IL. — Mode d’action des anesthésiques généraux
Si au point de vue physiologique la théorie d'OVERTON est discutable, les expériences de ce savant sont capitales au point de vue pharmacodynamique et prouvent le rôle certain joué par les lipoides (cholestérine et lécithines en particulier) dans l’action des anesthésiques, des hypnotiques et des médicaments.
« Toutes les substances chimiques sensiblement indifférentes, ne réagissant ni comme base, ni comme acide, doivent agir sur le protoplasme vivant à condition qu’elles puissent se diffuser. ».
BERTHELOT et JUNGFLEISCH (13), en 1872, ont établi la loi de partage des substances chimiques en présence de volumes égaux de deux solvants non miscibles, l’huile et l’eau par exemple.
Le partage d’une substance entre ces liquides se fait suivant un rapport dépendant de leur solubilité dans ces substances. Si la quantité de substance dissoute dans. l'huile est 2 fois plus forte, le rapport
solubilité däns les lipoïdes © solubilité dans l'ean sera ce qu’on appelle le coefficient de partage.
Si la théorie d'OVERTON est vraie, un anesthésique dissous dans le milieu aqueux intérieur de l’organisme doit, en pénétrant dans la cellule grâce à sa solubilité dans les lipoïdes, se partager entre les deux solvants suivant son coefficient de partage et avoir un pouvoir anesthésique d’autant plus grand que son coefficient de
partage est plus élevé.
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L'expérience a confirmé pleinement cette hypothèse et ‘de nombreux travaux, parmi lesquels brillent ceux de NicLoux, sont venus jeter un peu de lumière sur le mécanisme d’action des anesthésiques et des hypnotiques ‘en général. Citons encore à ce sujet les travaux de FRANTZ (68), GREHANT (68), MooRE (120) et ROAF GET) ARCHANGELSKI (3), POHL (136), Oiver (131) et GARRETT, ‘et plus récemment, TIFFENEAU (164 bis), FOURNEAU (62), LiLie (102), Donc (51), CLEUDON (39), MorRIs (423).
Hans MEYER (117) et OVERTON (132) avaient déjà mesuré le pouvoir anesthésique d’une substance en prenant la concentration critique de cette substance vis-à- . vis des tétards, c’est-à-dire en calculant la quantité mini- -mum d’anesthésique à mettre dans un volume d’eau déterminé pour produire l’anesthésie du tétard; en essayant les anesthésiques les plus divers ils ont établi que la valeur du coefficient de partage augmentait avec la valeur -décroissante de la concentration critique. |
NicLoux (128) a confirmé ces recherches en dosant le -chloroforme dans tous les tissus des animaux anesthésiés et c’est dans le tissu nerveux le plus riche en lipoïdes qu’il a retrouvé le plus d’anesthésique. Il a même constaté ‘en outre (NicLoux et Mile FRISoN) que la substance blanche, plus riche en lipoïdes que la substance grise, 15,2 % dans la blanche contre 8,2 dans la grise, était -celle qui fixait le plus de chloroforme, 0 gr. 065 contre 0,039.
Cet auteur a résumé en un tableau la répartition du ‘chloroforme dans les principaux organes, sang artériel, sang veineux, cerveau, moelle épinière, foie, rate, reins, cœur, muscles, etc. (1).
() Pour les détails, voir Niccoux : Anesthésiques généraux, 1908.