‹ Contribution à l'étude de l'action de l'arsénobenzol dans certaines affections spirillairesChapitre 11 sur 24 · MO DE · texte numérisé non relu

MO DE

apparition d’un point de côté, toux et dyspnée très douloureuses. Etat général franchement mauvais. La toux est incessante et la malade expectore des crachats jaunâtres, abricot.

La malade est transportée à la Pitié dans un état si précaire que l’idée même d’une intervention est écartée. F À 7 heures du soir, la température étant à 400,2, on fait une hémoculture sans examen bactériologique.

ÿ 3 avril. — L'état va plutôt en s’aggravant. L'examen clinique fait à ce moment nous révéla :

A la base du poumon droit il y a une matité qui remonte jusqu’à la pointe de l’omoplate. Les vibrations vocales sont abolies au niveau de cette zone mate. En outre, on perçoit un souffle intense aux deux temps avec bronchophonie. Il y a un foyer de splénisation pleuropneumonique du lobe inférieur du poumon droit. Toux incessante, point de côté très accusé, expectoration banale.

Le foie, la rate sont hypertrophiés, le météorisme abdominal toujours très accusé.

Teint terreux, subictère conjonctival, langue sèche, température 390,5, pouls à 124.

Constatation à l'immersion (1,15€ oculaire) des spirochètes dans le sérum des tubes d’hémoculture qui avaient été mis à l’étuve à 38 degrés le 30 mars.

4 avril. — Nouvelle hémoculture. L'examen du sang donne une polynucléose considérable.

8 avril. — Le foyer abdominal ne se modifie pas, la

base du poumon droit est splénisée.

or —

Une ponction exploratrice pratiquée dans le 6€ espace intercostal donne un liquide rougeâtre, sanguinolent, non coagulable, hémolysé. Deux autres ponctions pratiquées au-dessus et au-dessous restent blanches.

On décide, devant la présence de spirochètes sans adjonction d’autres microbes, de pratiquer une injection intraveineuse de «606 ».

7 avril. — La malade a parfaitement supporté l’injection de O0 gr. 25 de «606 » donnée dans 200 centimètres cubes de sérum artificiel. La température pour la première fois est tombée à 38 degrés, le pouls est à 90. Le foyer de splénisation pulmonaire s’est transformé. Le souffle, l’égophonie ont disparu et on perçoit simplement, là où la veille existait un souffle rude, des râles sous-crépitants. Le point de côté qui, depuis l'apparition de la détermination pulmonaire, torturait la malade, s’est effacé.

Le foyer abdominal est indolore et on supprime la glace; les urines ne contiennent pas d’albumine. L'amélioration est pour tous des plus évidentes et persiste jusqu’au 11 avril.

11 avril. — Nouvelle injection de « 606 » (0,50). L'examen de la séro-culture du 5 avril nous montre la présence des mêmes spirochètes que l’hémoculture (la généralisation avec détermination viscérale à spirochètes par infection sanguine est ainsi démontrée.)

Le sérum contenait deux éléments différents. L’un est représenté par un petit bacille légèrement incurvé en vir-

gule, porteur de cinq à huit cils très visibles à l’ultra; 1l

toc

est d’une mobilité extrême. Il garde encore ses mouvements alors que les spirochètes sont immobilisés.

Les spirochètes sont très réfringents; les uns sont courts, les autres longs. Leur diamètre est considérable (trois ou quatre fois celui du tréponème pâle ; ils progressent plus lentement que les formes bacillaires ciliées. Après une heure à l’ultra, deux heures à la température du laboratoire, les mouvements se ralentissent et les spirochètes ont tendance à s’agglutiner et à s’agglomérer. Il n’a pas été possible d'identifier le spirochète isolé par nous aux spirochètes connus.

Comme la veille au soir (10 avril), la température était remontée à 399,5, une nouvelle injection de «606» est décidée, mais à 0,50. L’injection se fit sans incident, mais, quelques minutes après, la malade est prise de collapsus cardiaque, avec œdème aigu pulmonaire; une dyspnée très prononcée se montre et on est obligé d’asseoir la malade dans son lit. L’inspiration est difficile, bruyante, lente, se fait avec tirage. Les extrémités sont bleues et froides, le pouls est filant, incomptable, non perceptible le plus souvent. Les bruits pulmonaires rendent impossible la perception des mouvements du cœur. Le facies est angoissé et la malade annonce qu’elle va mourir.

L’auscultation des poumons fait entendre des deux côtés uniformément une pluie de râles fins. La face, la poitrine, les mains, les pieds sont couverts d’une sueur froide.

On met immédiatement en œuvre une médication active.

Ventouses, inhalations d'oxygène, injection de spartéine

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