‹ Contribution à l'étude de l'anatomie pathologique et de la pathogénie de la tuberculose mammaire de la femmeChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Exposé des données classiques sur l’anatomie pathologique et la pathogénie de la tuberculose mammaire.

SOMMAIRE. — Lésions macroscopiques :

a) Forme disséminée.

b) Forme confluente.

Recherches microscopiques : LÉSIONS HISTOLOGIQUES. a) Lésions lobulaires.

b) Lésions du tissu interlobulaire et interlobaire. ce) Lésions des vaisseaux.

4) Lésions des capillaires.

6) Lésions des artères et des veines.

d) Lésions des nerfs.

Recherches bactériologiques : Rareté des bacilles de Koch. Recherches pathogéniques : Exposé du processus tuberculeux. — Pathogénie ñe linfection tubereuleuse. — Trois modes de pénétration du bacille de Koch dans la glande : 1° par les canaux galactophores (Verchère, Kramer, Orthmann, Verneuil) ; 20 par les vaisseaux sanguins (opinion peu soutenue); 3 par les vaisseaux Iymphathiques (Billroth, Piskacek). Opinion mixte (Delbet, Fiorentini (1891), Robinson, Roux, Müller, Reerink).

$ I. Lésions macroscopiques.

Les lésions macroscopiques que l’on observe dans la Tuberculose mammaire sont différentes suivant qu'on a affaire à la forme disséminée ou à la forme confluente.

a) Forme disséminée. — Dans cette forme, la mamelle conserve le plus souvent son volume normal. Dans quelques cas, seulement, elle est légèrement hypertrophiée. La peau de la région est saine; il n'existe point à son niveau de traces de fistules.

Lorsqu'on saisit la mamelle à pleine main, qu'on l'appuie assez fortement sur le pectoral, on parvient quelquefois, mais très difficilement, à constater dans son épaisseur la présence de quelques nodosités roulant sous le doigt et nettement distinctes les unes des autres.

La pression sur le sein et même sa malaxation n’occasionnent jamais de douleur. La présence de ces nodosités est du reste assez difficile à constater puisqu'elles n’atteignent le plus ordinairement qu'un très petit volume ; souvent même elles échappent complètement au plus minutieux examen, et on est alors réduit à l'hypothèse.

En pratiquant des coupes dans différentes directions, on trouve des noyaux parfaitement distincts, isolés les uns des autres par une plus où moins grande épaisseur de tissu sain. Ces nodosités, en nombre variable, ont un volume variant entre la grosseur d'une tête d'épingle et celle d’une noisette. Elles présentent une coloration jaunàtre, « couleur châtaigne cuite » selon l'expression de Nélaton. Chez un certain nombre de ces nodosités, la partie centrale franchement jaunâtre est entourée d'une zone d'un gris bleuâtre, d'apparence translucide et qui leur forme comme une auréole.

Le tissu qui entoure ces nodules garde, dans la majeure partie des cas, sa coloration et sa consistance normales. Quelquefois, cependant, il présente plus de consistance et parait sclérosé. Mais cette zone sclérogène entourant les nodosités n’a jamais qu’une très petite épaisseur.

Ces noyaux, assez fermes, sont cependant friables et se

rot

laissent écraser sous les doigts. Quelques uns même peuvent être légèrement ramollis à leur centre et présenter ainsi tous les caractères de la dégénérescence caséeuse.

En somme, la forme disséminée de la Tuberculose mammaire peut se résumer ainsi : Il se forme dans le parenchyme mammaire des nodosités constituées par de la matière tuberculeuse. Ces nodosités subissent lentement la dégénérescence caséeuse. Légèrement irrité par leur présence, le tissu qui les entoure devient fibreux. Ce nouveau tissu de sclérose leur forme comme un rempart qui met obstacle à leur propagation.

b) Forme confluente. — Cette forme de la Tuberculose mammaire est la plus fréquente. Elle diffère cliniquement de la forme disséminée.

Le sein est augmenté de volume et cela dans des proportions notables. A la palpatios, on trouve une tumeur unique plus ou moins volumineuse, bosselée, mal circonserite, qui déforme la glande. Le gonflement n'est pas réparti également sur tous les points : c’est, en général, le quart supéroexterne de la glande qui est le siège de la tumeur.

Au niveau des parties saillantes, se voient un ou plusieurs orifices fistuleux, laissant suinter un liquide séro-purulent. La peau qui les entoure est luisante, amincie et de coloration violette. Le mamelon est rétracté, ombiliqué même.

Lorsqu'on saisit la glande entre les doigts, on sent une iudluration de volume variable pouvant aller jusqu'à celui d'une orange. Cette tumeur peut être où mobile sur la glande ou fixée avec elle sur le pectoral. La surface présente des bosselures inégales dont les larges bases semblent se confondre les unes avec les autres.

Sur des coupes, la partie centrale de la tumeur est constituée par une ou plusieurs cavités irrégulières à prolonge-

ne

ments diverticulaires multiples. Quelques unes de ces cavités paraissent être, à première vue, indépendantes les unes des autres; mais un examen plus attentif démontre qu'elles sont reliées ensemble par des conduits sinueux et de petit calibre.

La paroi de ces cavités et de ces conduits est anfractueuse, criblée de dépressions en forme de godets, ce qui leur donne l'aspect aréolaire. Ces cavités sont reliées à la surface extérieure de la glande par un ou plusieurs conduits fistuleux.

La face interne des cavités et des conduits fistuleux est tapissée par une sorte de membrane très mince, molle, comme tomenteuse, de coloration grisâtre, peu adhérente à la paroi. Des parois de ces cavités, viennent faire saillie à l'intérieur des sortes de franges, de villosités d’une extrême ténuité, formant comme un réticulum retenant dans ses mailles une bouillie gris-jaunâtre, entremélée de gru- Meaux.

Cette membrane qui tapisse les cavités et les conduits fistuleux est la membrane tuberculeuse de Roux.

Le tissu de la mamelle qui entoure ces cavités est induré dans une notable étendue et forme une coque fibreuse blanchâtre, dont l'épaisseur peut atteindre deux et trois centiniètres.

La surface de cette coque, tant à l'extérieur qu’à l’intérieur, est parsemée de granulations grosses comme une tête d'épingle, faisant légèrement saillie en dehors, de colorathon grisàätre et présentant une demi-transparence assez nette.

Ces granulations sont des tubercules. Ils sont surtout nombreux à la surface interne des cavités; mais on en rencontre aussi en dehors de la zone sclérosée, dans les régions glandulaires qui paraissent saines à première vue. Le plus souvent isolés les uns des autres, on les rencontre quelquefois groupés sous forme d'ilots.

Le tissu qui les entoure est induré ; il présente une coloration rougeûtre.

La forme confluente de la Tuberculose mammaire peut donc se résumer ainsi : Tumeur unique, de volume variable, constituée par une cavité anfractueuse creusée aux dépens du tissu glandulaire; entourée par une coque bosselée, épaisse, dure, présentant dans sa masse un semis de tubercules demi-transparents ; à surface interne tapissée par une membrane molle, tomenteuse; à contenu séro-grumeleux.

Qu'il s'agisse de l’une ou de l’autre forme de la Tuberculose mammaire, les ganglions Iymphatiques correspondant à l'organe malade, les ganglions axillaires principalement, sont atteints dans la plupart des cas.

Roux mentionne 22 cas sur 34 observations où les ganglions axillaires étaient indurés.

Les ganglions atteints sont plus ou moins nombreux et plus ou moins gros, suivant les cas. Ils forment quelquefois, dans le creux axillaire, un gros chapelet qui soulève la peau. Il peut aussi y avoir complication de périadénite. Dans ce cas, l’aisselle tout entière est taméfiée. D’autres fois, mais plus rarement, on ne trouve dans le creux axillaire qu'un ou deux ganglions. Dans certains cas même on n’en trouve pas du tout.

$ II. Recherches microscopiques.

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