‹ Contribution à l'Étude de l'Anesthésie LombaireChapitre 10 sur 74 · II. L’anesthésie · texte numérisé non relu

II. L’anesthésie

La solution anesthesiante employée par M. le Professeur JonNEsco est une solution de stovaine et strychnine associées. M. Jonnesco a constaté que, en injection cervicale chez le chien, la stovaine pure à la dose de centigr. 5 pour un chien de 10 à 15 kilogrammes (c'est-à-dire de 4 milligramme de stovaïne environ par kilogramme de matière vivante), amène régulièrement la mort par arrêt de la respiration, le cœur continuant encore à battre pendant quelques minutes. Seule larespiration artificielle, longtemps prolongée, arrive parfois, mais non toujours a sauver l'animal.

Pour parer à cette action paralysante de la stovaïne sur les centres nerveux, M. Joxnesco eût l’idée d'associer à la stovaïne un excitant du système nerveux, l'atropine. Il fit des expériences chez le chien : 1 cm # d'eau stérilisée contenant 0.03 centigrammes de stovaïne et 0.0005 de

” sulfate neutre d'atropine, provoquait en injection cervicale une anesthésie parfaite du cou, de la tête et de la moitié antérieure du thorax qui, se prolongeait pendant 20 à 25 minutes ; le pouls restait normal ; la respiration, tout en devenant inégale et superficielle n'avait aucune tendance à

s'arrêter.

Le os Cu

Puis, M. Joxxesco eût l'idée de substituer à l’atropine la strychnine dont l'action physiologique se caractérise surtout par une augmentation persistante de la puissance excito-motrice de la substance grise de la moëlle et du bulbe et en particulier par son action stimulante sur les centres respiratoires. Il employait chez le chien une solution contenant 0.06 centigr. de stovaïne et 0.00% à 0.005 milligrammes de strychnine par centimètre cube d'eau, et obtenait avec cette solution, en injection cervicale, une analgésie aussi complète que dans les expériences précédentes. D'autre part; le pouls restait normal, la respiration conservait toute sa régularité ; les seuls incidents observés étaient du nystagmus et parfois des mouvements convulsifs des membres, traduisant l'action excitante de la strychnine.

Fort de ces faits, M. JonnEsco essaya chez l'homme ces injections de stigchnine et stovaine associées ; la rachistrychnostovaïnisation était créée. a

M. Joxnesco d'ailleurs, ne prétend pas que la stovaine est le meilleur des succédanés de la cocaïne. « Je l'emploie de préférence, dit-il, parce que je l'ai toujours employée, que je sais la manier et qu'elle m'a toujours donné d'excellents résultats. Mais on peut tout aussi bien employer la novocaine ou la tropocaine ; le mélange sera aussi efficace et grâce à la strychnine, aussi innocent. » (1) É

L'auteur n'emploie donc la stovaïne que par habitude ;

(1). Jonnesco. La Rach. Anesth. gle Lococitato. Presse Médicale, 1909, n° 82.

il ne la considère pas comme préférable à la novocaïine ou la tropocaïine ; mais il la considère comme 1/3 ou 1/2 moins toxique que la cocaïne et la lui préfère en raison de ce qu'elle n’a pas ses propriétés vaso-constrictives.

Celle-ci cependant, dont le procès semble être définitivement fait par la majorité des auteurs, a encore conservé des partisans. Elle est employée notamment par M. le D' Le FiLLIATRE et son élève DERANCOURT a consacré sa thèse à la défense de la rachicocainisation (4).

Cet auteur conclut que la cocaïne, maniée avec prudence et par un opérateur qui en a une longue expérience, reste un excellent anesthésique, et qu'il n'y a pas lieu de lui substituer l'un quelconque de ses succédanés. |

Quoiqu'il en soit, les partisans de la cocaïne sont rares et beaucoups d'auteurs préfèrent même à la stovaine, ses autres succédanés. La novocaïic tend à être considérée comme la meilleure d'après AussirLoux (2) et M.CHAPuT(3) l'emploie couramment depuis quelques années (4). M. le Professeur ForGuE de Montpellier, s'est également rallié

à la novocaïine (5).

(1). DERANcoURT. A tEtbation à l'étude de la rachicoc. Thèse, Paris, 1911-1912.

(2) AussizLoux, loco citato.

(3). Kümmez. Presse Médicale.

(4). Cuapur. Rachinovococaïnisation. Journal de chirurgie. 1912, page 134.

(5) ForGue. Rachiansethésie à la novocaine, Académie de médecine, 4 juillet 1911. |

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La tropacocaïne enfin serait d'après KümmeL (de Hambourg), la moins toxique, mais aussi la moins active.

La dose de stovaine-strychnine, employée par M. Jox- NESCO, varie suivant le lieu de l'injection, l'âge de l'opéré et son état de résistance organique. Cet auteur fixe ainsi les doses à employer :

Région dorso-lémbaire : 0.06 à 0.10 cent. de stovaine, 0.001 de strychnine.

Région dorsale supérieure : 0.03 4e stovaine, 0.0005 à 0.001 miligr. de strychnine.

Chez l'enfant : 0.01 à 0.04 de stovaïne, 0.0003 à 0.0005 de strychnine.

Comme on le voit, la dose de strychnine reste la même chez l'adulte ; mais comme d'autre part la dose de stovaïne décroit à mesure qu'on se rapproche du bulbe, on peut dire que proportionnellement la dose de strychnine varie en raison inverse et que donc plus l'injection est pratiquée près du bulbe, plus la dose de stovaïne diminue, tandis que la dose de strychnine augmente.

La préparation de la solution anesthésiante doit être faite au moment même de son emploi, la stovaïne comme la cocaïne d’ailleurs et tous les produits voisins,étant assez instable, M. Jonxxesco décrivait en 1909 (1), la technique suivante :

Au moment de l'opération, la stovaïine est introduite à la dose jugée nécessaire, dans un tube de verre muni d'un bouchon de caoutchouc et stérilisé à l’autoclave.

La stovaine ne peut être stérilisée, car l’action de la cha-

(4) Jonnesco. Loc, citato. P. M. 1909, n° 82, p. 721.

leur lui fait subir des transformations physico-chimiques qui lui enlèvent une partie de ses propriétés ; antiseptique par elle-même, elle n'a d'ailleurs point besoin de stérilisation. La solution strychninisée est préparée temporairement ; cependant la dissolution dela strychnine demandant quelque temps, il est bon de la faire un peu avaut son emploi.

Dans un bocal de verre, bouché à l'émeri et stérilisé, on introduit 100 cm. 3 d'eau stérilisée, mais non distillée et de 0.05 à0.10 centigrammes'de strychnine. On obtient ainsi une solution qui contient par centimètre cube de 0.0005 à 0.001 de strychnine.

La dissolution de la strychnine étant achevée, avec une seringue de Pravaz stérilisée, armée d’une aiguille, on aspire 4 cm. de solution strychninisée ; on pousse ce liquide dans le tube qui contient la dose de stovaïne jugée nécessaire pour l'anesthésie ; on bouche le tube et on agite : la dissolution se fait immédiatemment et la solution anesthésiante se trouve ainsi préparée.

M. Jonnesco a depuis modifié et perfectionné sa technique grâce à l'emploi de la stovaïne stérilisée etsolidifiée, préparée en ampoules dosées (1) ; cette technique lui a permis de réduire considérablement la dose de stovaïne employée (5 à 6 centig. au lieu de 8 à 10 pour la ponction basse ; 4 à 2 cent. pour la ponction haute). En même temps il a augmenté la dose de strychnine (2 millig. pour la

ponction basse, À pour la ponction haute).

(4) Jonnesco. La Rachianesthésie générale. XXIV*‘ Congrès

français de chirurgie, Paris, octobre 1911.

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