OBSERVATION XXV
Hulda B...,servante, quarante ans, Pas d’antécédents morbides, Depuis le milieu de décembre 1865 la malade a remarqué que ses membres étaient comme morts sans savoir pourquoi; le matin surtout ils étaient complètement raides et lui semblaient coupés entre la première et la deuxième phalange; elle éprouvait en même temps un vif fourmillement, puis quelques semaines plus tard des douleurs se manifestèrent aussi dans les mains et les avant-bras. État actuel, 22 janvier 1866, — La malade est forte et n’a pas de fièvre. Elle se plaint d’une sensation de mort et de violents fourmillements dans les deux dernières phalanges de tous les doigts ; il semble à la malade qu’on la pique avec des aiguilles. Cette sensation est presque continue. Elle ne disparaît que lorsqu'elle fait un travail grossier etsurtout quand elle travaille dans l’eau chaude, elle revient au contraire quand elle reste au repos, s'occupe de la couture ou d’un autre travail délicat de ce genre et surtout quand elle plonge ses mains dans l’eau froide, La douleur est particulièrement vive la nuit, aussi la malade est-elle souvent réveillée et est-elle obligée de se frapper et de se frotter les doigts pour calmer la douleur, Cette douleur s’accompagne d’une diminution nota-
ble de la sensibilité qui est parfois si marquée que la malade ne sent plus ses phalanges ét ne peut rien saisir.
Un traitement par le « galvanisme » lui procura un faible soulagement; six mois après la malade était de nouveau capable de travailler; à partir de ce moment les douleurs etle fourmillement ne se montrèrent que de temps en temps, surtout lorsque la malade avait lavé ous’était exposée à l’air froid, Depuis trois mois il s’est produit de nouveau une vive exacerbation.
État actuel, 7 avril 1865. — Femme forte, bien portante et sans fièvre. La malade se plaint d'une sensation de mort, de fourmillement et de douleurs vives dans les mains et les avant-bras. Le fourmillement et les douleurs sont presque continus mais d’intensité variable : ils disparaissent rapidement et complètement lorsque la malade se livre à un travail grossier et surtout quand elle plonge ses mains dans l’eau chaude; mais si elle lave à l’eau froide, si elle laisse ses mains au repos ou ‘si elle ne fait qu’un travail délicat comme la couture etc., les phénomènes reviennent aussitôt. Pendant la nuit ils sont très intenses et la malade est obligée de la passer en grand partie éveillée pour se frapper et se frotter les mains afin de soulager la douleur. La malade dit spontanément qu’au niveau des doigts où les fourmillements sont les plus prononcés, la peau devient blanche comme de la craie et qu’elle ne sent plus rien. Les douleurs s'étendent des mains jusqu'aux coudes des deux côtés sans suivre de voie nerveuse détérminée. Le fourmillement et cette sensation de mort sont surtout prononcés dans les mains. Les phénomènes sont plus marqués à gauche qu'à droite et à gauche ils présentent leur maximum d'intensité dans les troisièmeet quatrième doigts. La malade sent de petites piqûres d’épingles aux mains et avant-bras, mais aux mains surtout ; à gauche, au niveau des deuxième, troisième et quatrième doigts la piqûre est beaucoup moins sentie. La sensibilité à la température est diminuée surtout à gauche dans les doigts mentionnés. La température des mains mesurée à plusieurs reprises donna constamment une différence ; la gauche était plus froide que la droite de 1 à 1 degré et demi.
Ses doigts deviennent pâles, blancs et froids. Lorsqu'elle les
frotte vivement, ils deviennent rouges, l’engourdissement disparaît et la malade se trouve mieux à son aise. La malade éprouve aussi des douleurs sourdes dans les deux avant-bras, qui sans suivre une voie nerveuse bien déterminée, s'étendent jusqu'aux coudes, Cette douleur paraît et disparaît toujours avec l’engourdissement. Dans les intervalles des accès, les mains et les bras ne présentent rien d’anormal, La sensibilité à la piqûre d’une aiguille est diminuée dans les deux mains et avant-bras jusqu’au coude ; de même que la sensibilité à la température,
Les troubles sensitifs, subjectif et objectif sont plus prononcés à gauche qu’à droite; la température ayant été prise plusieurs fois, on a pu constater chaque fois un abaissement de température dans la main gauche, par exemple :
Gauche 35°3 Droit 35°8 — 39,5 — 36,5 — 35,6 — 86,7
Chez cette malade, on employa aussi le courant constant. Après six séances, les phénomènes s’amendèrent considérablement, Elle se remit de nouveau à laver dans l’eau froide et une exacerbation des symptômes se reproduisit ; mais après six nouvelles séances on put la renvoyer.