‹ Contribution à l'étude de l'anesthésie générale par l'étherisation intrarectaleChapitre 7 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Physiologie pathologique.

L'anesthésie générale n’est, en somme, qu’un empoisonnement limité, le premier stade d'un empoisonnement général de l'organisme par des substances particulières : chloroforme, éther, protoxyde d’azole, elc.

Ces agents ont la propriété singulière et précieuse de se fixer tout d’abord sur les centres nerveux supérieurs, laissant intacts les centres de la vie végétative, les centres bulbaires, tant qu'une certaine dose de poison n'est pas atteinte.

Dastre à schématisé en quatre périodes celte action :

1° La suspension des fonctions cérébrales;

‘2° La suspension des fonctions de conduction de la sensibilité de la moelle;

3° La suspension des fonctions médullaires de conduction et de production de réactions musculaires ; Ÿ

4 La suspension des fonctions bulbaires. Bien entendu, la période de suspension étant précédée d'une période d'excitation variable avec les sujets.

Entre la troisième et la quatrième période s'étend la zone d’anesthésie chirurgicale complète, la zone utile, la zone « maniable ».

Pour passer de l’une à l’autre, la dose d'anesthésique à donner diffère avec la nature de l'agent employé, sa rapidité d'absorplion, sa rapidité d'élimination.

DEME RAES

Très large avec le protoxyde d'azote, celte zone a des limites assez étroites avec le chloroforme. Il semble qu'avec l'huile éthérée ces limites soient immenses.

Gwathmey affirme que, l’anesthésie étant obtenue, on peut doubler, tripler même la dose donnée — du moins dans certains cas — sans avoir d'accidents sérieux. :

Le renseignement est intéressant et précieux, mais nous n'avons pas jugé à propos de le contrôler. S'il est possible, en effet, que la différence entre la dose narcotique et La dose toxicomortelle soit plus grande avec l'huile éthérée qu'avec le chloroforme, il n'en est pas moins vrai que le débat est dominé par un fait d'évidence courante: la sensibilité plus ou moins accusée, suivant les sujets, à un anesthésique donné.

En pratique, d'ailleurs, la méthode que nous étudions n’a pas supprimé la syncope respiratoire (V. nos observations). Aussi trouvons-nous beaucoup moins « capital » que les auteurs américains cet élargissement de la « zone maniable, de la zone de sûreté ».

Cette question de physiologie générale étant posée, abordons en détail le mécanisme de l’anesthésie par l'huile éthérée.

1° Les facteurs du mélange. — Les Américains se servent habituellement d'un mélange de trois parties d’éther pour une partie d'huile d'olives — huile d'olives, ils insistent sur ce point.

Le professeur Wallace, par une série d'expériences sur des animaux dans le laboratoire pharmaceutique de l'Université de New-York, a démontré que les autres huiles donnent de mauvais résultats.

Seule l'huile d'olives évite les vomissements post-anesthésiques et surtout ces diarrhées sanglantes tant reprochées aux vapeurs d’éther ou aux injections rectales d'éther pur.

Pourquoi associer à l'huile l’éther et non le chloroforme ?

L'huile chloroformée a été expérimentée par Dubois, mais le chloroforme, qui ne bout qu'à 61 degrés, ne donnait pas de vapeurs dans le côlon et, pratiquement, l'anesthésie ne fut pas obtenue.

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L'éther, au contraire, bout à 31 degrés et dégage, par consé- .

quent, des vapeurs à la température du corps humain. Eu 1916, Baskerville a étudié la vitesse de l'évaporation de l'éther au sein du mélange huile-éther. Toutes choses égales,

d’ailleurs, ‘et pour un mélange de proportions données, cette

vitesse d'évaporation est constante. Ce fait important nous fait, d'ores et déjà, comprendre la régularité d'une anesthésie à l'huile éthérée. |

2° Leur action générale. — Ainsi donc, l'éther se gazéifie

peu à peu dans le côlon, où il est rapidement absorbé par les”

capillaires, gagne le foie, puis les poumons — ici une partie de l'éther est expirée, comme en témoigne l'odeur éthérée de l'haleine trois minutes après l'injection. — L'autre partie gagne le cerveau et y produit ses effets habituels, avec cette restrietion, toutefois, qu'ici l'analgésie précède l’anesthésie. Dans l’anesthésie par inhalations, ce sont les fonctions cérébrales qui sont touchées les premières. Le premier signe de l'anesthésie rectale serait, pour la majorité des patients, la perte dela sensibilité. dans les membres inférieurs (Gwathmey).

Ce court exposé nous montre que la marche de l She lbeue rectale est soumise à deux conditions :

1° L'absorption de l’éther par le côlon;

2° Son élimination partielle par le poumon.

3° Absorption de l’éther. — L'absorption de l’éther dépend de plusieurs facteurs : de sa tension, de l’état anatomique et physiologique du côlon surtout.

1. — La tension du gaz dans le côlon a, en effet, une grosse importance. Elle à été étudiée à l'époque de l'anesthésie aux vapeurs d’éther — méthode barbare etjustement condamnée.— Les vapeurs d’éther, en effet, distendaient rapidement le côlon, ne tardaient pas à forcer brusquement la valvule iléo-cæcale et pénétraient en masse dans l'intestin grêle, d'où absorption brutale, dit Poncet, « qui provoquait des accidents d'autant plus graves qu'une plus grande quantité d’éther avait été introduite,

an

accidents pouvant persister malgré Lous les moyens employés en raison de l'impossibilité où l'on se trouvait de s'opposer à l'absorption des vapeurs d'éther contenues dans l'intestin ». ‘Deux cas de mort furent même signalés.

Méthode beaucoup plus douce, l'huile éthérée n’a pas ces

redoutables inconvénients; jamais le côlon n'est distendu si

brutalement. L'éther est absorbé à mesure qu'il se dégage; sa tension ne devient pas assez élevée pour forcer la valvule iléo- -cæcale. |

Pratiquement, jamais les auteurs américains n’ont signalé d'accidents de ce genre par l'emploi de l'huile éthérée.

Nous n'en avons pas-observé non plus.

I. — L'état du rectum a une importance capitale : bourré de matières fécales, il serait évidemment tout à fait impropre à la

tâche.-qu'on lui demande.

Il doit être préparé anatomiquement par une purgalion et des lavements évacuateurs : physiologiquement par une piqûre de morphine qui, diminuant la tonicité intestinale, évitera la production de contractures intestinales fâcheuses.

Morel, en liant l'intestin des chats à 10 centimètres de l'anus, n'obtenait plus qu'une anesthésie {rès imparfaite.

Il importe donc que les vapeurs d’éther puissent gagner tout le côlon.!Il va de soi que des lésions coliques ou rectales contre-indiquent formellement la méthode.

4 Élimination de l’éther par le poumon. — Nous avons déjà dit qu’une partie de l'éther absorbé se perdait dans l'expiration. Il est malheureusement impossible d’être fixé nettement sur cette exhalaison pulmonaire. Elle dépend de l’activité de la.ventilalion pulmonaire et, par conséquent, est très variable avec les individus et avee chaque instant de l’anesthésie.

Elle dépend aussi de la teneur en éther du sang et, à ce titre, certains auteurs — oplimistes — la considèrent comme une véritable soupape de sûreté. Dans quelques cas, cette soupape fonctionne même trop : tout l’éther absorbé par le côlon est rejeté avec l'air expiré : l’anesthésie ne se produit pas. Ces

Rs pes

faits sont d’ailleurs trop rares pour qu'on en tienne compte. On

peut ériger en principe que le côlon absorbe plus d’éther que le poumon n'en élimine. :

Voyons dans quelles conditions l’anesthésie se réalise.

5° Marche de l’anesthésie. — Elle est plus ou moins rapide. Immédiate dans certains cas, elle ne se produit parfois qu'au bout de quarante minutes, la moyenne d'apparition étant de quinze à vingt-cinq minutes. | EE

Dans la majorité des cas, Le malade s'endort peu à peu, lentement, progressivement, « doucement », avec une véritable

sensation d’euphorie. Fait absolument remarquable et signalé

par tous les auteurs, il n’y a pas de période d’excitation ou, si elle existe, elle est très courte et très atténuée. On peut donc se dispenser d’attacher les malades sur la table d'opération.

Jamais de syncope de début : le trijumeau et le pneumogastrique ne recevant pas l'action directe de l’anesthésique, les réflexes inhibiteurs n’ont pas à jouer. Pas de toux, pas de vomissements à la période initiale, pas d'hypersécrétion bronchique.

Bientôt, la résolution musculaire est complète, la sensibilité abolie, Les réflexes paresseux, rarement supprimés.

Le pouls est normal, la respiration calme et régulière, la pression sanguine n'est pas modifiée (toutefois une observation de Gwathmey chez un shocké a montré un relèvement de la tension, fait intéressant : il est peut-être indiqué de traiter le shock par les lavements d'huile éthérée).

Le sommeil est plus où moins profond. Généralement, il est toujours suffisant. S'il ne l'était pas, il suffit de donner quelques gouttes d’éther à la compresse {méthode combinée).

La cyanose, le stertor sont rares; ils indiquent une évacualion immédiate, soit partielle, soit totale, de l'anesthésique.

Si la dose injectée avait été trop forte ou si le malade était particulièrement sensible, la syncope respiratoire peut se produire. Dans ce cas, il est inliqué d'évacuer le rectum et de pratiquer la respiration artificielle. La mort est presque toujours évitée. :

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Le réveil est le plus souvent très rapide, à la condition d’évacuer le rectum à la fin de l'intervention. Luke a signalé 3 cas de réveil très tardif (six heures).

Dans nos observalions, nous citons quelques cas de réveil. assez lent à se produire. Les vomissements sont peu fréquents : 12 p. 100 des cas environ. '

Jamais de shock imputable à l’anesthésie.

L'action générale de ce mode d’anesthésie sur l'organisme n'offre rien de particulier. Voyons son action éleclive sur les divers organes et tout d'abord sur la zone d’absorplion : le gros inlestin.

I. Avec les vapeurs d’éther, Les lésions de colile aiguë étaient fréquentes (coliques, diarrhées profuses, selles sanglantes ont été signalées).

Baume avait eu un cas de gangrène du cæcum, Cunningham un cas de mort chez un ancien dysentérique.

L'huile éthérée n’a pas ces effets irritants. Les expériences du professeur Wallace sur Les animaux l'ont amplement prouvé.

L'observation: journalière de Gwathmey l’a confirmé chez l'homme. La rectoscopie enfin, souvent pratiquée par ce dernier auteur, n'a jamais montré la moindre lésion intestinale. Bien au contraire, les expériences de N. Park ont montré que le mélange huile éther à 75 p. 100 luait en une minute le bacille du côlon, principal agent des-infections intestinales, comme chacun sait, — et qu’à ce titre, la méthode est un véritable prophylactique des infeclions intestinales post-opératoires. me

IL. Par contre, il était logique d’escompler quelques accidents du côté du foie — la veine-porte amenant à cet organe un sang particulièrement chargé d'éther. Il serait aussi logique d’admettre la possibilité d'ictères graves chez des sujets prédisposés.

La pratique journalière ne confirme pas ces vues théoriques.

JL. L'action sur le rein est banale.

Frederici signale un cas de mort au huitième jour par néphrite

aiguë diffuse. Mais de nombreuses analyses de Gwathmey ont

prouvé l’innocuilé générale de la méthode.

Le chloroforme est autrement redoutable...

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IV. Le gros reproche qu’on a toujours fait à l’anesthésie par inhalation d’éther, c’est l’irritation broncho-pulmonaire qu’elle entraine avec ses conséquences (bronchites, broncho-pneumonies secondaires). Ici, aucun inconvénient de ce genre. L'air inspiré ne contient pas d'éther; l'air expiré n’en contient pas assez pour être irritant. La méthode est remarquablement bénigne pour le poumon. |

A notre avis, c'est son principal avantage; elle en a bien d’autres.

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