‹ Contribution à l'étude de l'alcoolisme en BretagneChapitre 10 sur 26 · LEURS · texte numérisé non relu

LEURS

par kilogramme d'’individu car au-dessus de cette quantité il devient dangereux (Duclaux).

D'autre part sa valeur énergétique n’est pas très supérieure à célle de beaucoup d’autres aliments, et pour produire la même quantité de 100 calories représentées par 154 grammes de lait il faut 250 grammes de vin.

Tout néanmoins dépend d'une question de dose, et l’alcoolique la dépasse largement. Alors il se produit ce que M. Juillet a fort bien mis en évidence, qu'une partie de lPalcool est brûlé dans l'organisme, et que l’autre, c’est-à-dire l’excès, passe dans le sang et s’élimine par les reins et les poumons non sans léser gravement les divers organes qu’il rencontre : foie, rein, cerveau etc.

C’est aussi une opinion communément répandue que l'alcool réchauffe ; nos«Terre-neuvas et nos Islandais » en usent et en abusent pendant leurs longues campagnes. La sensation de chaleur que procure l'alcool au moment où il est ingéré est la cause de ce préjugé.

En réalité qu’ y a-t-il de vrai ? Bien loin de donner à l’être humain la somme de calorique dont il sent le besoin, l'alcool favorise la déperdition de chaleur par l'hyperhémie faciale qu'il occasionne, la dilatation des petits vaisseaux périphériques et la sudation qu'il produit. Loin d’être nécessaire, l’alcool est tout au moins inutile à ceux qui voyagent dans les régions froides et sur les mers glacées, témoin l'expédition Nansen composée exclusivement de « teatotalers » et qui revint au bout de trois ans de séjour dans les glaces sans avoir

erdu un seul homme. Jusqu’alors aucune expédition P

DA |PAL polaire n’avait eu un semblable résultat au point de vue de la démonstration hygiénique et toutes avaient usé des spiritueux.

L'alcool considéré comme apéritif et digestif exerce ses ravages du haut en bas de l'échelle sociale, depuis surtout que s’est répandu ici comme ailleurs l’usage funeste des apéritifs. Nous reviendrons sur cet usage après avoir vu l’action réelle de l'alcool sur les phénomènes chimiques et biologiques de la digestion.

Ici comme pour l’alcool-aliment intervient une question de dose, dès qu’une sage mesure est dépassée, et tous les gens qui prennent des apéritifs la dépassent puisque 15 à 30 grammes d'alcool absolu retardent la digestion et qu'un petit verre à liqueur d’absinthe vendue communément dans les cafés, par exemple, contient 10 grammes d'alcool. La peptonisation se fait mal et les sécrétions sont diminuées notablement. Ceci dit pour un homme qui aurait pris un apéritif une fois par hasard, maïs il ne faut pas oublier ce qui est le cas pourles habitués du café et du cabaret, qu’à la longue, l'alcool provoque un catarrhe chronique des voies digestives d’où résultent les pituites, anorexie, la dyspepsie des buveurs. Après ce que nous avons dit précédemment de l’action de l’alcool sur la sécrétion stomacale nous pouvons conclure que l'alcool n’est pas plus un digestif qu’un apéritif recommandable. Et encore nous n'avons parlé que de l'alcool pur, que de l'eau-de-vie qui se retirait jadis du vin tandis que les divers produits ingérés sous le nom d’apéritifs selon l'usage actuel

et très répandu dans le département d'Ille-et-Vilaine

contiennent, outre l'alcool industriel ou non, diverses essences qui augmentent notablement sa toxicité, et en font un épileptisant de premier ordre.

Notons de plus que l'apéritif est pris à jeun et que son excitation pernicieuse agit sur la muqueuse stomacale sans aucune atténuation. Au premier rang vient l’absinthe qui, pour 10 grammes d'alcool renferme 85 milligrammes d’essences diverses.

Lesunes sontstupéfantes : anis,angélique, mélisse, etc.

Les autre sont convulsivantes : absinthe, tanaisie, etc.

En 1907 les contributions indirectes d’Ille-et-Vilaine ont noté une consommation de 490 hectolitres d’absinthe.

Le vermouth est une macération des mêmes plantes dans du vin blanc très alcoolisé. Il jouit soit pur, soit mélangé à des sirops d’une faveur marquée chez les timides qu'effraie le mot d’absinthe. Mais participant aux méfaits des essences qu’il renferme, il est également toxique et partant condamnable. En grand nombre sont les quinquinas, les amers de toutes marques. Tous présentent à un degré plus ou moins élevé les inconvénients de l’absinthe à cause des essences qu'ils contiennent. Ajoutons aussi que leur amertume permet de choisir comme excipient des liquides de qualité tout à fait inférieure où se trouvent mêlés tous les produits d’une distillation défectueuse.(D' Solmon.) Tel l'alcool des bouiïlleurs de cru dont nous dirons quelques mots plus loin.

La fréquentation du cabaret n’a pas pour seul objectit

la prise des apéritifs. Dans nos contrées il est presque

impossible de conclure une affaire commerciale sans aller au café ou au cabaret. C’est surtout les jours de foire et de marché que cet usage apparaît clairement. Les auberges sont pleines et les clients par petits groupes discutent avec animation. Le cidre, le café à l’eaude-vie coulent à plein bord. Et mème, fait digne de remarque, le cultivateur ne prend guère d’apéritif dans notre région, il n’en est pas de même des marchands

de graines ou des marchands de bestiaux. L'affaire

commence avec un pot de cidre et se termine par un:

café, non sans alcool. Tout le monde parle affaires. Tous les marchés se discutent dans les mêmes conditions et l’adresse du paysan consiste trop souvent à satisfaire sa passion d’ivrognerie en esquissant des affaires avec le plus grand nombre de clients.

Mais la femme accompagne souvent son mari et même les enfants sont venus avec leurs parents. Il est d’une constatation banale de voir la femme prendre part aux libations et par un sentiment maternel dévié donner à l'enfant quelques gorgées du poison alcoolique. « C'est qu’il boit déjà commeun homme ! >» entendez-vous dire.

Les affaires terminées, quelques-uns rentrent directement chez eux; ce sont d’honorables exceptions, mais le grand nombrereste à causer avec des amis, des amis de rencontre le plus souvent. Et le soir bon nombre rentrent chez eux non sans peine, ayant laissé le plus clair de leur bénéfice au cabaret ou dans la poche de quelque escroc. Et la rentrée des époux excités par l’alcool a trop souvent pouf conséquence le sombre drame de la génération d’enfants entachés d’une lourde héré-

de Keravel 2

4 AN dité. Du lit conjugal procèdent des générations tarées. Nous avons montré l'enfant conduit au cabaret par ses parents. Plus tard devenu conscerit le jeune homme subira fatalement l'influence déplorable d'une autre coutume traditionnelle et toute particulière L’année qui précède leur entrée à la caserne est pour les conscrits une année de fète et de débauche. Ils se réunissent en bande et défilent drapeau en tête le long des rues, le long des chemins. Ils chantent gaiement, avec entrain, aussi les gosiers se dessèchent et comme il se trouve dans la bande toujours quelques piliers de cabaret, l’habitude se prend très vite d'aller d’auberge en auberge et là s'engagent les paris les plus insensés. C'est à qui videra le plus de pots de cidre et chacun fait de son mieux. Le champion tient à son record et chaque dimanche les prouesses sont à recommencer. On ne saurait imaginer une plus belle institution pour développer l’alcoolisme.

La Bretagne est tristement célèbre à cause des adep-

tes de l’ivrognerie ; mais le nombre des alcooliques est

certainement beaucoup plus grand que celui des ivrognes notoires. Tel homme de bien qui ne se grise jamais

et qui est toujours prêt à s’indigner quand il rencontre un ivrogne, prend volontiers son petit verre d’eau-devie le matin pour se donner du cœur à l'ouvrage, assez souvent des apéritifs, le matin ou le soir, au cours d’une partie de cartes, avant les principaux repas, sans compter le café au cognac qu'il prendra à la fin desdits repas convenablement arrosés-de cidre souvent très fort.

Et pourtant ce sont des gens sobres, à les entendre, ce

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