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PoL (136) a démontré qu’au moment d’une anesthésie au chloroforme, ce dernier se trouvait en proportion plus élevée dans les globules rouges que dans le plasma; c’est que les premiers renferment plus de lécithines et de cholestérine.
Le même fait se produit lorsqu'on administre de l’éther et du chloral ou de l’acétone. D’après P. GEus- LER (66), de Zurich, tous les hypnotiques indifférents se comporteraient de la même façon que les anesthésiques et il établit une concurrence entre le système nerveux et les tissus graisseux. Donc les anesthésiques agissent plus énergiquement sur les personnes maigres, et les personnes
grasses seront plus difficilement endormies que les personnes maigres. | |
MooRE (120) et Roar (147) n’admettent pas cette conception des anesthésiques. A la suite d’un grand nombre d'expériences sur la solubilité respective du chloroforme dans l’eau, les solutions salines et les matières protéiques (hémoglobine), ils arrivent à cette conclusion que: « l’action anesthésique est due à une combinaison d’ordre physique ou chimique entre l’anesthésique et les matières protéiques de Ha cellule (1) ».
En résumé : la solubilité dans les graisses est donc “une condition essentielle de l’action anesthésique ou hypnotique. Comme, d’autre part, les phénomènes d’osmose règlent les échanges cellulaires, il est nécessaire qu’une substance soit soluble dans l’eau pour pénétrer dans le protoplasma et un anesthésique devra donc être à la
fois légèrement soluble dans l’eau et dans les lipoides.
(1) D’après Nicroux, loco cttalo.
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Nature de l’action des anesthésiques
Il nous reste à déterminer maïntenant la nature de l’action des anesthésiques ‘et de voir si cette action est d'ordre physique ou d’ordre chimique.
Eliminons tout de suite cette seconde hypothèse. IT est difficile d'admettre une action chimique ; si les anesthésiques devaïent former des complexes, ces complexes devraient être ‘très instables puisque le retour à l’état normal est extrêmement rapide ; pour certains d’entre eux (protoxyde d’azote) on devraït trouver ‘trace de ces complexes, car ‘dans une combinaison chimique, aussi lâche ‘soïit-elle, il y a toujours ‘une modification des substances en présence et les constituants perdent un peu de leur individualité. Ce n’est pas le cas avec les anesthésiques. Ces agents sont retrouvés tels qu’ils ont été absorbés «et l’action ‘cesse avec leur élimination ; c’est pourquoi on a pensé à assimiler les lipoïdes à des catalyseurs.
Preuves apportées en faveur de l’action d'ordre physique Hucounexo (78) admet qué les ‘phénomènes ‘anesthésiques sont dus aux troubles apportés à l’état physique des lipoïdes. Pour lui les anesthésiques agissent grâce à leur « miscibilité » avec les lipoïdes, ils s’accumulent dans les tissus particulièrement riches qui les retiennent comme une éponge fixe l’eau (1). Or il n’est pas ide milieu organique plus riche en lipoïdes que Îles centres nerveux.
() HUGOUNERQ, Précis de chimie physiologique et pathologique, page 110.
DATE om Il cite (1) l’expérience d’Hans Meyer (117): « Celui-ci prit
des grenouilles d’été (il avait déterminé, au préalable, sur ces grenouilles que les lipoides fondaient à 38°) et il les plongea dans de l’eau à 38°. Elles présentèrent immédiatement des phénomènes anesthésiques. Mises dans leau froide, elles reprirent aussitôt leur état normal. Hans MEYER conclut que les lipoïdes de grenouilles ont, à l’état normal, une consistance cireuse et protègent les cellules ; à 38°, l’état physique de ces lipoides étant modifié, l’anesthésie se produit ».
Ces faits ont suggéré à HuGouNENQ (1) l’hypothèse que les phénomènes de dépression constatés chez les malades ayant des températures élevées (42° par exemple) seraient peut-être dus à la déliquescence que subiraient les minces couches formées par les lipoïdes, phénomènes ayant pour conséquence un contact anormal entre les cellules. Il est permis de se demander si les anesthésiques n’agiraient pas en dissolvant simplement les lipoides et en provoquant la rupture de l’équilibre colloïdal de la cellule. MELTZER (116) et AUER (2) ont montré que certaines substances, comme le chlorure de magnésium, qui détruisent l’équilibre chimique des substances nerveuses et troublent leur fonctionnement normal agissent comme hypnotiques. Tout dernièrement, K.-H. MEYER et H. HoprF (118) viennent d’apporter un argument décisif en faveur de l’action physique des anesthésiques que : nous venons de discuter. Ces auteurs ont montré que :
« Tous les corps à l’état gazeux produisent la narcose
(1) HuGouNENQ, cours professé à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Lyon, 2° semestre 1925.
(2) J. Mecrzer et J. AUER, An. journ. of physic. 1905-1906.
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quand ïls sont dissous dans les lipoïdes cellulaires à une concentration moléculaire caractéristique pour chaque espèce animale, mieux pour chaque espèce cellulaire. Cette concentration moléculaire, nécessaire à la narcose, est une véritable « concentration critique ». Elle est sensiblement la même pour tous les gaz. Pour atteindre une concentration moléculaire identique, il faudra que les corps étudiés soient à une pression d'autant plus grande dans l’atmosphère inhalée que leur solubilité dans les lipoïdes est petite. Aussi, comme la solubilité de certains gaz dans les lipoides — l’étude de la solubilité de ces corps dans l’huile d’olive le montre — est extrêmement faible, faut-il, pour atteindre la concentration voulue en molécules dissoutes, mettre en œuvre de très fortes pressions. Il faut, par exemple, 59 atmosphères pour obtenir un effet identique avec le sulfure de carbone ». +
C’est en tenant compte de ces principes que la narcose a été obtenue, par les auteurs précités, avec l’azote, le méthane, l’acétylène, l’éthylène, l’aldéhyde éthylique, le sulfure de carbone, le phénol et de nombreux carbures halogénés. Signalons que J. TRAUBE (166) avait admis, comme facteur déterminant des anesthésiques, l’action exercée par la tension superficielle sur la substance offerte à la cellule.
On peut donc conclure de toutes ces recherches, que c'est par une action « mécanique » que l’anesthésique
agit (grâce aux lipoides) sur le protoplasma vivant.