DEUXIÈME PARTIE
Aperçu historique des recherches sur la’ pseudococaïine droite.
[Il y a quelques années, en 1923, à la suite des remarquables travaux de Willstätter sur la synthèse des corps cocainiques, Gottlieb attira l'attention des pharmacologistes et des cliniciens sur les propriétés particulièrement intéressantes d’un isomère de la cocaïne : la pseudococaïne droite. Ce corps, préparé synthétiquement par Willstätter, identique à la substance antérieurement isolée des eauxmères de la préparation de la cocaïne ordinaire et appelée alors improprement « cocaïne droite », diffère de la cocaïne officinale lévogyre, non seulement par son action inverse sur la lumière polarisée (isomérie optique), mais aussi par l'orientation de sa formule dans l’espace (isomérie stéréo-chimique).
Les recherches physiologiques de Gottlieb ont montré que la toxicité de la pseudococaine droite était inférieure à celle de la cocaïne ordinaire, alors que le pouvoir anesthésique local du nouvel isomère était plus grand que celui du produit officinal. La firme de produits chimiques Merck résolut alors de préparer pour l’usage clinique un sel de pseudococaïine droite et choisit le tartrate acide, qui fut présenté au corps médical sous le nom de psicaine.
Dès son apparition, la psicaine suscita, dans les pays de langue allemande, toute une série de recherches, tant pharmacologiques que cliniques. Les différents auteurs furent d'accord pour reconnaitre que la toxicité du nouvel anesthésique local était inférieure à celle de la cocaïne. Wagner trouvait que la psicaïne était deux fois moins toxique que la cocaïne pour le cobaye. D'autre part, des expériences cliniques effectuées sur des individus sains ou malades, jeunes ou adultes, démontrèrent que la psicaïne semblait dépourvue de propriétés stupéfiantes (Béringer-Willmanns, cités par Hirsch). Cependant les résultats trouvés par les expérimentateurs et par les cliniciens ne furent pas toujours concordants : Wasowski et Tot-
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wen ont trouvé que, chez le lapin, la psicaine n’était pas moins toxique que la cocaïne. C’est aussi l'avis de Copeland. Quant au pouvoir anesthésique local de la psicaïne, les opinions furent également partagées, les uns la trouvant plus, ou tout au moins aussi active que la cocaïne, alors que les autres la considéraient comme très inférieure au produit officinal. Ainsi des essais cliniques satisfaisants ont été publiés, surtout en oto-rhino-laryngologie, qui lui attribuent un pouvoir anesthésique légèrement supérieur à celui de la cocaïne. Amersbach indique cependant qu’en clinique, pour le larynx, une solution de psicaïine à 10 p. 100 n’égale pas une solution de cocaïne à 20 p. 100. Watson Williams leur trouve un pouvoir anesthésique égal. Sture Bergyren déclare également la cocaïne supérieure à la psicaine. Des intoxications avec ce produit ont également été signalées par Wasowsky, Towten et Sture Bergyren.
Or, Gottlieb, qui avait effectué ses expériences avec le chlorhydrate de pseudococaïne droite, n'avait pas constaté de divergences dans l’activité anesthésique locale de la pseudococaine droite.
Cet auteur étudia l’activité des corps cocaïniques en anesthésie de surface. Il utilisa, pour ceci, l'absorption par la cornée du lapin, par. la peau de la grenouille et l’injection intra-épidermique (méthode des « Quaddels »).
Dans ces essais interviennent, pour les corps étudiés, outre le pouvoir anesthésique, des propriétés telles que la facilité de pénétration et la facilité de diffusion ou de destruction. Il en résulte que la différence d’activité en faveur de la pseudococaine droite disparait, de telle sorte que la cocaïne gauche ordinaire, sur la cornée, devient la plus active.
Gottlieb essaya l’action toxique des différents corps cocaïniques. Il utilisa pour ceci des animaux divers : souris, rats, chats, grenouilles, et administra les corps à essayer, soit par des injections intraveineuses, rapides ou lentes, soit par des injections sous-cutanées avec pénétration toujours lente du toxique. Il constata les faits suivants :
a. Par administration intraveineuse rapide, il ne se produit aucune différence essentielle de toxicité entre les différents isomères ;
b. Par administration intraveineuse lente, la toxicité diminue pour tous les corps, selon les vues de Hatcher et Eggleston, mais elle diminue tout particulièrement pour la pseudococaïne droite ;
c. Enfin, par injections sous-cutanées, la pseudococaïne droite se signale par une toxicité nettement plus faible, égale, dans cer-
tains cas, à la moitié de la toxicité de la cocaïne gauche ordinaire.
Gottlieb conclut donc de ces recherches sur la toxicité que, en injections lentes et particulièrement en injections sous-cutanées, la pseudococaine droite est détruite par l'organisme animal en plus grande quantité, et bien plus rapidement que la cocaïne gauche ordinaire. Dans ces conditions, la pseudococaïne droite pouvait être supportée par l’organisme animal à des doses au moins deux fois plus fortes.
Les différences entre les résultats de Gottlieb et ceux obtenus par certains expérimentateurs avec la psicaine peuvent, d’après MM. F. Mercier et J. Régnier, s'expliquer en partie par la nature du sel de pseudococaine droite qui constitue cet anesthésique local. La psicaïne est, en effet, un tartrate acide; ses solutions aqueuses sont acides et ont un pH — 3,4. Or, M. J. Régnier a montré l’influence de la concentration des solutions en ions hydrogène sur Pactivité des anesthésiques locaux ; c’est ainsi que, avec des solutions acides à pH inférieur à 4, on assiste parfois à de véritables «ratés » de l’anesthésie, celle-ci ne prenant plus dans certains CSSAIS.
La psicaine s'étant ainsi montrée inconstante dans son activité anesthésique locale, il a paru intéressant à MM. F. Mercier et J. Régnier de reprendre l’étude chimique et pharmacodynamique du chlorhydrate de pseudococaine droite expérimenté par Gottlieb. Nous ne saurions mieux faire que de la reproduire.
Notes chimiques sur la pseudococaine droite.
La cocaïne fut préparée d’abord sous le nom d’érythroxyline par Gottlieb en 1855, mais ce fut à Nieman, élève de Wohler, que revint, en 1860, le mérite de l’isoler et de la purifier. De nombreuses recherches furent alors consacrées à son étude. Ce ne fut cependant qu’en 1898, après les travaux de von Lossen, Ladenburg, Einhorn, Liebermann et Merling, que fut connue sa constitution.
Depuis, Willstätter, après de longs et difficiles essais, réussit à faire la synthèse de la cocaïne et des corps isomères. Cette synthèse fut réalisée par trois méthodes différentes, à trois époques différentes : 1901-1902, 1914-1917 et 1920-1923. Willstätter apporta ainsi une conclusion normale à des travaux chimiques ayant duré près de soixante-dix ans.
Voici la formule qui représente la cocaïne gauche :