‹ Contribution à l'étude de l'action de la thyroxine et des substances antagonistes dans la métamorphose expérimentale des batraciens anouresChapitre 38 sur 42 · La première de ces trois hypothèses est à écarter · texte numérisé non relu

La première de ces trois hypothèses est à écarter

LEN, que l'hormone thyroïdienne agit sur des orga roïde.

» Car On sait, depuis les travaux d’ALnismes privés d'hypophyse et de thy-

Rana agilis, Rana esculenta, Ajyles obstetricans, au cours de la métamorphose expérimentale provoquée par de fortes doses de thyroxine (10-5-4 millionièmes en bain continu), par l’ingestion d'extrait total de corps thyroïde en excès ou de fragments de thyroïdes humaines atteintes d’une forme grave de la maladie de BAsEpow, mais le déterminisme de ce dernier genre d’exophtalmie est très particulier.

Ansi que je l’ai dit plus haut, l’exophtalmie est alors déterminée par l’hypertrophie desglobes oculaireseux-mêmes et non pasparcelle du cerveau poussant les globes oculaires au dehors par suite de son irruption dans les cavités orbitaires. Ils s’hypertrophient comme le cerveau, dans les mêmes conditions expérimentales, et acquièrent, chez des animaux d’une taille réduite, les dimensions qu'ils auraient au terme de la mélamorphose normale, mais avec une taille également normale. Alors ils s’élendent intérieurement et exlérieurement de manière à faire au dehors une saillie anormale et, au dedans, à venir au contact de la capsule osseuse qui entoure le cerveau qui, lui-même hypertro phié, remplit exactement celle capsule qu'il ne peul forcer. Il n’y a donc pas d’encéphalocèle.

En plus de l’exophtalmie, on remarque, chez les mêmes sujets, une hypertrophie spéciale de la cornée avec une différenciation précoce de celle-ci et dont SCHREIBER à donné une explication il y a une dizaine d’annees. En ce qui concerne l’œil, cet auteur faisait remarquer que, normalement, la transformation du cristallin précède celle de la cornée en vue de la vision aérienne, Or, dans la métamorphose brutalement accélérée, les deux phénomènes se produisent en même temps, de sorte que le cristallin n'ayant pas le temps d'accomplir sa différenciation complète, se trouve avoir, à la fin de cette métamorphose, une structure encore larvaire, comparativement à celle de la cornée.

L'hypertrophie du cerveau s'accompagne donc, dans la métamorphose expérimentale, d’une hypertrophie des globes oculaires et de la cornée.

Il est possible qu’un traitement thyroxinien sévère puisse provoquer de l’'exophtalmie chez des Anoures adultes, mais ilest certain que le déterminisme en serait très différent.

2, La peau. — D’après ScHuLzE, c’est la peau qui subit le plus l’influence des agents accélérateurs de la métamorphose. « L’épithélium d’un têtard thyréoprivé, dit-il, a un aspect larvaire, avec un chorion épais, tandis qu'après implantation, ou avec le régime thyroïdien, on trouve un épithélium multistratifié, un chorion mince et des glandes cutanées bien développées. »

C’est bien ce que j'ai observé moi-même en examinant les coupes de la peau, coupes passant toutes un peu en arrière des globes oculaires.

La peau du têtard âgé de deux jours présente un épithélium simple, composé de nombreuses cellules à gros noyaux, dans lesquels on voit un nucléole également volumineux. Le pigment, qui est très abondant, se trouve tout entier dans le protoplasma des cellules épithéliales. Le chorion est très épais et à fibres horizontales ; il n’y a aucune trace de glandes cutanées.

Si on examine la peau d’un têtard de même âge qui a été thyroxiné, on voit un épithélium uni stratifié, formé de cellules à gros noyaux, à protoplasma très chromophile. La limitante est mince et le pigment, peu abondant, se trouve presque entièrement massé à cet étage. Le chorion est mince el il y a quelques glandes culanées.

La peau du têtard rormal pris au 3€ stade (C) montre un épithélium stra- Lifié composé de cellules à g10s noyaux ; le pigment se trouve, partie dans l’épithélium, partie dans la limitante d’un chorion épais à fibres horizontales.

L’épithélium est multistratifié chez le têtard de même âge thyroxiné (1/25 millionième) et il ne contient de pigment que dans la limitante. Les glandes cutanées sont plus nombreuses que dans la peau du têtard de deux jours, également thyroxiné. Le chorion est mince.

‘La peau du têtard pris au stade C-D (thyroxiné au 1/4 millionième) possède également un épithélium multi-stratifié qui contient très peu de pigment, dont il y a quelques amas vers la limitante et à la base du chorion qui est mince. Les glandes cutanées sont nombreuses et bien formées.

L'action de la thyroïde de Mouton détermine aussi la formation d’un épithélium mullistratifié contenant très peu de pigment, également rare vers la limitante. Le chorion est plus épais que chez le normal, mais moins épais que chez le têtard. Les glandes cutanées sont nombreuses et très grandes.

Chez l’animal normal, l’épithélium mulistratifié contient peu de pigment, la majeure partie ayant émigré vers la limitante. Le chorion est très mince et les glandes cutanées sont nombreuses et en activité.

Quel que soit l’âge du têtard, la thyroxine agit fortement sur l’épithélium de revêtement, mais, plus les animaux sont âgés au début de l'expérience, plus l’épiderme a de ressemblance, au terme de la métamorphose accélérée, avec l’épiderme des animaux normaux. La stratification devient plus compliquée, la pigmentation se porte de plus en plus vers la base de l’épithélium et vers le chorion qui devient àe plus en plus mince. Les glandes cutanées deviennent plus nombreuses et présentent un aspect plus normal,

Je dois attirer l'attention sur l'aspect différent que présente l’épiderme de l’animal thyroïdisé, comparativement 3 celui de animal thyroxiné. Le chorion du premier reste anormalement développé et les glandes cutanées sont de grandeur également anormale, images que l’on retrouve dans les figures de ScHuLze (thyroïde implantée).

Ces dissemblances sont une des caractérisliques de l’action différentielle des deux régimes.

ALPHONSE et BAUMANN, en soumettant des {êtards de Bufo vulgaris, pris au stade À, à des doses massives de thyroxine, ont constaté que l’épiderme de ces animaux restait indifférent, bien qu’ils eussent observé des signes certains de métamorphose. Ces auteurs ont cherché à expliquer cette rare anomalie, mais leur argumentation me paraît être peu solide.

J’y incriminerai plutôt les doses massives qu’ils ont employées.

Il1. TISSUS DÉRIVÉS DU MÉSODERME.

Parmi les tissus dérivés du mésoderme, seul le rein est sensible à l’action de la thyroxine. Il réagit même très vite à cette action. C'est, d'après (HAM- PY et RADu, le second dans ia réaction chronologique des «sensibles locales », le premier étant l’épithélium intestinal. D'après Scnuzze, le tissu germinatit ne réagit pas et c’est bien ce qui se passe en effet. Le Lissu osseux ne réagit que peu. Cependant, nous verrons que la métamorphose expérimentale détermine, dans le squelette des membres, une croissance atypique. Le Lissu musculaire s’hypertrophie et les noyaux de ses fibres présentent quelques aspects intéressants.

1. Le rein. — Au stade C du développement, le rein du têlard présente les caractères d’un rein primitif, d'un pronéphros. Il n’y a pas de glomérules, mais des amas de stroma vasculaire collés contre les tubes sécréteurs dont la lumière est très grande.

Le rein de l’animal adulte présente, au contraire, le type du mésonéphros, avec des glomérules entourés d’un endothélium très mince et appliqué contre le collet des tubes sécréteurs ; le tissu conjonctif vasculaire forme des travées très importantes.

Chez les petites grenouilles parvenues au terme de la métamorphose normale, les travées du tissu conjonctivo-vasculaire sont moins importantes et, surtout, les glomérules sont isolés à l’intérieur de l’endothélium nettement visible et composé de cellules allongées, aplaties et reliées par un mince filament protoplasmique.

On retrouve cette image du glomérule dans le rein très hypertrophié des animaux thyroïdisés, avec des tubes dont la lumière est plus grande que dans le rein des animaux métamorphosés normalement, et un stroma conjonctivovasculaire bien développé.

Même aspect du rein de l'animal thyroxiné à 1 pour 4 millions et en voie de métamorphose, qui est aussi très hypertrophié.

Cette hypertrophie du rein existe également chez le têtard pris au stade C et thyroxiné (1 pour 25 millions) et, d’autre part, ce rein présente des glomérules et un stroma peu importants ; la lumière des tubes est plus grande que dans le rein des animaux normaux et plus encore que dans le rein du têtard de deux jours thyroxiné ; en outre, dans ce dernier, les glomérules ne sont pas formés ; il n’y a que des amas de stroma ; c’est en somme le système du rein primitif et, cependant, l'aspect général n'est déjà plus le même.

On voit que, comme la peau, le rein est sensible, à tous les âges, à l’action de la thyroxine. Le fait prédominant estl’hypertrophie de l'organe légèrement plus accentuée avec le régime thyroïdien. Quant aux différences constatées, on peut dire quelerein des têtards très jeunes et thyroxinés présente un stade de transition entre le pronéphros des jeunes têtards normaux et le mésonéphros des animaux métamorphosés consistant dans la formation du glomé-

rule plus ou moins développé (aspect plus clair, peloton moins enchevêtré)

et de la lumière plus ou moins grande des tubes sécréteurs. J’insiste sur le fait que, dans le rein des animaux adultes, le glomérule

s'applique exactement contre l’endothélium, alors que, dans les très jeunes

grenouilles, il en est nettement détaché,

Ar 108.

FiG. 105. Coupe frontale passant par les reins, métamorphose normale.

F1G. 106. Coupe frontale passant par les reins, métamorphose par la thyroxine au 1 /25.000 :000€. E : cellules éosinophiles.

F1G. 107. Coupe frontale passant par les reins, métamorphose par la thyroxine au 1 /1.000.000€. E : cellules éosinophiles.

F1G. 108. Coupe frontale passant par les reins, métamorphose par la poudre de thyroïde. E.: cellules éosinophiles. Coloration : Hémalun de Garazzi-Eosine. — Objectif de Leitz 1/12. Imm. oculaire 8.

Je dois également signaler dans le rein des animaux métamorphosés artificiellement, une éosinophilie persistante d’autant plus importante que l’action de l'agent accélérateur a été plus violente; or, commme nous allons

le voir, dans le rein des petites grenouilles normales, on n’observe rien de tel (voir figures 105 à 108).

Les cellules éosinophiles existent, à l’état normal, dans les reins des têtards à un stade de croissance assez précoce. J’en ai remarqué dans les reins d’animaux parvenus au stade C.

Ces cellules ont été signalées par ALESGHIN et cet auteur les a comparées aux cellules qui apparaissent dans le lophioderme de la nageoire caudale des têtards quand celle-ci se résorbe, au moment de la métamorphose.

Or, j'ai trouvé très peu de ces cellules dans les reins des petites grenouilles parvenues au stade ultime de la métamorphose naturelle. Par contre, j'en ai toujours trouvé dans les reins des animaux parvenus au terme de la métamorphose expérimentale et d'autant plus que l'agent accélérateur avait été délivré à de plus fortes doses. Par exemple, ces cellules sont plus nombreuses dans les reins des animaux ayant séjourné dans un bain de thyroxine au 1/25.000.000€. I] y en a davantage encore dans les reins des animaux ayant ingéré de la thyroïde de Mouton desséchée.

Ces cellules se situent le plus souvent (toujours quand il y en a peu) à la périphérie de l’organe, mais quand il y en a beaucoup elles s’insinuent dans le stroma conjonctivo-vasculaire, entre les tubes contournés.

Quand leur noyau est visible, elles ne se différencient des cellules conjonctives qui les entourent que par les granulations dont elles sont chargées, mais souvent le noyau ne se décèle pas ou se révèle petit et pycnotique.

Ce sont vraisemblablement des cellules en voie de dégénérescence. Pour ALESCHIN, les cellules éosinophiles qu'il a signalées dans le lophioderme de la queue des têtards, sont des cellules dont le protoplasma aurait subi des changements de structure par suite du virage vers l’acidité du pH du liquide tissulaire au moment de la prémétamorphose. Si cette hypothèse est exacte la rareté des cellules éosinophiles, après la métamorphose naturelle, pourrait être interprétée comme un nouveau changement du pH du liquide tissulaire qui serait revenu à l’alcalinité. Comment se fait-il alors que ces cellules soient de plus en plus nombreuses dans les reins des animaux métamorphosés expérimentalement en fonction de la puissance de l'agent accélérateur ?

Il est probable que l’éosinophilie augmente au moment de la prémétamorphose pour décliner ensuite, mais, dans la métamorphose naturelle, ces processus s'étendent sur un certain temps, alors que dans le métamorphose expérimentale, ils se produisent dans un laps de temps de beaucoup plus court. Suivant que le stade de croissance se trouve plus ou moins avancé au moment des expériences, l'écart du temps moyen de métamorphose : entre les animaux de contrôle et les animaux ayant ingéré de la poudre de thyroïde par exemple est de 15 à 30 jours.

Dans ces conditions, les réactions des «sensibles locales » au lieu de s’échelonner, ainsi que j'ai déjà fait remarquer au chapitre V (1er partie), se produisent presque en même temps, ce qui amène des perturbations intracellaires dont les dysharmonies corporelles sont l'expression visible.

Pour le cas présent, on peut penser qu'il y a eu une brusque augmentation des cellules éosinophiles dans les reirs des animaux par suite de la rapidité des processus de la métamorphose expérimentale et qu’elles n'ont pas eu le temps de disparaître ou que leur persistance a été favorisée par l’acidité du milieu. s :

On peut ajouter que ce phénomène se produit au Maximum chez les arimaux qui ont été thyroïdisés, c’est-à-dire chez ceux qui ont été traités avec l'hormone thyroïdienne lolale.

2. Le tissu germinatif. — ALLEN et SWINGLE avaient déjà constaté que le Lissugerminatif n’était pas influencé parle régime thyroïdien. W. SCHULZE aconfirméleurs constatations et a montré que, chez les animaux thyréoprivés, ni l'implantation de fragments de corps thyroïde, ni le régime thyroïdien ne déterminent la différenciation plus rapide des glandes génitales.

En effet, si l’on étudie la coupe des ovaires d’un animal parvenu au terme de la métamorphose normale, on trouve d’abord un rapport anatomique normal quant au volume, entre l'ovaire et le rein sous-jacent, puis, on constate que la glande ne contient plus d’ovules primordiaux, mais de très jeunes ovocytes qui en sont au début de la période dite « d’accroissement ».

Au contraire, les images fournies par l'ovaire d’un têtard pris au stade C et métamorphosé en 12 jours par l’action de la thyroxine au 1/25.000.000€, montrent d’abord une disproportion évidente entre les dimensions de l’ovaire, très petit, et du rein sus-jacent, hypertrophié ; puis on voit que l’ovaire contient surtout des ovules primordiaux et quelques ovogonies.

Ces nids d’ovogonies sont plus nombreux dans l'ovaire du têtard thyroxiné à la dose de 1/4.000.000€ et plus encore dans l'ovaire du têtard pris au stade Cet thyroïdisé, qui présente de nombreuses figures mitotiques. Néanmoins, aucun de ces ovaires ne montre d’ovocytes comme celui de la petite grenouille normale.

En somme, les ovaires des animaux métamorphosés expérimentalement ne sont pas plus évolués que ceux des têtards d’un âge correspondant et, je le répète, aucune des glandes de ces animaux n'offre des images comparables à celles que montrent les ovaires d’une jeune grenouille métamorphosée dans un milieu et un temps également normaux, tant au point de vue du volume

des glandes qu’au point de vue du stade de différenciation des éléments sexuels.

3. Le tissu osseux. — D’après ScHurze, le tissu osseux ne subit pas l’influence du régime thyroïdien et, cependant, Rom£is a décrit des anomalies qui se produisent, dans ces conditions, au niveau des apophyses coracoïdes et des dysharmonies qui apparaissent entre l’humérus et les autres segments du membre antérieur ; l’humérus, au lieu de s’allonger, comme dans la croissance naturelle, s’épaissit, croît en largeur au lieu de croître en bau-

teux. De plus, ajoute Romtis, quand la dose de thyroïde est plus forte, il se produit de l’œdème, ce qui donne à l'animal un aspect myxœdémateux, comme si la thyroïde de cet animal était en état d'hypofonctionrement.

Disons tout de suite que l’ædème dont parle Romtis est formé par l’accumulation d’eau, conséquence de la déshydratation causée par le régime thyroïdien. Cette infiltration affecte jusqu'aux éléments cytoplasmiques. Il se produit aussi, dans certaines conditions expérimentales, un autre genre d’œdème, que BAUMANN et PrISTER ont observé chez les truites et qui se distingue par son caractère nettement interstitiel. L'apparition de cer œdème d'un genre particulier coïncide avec des troubles vasculaires. J'ai pu l’observer moi-même sur des têtards de grenouille rousse.

F1G. 109. Métamorphose normale (Rana temporaria). = Li0 — par la thyroïde de mouton en poudre. ile — — ingestion de thyroïde Basedowienne.

Les anomalies que Roméïs a constatées pour le membre antérieur se produisent également dans le membre postérieur.

Chez les animaux thyroïdisés, si la dose a été forte, le fémur s’épaissit et se raccourcit (voir figures n°8 109 à 113), ce qui donne aux cuisses de l'animal métamorphosé un aspect en boule caractéristique.

L'animal préfiguré (110) avait été pris au stade C. Il avait ingéré de la thyroïde de Mouton desséchée. On sait que, d’après Tarum, la thyroïde de Mouton est très riche en iode. Elle en contient plus que celles du Porc, du Cheval, du Bœuf, du Chien. Son action sur les têtards fut remarquable : métamorphose en 8 jours, très gros œdème et raccourcissement très considérable du fémur.

L'aspect des cuisses s'explique très naturellement par la position que sont obligées âe prendre les masses musculaires, par suite de la diminution «en longueur » de la surface d'insertion.

On voit d’ailleurs sur les coupes sagittales des cuisses d’un sujet normal

et de l'animal thyroïdisé une différence frappante. Le fémur du premier est allongé et les muscles le sont également. Le fémur on second est LARGE courci et élargi, les masses musculaires font «le pont» n ayant, pour s’in-

sérer, qu’un espace réduit. ; Re 5 ; i ment dans le Il existe, entre ces deux fémurs, d’autres différences, notamme

F1G. 112. Coupe sagittale de la cuisse de l’animal métamorphosé naturellement. P : Peau ; M: muscle ; ‘F. Fémur ; B: bandelette en voie d’ossification.

F1G. 113. Coupe sagittale de la cuisse de l’animal métamorphosé par la poudre de thyroïde (même légende que pour la figure 112).

processus d’ossification qui sont plus avancés chez l’animal normal que chez l’animal Uhyroïdisé, Celui-ci, comme je l'ai signalé plus haut, avait été pris au stade G. S'il avait été pris à un stade précoce, il n’y aurait pas trace de ces processus, car ils sont fonction du stade de croissance des animaux au

moment de l'expérience. Dans ce cas, dit CHampPy il y a calcification et non ossification.

Ce raccourcissement du fémur (et souvent aussi l’ædème) se produit à son maximum chez les animaux ayant ingéré de la thyroïde desséchée comme celui qui m'a servi d'exemple, ou de la thyroïde fraîche. Les animaux soumis au régime (hyroxinien, soit en bain, soit en injection, ne présentaient pas cette dysharmonie à un semblable degré, même avec de fortes doses.

Je n’ai pu voir se reproduire ce phénomène que chez des animaux ayant ingére des fragments de corps thyroïdes qui étaient l’origine d’une maladie de Basedow d’un type grave. Sur 9 séries de chacune 10 animaux, l’aspect «en boule » des cuisses s’est produit 3 fois, chez tous les aniamux de la série.

Cependant, le régime thyroxinien produit, lui aussi, quelques modifications.

Chez la petite grenouille métamorphosée normalement, la coupe longitudinale de la cuisse montre un fémur allongé, dont la tête est formée par du cartilage chondroplasique qui, plus bas, fait place à du cartilage sérié et, vers le milieu de sa diaphyse, à du cartilage hypertrophié ; cependant, à la périphérie, on voit une mince capsule d’ossification bordée par le périoste et dans laquelle on aperçoit des cellules osseuses ; on peut même distinguer une large lacune contenant de nombreux noyaux formant, sur un point, un amas confus. Il y a donc ici un processus très net d’ossification.

Chez l’animal thyroïdisé, le cartilage chondroplasique de la tête du fémur paraît plus primitif ainsi que la cartilage sérié, en pleine activité, les grandes cellules cartilagineuses de la diaphyse du fémur sont encore très encapsulées ; mais, entre cette zone et le périoste, il y a néanmoins une bande en voie d’ossification, mais moins importante que celle qu’on voit chez l’animal normal.

La coupe de la cuisse d’un têtard pris au stade D et thyroxiné à la dose de 1/25.000.000€, montre des cellules cartilagineuses hypertrophiées, entourées d’une érès mince capsule d’ossification, alors que, chez les Lêtards pris au stade C métamorphosés par l’action d’une dose de thyroxine équivalente, cette bandelette n'existe pas.

Pour les membresantérieurs, le tableau histologique est à peu près le même. L'animal normal présente toujours une zone d’ossification qui existe également, mais moins différenciée chez les animaux métamorphosés expérimentalement, bien que, chez ces animaux, le cartilage au niveau de l'articula-

tion scapulo-humérale soit moins primaire.

On ne peut donc pas dire, comme SCHULZE, que le tissu osseux ne subit pas l'influence de la thyroxine et surtout de l'extrait total du corps thyroïde, car, outre les modifications si importantes qui se produisent dans certains cas, au niveau des membres, on ne devrait voir chez les animaux, si le traitement était inopérant, aucun processus d'ossification et le tissu osseux

devrait présenter un aspect franchement larvaire ; or, il n’en est pas tout à fait ainsi.

4. Le tissu musculaire. — D’après SCHULZE, le tissu musculaire ne réagit pas plus que le Lissu osseux à l’action de l'hormone thyroïdienne. Il est évident que le Lissu musculaire ne réagit pas avec la nettelé du tissu rénal, mais il ne reste cependant pas indifférent.

Ce tissu est bien développé et souvent hypertrophié, surtout quand l’agent accélérateur a été administré à une forte dose, mais l’aspect de la fibre musculaire ne peut se rapprocher de l'aspect présenté par la fibre musculaire d’un animal métamorphosé naturellement qu’autant que l’animal était plus près de cette métamorphose au moment de l'expérience, ainsi que je vais le montrer (voir figures n°8 114 3 122).

Les images présentées par la coupe longitudinale du muscle strié d’une petite grenouille métamorphosée naturellement, montrent des fibres d’un aspect classique : noyaux fusiformes, relativement clairs, ne comportant qu’un petit nucléole. Ils sont souvent en position excentrique, mais non toujours, car On Sail que cette position des noyaux n’est pas de règle dans le tissu musculaire des Batraciens.

L'aspect des fibres musculaires striées d’un têtard âgé de deux jours est très différent : les noyaux ne sont pas fusiformes mais: presque ronds, ils ne sont pas clairs, mais, au contraire, chargés de volumineux grains de chromatine et possèdent un frès gros nucléole.

On retrouve cel aspect, mais déjà atténué, en examinant les fibres musculaires de têtards parvenus aux stades B et ( de leur développement. Les noyaux sont [oujours presque ronds, mais si le nucléole reste gros, les grains de chromatine ont diminué de volume. Ë

Si le têtard est parvenu au stade D de son développement, on voit les noyaux s’allonger un peu et s’éclaircir.

Au stade E et surtout aux stades F et G précédant la métamorphose, les noyaux s’allongent encore davantage, devenant de plus en plus elairs et commençant à se situer en position excentrique, se rapprochant ainsi de l’aspect des noyaux de la fibre musculaire du têtard parvenu au terme de son développement et de la métamorphose.

Examinant, maintenant l'aspect des fibres musculaires striées des têtards dont la métamorphose a été artificiellement accélérée, nous constatons que :

19 Les fibres musculaires striées d’un têtard âgé de deux jours et métamorphosé en dix-neuf jours par l’action d’un bain continu de thyroxine au 1/50.000.000€ (dose moyenne , ne différent de celles du témoin, âgé également de deux jours, que par un léger allongement des noyaux et une légère diminution du volume des nucléoles, les grains de chromatine restant gros.

20Lesfibres musculaires striées d’untêtard pris au stade C et métamorphosé en onZe Jours par l’action d’un bain continu de thyroxine au 1/4.000.000e (dose forte), ne diffèrent pas essentiellement de celles des témoins, mais

F1G. 114. Fibre musculaire d’un têtard âgé de deux jours. — F1G. 115. {d., parvenu au

stade G ; — FiG. 116. Id., parvenu au stade D; — FiG.117. Îd., parvenu au stade F — F1G. 118. 1d., parvenu au stade G.

(Coloration au Glychémalun-Eosine, après fixation par le Bain acétique. — Objectif à immersion Leitz 1/15 X ocul. 8.)

munie TE RTE LUCIEN nn (TE) RQ

DIT TOUTN Kdte tie raie ra COTON er td [l . pe

PTIT] on TON] INT

== ee

A CH) AATIONUNU

[il I MIO OTTUD OUT

Fi. 119. Fibre musculaire d’un têtard métamorphosé naturellement. — F1G. 120. Id. âgé de deux jours métamorphosé en dix-neuf jours par un bain de thyroxine au 1 /50.000.000e. — F1G. 120. Fibre musculaire d'un téêtard pris au stade G et JE phosé par la thyroxine au 1 /4.000.000° ; — F1G. 122. Fibre musculaire d’un têtard parvenu au stade C et métamorphosé par l’ingestion d'extrait de {hyroïde de Mo

Coloration au Glychémalun-Eosine, après fixation par le Bain acétique. — Objectif à immersion Leitz 1/15 X ocul. 8.)

celles d’un têtard de même âge métamorphosé en huit jours par l’action de la thyroïde de mouton en poudre, montrent des noyaux plus allongés, dont le protoplasma est très éclairci, mais dont les nucléoles sont encore assez volumineux. Dans ce cas, il faut encore noter lhypertrophie du système musculaire.

En somme, la réaction musculaire (qui ne figure pas parmi les « sensibles locales » de CHaMPy et RaApu) est une hypertrophie plus ou moins grande en fonction de la dose de l’agent accélérateur et de l’âge des sujets. Les différences que l’on trouve entre l’aspect des fibres musculaires des animaux métamorphosés expérimentalement et l’aspect de celles des témoins, sont fonction de l’âge des sujets et de la rapidité de leur métamorphose, cette dernière étant elle-même fonction, de la dose de l’agent accélérateur.

Cependant, si la métamorphose a été provoquée, non par un bain continu de thyroxine, mais par l’ingestion d’un extrait total de glande thyroïde, l’aspect des fibres musculaires indique une réaction évolutive très nette. On ne trouve de réactions semblables dans le tissu musculaire des têtards que si la dose administrée a été assez faible (1 pour 100 millions, par exemple) pour que le temps de métamorphose permette un développement plus normal des éléments histologiques.

Remarquons encore que, chez les animaux soumis au régime thyroxinien ou thyroïdien, le système musculaire est bien développé, mais ce développement n’est pas harmonieux. Par suite de l’accélération brusque des processus de la différenciation, il y a des anomalies dans le rapport nucléo-plasmique qui sont plus ou moins importantes suivant l’âge des animaux.

Il est évident que, parmi les tissus dérivés du mésoderme, c’est le rein qui réagit le plus à l’action de la Chyroxine et de l'extrait total du corps thyroïde. Le tissu germinatif continue sa différenciation normale, le tissu osseux el le Lissu musculaire paraissent également réagir, mais il s’agit surtout pour ce dernier, d'anomalies de croissance en corrélation avec l’âge des têtards au début de l’expérience.

Page 1