‹ Contribution à l'étude de l'action pharmacodynamique de la théophyllineChapitre 69 sur 70 · C) ACTION SUR LE TAUX DES IONS DANS LE SANG · texte numérisé non relu

C) ACTION SUR LE TAUX DES IONS DANS LE SANG

Certains auteurs, tel Curtis [21-22-23], voudraient faire du passage des ions et plus exactement du passage des chlorures tissulaires dans le sang, l’élément déterminant de la diurèse par les purines. D’après Ascher et Buechler [LE suffit même de variations insignifiantes de la teneur du plasma en électrolytes pour provoquer la diurèse.

Aussi, plusieurs auteurs se sont-ils attachés à rechercher les variations de la teneur du sang, notamment en ions chlore, après administration de théophylline, d’autant plus que, comme nous l’avons vu, la diurèse par cette purine augmente considérablement l'élimination urinaire de cet élément. |

Là encore, on enregistre des résutats assez contradictoires.

Nous les avons passés en revue dans un chapitre prècédent, lorsque nous avons nous-même étudié les variations de la réserve alcaline et du rapport chloré érythro-plasmatique chez le lapin ; aussi, nous ne ferons que résumer brièvement ici les conclusions des différents auteurs :

Alors que pour les uns: J. Bauer et B. Aschner [5], Môller [75] et Curtis [21-22-23], la théophylline produit une augmentation du taux du C1 du plasma ou du sérum, Fulton et ses collaborateurs [35], ainsi que Kimura Toshita [59] et K.-A. Winter [107], trouvent une diminution de la chlorémie, enfin Nonnenbruch [80], Hansen, Fosdick et Dragstedt [41], Biancardi [9], Blumgart et ses collaborateurs [11] ne constatent aucune variation appréciable du taux des chlorures du sang après théophylline ou aminophylline.

Les variations de la chlorémie chez le lapin ne nous ont pas paru à nous-même d’une netteté ef d’une constance suffisantes pour en tirer des conclusions précises concernant le mécanisme d’action de la théophylline : du reste, nous avons exposé les raisons qui nous ont paru pouvoir expliquer linconstance des résultats obtenus.

d) ACTION SUR LES RÉGULATIONS D’ORIGINE HORMONALE,

On sait qu’il existe dans le sang un principe anti-diurétique d’origine post-hypophysaire (pituitrine).

On peut se demander si les diurétiques n’agissent pas, du moins partiellement, soit par une inhibition de la sécrétion de ce principe anti-diurétique, soit par une inhibition de son action. :

Il résulte d’expériences de Molitor et Pick [74] que, si la ‘ caféine et la théobromine sont sans influence sur l’action de la pituitrine, la théophylline a, dans quelques cas, montré une action antagoniste manifeste.

e) ACTION SUR L'ACTIVITÉ DU MÉTABOLISME.

J. Melka [70], après Means, du Bois et Lôhr, a étudié chez l’homme, le chien et le lapin, l'influence des trois purines : caféine, théobromine et théophylline sur le métabolisme, et a observé une augmentation du métabolisme basal, qui atteint son maximum deux heures après l’absorption de ces substances, et est supérieur, après théophylline ou caféine, à ce qu’elle est après théobromine ; l'auteur indique une augmentation de 12 à 13 % chez le lapin, après administration de 0,07 gr. d’acétate de soude et de théobromine.

Cet accroissement du métabolisme, en augmentant la masse d’eau circulante ainsi que certains produits du métabolisme tels que l’urée, peut être considérée comme un facteur favorisant la diurèse : elle peut aussi avoir pour conséquence une modification de l’équilibre acide-base: l’abaissement de la réserve alcaline que nous avons constaté dans la grande majorité de nos expériences et relaté précédemment, peut ainsi provenir à la fois de l’action générale de la théophylline sur le métabolisme et de son action excitante directe sur le centre respiratoire, que nous avons également étudiée.

Or, toute acidose produit une déshydratation, comme l’ont établi Borack [14] et C. Ochme [81], on peut donc voir là encore un facteur secondaire de l’action diurétique de la théophylline.

f) ACTION SUR LE CENTRE DE, LA DIURÈSE.

Certains auteurs ont noté l’existence, dans l’hypothalamus, d’un centre dont l'excitation provoque une polyurie intense ; il n’est pas interdit de penser à une excitation directe de ce centre par la théophylline, qui, comme on l’a

vu, excite le système nerveux central ; citons à ce sujet la curieuse expérience de H. Zwyer [110] qui a étudié l’action diurétique de la théophylline-éthylènediamine successivement sur des lapins mâles avant et après castration : dans

ce dernier Cas, la purine est moins active : l’auteur en con-

clut que la diminution de l’excitabilité du système nerveux central, résultant de la castration, peut expliquer la diminution de l’action diurétique.

Citons encore à ce sujet les expériences de G.-N. Kassil [57 bis] qui, étudiant les modifications déterminées par la purine sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique, obsérve que des convulsions apparaissent parfois après injections de caféine ou de théophylline et proviennent de l’action de ces substances elles-mêmes sur les centres encéphaliques : en effet, l’injection intra-ventriculaire de théophylline produit immédiatement l’apparition de convulsions.

En résumé, sans méconnaître toute l'importance de l’action rénale directe de la théophylline, on peut logiquement, pour expliquer son action diurétique, faire intervenir plusieurs facteurs extra-rénaux secondaires :

— action toni-cardiaque, qui produit une accélération de la circulation sanguine par augmentation du débit systolique ;

— augmentation possible quoique controversée de l’hydrémie et modification de la tension colloïdo-osmotique et de la viscosité du sérum ;

— augmentation du métabolisme et abaissement de la réserve alcaline, favorisant la déshydratation ;

— action antagoniste de celle du principe anti-diurétique post-hypophysaire ;

— action excitante directe sur le centre de la diurèse participant de son action excitante générale sur le système nerveux central ;

— quant à l’action sur le déplacement de électrolytes entre sang et tissus, dont certains font le facteur principal de la

diurèse par la théophylline, elle est loin d’être prouvée de façon péremptoire, les travaux sur ce sujet étant extrêmement contradictoires.

On voit par là que la théophylline a une action comparable, ici encore, à la caféine, laquelle fait également intervenir tous les mécanismes susceptibles de produire une augmentation de la diurèse.

Mais nous tenons à rappeler les phases d’anurie que nous avons observées avec des doses un peu élevées de théophylline, que l’on peut expliquer avec Teploff par une action irritante sur l’épithélium des capillaires glomérulaires et qui varie beaucoup suivant la susceptibilité individuelle de Panimal en expérience : peut-être faut-il voir là une des causes des incidents signalés au cours de l’emploi de la théophylline en thérapeutique. |

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