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HISTORIQUE

SOMMAIRE. — Trois phases dans l'Histoire des lésions de la Tuberculose mammaire.

Première phase.— Les symptômes cliniques sontseuls étudiés. — Les lésions microscopiques sont plutôt Ssoupçonnées que constatées, d’où erreurs multiples dans le diagnostic.

Deuxième phase. — L'histoire véritablement scientifique de la Tuberlose mammaire commence avec la thèse de Dubar. — A partir de cette époque et sous l'influence de ce travail, recherches nombreuses, toujours soumises au contrôle de lexamen microscopi-

que. — Le processus tubereuleux est mieux connu dans son essence. — Le bacille est découvert. — L'inoculation aux animaux

est pratiquée pourlapremière fois par Ohnacker.— Les nombreux travaux qui se succèdent, particulièrement ceux d'Habermaas, Piskacek, Berchtold, Roux, Müller, complètent l'œuvre de Dubar.

Troisième phase. — Les opinions classiques sur l'anatomie pathologique et la pathogénie de la Tuberculose mammaire sont battues en brèche par les recherches récentes de MM. Sabrazès et Binaud. en France, et de M. Reerink, en Allemagne.

La Tuberculose mammaire, au point de vue historique, a passé par des phases diverses. Dans une première période, elle à été observée et décrite par des chirurgiens de grande

RD

valeur qui l'ont plutôt soupconnée que vérifiée. Sous linfluence de leurs travaux, elle a été longtemps admise sans conteste. Mais les recherches de ces différents auteurs, entreprises avec l’aide des méthodes imparfaites dont on disposait alors, manquent de la précision scientifique que l'on est en droit d'exiger aujourd’hui. Aussi est-il à craindre qu'un certain nombre d'observations publiées sous l'étiquette de Tuberculose mammaire, ne soient relatives, en réalité, à d'autres maladies chroniques du sein dans la genèse desquelles le bacille tuberculeux n’a joué aucun rôle.

Le premier qui aitsignalé des lésions tuberculeuses dans le sein, est le chirurgien anglais Asrzey Cooper (1) qui, dans ses Œuvres chirurgicales, parle de tumeurs que l'on avait occasion de rencontrer parfois dans la mamelle de femmes jeunes: dont le tempérament scrofuleux se traduisait par un engorgement des ganglions cervicaux.

Ces tumeurs avaient des caractères cliniques peu nets.

Astley Cooper avait été surtout frappé par leur indolence et la lenteur de leur marche.

L'abcédation en était la terminaison habituelle.

L'examen anatomo-pathologique, rarement et toujours imparfaitement pratiqué, n'avait fait constater qu'un tissu tantôt très vascularisé, tantôt privé de vaisseaux, dont la coloration jaunàtre avait quelque analogie avec celle du pus concret.

Ces caractères qui peuvent se rapporter à toutes sortes de tumeurs de la mamelle très différentes, sont, comme on le voit, insuffisants pour assigner à ces tumeurs une origine et un nom précis.

Trois ans après les recherches d’Astley Cooper, Néraron (2),

(1) Cf. Index bibliographique : 2.

mer

dans sa thèse d'agrégation, parle d’une tumeur du sein, opérée par Gerdy, dont l'origine tuberculeuse ne lui laissa pas de doutes.

« J'ai vu, dit-il, en 1883, M. le professeur Gerdy extirper une tumeur qui était franchement tuberculeuse, sans aucune lésion concomitante. Les tubercules au nombre de six, formaient un paquet qui, avant l'opération, soulevait la peau et proéminait sous forme de tumeurs mamelonnées. Ils étaient en tout semblables à ceux que l’on observe quelquefois dans le cerveau, chez les enfants, et avarent comme ceux-ci, la densité et la couleur jaune de châtaignes cuites. »

En 1842, BérarD (1), dans sa thèse pour le professorat, publie deux observations de tumeurs manimaires qu'il donne comme exemple de tubercules. Ces tumeurs, après s’êtie abcédées et avoir laisser échapper une substance blanchâtre, semi-liquide, grumeleuse, disparurent, paraît-il, sous l'influence de lotions et de fomentations.

JoHANNET (2) (Revue médico-chirurgicale de Malgaigne, 1853. Obs. 3), rapporte l'histoire d’une femme de quarante ans, chez laquelle on trouva un noyau tubérculeux de la plèvre qui, après avoir perforé l'espace intercostal, s'était infiltré dans la mamelle. La glande présentait dans son épaisseur plusieurs tubercules volumineux, à différents stades d'évolution, les uns durs, les autres caséifiés. Les ganglionsaxillaires étaient suppurés.

VeLpreaU (3), dans son 7railé des maladies du sein (1856, p. 183), cite plusieurs observations de tumeurs de la mamelle, auxquelles 1l assigne une origine spécifique, à cause de la

(1) Cf, Index bibliographique : 5.

Tuberculisation des poumons, mais dont les caractères descriptifs ne sont pas suffisants pour asseoir un diagnostic certain.

En 1860, Laxcereaux (1), dans les Bulletins de la Societé anatomique, parle d'une tumeur dont lexamen histologique lui révéla la nature nettement tuberculeuse.

A peu près vers la même époque, un médecin distingué de Bordeaux, CnagreLy (2), fit paraître dans le Journal de Médecine de Bordeaux (juillet 1860), une observation très détaillée de mammite tuberculeuse.

Burrorx (3) (Deutsche Chirurgie, vol. 41), rapporte deux cas de Tuberculose mammaire. La mamelle atteinte renfermait plusieurs noyaux de volume variable. A la coupe, ces noyaux étaient les uns friables, les autres ramollis à leur centre; certains étaient complètement purulents. L'examen histologique ne put être fait par suite de manque de netteté des coupes, circonstance fâcheuse, car il s'agissait vraisemblablement d'un cas de Tuberculose du sein.

En 1871, Homes (4), dans son 7railé de Chirurgie, consacre quelques lignes aux abcès tuberculeux de la mamelle.

En 1872, HorrxLour (5), dans sa thèse d'agrégation (Tumeurs du sein chez l'homme), donne l'observation d’un tuberculeux porteur d’une tumeur tuberculeuse du sein.

Ricuer (6) (Tumeur tuberculeuse de la glande mammaire, Gazette des Hôpitaux, 1880) parle des inflammations tuber-

(1) Cf. Index bibliographique : 87.

culeuses de la mamelle comme d'un fait acquis etindiscutable.

On trouve également dans les Archives de clinique chirurgicale, de Langenbeck, 1880 (Bd xxv.), trois cas de Tuberculose de la mamelle observés par Krorz.

Il faut arriver à Dusar (1) (Des Tubercules de la mamelle, thèse de Paris, 1881), pour trouver le premier travail bien fait et complet sur la Tuberculose mammaire.

Jusqu'alors, les auteurs s'étaient contentés de signaler quelques caractères cliniques insuffisants pour établir un diagnostic certain. C’est avec la thèse de Dubar que commence l'étude véritablement scientifique de la Tuberculose mammaire. Ce travail contient deux longues et intéressantes observations de Tuberculose de la mamelle. Chacune d'elles est suivie d'un examen microscopique Consciencieux et complet. C’est même pour la première fois que le microscope a été employé pour démontrer d’une facon incontestable la nature tuberculeuse de l'affection, en décelant les bacilles de Koch.

Les planches qui accompagnent le travail, ajoutent encore par leur netteté à la précision de la démonstration théorique.

Dans le numéro 9 du Progrès médical de 1882, on trouve deux observations de Tuberculose mammaire rapportées par Durer (2).

La tumeur qui fait l'objet de la première observation fut examinée histologiquement par Nepveu. Cet examen confirma le diagnostic posé par Duret. Quant à l’autre tumeur de la deuxième observation, bien que tous les caractères cliniques concordassent pour établir sa nature tuberculeuse, l'examen microspique n'en fut pas fait.

(1) Cf. Index bibliographique : 46.

La même année, Onnacker (1) (Tuberculose de la glande mammaire chez la femme, Archives de Langenbeckh, 1882) fait part de deux examens de Tuberculose mammaire. L'examen microscopique montra la cavité de labcès tapissée de granulations fongueuses, gris-jaunâtre, dans lesquelles on distinguait en grand nombre des corpuscules gris transparents, pathognomoniques de l'affection tuberculeuse du sein.

L'examen microscopique montra une infiltration énorme de tubercules miliaires dans le parenchyme glandulaire et dans les parois des canaux excréteurs. Les cellules géantes abondaient dans toutes les parties du tissu atteint.

Il s'agissait bien là de Tuberculose mammaire.

C’est Ohnacker qui le premier eutl'idée, pour s'assurer exactement de la nature des produits morbides, de pratiquerdesinoculations aux animaux. Il prit une parcelle de matière suspecte retirée de la glande mammaire, et l’introduisit dans la chambre antérieure de l'œil d’un lapin. Six semaines après cette expérience, il sacrifia l'animal et trouva ses plèvres et l'œil inoculé farcis de tubercules qui, à l'examen microscopique, se montrèrent remplis de bacilles de Koch.

La même année, Cranpazz (2), dans le Journal de médecine et de Chirurgie de Boston, publie une observation ‘d'abcès chronique de la mamelle, lequel présentait tous les caractères observés dans la Tuberculose mammaire.

Poirier (3), dans une thèse intitulée : Des Tumeurs du sein chez l’homme (Paris 1883), observe un autre cas de Tuberculose mammaire chez un homme. La tumeur, grosse comme le poing, fut extirpée et soumise à l'examen microscopique.

(1) Cf. Index bibliographique : 45.

On trouva des cellules géantes au pourtour des vaisseaux qui étaient oblitérés.

Ce cas de Tuberculose mammaire chez un homme Joint à celui semblable d'Horteloup représentent des singularités assez remarquables pour ne les point passer sous silence.

Vercuère (1) (thèse de Paris, 1884), parle d’un cas observé et opéré par Verneuil où il s'agissait d’une tuberculose primitive de la mamelle, et dans lequel les canaux galactophores paraissent avoir servi de porte d'entrée à l'infection tuberculeuse.

Nepveu qui pratiqua l'examen microscopique de celte tumeur, trouva les acini glandulaires remplis de bacilles.

Durant (2) dans le Gaillard's medical Journal (New-York, 1884), et Coupray (3) (thèse de Paris, 1884), signalent, le premier deux cas, le second un cas de Tuberculose de la mamelle.

OrTaMANx (4), dans les Archives de Virchow, de 1885, fait connaître deux cas de Tuberculose mammaire. L'examen macroscopique et microscopique des pièces extirpées donna des résultats absolument probants. Dans l’un et l’autre cas, les tissus glandulaires et péri-glandulaires étaient infiltrés de leucocytes et de cellules géantes soit isolées soit en masses compactes.

Dans le second cas, on trouva des bacilles de Koch dans la tumeur glandulaire. Dans le premier cas, c'étaient les ganglions axillaires qui renfermaient les bacilles de la Tuberculose.

(1) Cf. Index bibliographique : 66.

En indiquant le traitement des tumeurs néoplasiques du sein, Vazure (1) (Du traitement chirurgical des néoplasmes mammaires, Paris, 1885) parle indirectement des tumeurs tuberculeuses de la mamelle dont il à constaté plusieurs cas et qu'il conseille d'extirper le plus complètement possible.

Les deux cas qui font l'obj2t des deux observations d'Hagsrmaas (2) possèdent des caractères cliniques et histologiques qui ne laissent aucun doute sur leur nature tuberculeuse. Dans le premier cas, on trouva un bacille de Koch seulement et deux dans le se:ond, sur une série de douze préparations. Ce chiffre minime ne doit pas étonner si l’on songe combien la Tuberculose mammaire est pauvre en bacilles.

Dans les Bulletins de la Socièlé analomique de Paris, 1886, on trouve un article de Sovrrer {8) sur un cas de tumeur de la mamelle prise pour un carcinome par Verneuil et qui à l'examen histologique fait par Cornil se trouva être de la Tuberculose mammaire. Six coupes examinées au point de vue bactériologique ne donnèrent que des résultats négatifs. Mais tout le cortège des lésions particulières à la Tuberculose du sein y étaient si bien représentées que, malgré l'absence de bacilles, il est évident qu'il s'agissait bien d'un cas de Tuberculose de la mamelle.

On arrive ainsi au second travail qui puisse être comparé à celui de Dubar; il a été publié en 1887, par Pisxacex (4), dans les Medicinische Jahrbtcher, de Vienne, et a pour titre : « De la Tuberculose mammaire ».

L'auteur a réuni huit observations de Tuberculose du sein.

(1) Cf, Index bibliographique : 64.

Deux malades sur huit furent opérées et l'examen histologique fournit la preuve de la nature tuberculeuse des deux tumeurs.

Les six autres présentaient cliniquement tous les caractères inhérents à la Tuberculose mammaire. Les bacilles de Koch ne furent rencontrés que deux fois.

Dusrumir, (1), de Montpellier, a publié deux observations de malades atteintes de Tuberculose de la mamelle.

Dans la première observation, qui est consignée dans la Gazette médicale, de Paris, du 28 avril 1888, la tumeur avait été confondue cliniquement avec un fibro-sarcome : l'examen histologique prouva qu'on avait fait une erreur de diagnostic.

La seconde observation de Dubrueil, de Tuberculose mammaire, date de 1890 ; elle a été publiée dans le numéro du 12 juillet de la Gaselie hebdomadaire des Sciences médicales, de Montpellier.

Dans l’un et l’autre cas, les tumeurs furent soumises à l'examen microscopique qui prouva nettement leur nature tuberculeuse. Les tissus glandulaires et péri-glandulaires étaient infiltrés de tubercules en grande quantité. L'examen microbiologique ne donna pas de résultat positif.

En 1888, Kramer (2), en faisant l'analyse du travail de Piskacek, rapporte un cas personnel de Tuberculose mammaire qu'il publia dans le Centralblatt fiir Chirurgie (page 166). L'examen microscopique vint confirmer le diagnostic.

La même année, CamrenoN (3), en France, publia dans la Semaine médicale (tome VIII, page 413), deux cas de Tuberculose mammaire.

(1) Cf. Index bibliographique : 17.

(2) — — 35 bis.

pu

Un an plus tard, Hess (1 (Trans. of. the path. Soc. of London, 21 mai 1889, page 391), signale un autre cas de Tuberculose du sein, chez une femme de trente-neuf ans, mère de huit enfants dont cinq moururent tuberculeux. Ce fait est assez remarquable pour étre noté. La tumeur que cette femme portait au sein se présentait sous la forme d'un nodule dur, douloureux, mobile. Des cordons indurés se dirigeaient vers l'aisselle, qui était saine. A l'opération, on trouva des nodules tuberculeux dont quelques-uns étaient ramollis. L'examen microscopique ne décela pas la présence de bacilles.

SHarTOK (2) (T'ubercular abcess of the Breast), dans la séance de la Pathologic Society of London, du 21 mai 1889, expose le cas d'une malade atteinte de Tuberculose du sein.

La tumeur opérée par Mackellar fut soumise à l'examen microscopique qui décela toutes les lésions habituelles de la Tubercul5se mammaire. Il ne fut pas trouvé de bacilles de Koch.

A signaler également un autre cas de Tuberculose de la mamelle mentionné par Heurtaux (3) (Bulletins de la Société anatomique de Nantes, tome XIIT, page 209).

Dans sa thèse inaugurale parue en 1889, à Erlangen, HeriNG (4), en faisant la revue critique des cas de Tuberculose mammaire observés jusqu'alors, en cite un nouveau qu'il a observé et dont il a fait lui-même l'examen microscopique. La présence de quelques bacilles vint encore corroborer le diagnostic.

La thèse de BEercarozp (5) soutenue à Bâle, en 1890, est

(1) Cf, Index bibliographique : 27.

Dès = 60.

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