FO
foie, du poumon, du cerveau se succèdent par ordre de
fréquence parmi les complications de la dysenterie. Ils
A Ÿ 2 x se succèdent assez souvent chez un même malade. L'abcès
du cerveau est pour ainsi dire toujours précédé d'abcès du foie (Legrand, sur 49 obs. d'abcès du cerveau, ne trouve que 2 cas d'abcès du cerveau sans abcès du foie antérieur). 3
: L'échinocoque suit aussi la voie sanguine et va se lo-
caliser, comme l’amibe, au poumon ou au cerveau. Mais
dans: l’échinococcose, le relai cardiaque peut être mar-
qué par l’évolution d’un kyste hydatique métastatique du cœur droit (Mme Boppe, Thèse de Paris, 1920). Les larves du Tœnia Echinococcus, venant de l'intestin, peuvent, comme l’amibe, franchir la barrière a dire et coloniser seulement au poumon.
Le siège des lésions à la base du poumon droit est encere un argument pour la théorie de l'embolie puisque c’est là que se localisent ordinairement : le kyste hydatique,
le chancre d'inoculation tuberculeuse, l'embolie san-
guine.
Nous avons étudié jusqu'ici la voie d’abord de l’amibiase venant de l'intestin. Quand il y a déjà amibiase hépatique, le parasite peut, comme nous venons de le vôir, prendre la voie sanguine. Mais, pour beaucoup
d'auteurs (Loison, Renault, Murchison), il pourrait arri--
ver au poumon par la voie lymphatique à travers des adhérences unissant foie, diaphragme, plèvre et base pulmonaire. On sait qu'il existe des anastomoses unissant les Iymphatiques du péritoine, de l’espace périhépatique à ceux de la plèvre à travers le diaphragme.
Enfin le poumon peut être ensemencé : directement, par rupture d'un abcès du foie à travers le diaphragme. Ordinairement, l’abcès du foie s’ouvre dans une bronche par une cheminée étroite, limitée par la sclérose de défense des tissus traversés. Que le pus n'atteigne pas une bronche de calibre suffisant pour s’évacuer ; que le tissu pulmonaire ne soit pas assez résistant pour limiter son envahissement par le pus : une collection intrapulmonaire se constitue, communiquant avec l’abcès hépatique par un étroit canal, et évoluant pour son propre compte dans le poumon. Plus tard, l’abcès du foie vidé dans le poumon pourra se cicatriser ainsi que la fistule hépatopulmonaire et l’abcès du poumon subsistera seul (obs. n* 23, 24, 25 et 26). Dans d’autres cas, l’abcès hépatique se vide bien par une bronche, mais le long du trajet hépatobronchique, l’amibe se greffe sur le poumon. Il en serait ainsi quand après une grande vomique, toute expectoration hépatique purulente cesse et que seule l’expectoration hémorragique apparaît et se prolonge (obs.
n® 27, 28). On sait que le kyste hydatique peut aussi sé greffer sur le poumon le long d un SRE hépatobronchique (Mme Boppe).
L'abcès pulmonaire sous tension dans le poumon peut lui-même éroder le diaphragme, la face supérieure du foie, où même s'ouvrir dans un abcès hépatique jusquelà mdépendant (obs. n° #).
Dans ces derniers cas, il peut être difficile de savoir quel est le foyer originel : y a-til eu rupture d’un abcès du foie dans le poumon ou rupture d'un abcès du poumon dans un abeès du foie ? (obs. n°° 15, 13, 29.).
Arrivée au poumon par contiguité ou continuité, ou bien embolisée dans une artériole, l’amibe agit sur le parenchyme pulmonaire comme sur l'intestin, le foie ou le cerveau (Jacob, Legrand) : elle créé des zones de nécrose. « Partout où se trouve l’amibe, on trouve de la nécrose » .(Dopter), nécrose causée par les mouvements de l’amibe ou par une toxine amibienne (Harris, Councilman et Lafleur, Dopter), protéase dont l’action serait très énergique sur la fibrine, beaucoup plus faible sur l’albumine coagsiée (hiouton : « Digestion chez les amibes. » Ann. de l'Institut Pasteur, juillet 1902). C'est la diffusion de cette toxine non encore isolée qui expliquerait l'étendue et l'intensité des réactions au voisinage des foyers amibiens.
Les lésions vasculaires sont à l'origine de la distribution en foyers, constatée par Bunting. Arrêtée dans une artériole, l'amibe va provoquer la formation d'un thrombus. Peut-être, comme au cerveau (Legrand), les vaisseaux pourraient-ils être obturés de dehors en dedans par pression due au manchon leucocytaire et amibien qui les entourent.
Dans le territoire artériel correspondant au vaisseau obturé, se forme un infarctus hémorragique.
La nécrose atteint thrombus et infarctus. Elle ulcère les vaisseaux voisins : d'où hémorragies, production de caillots, de masses de fibrine. Elle détruit la charpente élastique des alvéoles. Il se forme ainsi une zone limitée de nécrose où l’amibe pénètre, pullule, étend ses ravages : cest le « foyer de nécrose sèche », correspondant au « local death » hépatique de Fayer. Des foyers de nécrose
+ voisins s2 créent « en grappe de raisin » au fur et à mesure que chaque pédicule artériel se thrombose.
Autour de ces foyers, le poumon s’enflamme (alvéolite amibienne), les vaisseaux $e congestionnent, ‘apparais- s-nt souvent comme disséqués et près de se rompre.
Sous l'influence de cette réaction, les foyers de nécrose sèche se liquéfient, se désagrègent, confluent ; c’est le stade ulcérocrotique. Secondairement, grâce à l’action des microbes en symbiose avec l’amibe, la suppuration s'établit. Une véritable membrane pyogénique se crée. L’abcès proprement dit, ulcéro-phlegmoneux est consti-
tué.
mn ec. Leon
Anatomie Pathologique
I. NomBke ET VOLUME. — En règle générale, l’abcès du poumon d'origine dysentérique — comme l'abcès du foie — est unique et volumineux. Parfois on trouve quelques petits abcès voisins, ou un ou deux abcès à côté du principal. On ne trouve pour ainsi dire jamais d’abcès miliaires disséminés dans les deux poumons comme dans l'obs. n° 0. Le volume varie de celui d’une pièce de : franc (obs. n° 12), d’un œuf de dinde (n° 25), d'un mandarine (n° 23), d'une orange (n°° 3, 13, 14, 19), au poing (26), à celui des deux poings (n° 5, 26), d'une tête de fœtus (n° 15), d'enfant (n° 29), comprenant tout un lobe ou les deux lobes inférieurs (n°® 8, 10, #1, 15, 99, 24).
IT. SIÈGE. — Ordinairement : à la base du poumon droit. Cependant dans l’obs. n° 2, l’abcès siège à gauche,
au lobe supérieur gauche dans l’obs. n° 2r.
III. DEscriPrioN DES LÉSIONS. — Nous décrirons les lé- SiONS :
1° À leur stade de début : stade de nécrose, puis de liquéfaction ;
2° Au stade d’abcès proprement dit. *
1° Stude de nécrose. — Nous résumons l’obsérvation de Bunting (n° 9).
« Le lobe supérieur du poumon renferme une nodosité irrégulière, d'un diamètre de ur centimètre, d’un blanc mat, sèche, ferme et rugueuse, au milieu d’une zone de congestion et d’hémorragie. |
Le lobe inférieur contient une large zone de tissu atélectasié, dense, rouge foncé, de forme triangulaire à base pleurale. Près de son sommet, une artériole pulmonaire est obsiruée par un caillot consistant, rose, gris, strié adhérent à la paroi vasculaire. Au voisinage : d’autres vaisseaux renferment des caillots semblables.
L'examen microscopique porte sur un petit abcès, communiquant avec une bronche de taille moyenne. Le. contenu de cet abcès est le même que celui retrouvé dans les lésions hépatiques et intestinales du sujet ; il se colore mal par l’hématoxyline ou l’éosine, prenant une teinte : sale ; il apparaît sous l’objectif comme une matière amorphe, finement granuleuse où peuvent se reconnaître quelques leucocytes, des débris de cellules épithéliales Au poumon et des hématies ; on y voit des amibes très nombreuses. La paroi de l’abcès est formée d’alvéoles déchiquetés. Les alvéoles situés à proximité sont comblés par des réseaux de fibrine enserrant dans leurs mailles des hématies et quelques leucocytes ; par endroits les parois alvéolaires sont épaissies par des fibrosblastes.
A côté de la bronchiole communiquant avec l’abcès, se trouve une artériole trombosée qui se perd dans la masse nécrotique. Le contenu de l’abcès et celui de l'artère est d’ailleurs le même ; la tunique élastique limitante
role = | ;
interne de l’artériole se retrouve, fragmentée, dans la masse nécrotique jusqu'à une certaine distance du vaisseau, On constate de très nombreuses amibes dans le thrombus nécrotique comme dans l’abcès lui-même:
Une deuxième artériole renferme un caillot dont la périphérie a subi un commencement d'organisation ; au centre, on trouve des amibes entourées de substance nécrotique ; cette deuxième artériole ne communique pas avec l’abcès ». | :
En somme : lésions en foyer de nécrose, dans une zone limitée comme un territoire artériel.
2° Stade d'abcès proprement dit. Nous nous appuyons pour notre description sur les constatations de Letulle et Nattan-Larrier (Précis d'Anatomie Pathologique), de Rist (Obs. n° 29). |
L'abcès pulmonaire est entouré de tissu condensé, comme hépatisé, mais de teinte grise. La cavité est anfractueuse — tapissée de débris friables, de polypes, de villosités formés de tissu nécrotique — sclérosée.
Au microscope : Extérieurement, : on constate de la sclérose interlobulaire, des lésions d’alvéolite desquamative, d’alvéolite végétante avec bourgeonnement fibrovasculaire. Les capillaires distendus par le sang sont entourés de leucocytes plus ou moins altérés.
Dans la paroi immédiate de l’abcès, on est frappé de l'intensité de la nécrose : il n’y a plus de noyaux colorables. Les fibres élastiques déchiquetées, rompues se retrouvent raréfiées, fragmentées, réduites en grains (Rist). Les amibes sont très abondantes à ce niveau.
Le pus est rouge ou chocolat, mal lié, fétide. Dans un
CE
verre, il laisse déposer une couche épaisse, pulpeuse et rougeâtre ressemblant à de la chair musculaire hachée. Au-dessus de ce sédiment flotte un liquide rouge, trouble mais transparent. Dans d’autres cas, ce liquide est franchement purulent Sur les préparations du pus, on troave : des hématies très abondantes et souvent encore initactes ; les leucocytes habituels du pus ; les macrophages ne sont pas rares, les polynucléaires éosinophiles sont assez nombreux. On touve des amibes.
3° Evolution anatomique. L'abcès du poumon, comme l’abcès du foie, prend des formes anatomiques différen-
tes suivant son évolution.
a) Si le processus de défense prend le dessus, l'abcès s'entoure d’une véritable coque fibreuse épaisse (obs. m°° 2, 10, 23, 24, 25), parfois le pus prend l'apparence et la consistance du mastic de vitrier (obs. n° 21). C'est un magma caséeux ou mucoïde, jaune-grisâtre avec des écheveaux de tissu pulmonaire en suspension. Ces abcès anciens peuvent être très volumineux et ne contenir cependant qu'une faible quantité de pus.
Jamais spontanément l’abcès n'arrive à se cicatriser (Fontan), sauf peut-être dans les cas vomiques répétés. La cavité pulmonaire reste ouverte, exposée aux infec-
tions secondaires (Tuffier).
b) Au contraire si le processius de nécrose et d'ulcéra.
tion prédomine, l’abcès va prendre un volume considér:.-
= ble et détruire peu à peu tout un lobe ou même s'éteudre à la plus grande partie d'un poumon.
c) En général, l’évolution anatomique a lieu par étapes (reprises du processus ulcératif) bien séparées par des périodes de repos (où l’abcès tend à s’enkyster). Celle
évolution est celle de toutes les lésions amibiennes et
pourrait être en rapport avec ee qu'on sait de la biologie
de l’amibe : la forme tetragena serait relativement peu -
virulente — Ia forme histolytica serait la forme virulente,
ulcérative et nécrosante. C'est cette dernière forme, très.
mobile qui seule contient des débris cellulaires et des hématies. C’est elle que l'on rencontre au cours des crises
aiguës de dysenterie.
Lu
Symptomatologie