MODE D'ACTION
Le mécanisme de l’absorption par la muqueuse intestinale du mélange éthéro-huileux a été bien étudié par Sutton.
Dès que le mélange a atteint la température du corps, l’éther se sépare de l'huile en se volatilisant et se répand dans le sang.
Pour que cette dissociation se fasse, il est nécessaire que le titre de la solution ne soit pas inférieur chez l’adulte à 50 0/0 d’éther.
Les auteurs américains estiment que celte proportion suffisante pour les enfants, est trop faible pour l’adulte, chez lequel ils emploient un mélange à ‘75 0/0 d’éther.
Nous avons obtenu pourtant avec la solution titrée à 50 o/o des anesthésies absolument parfaites.
Quelques minutes après l’administration du lavement, l’haleine prend une odeur éthérée très nette et le sommeil apparaît au bout d’un temps variable.
IL faut noter cependant que « l’analgésie précède toujours la narcose ». Le malade peut ne pas avoir perdu conscience d’une façon absolue, le réflexe pupillaire peut exister et déjà pourtant la résolution musculaire est complète el la sensibilité abolie.
D'après Sulton quatre facteurs interviendraient ensuite pour maintenir la régularité de lanesthé-
Rae
sie: 1° le taux constant de volatisation de l'éther ; 2e la distension colique qui, lorsqu'elle augmente diminue d’autant le pouvoir d'absorption ; 3° la réfrigération intestinale due à l’évaporation de l’éther, qui retarde la mise en liberté et l'absorption de l’anesthésique et enfin ; 4° la différence entre le pouvoir d'absorptiun du côlon et la capacité d’élmination des poumons.
Ces faits bien mis en évidence par Gwalhmey et Sutton. après expérimentation sur le chien, étaient destinés à répondre aux objections de Clifton Luke.
Celui-ci après avoir injecté dans le rectum un lait bismuthé, avait pu se rendre compte, à l'examen radioscopique, que dans 10 0/0 des cas,la solution pas. sail dans l’iléon par suite del'insuffisancede la valvule iléo-cæcale et que déns goo/oelle atteignait lecæcum.
i en concluait qu'il était très difficile de savoir à quelle hauteur allait le mélange anesthésique: et par conséquent. de savoir quelle était la vitesse et la surface d'absorption intestinale. Le dosage de l'éther devenait donc impossible et Févacuation. du mélange en excès très diflicile.
Ces objections montrent bien la nécessité de fixer une dose maxima d’éther, afin de ne pas exposer le malade à des accidents graves, el, puisque: les, éléments physiologiques ne permettent pas. d’en. déterminer le chiffre, c’est dans l'action locale exercée par l'anesthésique qu'il faut chercher cette donnée.
L'examen reclo sigmoïdoscopique prend ici toute sa. valeur el va nous permettre:d'éclairer la. question.
EXAMEN RECTO-SIGMOIDOSCOPIQUE
. Nous avons pratiqué la recto-sigmoïdoscopie chez presque tous nos malades et voici les conslaiations que nous avons pu faire.
Dans les quarante-huit heures qui suivent l'admiaistration du lavement la muqueuse est rouge, et surtout sèche. Elle perd cet aspect si caractéristique de la face interne des joués, devient granitée, plus ou moins friable saignant facilement,
Ce sont là des altérations que nous avons rencontirées d’une façon systématique chez les malades n'ayant pas reçu plus de 125 centimètres cubes d’éther. :
Avec des doses plus élevées 150 centimètres eubes l'aspect de la muqueuse se modifie légèrement. Elle présente de l’œdème, une légère desquamation et de petites ulcérations plus ou moins nombreuses recouvertes parfois d’un mueus jaunâtre el adhérent.
Enfin chez un sujet porteur d’une. affection intestinale ancienne nous avons constaté une rectite ulcéreuse intense ayant provoqué pendant trois jours des selles sanguinolentes assez abondantes.
, Eu somme avec des doses de 100 à 12% centimè-
TO
tres cubes d'éther,on se trouveen présence d’une rectite sèche légère dont l’évolution,comme nous le verrons est bénigne et qui ne se manifeste cliniquement par aucun symptôme autre que de la constipation.
Mais à des doses supérieures, il s’agit d’altérations plus ou moins marquées de la muqueuse, pouvant aller jusqu’à la forme ulcéreuse avec hémorragies intestinales consécutives.
Ombrédanne à cité le cas d’un enfant endormi par ce procédé et chez lequel l’autopsie révéla la présence au niveau du rectum et de l'Siliaque de 5 ou 6 ecchymoses grandes comme une pièce de 5 centimes ce qui vient encore à l’appui des constatations que nous avons faites.
Clifton Luke prévoyait bien la possibilité de rectites ou de colites plus ou moins graves suivant l'état pathologique antérieur,mais pratiquement ces aftfections n'avaient pas été signalées.
La plupart des auteurs insistent même sur ce fait: que leurs opérés n’ont présenté par la suite ni reclite ni colite.
Avec lesdoses assez élevées couramment employées en Amérique, il est certain que l’examen rectoscopique montrerait les mêmes lésions.
Dans les jours qui suivent l’anesthésie on ne signale aucuns troubles particuliers et dans le plus grand notubre des cas une à deux semaines suffisent pour que la muqueuse ait repris son aspect normal.
Les altérations locales provoquées par le mélange oléo-éthéré contre-indiquent-elles formellement la
méthode ? Nous ne le croyons pas, à condition bien entendu de s’en tenir aux doses que nous indiquons.
Il est vraisemblable, en effet, qu'après anesthésie par inhalation d’éther ou de chloroforme, on retrouverait au niveau de la muqueuse trachéo-bronchique les mêmes phénomènes d'irritation.
Technique
L'objection faite à l’emploi de cette méthode par de nombreux auteurs, porte sur la difficulté de préparation des malades.
Or la médication préliminaire peut être réduite au minimum et ne pas différer essentiellement de celle qui précède toute autre anesthésie.
La veille de l'opération on donne un purgatif léger, huile de ricin de préférence et le lendemain matin une heure avant l’administration du lavement on fait une piqûre de pantopon, 1 à 2 ampoules suivant les sujels.
Il est inutile de faire un grand lavage intestinal le matin de l'opération, sauf dans le cas où l’intervention devrait se faire d’urgence el où, par conséquent il n’aurait pas été possible de purger le malade.
Dans ce cas on fera un lavage intestinal avec une solulion contenant 10 grammes de bicarbonate de soude pour 2 litres d’eau chaude.
Il ne reste plus alors qu’à faire le mélange anes-
thésique.
Pour cela, on aura à sa disposition, de l’éther : de l’huile d'olives stérilisée et de la paraldéhyde cristallisable, un bock à injection ordinaire avec tuyau de caoutchouc et canule en verre permettant de contrôler le passage du liquide, une sonde en caoutchouc n° 16 et une éprouvette graduée.
Les appareils permettant de donner le lavement sous pression nous paraissent défectueux car le malade doit « absorber son lavement » sans aucun effort.
Le mélange sera fait immédiatement au moment de s’en servir et dans le bock même à injection qué l’on fermera ensuite hermétiquement pour éviter l’'évaporation. Ta
La formule que nous employons est la suivante :
Chez l’adulte en bonne santé et vigoureux.
Ether anésthésique..:.1.....… 125 cmc.
Hotte 'oMyes:. 5000 LTÉE 60 cmc.
Paraldéhyde cristallisable, ..... ra gr,
Chez la femme et chezles sujets affaiblis.
Ether anesthésique...... +. 100-CmMC- Huile d’olives..... PATES Meet RE TTE
Paraldéhyde cristallisable. ..... DEET:
Ces doses sont notablement [inférieures à celles qu’emploient les auteurs américains. À
Sutton, en effet, donne comme chiffre maximum 240 grammes de mélange à 95 0/0.
Chez les enfants, le mélange doit être titré à 5o o/o et donné sans médication préliminaire.
Pour l'administration du lavement le sujet doit être en position de Sims (décubitus latéral gauche avec flexion de la cuisse droite). Auparavant il faut avoir soin de le faire uriner.
La sonde préalablement lubréfice. est introduite doucement dans le rectum à une profondeur de 15 centimètres environ. |
Tandis qu’un aide soulève le bock à o m. 5o environ au-dessus du lit, on a soin de déplacer la sonde “rectale de façon à ce que le liquide se répande sur une plus grande surface de muqueuse.
L'écoulement du liquide doit être très lent (cinq minutes au moins pour le passage du mélange que nous employons). |
Pour le hâter, il suffit de prescrire au malade de respirer largement ; pour le modérer,il suffit de comprimer le tuyau de caoutchouc. Le bock vidé, on retire la sonde ; on place une compresse de toile sur les yeux et sur la bouche du malade et on attend l'apparition du sommeil en surveillant la respiration et le pouls. |
Le silence le plus complet étant de rigueur il est préférable d'isoler le malade dans une chambre spéciale ; mais ce n’est pas là une condition indispensable et la plupart des malades que nous avons endormis par ce procédé l’ont été dans la salle commune.
Soins post-opératoires
Immédiatement après l'intervention on fait un lavage intestinal avec deux litres d’eau savonneuse tiède ; on se sert à cet effet de deux sondes rectales ou d’une canule à double courant. :
Ce lavage, donné sous une pression plus élevée que celle du lavement d’éther, permet de retirer une quantité variable de mélange en excès et, pour que tout le contenu intestinal soit évacué, il faut avoir soin de masser le côlon de droite à gauche pendant cette opération. |
Enfin une bonne aération doit être assurée autour du malade.