à l’aide d’un siphon, une petite quantité de bichromate de potasse dissous, aspira trop fortement et reçut dans la bouche un peu de la liqueur ; son premier mouvement fut de cracher ; mais, à peine s’était-il écoulé quelques minutes, qu’il éprouva une grande chaleur à la gorge et dans ’estomac et qu’il fut pris de vomissements de mucosités sanglantes. Ces vomissements continuèrent presque jusqu’à la mort, qui eut lieu cinq heures après l’accident.

À l’ouverture du cadavre, le docteur Baër constata que la membrane mnqueuse de l’estomac, du duodénum et d’un cinquième environ du jéjunum étaitréduite en lambeaux, ce qui en restait s’enlevait facilement avec le manche du scalpel, le reste du canal intestinal parut sain.

Empoisonnement par le bichromate dépotasse. (Observation du docteur Wilson.) (1)

U.n homme de 64 ans, éprouvé par la misère, avait déjà tenté, une premièue fois, de se pendre.

Le 13 décembre 1843, se rendant de Huddenfieldà Leeds, il perdit en route une somme assez importante; vivement affecté, il se coucha dès son arrivée au milieu des siens. Les personnes qui le virent tout d’abord remarquèrent qu’en

(1) D. Wilson, London medical gazete, 1844.

dormant il respirait très-bruyamment; mais, le croyant fatigué dutrajet qu’il avait fait, elles n’y portèrent pas grande attention; cependant au bout de quelques heures, inquiètes de ce sommeil prolongé, elles vinrent pour l’éveiller et le trouvèrent mort.

Le docteur Wilson, appelé immédiatement, ne put que constater cette mort. Il observa que le corps était dans une position naturelle; il n’v avait aucune trace de diarrhée, ni de vomissements, aucune tache sur les mains, sur le visage, ni sur les autres parties du corps. Il trouva, dans les vêtements, un papier contenant une demi-livre d’une poudre noire que l’on reconnut pour un échantillon d’un nouveau produit chimique que cet individu devait montrer à des teinturiers de Leeds.

L’autopsie fut faite le jour même.

Le sujet était remarquablement musclé et bien développé, la peau nette ne présentait aucune tache d’éruption ou de blessure. Les membres étaient déjà le siège de la . raideur cadavérique. Le cerveau et ses membranes furent trouvés parfaitement sains ; on n’apercevait pas de congestion ou d’épanchement à sa surface, pas plus que dans son épaisseur.

Les viscères thoraciques étaient également dansleurétat normal, il n’y avait pas d’adhérences pleurales, et les poumons ne présentaient ni engouement, ni dépôt morbide. Le volume du cœur parut ordinaire, mais le côté droit de cet organe et les vaisseaux qui s’y rendent n’étaient pas distendus par des caillots. Le péricarde contenait environ 4 drachmes de sérosité transparente et les plèvres chacune une once du même liquide. Le foie, la vésicule biliaire, les reins ne présentaient rien de particulier. La vessie contenait une demi-once d’urine. L’estomac ne fut détaché qu’après l’application de ligatures à la partie inférieure de l’œsophage et au commencement du duodénum; il ren-

fermait environ une pinte d’un liquide trouble, noirâtre et semblable à de l’encre, que l’on mit de côté avec soin.

La membrane muqueuse de l’estomac était rouge et fortement injectée, en particulier à la réunion de la portion cardiaqueavecl’ œsophage; mais on pouvait jusqu’à un certain point attribuer cette rougeur aux habitudes d’intempérance de eet homme qui, à ce qu’il [paraît, ne vivait presque que de liqueurs fermentées.

La rougeur ne s’étendait ni sur le duodénum ni sur l’œsophage, etla membrane muqueuse de ces deux conduits, pas plus que celle du canal intestinal, ne présentait de teinte noirâtre. En l’absence de cause certaine de la mort, le docteur Wilson soupçonna que cet individu pouvait bien s’être empoisonné. La couleur analogue ou même identique des substances renfermées dans l’estomac avec la matière tinctoriale que l’on avait trouvée dans ses poches, portal’auteur à analyser les matières stomacales, et il reconnut qu’elles contenaient une grande proportion de bichromate de potasse ; il en était de même de la poudre tinctoriale, qui était formée, en outre, de bitartrate de potasse et de sable fin.

D’autres cas d’empoisonnement par les chromâtes auraient encore été signalés à l’étranger; mais je n’ai pu obtenir de données précises sur ce sujet. Un cas aurait été observé àCharkow(l).Husemann, dans son traité de toxicologie, mentionne plusieurs autres exemples semblables, mais dans les cas qu’il rapporte les produits ingérés ayant été multiples, il paraît bien difficile de déterminer quel poison a pu agir. Ainsi il parie, entre autres, d’un empoisonnement causé par des pains à cacheter colorés par du jaune de chrome, du vert de chrome et dusul-

(1) Pharm. Zeitschrift 5. Rusland, t. I.

fate de mercure : ne peut-on admettre que l’action toxique soit entièrement due à ce dernier sel?

Taylor rapporte trois cas d’empoisonnements accidentels par les sels de chrome (1).

Dans le cas le plus caractéristique par la série des accidents qu’il a présentés, la mort estsurvenue chezune femme après quatre heures, 2 drachmes (3 gram. 5424) debichromate avaient été ingérées.

On observa de la diarrhée, des vomissements, et les matières vomies avaient une teinte jaune intense, puis la femme tomba dans un état demi-comateux ; le pouls était petit, filiforme, la respiration bruyante et stertoreuse, la peau froide et insensible, les lèvres, la langue noirâtres et tuméfiées.

A l 'autopsie, on trouva les vaisseaux et le cœur pleins d’un sang noir presque fluide. La membrane muqueuse de l’estomac et du duodénum était vivement injectée et ulcérée en divers points . Le sel de chrome, comme lésions anatomiques, avait produit celles auxquelles donnent lieu d’ordinaire les poisons irritants et corrosifs.

M. le docteur G. Hayem, agrégé de la Faculté, dans la Revue des sciences médicales, rapporte une observation du docteur Linstow signalant un double empoisonnement mortel par le chromate de plomb. Pourtant, dans l’ouvrage de Yan Hasselt revu par Henkel (2) ces auteurs émettent l’opinion que les combinaisons d’acide chromique avec le

(1) Swanie Taylor (Alfred). Principles and practic of medical Juriprudence, 1865, p. 260.

(2) Van Ha33elt, Handbuch der Giftlebre, nach. der 2. auflage aus d. hollændischen frei bearbittet von Henkel. Braianschweig, 1862.

plomb, l’argent, le mercure, etc., semblent devoir leurs propriétés toxiques à ces bases plutôt qu’à l’acide.

Robinson est d’un avis tout opposé: car il recommande dans les empoisonnements par les chromâtes de potasse l’acétate de plomb comme antidote., afin de donner naissance à un acétate de potasse et à du chromate de plomb qu’il considère comme inoffensif à cause de son insolubilité.

Quant aux ouvrages de toxicologie etde médecine légale de Christison, de Berck, d’Orfila, deDevergie et de Tardieu, ils ne renferment que fort peu de détails sur l’empoisonnement par les sels de chrome.

Le traitement chimique de l’empoisonnement par le bichromate de potasse, selon Ducatel, consiste à administrer une solution de carbonate de potasse ou de soude, dans le but de neutraliser l’excès d’acide auquel, suivant cet auteur, on doit attribuer principalement les accidents; quant à l’inflammation consécutive, elle doit être traitée selon les principes ordinaires.

Jaillard fait observer d’abord que le bichromate de potasse est essentiellement vomitif et que, par ce seul fait, il est déjà pour lui-même un véritable antidote.

Mais si par hasard il ne détermine pas de vomissements, le médecin, avant de chercher à les’produire, devra neutraliser dans l’estomac l’acide en excès contenu dans le bichromate, et qui agirait comme caustique; pour cela, il prescrira de suite des alcalins: du bicarbonate de soude, de la magnésie,, par exemple; il fera ensuite vomir, soit en titillant la

luette avec les barbes d'une plume, soit en administrant de grandes quantités d’huile ou d’eau tiède.

Sans doute, ajoute encore Jaillard, le chromate neutre qui se formera ainsi dans l’estomacest un poison ; mais les travaux de Ctmelin(l) ont suffisamment démontré que ce sel agit beaucoup moins énergiquement que le chromate rouge, puisque 0 gr. 30, 0 gr. 60, et 1 gr. 50 de ce sel ont pu être donnés à des chiens sans déterminer d’autres accidents consécutifs que des vomituritions et des vomissements, et que même 12 grains administrés à un lapin iront amené en lui aucun désordre.

Le contre-poison doit être administré le plus têt possible, afin de se combiner dans l’estomac avec la substance toxique avant qu’elle n’ait été absorbée : car, plus tard, ce contre-poison ne saurait agir, ne pouvant arriver dans le sang à l’état où il a été administré: « En effet, aucun contre-poison chimique « n’agit dans le sang, a dit Claude Bernard; il faut, « pour être efficace, qu’il ne s’adresse qu’aux sub- « stances non encore absorbées ou éliminées. Le « meilleur contre-poison est l’élimination. »

En résumé, dans les cas d’empoisonnement par l’acide chromique et les chromâtes, on devra administrer des alcalins : bicarbonate de soude et magnésie, puis faire vomir; on administrera ensuite des purgatifs huileux, des lavements émollients, des boissons adoucissantes employées enabondance afin d’achever l’élimination du poison.

Il résulte de la façon la plus évidente des reclierde Gmelin et de Ducatel que le chromate neutre de

(1) Journal de chimie médicale, ]82r>.

potasse est toxique. Mais les travaux de Jaillard ont établi que le bichromate l’est beaucoup plus et que 25 centigrammes de ce dernier sel amènent la mort chez le chien» de moyenne taille, tandis que 1 gramme 60 de chromate neutre sont nécessaires d’après Gmelin pour produire le même résultat.

D’une part, le bichromate employé par Jaillard est un sel caustique, et les lésions observées dans les cas d’empoisonnement paraissent absolument les mêmes que celles que l’on rencontre après l’injection des poisons corrosifs; d’un autre côté, les expériences de Cl. Bernard et de divers autres expérimentateurs (Rabuteau) ont montré que les sels de potasse ont une action toxique, même à doses faibles et tout à fait comparables à celles que Gmelin rapporte comme nécessaires pour amener la mort d’un chien moyen. Pour bien dégager l’action du composé chromé de celle de la base à laquelle il est uni, et pour écarter toute action de caustique , j’ai entrepris une série d’expériences sur les chromâtes neutres de soude; ce sel n’a aucune action corrosive sur les tissus avec lesquels on le met en contact, serait-il même en solutions assez concentrées ; je me suis servi d’un chromate très-pur, exempt d’arsenic, et il a été administré soit directement dans l’estomac, soit en injections souscutanées. J’ai rejeté le mode opératoire qui consiste à faire des injections intra-veineuses, car cette méthode comporte trop de causes d’erreurs (coagulation, phlébites, caillots migrateurs) et, de plus, elle m’a semblé s’écarter trop des conditions ordinaires de l’introduction des poisons dans l’orga-

nisme. J’ai aussi rejeté le procédé qui consiste à placer sous la peau une certaine quantité de sel pulvérisé solide, comme moins commode, moins physiologique et moins précis que celui des injections sous-cutanées.

Voici le résumé de mes expériences :

Ire Expérience

Le 15 juin, à 1 heure de l’après-midi, on injecte dans l’estomac d’un cobaye pesant 800 grammes une dose de 0.05 centigram. de chromate neutre de soude pur dissous dans un centimètre cube d’eau distillée. Pour cette injection on se sert d’une sonde de gomme d’un très-petit diamètre, que l’on introduit dans le pharynx de l’animal. Quelques minutes après l’opération ce cobaye reste blotti dans un coin refusant la nourriture qui lui est offerte; vers trois heuresil paraît abattu; le lendemain matin onletrouvemort.

Autopsie. — Les poumons, le cœur, le foie ne présentent rien de particulier, les reins, le cerveau sont aussi dans leur état normal; la seule lésion remarquable se trouve à la surface interne de l’estomac, où l’on constate par place une rougeur ardoisée, des arborisations et quelques petites ecchymoses siégeant principalement au niveau de la grande courbure.

Les intestins sont sains et la vessie vide.

IIe Expérience

A un cobaye pesant 780 grammes, le 19 juin à 9heures 20 du matin, je fais avaler 25 millig. de chromate neutre de soude dissous dans un cent, cube d’eau. L’animal ne manifeste tout d’abord aucun phénomène appréciable ; puis sa respiration devient plus rapide, il se cache dans un coin de sa cage refusant toute nourriture et reste ainsi presque immobile pendant près de trois heures.

Dans l’après-midi, après avoir rendu une certaine quantité d urine, il sort de son refuge se promène et mange.

Le lendemain, l’animal a repris ses allures habituelles, il court dans le laboratoire et se précipite» sur les aliments qu’on lui apporte. Je lui administre une nouvelle dose de 25 milligr. de chromate de soude. Après avoir présenté ' les mêmes symptômes que la veille, le 21 au matin, je le trouve mort.

A X autopsie il n’y a rien d’anormal ni dans le foie, ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les reins, ni dans le cerveau. L’estomac est distendu par des gaz, il ne contient qu’une très-petite quantité de matières alimentaires, sa paroi interne présente en plusieurs endroits quelques taches rosées, il y a des ecchymoses comme dans le cas précédent; on n’observe cependant aucune altération dans l’intestin et la vessie ne contient qu’une très-petite quantité d’urine.

IIIe Expérience.

Le 5 juillet à 6 heures 20 du soir, dans le tissu cellulaire de l’abdomen d’un cobaye pesant 800 grammes, on injecte 2 centigr. de chromate neutre de soude dissous dans 1 cent, cube d’eau. Au bout de 1/4 d’heure, l’animal éprouve de la difficulté à se tenir sur ses pattes, la respiration devient fréquente et difficile. Une demi-heure après l’injection il tombe sur le côté, est pris de mouvements convulsifs et meurt 3/4 d’heure après le début de l’opération.

A.Y autopsie l’estomac est fortement distendu par des gaz, la muqueuse est rouge, friable, se déchire facilement et est parsemée d’hémorrhagies sous-muqueuses; du sang s’est épanché dans la cavité stomacale, où il s’est coagulé; à divers points les caillots adhèrent à la membrane de l’estomac, la masse alimentaire moulée sur cet organe est imprégnée par places de taches de sang. Le cœur, le foie, les reins, le cerveau et les autres organes sont sains; les poumons ne

présentent pas les lésions caractéristiques de l’asphyxie, il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales, ni de congestion pulmonaire ; du reste il n’y avait pas non plus d’épanchement péricrâniens, ni sous-péricardiques.

Quant au point où a été faite l’injection, il présente un tetit épanchement sanguin insignifiant.

IVe Expérience.

6 juillet, 10 heures du matin. Injection de 0 gr. 01 cent, de chromate neutre dissous dans 1 cent. cub. d’eau, dans le tissu cellulaire du dos d’un cobaye pesant 760 gr. Au bout d’une demi-heure, l’animal devient triste, il se tient immobile, le poil hérissé, il refuse toute nourriture et reste ainsi jusqu’au soir à 7 h., et alors il commence à vaciller srr ses pattes. Une heure après, il meurt avec quelques convulsions.

Al ’cnitopsie, on ne trouve aucune lésion dans les poumons, dans le cœur, dans le cerveau; les reins sont sains. L’estomac est encore le seul organe qui présente des lésions. La muqueuse est, comme dans le cas précédent, rouge, congestionnée, friable, parsemée d’hémorrhagies avec quelques caillots dans sa cavité.

La masse alimentaire est tachetée de sang par places ; on dirait une gastrite aiguë occasionnée par l’injection d’un caustique.

Le lieu de l’injection ne présente rien de particulier.

Ve Expérience.

A dix heures du matin, le 9 juillet, on fait à un cobaye du poids de 695 grammes une injection dans le tissu cellulaire de l’abdomen de 5 millig. de chromate de soude dissous dans 1 cent. cub. d’eau distillée.

Remis dans sa cage, l’animal se met à manger; mais, au bout d’une demi-heure environ, il devient triste ,

reste immobile, ramassé sur lui-même. Il demeure ainsi toute la journée, repoussant toute nourriture, et le lendemain on le trouve mort.

La rigidité cadavérique est très-marquée, la mort remonte donc à plusieurs heures.

Le lieu de l’injection ne présente ni œdème, ni absolument rien de particulier; les poumons, le cœur, le cerveau, le foie, les reins, les intestins sont sains.

L’estomac seul est congestionné etarborisé ; il n’y a cependant pas d’hémorrhagie, ni cette friabilité excessive de la muqueuse, remarquée dans le cas précédent.

VIe Expérience (10 juillet, 10 heures du matin).

Dans le tissu cellulaire sous cutané de l'abdomen d’un cobaye pesant 790 grammes, je fais une injection d’un centimètre cube d’une solution de chromate de soude contenant 0 gr. 0025 de ce sel pur desséché. Quelques instants après, l’animal paraît inquiet, il ne bouge plus, il se cache dans un coin et reste ainsi sans manger pendant près d’une heure, puis il se remet peu à peu, fait quelques pas et se décide enfin à goûter la nourriture qui lui est présentée.

Le soir, le lendemain et les jours suivants, l’animal a repris ses allures habituelles.

Vile Expérience.

Le 9 juillet à 9 heures un quart du matin, on injecte sous la peau du dos d’un chien de forte taille, pesant 50 livres, une solution concentrée contenant exactement 82 centigr. de chromate neutre de soude desséché. Quelques instants après, l’animal est pris de vomissements fréquents de matières colorées par de la bile, il a de la diarrhée; deux heures après l’opération on le trouve plongé dans un état d’abattement extrême, il refuse la nourriture qu’on lui pré-

sente. Le lendemain matin il est trouvé étendu sans vie, et la rigidité cadavérique permet de reconnaître que la mort date de quelques heures.

A Yautopsie, le poumon droit présente une coloration rouge brunâtre, le gauche est normal, le cœur contient un peu d’un sang noir coagulé assez dense; le rein gauche ne présente rien de particulier, le droit seul est congestionné; mais cet état du rein et du poumon droits s’explique par la position de l'animal qui après sa mort a été trouvé couché sur le côté droit. Le foie est normal; l’estomac resserré, en quelque sorte ratatiné sur lui-même, il ne contient qu’une petite quantité de mucosités verdâtres; on remarque à l’intérieur une assez forte ecchymose siégeant sur la muqueuse au niveau du pylore; quelques autres points de la paroi interne sont injectés, l’intestin est sain, la vessie presque vide, le cerveau normal ; quant au lieu où l’injection avait été faite, on ne constate absolument aucune lésion.

VIIIe Expérience (9 juillet).

À un vigoureux chien de berger, à 6 heures du soir, on fait au dos, dans le tissu cellulaire, une injection de 30 centigr. de chromate neutre de soude dissous dans 2 cent. cube3 d’eau. Au bout de dix minutes l’animal pousse de petits gémissements et il est pris de vomissements répétés. Il est inquiet, change fréquemment de place et fait de violents efforts pour vomir, Au bout de deux heures il a plusieurs selles diarrhéiques et au moment où je quitte le laboratoire il est très-abattu.

Le lendemain et les jours suivants le chien refuse toute nourriture, il reste couché, le poil hérissé.

Le cinquième jour il meurt. A Y autopsie on trouve la muqueuse de l’estomac rouge et injectée; il y a même vers le pylore un piqueté hémorrhagique très-fin. Les autres organes ne présentent aucune lésion appréciable.

Rou83eau. 6

Au point où l’injection a été faite il n'existe aucune trace d’inflammation.

IX0 Expérience.

Le 10 juillet 9 heures et demie du matin. Lapin pesant 1 kil. 545 g r. On injecte sous la peau du dos 2 centigr. de chromate neutre de soude dissous dans 1 cent, cube d’eau distillée. Au bout d’une demi-heure l’animal devient tranquille, il reste blotti dans un coin de la cage où on l’a mis ; il ne mange pas et le lendemain on le trouve mort présentant une assez grande rigidité cadavérique.

Autopsie. — Les poumons, le cœur, le cerveau, les reins, le foie ne présentent rien d’anormal.

L’estomac est congestionné, la muqueuse semble ramollie et s’enlève par lambeaux qui restent adhérents à la" masse alimentaire. La vessie est distendue.

Le lieu de l’injection ne présente rien à signaler.

Dans toutes les expériences que je viens de rapporter, je n’ai trouvé de lésions constantes et bien caractérisées que du côté de l’estomac; les altérations des poumons,, observées par Gmelin et Jaillard, ne se sont rencontrées qu’une fois dans toutes ces expériences. Il s’agissait d’un cobaye tué trèsrapidement par une injection sous-cutanée de 2centigrammes de chromate de soude ; dans ce cas, on trouva à l’autopsie un noyau apoplectique dans le poumon gauche, le droit était sain ; la trachée ne présentait point les arborisations que Gmelin a signalées dans les voies aériennes. Quant aux accidents inflammatoires du côté des muqueuses conjonctivales, je ne les ai jamais remarqués.

Dans un cas où la mort d’un cobaye a été amenée en une demi-heure, par une dose très-forte (0 gr.

10 centigr. de chromate de soude) j’ai été frappé de Fétat du sang ; il présentait une coloration rouge brique et se coagulait rapidement. (L’autopsie fut faite immédiatement après la mort de l’animal, qui eut à peine quelques convulsions.)

Examinés au microscope, les globules semblèrent déformés, allongés, crénelés. Au spectroscope, ce sang, additionné d’eau, fournit trois bandes d’absorption ; les deux bandes ordinaires de l’hémoglobine oxygénée, et une troisième bande située au milieu du rouge. Cette troisième bande était tout à fait analogue à celle de l’hématine, en solution acide.

Cette altération du sang, intéressante à étudier, n’a été observée que dans le cas particulier dont je viens de parler, où la dose de chromate employée avait été très-considérable.

Dans les expériences citées plus haut, l’examen du sang n’avait rien offert de particulier et l’examen microscopique avait montré (dans un cas où l’autopsie avait immédiatement suivi la mort) les globules avec leur apparence habituelle.

La première conséquence qui résulte de mes expériences, c’est que le chromate de soude est aussi toxique que le bichromate de potasse. Dans l’étude qu’il a faite du chromate neutre de potasse, les doses que Gmelin indique comme nuisibles me semblent beaucoup trop élevées, et l’on peut voir, d’après les neuf expériences citées plus haut, que la mort a été obtenue par des doses de chromate de soude bien inférieures à celles de chromate de po tasse que Gmelin a signalées comme toxiques. L

n’est pas probable, je dirai même qu’il n’est pas admissible que le chromate de potasse agisse d’une façon différente du chromate de soude, et je crois qu’il faut regarder ces sels comme bien plus dangereux que le professeur de Tubingen ne le dit dans son mémoire.

30 centigrammes de chromate neutre de soude causent la mort d’un chien de forte taille, aussi bien que la même quantité de bichromate de potasse.

Çe sont là des faits que l’on devra avoir présents à l’esprit, lorsqu’on voudra prescrire les chromâtes alcalins.

Je ferai aussi remarquer, après Gmelin et Jaillard, que la mort n’arrive que plusieurs jours après l’administration du toxique, lorsqu’on a eu soin de rester dans de faibles doses.

Alors même que le danger immédiat semble conjuré par les vomissements, qui ne manquent pas de se produire, le pronostic reste des plus graves et la mort presque certaine.

Les médecins qui auront à observer des cas d’empoisonnement par les chromâtes devront donc réserver toujours le pronostic.

Enfin, je ne puis m’empêcher de revenir ici sur les accidents qui auraient suivi l’application de l’acide chromique comme caustique. Le mode d’action de ce corps sur les tissus (coagulation) limite, il est vrai, son absorption; mais il est certain que si, malgré sa facile réduction, une quantité un peu notable passait dans le sang à l’état de chromate de soude, elle pourrait amener un danger sé-

rieux, et les vomissements, qui ont été observés quelquefois par les praticiens qui se servent de l’acide chromique, pourraient probablement aussi reconnaître cette cause.

Employer de l’acide chromique pur n’est donc pas suffisant pour se mettre à l’abri des accidents, il faut encore éviter d’agir à la fois sur de trop grandes surfaces, l’introduction de l’acide chromique dans l’économie étant dangereuse.

M. Magitot a fait plusieurs fois, chez des chiens, des injections veineuses de quantités assez considérables d’acide chromique, sans observer d’accidents; ces expériences, que mon maître et ami a bien voulu me communiquer, semblent en désaccord avec celles que je viens de rapporter et dans lesquelles l’acide chromique a manifesté, d’une façon si violente, ses propriétés toxiques. Je crois que c’est au mode d’injection intra-veineuse qu’il faut demander la raison de ces résultats différents. L’acide chromique, s’il est un peu concentré, en pénétrant dans la veine, coagule le sang immédiatement, reste combiné au caillot, pour ainsi dire, et n’est que lentement absorbé. Il doit même éprouver une réduction au contact des liquides organiques et se transformer en oxyde de chrome inoffensif. Je crois que là est le secret de l’innocuité des injections intra-veineuses d’acide chromique. C’est à cause de cette réduction facile et de cette action coagulante, au contact des matières organiques, que l’on serait mal fondé à se servir d’injections souscutanées d’acide chromique pour étudier l’action toxique de ce corps. Au reste, les expériences de

Gmelin ont montré qu’en injection intra-veineuse, à l’étatde chromate neutre de potasse, état dans lequel il peut se mêler au sang, l’acide chromique est loin d’être inoffensif, puisque 1 grain (0 gr. 054) amène chez le chien des accidents, et 4 grains (0 gr. 216), la mort (1).

En présence des lésions constantes de la muqueuse stomacale, dans l’empoisonnement par le chromate neutre de soude, même dans les cas où ce sel avait été introduit par injection sous-cutanée, je me suis demandé si la muqueuse stomacale n’était pas une des voies d’élimination du poison ; c’est alors que j’ai été amené à faire l’expérience suivante :

Xe Expérience.

Sons la peau du dos d’un cobaye on injecte 10 centigrammes de chromate neutre de soude dissous dans 1 c.o. d’eau, l’animal meurt quelques heures après.

Le contenu de l’estomac est mis dans une capsule de platine, desséché à l’étuve et calciné avec un peu d’azotate d’ammoniaque. Lorsqu’il ne reste plus trace de matière organique, on ajoute un peu de carbonate de potasse et d’azotate d’ammoniaque, puis on porte la capsule au rouge «mbre pendant quelques instants; on laisse refroidir et on traite à plusieurs repxùses le résidu par un peu d’eau chaude pour dissoudre le chromate de potasse. S’il s’en est formé, la solution filtrée est manifestement colorée en jaune, elle donne avec l’acétate de plomb un précipité jaune, soluble dans la potasse et difficilement soluble dans l’acide azotique. A une petite portion du liquide contenu dans un tubeà essai on ajoute une petite quantité d’acide sulfurique etsonvolume d’eau oxygénée fraîchement préparée, puis deux ou trois

(1) Gmelin, Journal de chimie médicale, t. 1er,

c. c. d’éther; à diverses reprises on retourne le tube fermé avec le doigt et on laisse la couche éthérée se séparer. Elle se forme à la surface du liquide avec une teinte bleue trèsmarquée.

Xle Expérience.

A un cobaye on administre en injection sous-cutanée 0 gr. 02 dechromate neutre de soude; la mort survient au bout de quelques heures.

L’estomac présente les lésions habituelles, ecchymoses, hémorragies sous-muqueuses. Le contenu de l’estomac est desséché et calciné comme dans la recherche précédente. On obtient à la fin du traitement un liquide faiblement coloré en jaune qui, additionné d’un peu d’acide sulfurique, donne avec l’eau oxygénée une coloration bleue très-nette, surtout si on emploie l’éther.

Le reste de la solution concentrée donne avec les sels de plomb un précipité jaune assez soluble dans la potasse et plus difficilement dans l’acide azotique, c’est du chromate de plomb.

L’estomac élimine donc une partie du chromate introduit dans l’organisme. Puisque cet organe est l’une des voies d’élimination du poison, qu’il est en contact direct avec lui, on conçoit l’existence constante des lésions de la muqueuse stomacale, dans l’empoisonnement par les chromâtes.

Les chiens, qui vomissent si facilement, ont montré, à l’autopsie, des délabrements de l’estomac beaucoup moins considérables que ceux qui ont été trouvés chez les lapins et les cobayes., animaux chez lesquels le vomissement est impossible.

A chaque vomissement qui survient chez le chien, une partie de la substance vénéneuse est rejetée,

sécrétée pour ainsi dire par l’estomac; elle reste en contact avec la muqueuse chez les cobayes et les lapins, et peut ainsi redoubler l’inflammation dont elle est le siège.

Le mécanisme du vomissement par les chromâtes me paraît aussi recevoir une grande lumière de ce fait de l’élimination des chromâtes par l’estomac. Ce serait par action de contact direct de la substance avec la muqueuse stomacale que se produirait le vomissement; quoi qu’il en soit, le vomissement est certain et prompt, et le chromate de soude pourrait être employé comme vomitif énergique et sûr par la thérapeutique.

A ce point de vue, la facilité que l’on a de se le procurer pur, de l’injecter sous la peau, mériterait peut-être de fixer l’attention des praticiens.

Quel est le mécanisme de la mort par les chromâtes '<

Gmelin a conclu, des expériences dans lesquelles il a fait des injections intra-veineuses de chromate de potasse, que la mort arrivait par paralysie du cœur. De celles où il a administré le chromate à l’intérieur, il tire la conclusion que la mort vient par paralysie du système nerveux... etOrfiia se range à son avis (1).

Les convulsions qui précèdent l’issue fatale et qui ont été observées dans les expériences que j’ai faites semblent imposer l’idée d’une action sur le système nerveux. De quel genre est cette action ? C'est une question sur laquelle je n’ose me prononcer.

(!) Traité de toxicologie, t. Il, 1854.

Je erois toutefois que Ton ne peut soutenir que la paralysie du cœur soit la cause de la mort. L’expérience suivante, faite sur une grenouille, doit faire repousser cette explication.

Xlle Expérience.

Une petite quantité de chromate neutre de soude déliquescent est introduite dansletubedigestif d’une grenouille, le 12 juillet à 1 heure 20; dix minutes après cette opération l’animal ne respirait plus par ses narines, mais faisait encore quelques mouvements ressemblant à des mouvements de déglutition. A 1 heure 45, cette grenouille tomba dans un état de résolution complète et mourut.

Le cœur continua cependant à battre pendant près d’un quart d’heure et, séparé du corps, il se contracta encore pendant quelques secondes.

Dans cette expérience le cœur a paru, au contraire, être Vultimum moriens. Quelle part doit-on faire à l’inflammation de l’estomac ? à cette véritable gastrite aiguë qui survient si vite ? A ne considérer que la lésion stomacale, on serait tenté d’admettre que la mort survient comme dans les empoisonnements par injection de caustique et que la gastrite est là le phénomène principal ;quoi qu’il en soit, en dehors du mécanisme de la mort qui survient avec des doses toxiques ordinaires, il semble qu’il faut distinguer un autre mode d’action dans le cas où l’on emploie des doses exagérées, foudroyantes en quelque sorte.

La mort est alors très-rapide, la scène convulsive très-courte, la lésion du sang est si évidente, si manifeste, que l’on est forcé de la regarder

comme J a cause principale de cette Un si prompte ; les lésions de l’estomac sont aussi moins prononcées qu à l’ordinaire, elles se bornent à un piqueté hémorrhagique, elles n’ont pas eu le temps de se produire, l’élimination du poison avait à peine commencé.

J’ai décrit plus haut l’aspect du sang dans cette circonstance. Dans tous les cas d’empoisonnement, l’altération du sang, quoique moins apparente, n’existe-t-elle pas? La chose est possible, bien que je ne l’ai pas remarquée.

XII le Expérience.

On fait à un cobaye pesant 705 grammes une injection sous-cutanée deO gr. 10 de chromate neutre de soude: au bout d’une demi-heure la mort survient presque sans convulsions.

L 'autopsie faite immédiatement montre que les poHmons, le cœur, le cerveau, ont leur aspect normal. Le sang présente une teinte particulière, il est rouge brique et se coagule rapidement. Cette coloration est très-marquée et frappe tout d’abord. Examinés au microscope les globules sont allongés, déformés, crénelés.

L’estomac présente un pointillé hémorrhagique faible, il est très-distendu par le gaz. Il contient peu de substances alimentaires.

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