‹ Contribution à l'étude de l'anesthésie par l'étherChapitre 12 sur 18 · SES · texte numérisé non relu

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nose ; la respiration devient difficile et s'arrête ; enfin il meurt.

Le deuxième cas se rapporte à une femme de 30 ans, atteinte d’une fistule anale ; névropathe et dans un degré d’anémie très marquée, on l’anesthésie à l’éther. Après l’opération, la malade étant portée dans son lit, on la place dans la position assise ; quelques instants après on s’aperçoit que la malade est en état de mort apparente. On s’empresse autour d'elle et l’on pratique la respiration artificielle pendant une heure vingt minutes ; la malade revient à la vie, mais pendant la nuitelle meurt. M. Poncet pense que cette deuxième mort est due à la position assise de la malade, et il recommande de ne jamais placer les malades dans cette position.

Léon Tripier (1) sur 6.500 éthérisations n’a pas eu une seul mort, tandis qu’au contraire sur un nombre beaucoup moindre de chloroformisations il a eu deux morts.

Gurlt (en Allemagne), chargé de réunirles éléments d’une étude comparative des divers anesthésiques, a communiqué au 24° Congrès de la Société allemande de chirurgie (2) un chiffre de 15.712 éthérisations avec cinq décès (un sixième étant douteux) et 31.083 anesthésies faites avec le chloroforme où il y a eu 23 décès (sans parler de huit autres où le rôle du chloroforme n’est pas certain), ce qui fait un décès sur 3.142 éthérisations et un décès sur 1.351 chloroformisations ; donc d’après cette dernière statistique l’éther est trois fois moins dangereux que le chloroforme. Cette proportion est la même dans la statistique totale de

(1) VaLLas, loco citato.

(2) Bulletin médical, 12 mai 1895.

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Gurit où il y a un décès sur 2.909 anesthésies par le chloroforme contre un décès sur 6.004 éthérisations. Gurlt conclut que l’avantage reste pour l’éther et ces statistiques seraient beaucoup plus favorables à ce dernier anesthésique si on n’observait souvent à la suite des éthérisations des pneumonies graves ; ainsi sur trente de ces pneumonies il y a quinze décès et cet accident à été observé treize fois a la suite d'opérations sur l'abdomen.

En se résumant on peut tirer logiquement une conclusion assez précise de l'étude de ces statistiques ; le fait principal, c’est que l’éther est moins dangereux que le chloroforme et que tous les auteurs qui ont une pratique assez étendue de cet anesthésique lui reconnaissent un danger moindre qu’au chloroforme.

L'appareil de Julliard.

Nous aurons principalement en vue dans ce chapitre la description du masque adopté par le chirurgien de Genève. Nous ferons une étude comparative de ses avantages sur les autres appareils analogues. Nous insisterons en particulier sur le masque de Wanscher qui pour certains auteurs (Chaput, communication citée) réalise de grands avantages.

« Le masque se compose d’un squelette de fil de fer revêtu à l’extérieur d’un mackintosch. À l'intérieur, il est doublé d’une épaisse couche de gaze hydrophile et au fond une rosace en flanelle.

« Gette couche intérieure recoit l’éther, elle présente une surface d'évaporation de 700 centimètres carrés.

.« Je me sers de ce masque depuis 12 ans à mon entière satisfaction ; mais je ne prétends pas pour cela que ce soit le seul appareil avec lequel on puisse éthériser, et on peut en préférer un autre pourvu qu’il remplisse les deux conditions suivantes :

« 1° Qu'il soit revêtu à l’extérieur d’une étoffe imperméable. Sans cela l’éther traversera les parois du masque et viendra s’évaporer au dehors.

.« 2° Qu'il soit assez grand pour ne pas faire suffoquer le malade. Pour cela il faut qu’il ait des dimensions et une hauteur suffisantes. Le mien a 15 centimètres de longueur, 12 centimètres de largeur, et 15 centimètres de hauteur. »

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En versant une certaine quantité d’éther dans ce masque

(une vingtaine de grammes environ) et l’approchant de Ja

figure du patient, on l’accoutume doucement à respirer les

premières bouffées d’éther toujours si désagréables, mais fortement mélangées d'air ici. Ge n’est que lorsque cette accoutumance est réalisée qu'on couvre totalement la figure et qu’on place au-dessus la serviette destinée à em- . pêcher un mélange par trop considérable d'air pur. En général l’anesthésie survient rapidement comme nous avons eu l’occasion de le dire ailleurs. Il est bon de temps à autre d’enlever le masque pour explorer la figure du patient.

Cet appareil tel que nous venons de le décrire a été légèrement modifié par M. Chalot, de Toulouse : une charpente métallique surajoutée permet de le replier sur lui-même et de le porter au besoin dans sa poche. De plus le revêtement déborde la charpente de tous côtés, formant une sorte de collerette destinée à éviter l'emploi de la serviette et à empêcher l’arrivée d'une trop grande proportion d’air. Comme le masque de Julliard, l'appareil modifié de Chalot est pourvu d'une légère poignée qui lui donne un maniement facile.

L'appareil dont s’est servi M. Chaput à la Salpétrière est connu sous le nom de masque de Wanscher-Landau. Il est essentiellement constitué par deux pièces réunies par un cylindre en bois : le masque proprement dit et le réservoir ou ballon.

Le masque est fait de caoutchouc fort, épais, mais cependant assez flexible pour lui permettre de s'adapter à la figure du patient. C’est une sorte de cylindre plus large à son extrémité libre échancrée, plus étroit à l'extrémité

0pposée qui s'articule au ballon. La capacité de l'extrémité libre est calculée de façon à permettre d’oblitérer complètement les narines et la bouche : l’échancrure est précisément destinée à se modeler sur la saillie du nez.

Le ballon est un sac de caoutchouc mince, de calibre assez considérable pour lui permettre de contenir une forte proportion d'éther et un mélange suffisant d’air pur pour ne nécessiter que rarement de maintenir l'appareil à distance du visage du patient. |

M. Potherat, notre maître, qui nous a donné l’idée de cette thèse, se sert indistinctement de l’appareil de Julliard et du masque de Wanscher. Nous avons donc été à même de pouvoir nous rendre compte des avantages de chacun d’eux.

Dans les conclusions de sa communication à la Société de chirurgie, M. Chaput reconnait au masque de Wanscher les avantages suivants :

1° Il est moins volumineux et moins embarrassant.

2° Il permet, l'inspection de la face et des yeux.

30 Il permet grâce aux dimensions restreintes de son pavillon, de graduer facilement l’arrivée de Pair.

Au contraire avec le masque de Julliard le moindre soulèvement de l'appareil provoque un apport d'air considérable et gênant.

4e On n’a pas besoin avec le masque de Wanscher de verser de nouvelles doses d’éther dans l'appareil, on y introduit au début 250 grammes d'éther qui pourraient suffire pour une anesthésie de 2 à 3 heures.

Nous reconnaissons volontiers le premier avantage du masque de Wanschér pour l'avoir expérimenté par nous-

: Mare.

même. Il peut se réduire à un petit volume si minime qu'on peut l'emporter dans sa poche. Cependant nous ferons observer que le masque de Julliard modifié par M. Chalot répond au même but; de plus l’éther aurait l'inconvénient d'attaquer le caoutchouc. M. Poncet lui reproche en outre d'être coûteux. Cependant on doit reconnaître que c’est là un bon appareil.

M. Chaput regarde comme un avantage considérable de pouvoir inspecter sans enlever le masque la face et les yeux de l’anesthésié. A notre avis cet avantage estcompensédans l’appareil de Julliard par la facilité avec laquelle on peut, on doit même dirons-nous, l'enlever de temps en tempspour explorer la face du patient. Il y a, à notre avis, un incon-. testable avantage de laisser de temps à autre le malade inspirer de l’air pur. Sans doute l'apport d'air est considérable chaque fois que l’on soulève l'appareil de Julliard, mais il n’y a là rien de gênant : à ce moment en effet l’anesthésie est profonde, la résolution complète et ce n’est pas pour quelques inspirations d'air pur de toute alliance avec l’éther que le malade s’éveillera : la narcose est tout aussi complète et se maintient aussi parfaite qu'avec aucun autre appareil. De plus le masque de Julliard a suivant nous le grand avantage de ne pas permettre d'emmagasiner en champ clos des vapeurs d'acide carbonique et de prévenir le danger qui peut en résulter.

C'est qu’en effet l’acide carbonique interpose son action dans la narcose de façon telle que certains auteurs ont pu soutenir que l’anesthésie lui était due tout entière (Amussat).

Dreser a recherché dans quelles proportions se trou-

vaient mélangés dans les masques de Wanscher et de Julliard les gaz de la respiration et l’éther anesthésique.

Il a fait respirer les sujets en expérience dans les masques non remplis d’anesthésique et il a trouvé que l'air contenu renfermait après 1/2 minute de 5 à 7 0/0 d'acide carbonique et de 12 à 15 0/0 d'oxygène ; après 2 minutes de 6 à 8 0/0 d'acide carbonique et de 5 à 10 0/0 d'oxygène. Ces proportions d'acide carbonique sont plus fortes si le sujet en expérience a fait un travail musculaire auparavant. Il a constaté encore qu’après une minute de respiration dans le masque de Wanscher la quantité d'oxygène était diminuée de moitié de ce qu'elle était normalement : c’est alors que des troubles fonctionnels commencent à apparaître. Après 2 minutes il n’existe plus que 5 à 6 0/0 d'oxygène ; alors se montrent de l'oppression et des battements de cœur et une forte dyspnée. Or d’après les expériences de CI. Bernard, Müller, Strogenoff, Friedlander et Herter (1), la mort des animaux survient quand l'oxygène tombe à 3 ou 5 0/0. |

Nous voyons là un argument en faveur de la thèse que nous soutenions plus haut: alors que la narcose est profonde il n’y a qu'avantage à laisser au malade respirer une forte proportion d’air pur, etle masque de Julliard a sur l'appareil de Wanscher l’incontestable mérite de nécessiter de temps à autre l'accès de cet air dans les poumons, ne serait-ce que pour verser une nouvelle quantité d’éther sur la rosace de flanelle. Disons, du reste, que nous avons toujours vu les chirurgiens qui se servent de l’appareil de

(4) Beitrægee für klin. Chirurgie, 1894.

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Wanscher prendre de temps en temps la précaution d’éloigner du visage du patient l’inhalateur et de laisser le ma-

lade faire de profondes respirations d’air pur; il y avait là

à notre avis un double avantage : diminuer la quantité d'anesthésique et d'acide carbonique emmagasinés dans les poumons du patient et renouveler l'atmosphère du sac.

Nous allons voir du reste combien les recherches de Drœser prouvent en faveur du masque de Julliard :

En expérimentant avec l’éther, dit Drœser, la narcose commence lorsque les gaz de l’appareil de Wanscher contiennent 7 0/0 de vapeuranesthésique. La température favorise la vaporisation de l’éther ; or, après 1 minute d'inhalation, elle monte sous le masque à 30°. En agitant le mélange d’éther, on diminue cette température et l’on fait varier le taux des vapeurs : écarts de 4 à 34 0/0 dans la quantité de vapeurs d’éther contenues dans les gaz avec des températures de 20 à 30°. Il en conclut qu’il est dangereux pour les bronches de laisser le masque trop longtemps en place, les vapeurs d’éther arrivant alors trop concentrées ; d’où la nécessité de renouveler l’air toutes les minutes. C’est donc là un nouvel avantage à l'actif du masque de Julliard, la petite quantité d’éther qui imbibe la rosace de flanelle ne pouvant, à cause même de son faible volume, déterminer des écarts si considérables et si brusques dans la température des poumons. C’est ce qui ressort des expériences pratiquées par le même physiologiste avec le masque de Julliard.

En employant ce dernier appareil entouré d’un linge humide, la température n’atteint pas 30°. Un manomètre à eau montre que l’air se renouvelle facilement, car l'index,

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pendant les mouvements respiratoires ne bouge pour ainsi dire pas. Dans les 15 expériences qu'il a faites, Drœser a trouvé que la quantité des vapeurs anesthésiques, au moment où l’on vient de verser l’éther, est de 16 0/0, mais que cette quantité baisse rapidement pour descendre à 7 0/0, celle de l’acide carbonique variant de 1 à 2 0/0 et celle de l'oxygène de 11 à 17 0/0.

Les recherches de Friedlænder et de Hærter ont montré qu'il fallait 25 0/0 d'acide carbonique, employé comme anesthésique, pendant 1 ou 2 heures pour que la narcose commence. Il en résulte qu’en particulier avec le masque de Julliard, ce n’est pas l’acide carbonique (1 0/0) qui intervient pour produire la narcose, mais exclusivement l’éther. Nous irons plus loin et nous dirons qu'avec le masque de Wanscher lui-même, on ne saurait considérer la narcose obtenue comme une anesthésie mixte, car avec la précaution signalée plus haut de laisser de temps en temps le malade respirer l’air pur, jamais on ne pourra obtenir une quantité d'acide carbonique suffisante pour intervenir comme cause influente de l’anesthésie. Ce n’est même pas une cause accessoire.

Ajoutons que le masque de Julliard réalise un nouvel avantage sur le masque de Wanscher par l’excessive propreté dans laquelle on peut toujours le maintenir : l’'embouchure de l'appareil de Wanscher est en effet constamment souillée par les mucosités si abondantes qui s’échappent de la bouche du malade. Ilest donc de toute nécessité de faire bouillir après chaque anesthésie cette embouchure pour répéter une nouvelle narcose. Ici rien de semblable. De plus l'avantage que reconnait M. Chaput à l'appareil de

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Wanscher de contenir dès le début la dose de l’anesthésique suffisante pour un long temps nous parait plutôt un

défaut: la concentration même des vapeurs d'éther réalise

cette anesthésie « à l’étouffée » contre laquelle tous les auteurs se sont élevés avec juste raison. Il y a là une impossibilité matérielle presque absolue à régler le dosage des vapeurs d’éther arrivant aux poumons du malade, alors qu'avec le masque de Julliard on peut graduer pour ainsi dire gramme par gramme la quantité d'éther que respire le patient.

Si nous résumons dans un tableau comparatif les avantages réciproques des deux masques de Wanscher et de Julliard, nous voyons que le premier l'emporte :

1° Par sa commodité. :

20 Par son réservoir dans lequel on emmagasiné, une fois pour toutes, la quantité d’éther nécessaire à l’anesthésie.

Mais que le masque de Julliard a comme principaux mérites :

1° De permettre d’endormir lentement, sûrement, et par conséquent sans danger ;

2 D'emmagasiner une quantité d’acide carbonique insignifiante ;

3° De ne pas entrainer de modifications dans la température de l'atmosphère qu’il renferme et de ne pas favoriser la production de bronchite;

4o D'être d’une propreté absolue.

A côté de ces deux appareils qui se partagent, à l'heure actuelle, la faveur des chirurgiens de Paris, rappelons que M. Poncet donne la préférence au masque de J. Roux ou « bonnet bleu ». Il se compose essentiellement d'une coiffe

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extérieure en étoffe et d’une vessie de porc intérieure. La pointe du bonnet est percée d’un orifice fermé avec un bouchon pour l'entrée facultative de l’air. La base du bonnet peut se resserrer à volonté pour s'appliquer sur le nez du malade. On met dans le fond du sac une éponge ou un mouchoir dans leèquel on verse l’éther. Les chirurgiens lyonnais ont modifié le masque de Roux en rendant les deux coiffes séparables, ce qui permet de nettoyer l'appareil.

On voit combien les appareils scientifiques dont nous venons de parler sont simples. Et cependant que de temps on à mis à les réaliser ! Etant donnés les excellents avantages que l’on retire de l’administration de l’éther, on doit reconnaître avec Kœrte, Kæster et Horatio Wood que si cet anesthésique ne s’est pas complètement substitué au chloroforme, c’est que jusqu’à Julliard et Wanscher on manquait complètement d'appareils vraiment capables de mettre en relief les excellentes qualités de l’éther.

C’est pourquoi il nous a semblé bon de montrer combien on à inventé d'appareils divers pour anesthésier à l’éther. Cette étude rétrospective est toute à l'avantage du masque de Julliard que nous préconisons.

La simple compresse dont on s’est parfois servi est tout à fait insuffisante : la volatilité des vapeurs d’éther est telle qu'une grande partie de cet agent passe dans l'atmosphère extérieure, qu'une petite proportion seulement est absorbée par le malade et que le sommeil est très lent à se produire. Nous avons vu un cas dans lequel l’anesthésie ‘ne se produisit dans ces conditions qu'au bout de trois quarts d’heure et encore la narcose était peu profonde.

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C'est là il faut bien l'avouer un inconvénient considérable que cette nécessité d'un appareil spécial et qui don-

nera longtemps l’avantage au chloroforme simple et facile -

à administrer au moins à ce point de vue.

Jackson préconisait déjà un appareil lorsqu’il recommandait de plonger une grande éponge dans l’éther, de la placer dans un tube conique court ou dans un entonnoir et d’aspirer l'air atmosphérique dans les poumons à travers l'éponge ainsi saturée d’éther. L'air devait être expiré par les narines, « ou bien on peut mettre des soupapes au tube ou à l’entonnoir de manière à ce que l’haleine ne sorte pas à travers l'éponge où elle affaiblirait l’éther par la vapeur d’eau qu’elle renferme » (Lettre à Elie de Beaumont).

« À l’origine de l’éthérisation, dit Giraldès, l'éther était administré dans un appareil spécial permettant à l’air de se charger de vapeurs d’éther en traversant le récipient contenant ce fluide. Un ballon à deux tubulures servit à cet usage. Bientôt les inventeurs trouvèrent la chose trop simple, et donnant carrière à leur imagination, construisirent des appareils à formes diverses, quelquefois élégants, d'une combinaison souvent ingénieuse, mais parfois cependant d’un fonctionnement difficile, ou peu propre au but qu'on voulait atteindre ».

L'auteur décrit ensuite les appareils compliqués qu’inventèrent MM. Charrière et Lüer. Il fait très justement observer que « les appareils destinés au chloroforme ou à l’éther, quoique d’une forme très variable, peuvent cependant se réduire à une expression très simple: un récipient présentant deux ouvertures : l’une donnant accès à l’air extérieur et permettant le renouvellement continu de ce

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fluide ; l’autre se continuant avec un tube terminé par un embout et destiné à conduire dans les voies aériennes l’air chargé de vapeurs anesthésiques ».

C'est en effet, avec le système de soupapes permettant à l'air expiré d’être rejeté au dehors et à l’air du ballon de pénétrer dans les voies aériennes, le type sur lequel ont été formés l'appareil de Lüer, l'appareil de Charrière, l’anesthésimètre de Duray. Mais bientôt on remarqua l’imperfection de ces appareils aux simples inhalateurs.

Nous sommes étonné seulement de voir Giraldès conclure que l’éther peut « être administré sans appareil dans une grande éponge creuse, imbibée de ce fluide, et enveloppée par une grande compresse ». Ce n’est là qu’un pisaller. |

Des nombreux appareils inventés à l’étranger pour l’anesthésie éthérique, nous ne décrirons que quelques-uns. En Allemagne on se sert d’un simple cornet ; Silex le décrit de la façon suivante : c’est.« un simple cornet de toile cirée molletonnée dont l’intérieur est préalablement imbibé avec 100 grammes d’éther. Ce cornet est appliqué exactement sur la bouche et le nez de façon à intercepter complètement le passage de l’air (1) ».

En Angleterre on emploie un cornet de feutre assez large pour recouvrir le visage. Il est recouvert d’une toile imperméable et muni d’une éponge placée au fond et destinée à recevoir l’éther.

Herapath, de Bristol, se servait d’une vessie très ample munie d’un pavillon d'ivoire, contenant 30 grammes

(1\ Société de méd. berlin., mars 1894.

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d’éther, gonflée d’air pur et agitée constamment pour favoriser l’évaporation du liquide anesthésique.

L'appareil d'Ormesby se compose d’un masque recou-

vrant la bouche et le nez. Son fond est en communication

“avec un ballon de caoutchouc rempli d’air. Une petite sphère intercalée entre le masque et le ballon renferme un petit panier en treillage métallique qui contient une éponge destinée à être imbibée progressivement d'éther. L'appareil de Clover est formé de trois pièces principales : un masque destiné à recouvrir la boucheetle nez, une chambre à éther et une chambre à air.

Le masque destiné à recouvrir hermétiquement les voies respiratoires est pourvu à ce sujet d’un coussinet plein d'air disposé sur les bords. De plus une valve est susceptible, ouverte, de laisser passer l'air extérieur.

La chambre à éther est une sphère métallique traversée de bas en haut par un tube vertical débouchant en bas dans le masque, en haut dans la troisième pièce de l'appareil : c'est la chambre à air essentiellement constituée par un ballon de caoutchouc de la contenance d'environ un litre.

La chambre à éther est pourvue dans sa partie inférieure d’un manchon métallique destiné à recevoir de l’eau chaude destinée à favoriser l’'évaporation de l’éther.

Le tube qui la traverse se compose de deux pièces. La pièce supérieure en rapport avec le ballon de caoutchouc traverse le tiers supérieur de la sphère; elle est fixe et présente une ouverture arrondie qui met en communication l’intérieur du tube avec l’intérieur de la sphère. La pièce inférieure, dans laquelle s'emboîte la pièce supérieure, traverse les deux tiers inférieurs de la sphère. Elle présente

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un orifice semblable et correspondant à celui de la premiére. Mais elle est mobile autour de son axe, si bien qu'en la faisant tourner dans un sens ou dans un autre à l’aide du manchon auquel elle est reliée, mobile lui-même autour de la sphère, on entr'ouvre, on ouvre ou l’on ferme l’orifice de communication, ce qui permet de faire respirer au patient tantôt l’air du ballon dépourvu de vapeurs d’éther, tantôt ces vapeurs plus ou moins concentrées. :

Tel est cet appareil extrêmement compliqué, on peut le voir, permettant d'obtenir l'anesthésie en 4 ou 6 minutes, sauf chez les alcooliques. Nous savons qu’on arrive aux mêmes résultats avec l'appareil infiniment plus simple de Julliard.

Son auteur avait eu pour objectif « de renouveler la quantité d’éther à inhaler sans retirer le masque du visage du malade, c’est-à-dire sans que celui-ci respire un peu d’air pur ». L'appareil de Clover est précisément destiné à cet effet ; « c’est l'appareil de choix (1) ».

Nous avons vu plus haut combien on avait peu à se préoccuper de ce souci avec l'appareil de Julliard. Nous savons que le masque de Wanscher pourrait amplement suffire à réaliser ce prétendu avantage. Mais nous avons décrit longuement l'appareil de Clover pour bien montrer combien il est inutile de compliquer comme à plaisir le simple cornet des anciens.

Au surplus l'appareil de Glover est loin de répondre à tous les mérites qu’on lui attribue. Si l’on en croît M. Campbell lui-même il faut de temps en temps soulever non

(4) Camp8eLL, Th. Paris, 1894. ù BORREL-DEROIDE £ 11

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seulement la valve du masque, mais encore écarter le mas-

que lui-même de la figure du malade pour lui permettre de

respirer l'air extérieur. |

Kœærte (1) se sert du masque de Julliard depuis 1890. Au début il donne 30 à 50 grammes d’éther, puis la tolérance. établie il donne des doses plus ou moins fortes. Il conseille au début de permettre au malade quelques inspirations d’air. Il préconise le lavage de l'estomac préalable en présence de hernies étranglées et fait précéder l’action de l'éther d’une piqüre de morphine. Pour lui la tolérance s’établirait un peu plus lentement avec l’éther qu'avec le chlo roforme. Ge dernier demanderait 5 minutes 24 secondes avant l’anesthésie ; avec l’éther il ne faut pas moins de 7 minutes 1/2.

Horatio Wood (de Philadelphie) (2), dans sa communication que nous avons longuement rapportée plus haut, recommande l'inhalateur du D*Allis. Cet appareil est essentiellement constitué par une série de plis de mousseline placés dans un cadre en métal et arrangés comme les ouies d’un poisson. L'ensemble de ce masque est destiné à permettre le libre passage de l'air saturé de vapeurs d’éther. Avec cet appareil Wood arrivé à une anesthésie rapide et profonde dans.un temps moyen de 8 minutes.

On pourrait conclure de l’ensemble des appareils que nous venons de passer en revue que tous tendent jusqu à un certain point à réaliser quelques-uns des avantages que présente le masque de Julliard, mais sans atteindre la perfection à laquelle est arrivé ce dernier. Pour nous, à l'heure

(1) Loc. cit.

(2) Loc. cit.

ngque

actuelle, les seuls appareils auxquels on doive songer dans lPanesthésie éthérique c’est le masque de Julliard d’abord et ensuite le masque de Wanscher. Nous pensons que les chirurgiens auront tout intérêt à se servir de l’un ou de l’autre, mais surtout du premier, et nous croyons que Julliard a résolu le problème du meilleur appareil à donner l'éther, comblant ainsi une lacune qui faisait dire à Wood: « Si l’on n'anesthésie pas plus souvent les opérés par l’éther, c’est qu'il n'existe pas d'appareil permettant de bien l’administrer. »

Administration de l’éther.

L’éther étant choisi comme anesthésique général, son administration est beaucoup plus facile que celle du chloroforme et la plus grande partie des auteurs qui se servent de l’éther reconnaissent cet avantage en faveur de ce dernier agent d’anesthésie.

Il est difficile de trouver un bon chloroformisateur qui entretient de telle sorte son malade que les vomissements, les alertes et les autres inconvénients qu'on observe si souvent pendant la chloroformisation fassent complètement défaut et que le malade soit tenu pendant toute la durée de l'opération dans une résolution convenable et complète.

Au contraire l’éther peut être administré par des mains moins habiles, que pour le chloroforme, sans que pour cela on observe les inconvénients qu’on signale avec ce dernier anesthésique. Pourtant il n’est pas moins vrai qu'on observe une différence énorme entre une éthérisation bien conduite et une éthérisation pratiquée par des personnes inhabituées à l’éther.

Nous avons eu l’occasion d'apprécier toute la portée de ce fait dans le service de MM. Chaputet Potherat à la Salpêtrière, où pendant toute une année l’éther a été employé comme anesthésique de choix.

Dans ce service, dis-je, quand l’anesthésie était pratiquée par les internes du service, MM. Angelesco et Leno-

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ble, qui ont une grande habitude de l’éther, les légers troubles qu'on observe quelquefois pendant l’éthérisation, comme la congestion de la face, agitation, ete., faisaient presque toujours défaut, ou étaient insignifiants, ce qui n'était pas le cas dans les autres anesthésies pratiquées par les élèves non habitués à l’éther.

En général ‘quand on commence à employer l'éther, on l'administre d’une manière très défectueuse et on met plus de temps à produire l’anesthésie avec l’éther qu'avec le chloroforme. Comme le malade anesthésié à l’éther se congestionne facilement et comme les vapeurs d’éther produisent une sensation désagréable, au début de l'anesthésie on a de la tendance à écarter à chaque instant le masque et à laisser pénétrer l’air, ou à tenir le masque à une distance dela figure telle que le malade respire beaucoup d’air et pas assez de vapeurs narcotiques, d’où une anesthésie très difficile qui demande quelquefois quinze, vingt minutes et même davantage.

Mais celui qui est habitué à l’éther donne au malade un air chargé d’une quantité telle de vapeurs que l’anesthésie est très vite obtenue et à ce point de vue il n’y a pas de différence entre les deux anesthésiques, si ce n’est une différence qui serait toute en faveur de l’éther.

Nous allons donc dans ce chapitre montrer comment il faut administrer l’éther à l’aide du masque de Julliard, en laissant de côté l’administration de cet agent à l’aide des autres appareils comme ceux de Wanscher, de Roux etc.

Pour pratiquer l’anesthésie avec le masquede Julliard(1),

(4) Juzurarp, Revue médicale de la Suisse Romande, 1891 et Mémoires de Genève, 1894. L'éther est-il préférable au chloroforme ?

cet auteur recommande de verser dans l'appareil 20 grammes d’éther pour commencer et d'approcher doucement le

masque de la figure du malade. Il faut donc habituer son +

malade à l'éther en lui faisant respirer de l’air et de l’éther: Cette dose de 20 grammes est suffisante; pourtant si on veut produire une anesthésie plus rapide on peut verser 30 grammes au fond du masque, en ayant soin dans ce cas d'employer une rosace de flanelle plus volumineuse que celle qu’on observe dans l'appareil de Julliard.

Quoi qu’il en soit, Julliard dit au malade de fermer la bouche et de respirer par le nez, car d’après lui les vapeurs inhalées par le nez s'emparent plus vite du cerveau.

Le masque est recouvert par une serviette qui empêche les vapeurs de se répandre dans la salle : cette précaution indiquée par Julliard est complètement délaissée dans la plus grande partie des services où on pratique l’anesthésie par l’éther, car si le masque est bien appliqué Sur la figure du patient, la quantité de vapeurs qui s’échappe est insionifiante, de plus la serviette a l'inconvénient de cacher complètement la figure et d’empêcher l’éthérisateur d’observer et de suivre comme il faut son malade.

Julliard prend probablement cette précaution pour empêcher l’embrasement des vapeurs d’éther quand on est obligé d'opérer auprès du feu eten même temps pour maintenir une quantité plus grande de vapeurs au niveau de la face du malade et produire par conséquent une anesthésie plus rapide ; ces deux avantages sont obtenus, si l’on prend la précaution que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire d’appliquer bien le masque sur la figure après avoir habitué son malade aux vapeurs d’éther. Du reste nous sommes

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fixés sur l’'embrasement des vapeurs d’éther et nous avons montré qu’il ne faut pas, comme on l'a fait, exagérer cet accident. ù

Le masque étant donc approché doucement de la figure du malade, au bout d’une ou deux minutes onl’enlève eton verse une nouvelle dose de 20 à 30 grammes d’éther ; alors il est appliqué de nouveau sur la figure et il couvre complétement celle-ci à la fin de la troisième ou quatrième minu- te. L'’anesthésie est souventobtenue au bout de ce temps, au moins en grande partie ; si au contraire le sommeil n’est pas arrivé, on verse pour la troisième fois la même dose d’éther et on a soin d'appliquer plus hermétiquement le masque. En général la résolution complète s’observe au bout de cinq à six minutes (Julliard), six minutes (CGhaput) (1). À ce moment le réflexe conjonctival est aboli; quelquefois pourtant l’anesthésie est plus difficile à obtenir et il faut huit à dix minutes pour que le malade soit en résolution complète ; les alcooliques mettent en général plus longtemps à s'endormir, mais ce cas n’est pas spécial à l’éther, car le chloroforme se comporte de la même manière.

Le malade étant complètement endormi, on soulève le masque de temps en temps pour laisser passer librement l'air ; si le réflexe conjonctival revient, il faut intercepter l'accès de l’air pendant quelques instants, pour que l’anesthésie devienne aussi complète que possible.

Quand on suppose que léther a été complètement évaporé, il faut verser de nouveau une nouvelle dose d’éther,

(1) CHAPUT, ANGELESC0 et LENOBLE, Société de chirurgie, 8 mai 1895.

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mais plus faible que les autres, 10 grammes suffisent en général ; le masque sera soulevé et éloigné de la figure du malade et après avoir versé l’éther il faut lui imprimer quelques mouvements assez forts pour rejeter l'excès des gouttes de liquide et empêcher celles-ci de tomber sur la face. On continue de la sorte jusqu'à: la fin de l'opération.

Voilà en quelques mots la manière d’administrer l'éther avec le masque de Julliard, et en suivant la méthode lente, c’est-à-dire habituer le malade aux vapeurs d'éther et ne | pas intercepter tout passage d'air au début de l’anesthésie. Cette méthode est recommandée par Julliard, Lépine (1), Vailas (2), tandis que la méthode à doses massives est préconisée par Chalot (3), Monod (4), etc.; ces derniers auteurs trouvent avantageux de donner l’éther à dose massive au début de l’anesthésie, la période d’agitation serait dans ce cas presque insignifiante et l’anesthésie serait obtenue beaucoup plus vite.

Quoi qu'il en soit de ces deux méthodes, qu’on se déclare partisan de l'une ou de l’autre, l’aspect du patient est le même. Voyons ce qu'il présente de caractéristique et en quoi le malade éthérisé diffère du malade chloroformisé.

En approchant le masque de la figure du patient, ce qu'on observe tout d’abord, c'est une défense plus ou moins énergique ; cette défense est beaucoup plus grande quand la méthode à dose massive à été employée. La

(1) LÉPINE, Semaine médicale, 1894, p. 301. L'éther comme agent habituel de l’anesthésie chirurgicale.

(2) Vazras, Revue de chirurgie, avril 1893. De l’anesthésie par l’éther et de ses résultats dans la pratique des chirurgiens lyonnais.

(3) CnaLor, L’éther comme anesthésique de choix et son meilleur mode d’adminislration. Revue de chirurgie, mai 1895.

(4) Moxon, Société de chirurgie, 29 mai 1895.

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