CHAPITRE IV
Avantages de la méthode. Ses indications.
L'anesthésie par l'huile éthérée intrarectale offre des avantages non seulement pour les malades, mais encore pour les chirurgiens.
[. — «) Un bon anesthésiste est chose précieuse, mais assez rare. On n’en a pas toujours sous la main, et rien n’est plus odieux pour le chirurgien qu’une anesthésie qui ne marche pas, coupée de demi-réveils, de périodes de contraelure, de vomissements ou d'alertes plus sérieuses.
Donner un lavement, au contraire, est à la portée du premier infirmier venu. Nous citons même une observation de Gwathmey, où ce fut la maman qui endormit-son enfant.
8) Le meilleur ancsthésiste, d’autre part, est souvent une gêne pour l'opérateur. Sans doute, dans les opérations sur la tête, la face, le cou, chacun y met du sien ; il n'en est pas moins vrai que les fautes d'asepsie sont à peu près fatales et qu'il vaut bien mieux pour le chirurgien n'avoir pas à conjuguer ses efforts et ses gestes — qui doivent être particulièrement précis ici — avec ceux de son anesthésiste.
C'est pour des thyroïdectomies que Lathrop accueillit Ja méthode. Il en fut si satisfait qu'il l'étendit beaucoup par la suite.
I. — a) Les malades, en effet, s'en trouvent fort bien. L’ap-
préhension si angoissante de l’anesthésie, la sensation si pénible du masque, les étouffements si fréquents aux premières bouffées d’éther ou de chloroforme sont complètement supprimés. Avanlage précieux chez les timorés d’abord qui assistent tranquillement à leur anesthésie, et surtout chez les enfants apeurés que le masque fait hurler et qui habituellement tolèrent très bien un lavement. Chacun sait combien il faut ruser avec eux, ici c'est particulièrement facile.
Signalons en passant l'utilité de la méthode chez les déments,
comme le montre notre observation XXIV.
6) La physiologie de l’anesthésie rectale éthérée nous a déjà appris que la période d’excitation était presque toujours supprimée, du moins toujours considérablement atténuée etécourtée. Voilà qui nous rendra de grands services et qui indique nettement l'emploi de la méthode chez les nerveux et les alcooliques.
Quoi de plus énervant, en effet, pour le chirurgien et pour ses aides que ces discours incohérents et cette gymnastique incoordonnée que ne manquent pas de faire les névropathes et les éthyliques, au monfent où l'on a le plus besoin de calme et de recueillement.
c) Nous avons vu également que la syncope cardiaque du début était supprimée lotalement avec l'emploi de notre méthode. Nous n'’insisterons pas davantage sur toute l'imporlance que présente une semblable constatation. La responsabilité médicale se lrouve de ce fait un peu allégée et le malade de son côlé y gagne une chance de plus.
d) C'est surtout chez les porteurs de lésions pulmonaires, bronchiques et pleurales (tuberculose, pleurésie, emphysème, asthme, etc.), chez les congestifs, les obèses, dans les plaies de poitrine, que les chirurgiens redoutent l'anesthésie par inhalalions. Elle est redoutable aussi chez les goitreux et les base-
dowiens, Dans ces cas, en effet, elle congestionne les organes
lésés et risque de donner un coup de fouet aux lésions existantes.
lei c'est le triomphe de la méthode; pas d'accident immédiat ou tardif à craindre, elle est nettement indiquée et nous estimons qu'il est regrettable qu'elle n'ait pas été vulgarisée pendant la
Le
Ve
TRE guerre (1). IL est vrai que la minutieuse préparation que doit subir le blessé avant l'anesthésie aurait peut-être été une regrettable perte de temps dans les moments d’afflux et dans ces cas encore la collectivité devait prendre Le pas sur l'individu.
Signalons encore sans insister l'utilité de la méthode au point de vue de la bronchoscopie.
e) Elle aurait pu rendre des services d’un autre ordre dans le shock. :
Dans une communication orale, MM. Courbin et Mathieu nous ont dit les bons effets qu'ils avaient obtenus dans certains cas de shock nerveux pur par des injections intrarectales d'eau chaude sous pression. Le professeur Duroux (de Lyon) leur
avait conseillé celte façon de stimuler, de réveiller le plexus
solaire. Il a vu des cas où le pouls radial complètement aboli réapparaissait immédiatement dès le début de l'injection. Gwathmey, d'autre part, signale un cas de shock où l’anesthésie rectale éthérée avait relevé la tension.
Nous signalons ces faits. Peut-être l’anesthésie rectale est-elle l’anesthésie de choix chez Les shockés en même temps qu’un traitement énergique du shock.
f\ Nous avons déjà signalé le rôle antibactérien du mélange. En pratique,-on ne purgera pas les opérés au lendemain de l'intervention. Il n’y à pas, en effet, d'état saburral des voies digestives et le malade pourra manger dès le lendemain, à moins qu'il n’y ait par ailleurs des contre-indications.
g) Si, enfin, nous demandons à nos opérés ce qu'ils pensent de ce mode d'anesthésie, la plupart d'entre eux nous répondent qu'ils n’en veulent pas d'autre, et cela n'est pas un mince avan-
tage.
(4) Vitrac (de Libourne) cite cependant deux cas de pneumonie chez deux hommes alteints de pleurésie fistuleuse ancienne non traumatique et opérés de résections thoraciques étendues avec décortication pleurale, mais dans ces cas les complications pulmonaires nous paraissent beaucoup plus imputables à l'intervention qu'à Ja narcose.