AIRE
dans le milieu intérieur a été très discutée. On s’est appliqué à dresser un bilan pour comparer la quantité qui entrait dans l’organisme à la quantité qui en sortait. Cette méthode directe présente des difficultés par le fait que les méthodes de dosage quantitatif de la cocaïne sont assez compliquées. Wiechowsky n’avait retrouvé dans les urines du chien, après injection de cocaine, que 5 p. 100 de la dose administrée. Il n’en retrouva plus du tout dans celles du lapin et en avait conclu que la cocaïne était détruite dans de larges proportions à l’intérieur de l'organisme.
La question a été reprise plus tard par Rifatwachdani; mais, dans cecas, la cocaïne a été donnée non plus par la bouche, mais par injection sous-cutanée. L'auteur a pu retrouver dans les urines du lapin de 42 à 85 p. 100 de la cocaïne injectée, et il en conclut qu'elle n’est détruite que dans une faible mesure à l'intérieur de l’organisme. Les résultats différents obtenus par Wiechowsky par ingestion du poison peuvent très bien s’expliquer si l’on pense que, dans ce Cas, le pouvoir de désintoxication du foie peut intervenir d'une façon plus complète.
Ce pouvoir a été mis en évidence par les deux expériences suivantes :
19 Par injection dans la veine porte, le chien supporte deux fois plus de cocaïne que par injection dans une veine de la circulation générale (Gley) ;
90 Une dose de cocaïne suffisante pour provoquer des phénomènes toxiques ou même la mort de l'animal est, en général, sans effet lorsqu'on la donne par l'estomac.
Pour Wiechowsky et Rifatwachdani, il y aurait destruction et non fixation de la cocaïne par le foie. Cette destruction est un acte vital.
L'élimination de la cocaïne se fait en grande partie par les reins, d’après Chevassu et Rathery. Les selles (Helmsing) et la salive en contiendraient également.
IL semble donc naturel que l’on ait cherché à déterminer la dose maximum de cocaïne àemployerpourévitertout phénomène d’intoxication. Les recherches ont donné des résultats plus précis chez les animaux que chez l’homme. En effet, chez celui-ci, toute fixation d’une dose maximum doit être considérée comme arbitraire.
Brouardel a estimé que la mort était fatale avec 0#,50 de cocaine. Gloeta fixe la dose léthale chez l’homme à { gramme. Certains sujets offrent envers la cocaïne une idiosynerasie spéciale et présentent des symptômes d’empoisonnement avec des doses minimes, même in-
more
fimes ; Klotz relate que, sur 34 cas mortels où la cocaïne fut employée seule, il y eut :
cas où la dose à été de moins de 08,05 (anesthésie par injection).
de 08r,05 à 08r,1 (3 applications en surface, 3 injections). de 08,10 à 08r,20 (5 applications en surface, 1 injection). de 087,20 à 08r,50 (3 applications en surface, 4injections). — de 08r,50 à 1 gramme (applications en surface). k — — — de gramme à 2 grammes (applications en surface).
6 Le, = ee
JE DE = Comme nous le voyons, dans 7 cas, les doses ont été tout particu-
lièrement faibles, au-dessous dela dose maximum du Codex (02,05).
Dans 19 cas, elles ont été inférieures à 02,20, dose considérée comme
autorisée par Reclus (1).
Voici un tableau résumant les données obtenues pour la cocaïne chez les animaux de laboratoire.
TABLEAU DES DOSES MORTELLES DE COCAÏNE CHEZ PLUSIEURS ESPÈCES ANIMALES.
Doses mortelles
Animal. Voie d'introduction. en grammes par kilo de poids. Grenouille.... Sous-cutanée. 0,42 -0,50 (Fischer, Poulsson). LAON RSR — 0,05 -0,15 (Biberfeld).
ADI — 0,07 -0,10 (Klotz).
(CON EEE — 0,05 (Hoffmann et Kochmann).
(CITE FORTE — 0,03 (Grode).
(Ces set — 0,033-0,035 (Fischer).
CAL De de Intra-veineuse. 0,010-0,012 (Eggleston, Hatcher). Cinens sente - 0,012 (Richaud et Mercier).
Rat blanc ... — 0,010 (Hooper et Becker).
NADINE — 0,0183 (Piquand et Dreyfus).
Cobaye. Intrapéritonéale. 0,082 (Piquand).
La question de la dilution intervient aussi dans l'étude de la toxicité de la cocaïne. Reclus, après avoir rejeté les solutions à 20, 10 et 5 p. 100 trop dangereuses, est descendu à 2, puis, pendant de longues années, à 1 p. 100. Enfin il ne fit plus usage que de solutions à 0,50 p. 100, qu’il qualifie de « maniables ». Schleich employa des solutions bien plus faibles. Elles contenaient 2,5, 5 et 50 fois moins d’alcaloïde que la solution de Reclus. Cette extrême dilution de la
(1) Les doses de cocaïne en injection qu’il est permis d’atteindre en anesthésie locale et au-dessous desquelles on peut se considérer à l'abri des accidents varient avec les auteurs : Landerer : 0£r,01 ; Lépine : 0gr,02 ; Wäülfer : O#r,02-02r,05 ; Kocher : 08,10 ; Reclus : 08r,20 ; Gluck : 0£r,20-05r,30.
He
cocaine à lPavantage d’être inoffensive, mais nécessite emploi de quantités de liquide parfois considérables. Dans ce cas, on obtient une insensibilité toute physique par la pression que détermine la masse de liquide injecté et qui cesse dès que l’incision des tissus a diminué cette pression (Legrand).
Examinons maintenant les principaux symptômes de l’intoxication cocaïnique. Généralement, ils apparaissent brusquement : pàleur, vertiges, syncopes, faiblesse de cœur et de la respiration. Les règles de Reclus (1903) telles qu'il les a définies dans son ouvrage sur {Anesthésie localisée par la cocaïne, fruit de vingt années d’expérience, même rigoureusement suivies, n’écartent pas toute alerte. Des femmes plus ou moins nerveuses, des jeunes gens (Garel) pourront présenter de la pâleur brusque du visage, une vague sensation de vertige, de la loquacité, des fusées de rire, des crises d’attendrissement, quelquefois des cris de fureur, des hallucinations de la vueet de louiïe, du délire. Des gouttelettes de sueur viennent-elles à perler sur le front, c’est le signe d’alarme de l’intoxication cocainique. La moindre négligence dans la préparation du malade, la moindre erreur dans le titrage des solutions ou dans la dose de cocaïne injectée pourront entrainer des accidents autrement graves, dilatation pupillaire, refroidissement des extrémités, accélération du cœur jusqu’à 120-140 pulsations, lividité du facies et finalement syncope, tous symptômes qui ne font que traduire l’action élective du poison sur les centres nerveux.
Le souci de prendretoutes précautions, de respecter toutes règles, ne met pas encore le praticien à l’abri de tout accident. Il faut tenir compte des conditions du sujet. Si les avis divergent quant aux dangers de l’emploi de la cocaïne chez l’enfant, tout le monde est d'accord, en revanche, pour proscrire cet anesthésique dans les interventions chez les sujets affaiblis, les albuminuriques, les phtisiques avancés, les emphysémateux, les vieillards, les cachectiques, les artérioscléreux et, en général, les cardiaques. De plus, certains sujets présentent vis-à-vis de la cocaïne une susceptibilité particulière : Hallopeau accuse une dose de 8 milligrammes d’avoir occasionné des accidents qui durèrent plusieurs mois. Marsal à observé chez un homme de dix-neuf ans, robuste, sans antécédents nerveux, cinq minutes après injection de 1 centigramme de cocaïne, de la pâleur de la face, de la dilatation des pupilles, de la moiteur de la peau, de la raideur de la nuque et des contractions musculaires aux
différents membres, bref tous les signes d’une intoxication avancée.
Il existe aussi des cas où l’on ne peut retrouver, pour justifier des ‘accidents, qu’un phénomène purement psychique. Certains sujets atteints de «cocaïinophobie » (Pouchet) manifestent à l'égard de la cocaïne une aversion, une terreur telle qu’une injection d’eau pure substituée à leur insu à la solution de cocaïne suffit à provoquer chez eux des accidents plus ou moins graves.
De la cocaïne, on pourrait dire, comme on l’a dit du chloroforme, qu’elle est un « anesthésique à surprises ». De toutes les charges qui, dans une période de réaction consécutive au premier engouement, s’accumulèrent contre elle, celle-ci est sûrement la plus sérieuse et peut-être la seule capable de mettre le chirurgien en défiance et les chimistes en quête de succédanés moins toxiques. Nous insisterons également sur les propriétés stupéfiantes de cet alcaloïde, dont l’emploi prolongé provoque une accoutumance, puis un état de besoin qui dégénère bientôt en une redoutable toxicomanie. Afin d'éviter de pareils abus, presque tous les pays ont soumis le commerce de la cocaïne à une réglementation extrêmement sévère qui en rend l’usage thérapeutique courant malaisé.
Malgré tout, la cocaïne a été jusqu'alors l’anesthésique le plus employé pour l’anesthésie locale, car elle se montre également efficace sur les muqueuses ou injectée dans les tissus. Cependant, en certains cas, elle ne donne pas les résultats désirés, et certains malades sont réfractaires à l’anesthésie cocaïnique.
Novocaine.
La novocaine découverte par Einhorn en 1904 est le chlorhydrate de para-amino-benzoyl-diéthyl-amino-éthanol, ayant pour formule :
G — NH?
PAL LES (CEE HG CH COXCHIN (C#H5)? ou | | HG CH No G CH GITE | | / CO —COH— N C5
La novocaine fabriquée en France sous les appellations les plus diverses (scurocaïne, néocaïne, syncaïne, allocaïne) et en Amérique
res
sous le nom de procaïne, occupe une place tout à fait à part. Ce produit a pris, en effet, depuis longtemps, presque entièrement la place de la cocaïne dans les anesthésies par injections.
La novocaine est beaucoup moins toxique que la cocaïne.
TABLEAU DES DOSES MORTELLES DE NOVOCAÏNE CHEZ PLUSIEURS ESPÈCES ANIMALES.
Doses mortelles
Animal. Mode d'introduction. en grammes par kilo de poids. IADINRE EEE Sous-cutanée. 0,73 (Heineke et Lawen). SOUDISRErPENET — OO TA KIT):
Gobaye ...... — 0,4 (Hoffmann et Kochmann).
Gha te ere Intraveineuse
(injection rapide). 0,040-0,045 (Eggleston, Hatcher). aADHE ere = 0,042 (Piquand et Dreyfus).
Rat blanc.... — 0,0125 (Hooper et Becker).
GODAVEREETE Intrapéritonéale. 0,5 -0,6 (Piquand et Dreyfus).
Chez l’homme, la novocaïne est environ 6 fois moins toxique que la cocaïne. Cependant elle peut provoquer la mort même en employant des doses minimes. Sur 22 cas mortels où la novocaïine fut injectée seule, André Klotz cite :
5 cas où la dose a été de moins de 08,05
5e es es — 07,05 à Osr,10.
SE = er 1 à O8r,2.