‹ Contribution à l'étude de l'anesthésie par l'étherChapitre 6 sur 18 · ARS · texte numérisé non relu

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À ce moment l’éther était donc très mal considéré et les chimistes avaient pour ainsi dire proscrit les inhalations d’éther comme trop dangereuses.

Il était réservé pourtant à un chimiste de Boston, Jackson, l'honneur de montrer les propriétés si merveilleuses de l’éther et de faire entrer cet anesthésique, si répandu aujourd’hui, dans la pratique chirurgicale. Jackson s’exprime ainsi: « Je savais, dit-il, par les expériences des autres et les miennes que les vapeurs d’éther sulfurique produisent une espèce d'ivresse tout à fait particulière, mais je ne savais pas alors, que cet agent pouvait donner lieu à une insensibilité de courte durée et non dangereuse. J’arrosai un mouchoir d’éther, l’appliquai sur mes narines et sur la bouche, m’étendis sur un fauteuil et inspirai les vapeurs, en notant leurs effets sur l’économie. La première impression fut une impression de fraîcheur, puis une sensation de chaleur, d’exhilaration avec un sentiment particulier d’excitation dans la poitrine; survint alors la perte de connaissance. Je me réveillai au bout de peu de temps ; bientôt après je ne sentais plus aucun effet de l’éther ».

Plus tard Jackson fait de nouvelles expériences et il s’exprime ainsi: « J'étais donc porté à croire que la para-

- lysie des nerfs de sensation serait assez profonde, si toute-

fois elle durait, pour qu’un patient placé sous l'influence de l’éther püt subir une opération chirurgicale, sans éprouver de douleur; car la perte de conscience était remarquable, ressemblant surtout à celle qu’on observe chez les épileptiques, plus qu'à toute autre espèce d’insensibilité. J’entendis parler plus tard d’autres cas d’insensibilité produite

po

accidentellement et j'eus la conviction que l’usage de l’éther ne serait pas compromettant pour la vie, opinion que je m'étais formée depuis mes premières expériences ».

Morton, en 1846, fait de nouvelles expériences et décide Warren, chirurgien de l’hôpital de Massachusetts de Boston, à expérimenter les vapeurs d’éther sur les opérés. Le D' Warren pratiqua le 14 octobre 1847, la première opération sous l'influence de l’éther ; il s'agissait de l’ablation d’une tumeur du cou. Les chirurgiens américains commencèrent alors à employer l’éther comme anesthésique général. | |

En France, Elie de Beaumont lit à l'Académie des sciences les pièces envoyées par Jackson sous pli cacheté, et la découverte de cet auteur est reconnue. Malgaigne communique à l’Académie de médecine ses recherches.

À dater de ce jour les chirurgiens emploient de plus en plus l’éther ; en l’utilisant davantage, ils l’étudient mieux et reconnaissent ses avantages et la grande découverte faite par Jackson. La première intervention faite en France sur un malade endormi par l’éther est due à Jobert de Lamballe. Tous les chirurgiens autant français qu'étrangers emploient le nouvel anesthésique : Roux, Velpeau, l’emploient journellement et ils communiquent leurs recherches à l’Académie des sciences. Laugier, Giraldès, etc., suivent les autres ; Gerdy l’emploie d’abord sur luimême et il en étudie les effets.

En même temps que les chirurgiens, les physiologistes expérimentent l’éther et montrent ses avantages et ses in-

convénients. Serres (1) communique à l’Académie des

(1) SERRES, Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 8 et 15 février 1847. ‘

sciences ses recherches sur l’action directe de l’éther sur les nerfs dénudés ; Flourens (1) montre les altérations que la moelle épinière et la moelle allongée peuvent subir ; enfin les communications se suivent : Longet et d’autres signalent les diverses constatations observées par eux après l’anesthésie par l’éther.

L'éther est donc bien étudié du début de la communication de Jackson, et, malgré quelques critiques, il conquiert toutes les faveurs. Après une découverte si remarquable on pouvait croire qu’il fallait attendre encore longtemps avant que quelque chose de nouveau se produisit, quelque chose qui arriverait au même plan que l’éther et le surpasserait même.

Pourtant, comme une découverte ne vient jamais seule, la découverte de l’éther est suivie de celle du chloroforme. Le 8 mars 1847, Flourens (2) fait une communication à l'Académie des sciences sur le chloroforme et le propose comme un nouvel anesthésique.

Quoique le chloroforme eût été découvert par Soubeiran 15 ans auparavant, il n'avait pas été employé comme anesthésique général ; Flourens propose donc cet agent.

Le chloroforme gagne peu à peu du terrain et une grande partie des chirurgiens le trouve préférable à l’éther, car d’après eux le premier de ces anesthésiques produit une période d’excitation moindre, autant dans son intensité que dans sa longueur ; de plus, l’anesthésie est plus profonde, l’éther ayant l'inconvénient de ne pas relâcher complètement les muscles, d’où dans les opérations abdomina-

(1) FLouRENS, Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 22 février 1847. (2) FLourens, Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1847.

les insuffisance de cet agent pour produire une anesthésie telle qu’il est nécessaire. En dehors de cette objection, un autre argument qu'on donne en faveur du chloroforme, c’est la production de l’anesthésie elle-même qui se ferait très difficilement avec l’éther et très rapidement avec le chloroforme.

Les anesthésies se multipliant, on trouve d’autres inconvénients à l'éther et le chloroforme lui-même ne reste pas sans reproche ; des cas de mort se produisent, etalors l’enthousiasme pour l’un et l’autre anesthésiques se refroïdit et les chirurgiens se divisent en deux camps : les uns par- tisans de l'éther, les autres du chloroforme.

En Amérique, à la suite de plusieurs décès par le chloroforme, on revient à l’éther et on reste partisan de cet agent. En France, l'Ecole lyonnaise subit la même influence et l’éther est employé couramment ; Le chloroforme perd toute sa faveur et à un moment donné on le proscrit complètement. Ainsi en 1859 la Société des sciences médicales de Lyon (1) proteste contre l'emploi du chloroforme ; Pétrequin (2) écrit : « je propose de proscrire le chloroforme et conseille l'emploi exclusif de l’éther, dan but desle rendre aux malades le service de préserver ceux dont un agent dangereux menace l'existence, et à nos confrères celui de leur épargner le remords d’avoir, par une pratique mauvaise, porté atteinte à la vie de leur client ».

Mais le chloroforme ne reste pas moins l'anesthésique de choix dans la plus grande partie de la France ; à Paris,

(1) Comptes-rendus de la Société des sciences médicales de Lyon, 1859. (2) PÉTREQUIN, Comptes-rendus Académie des sciences, 1865.

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jusque dans ces derniers temps, il a été presque exclusivement employé.

L’éther depuis Velpeau, Gerdy, et les premiers expérimentateurs qui l'ont employé à l’origine, alors que le chloroforme n’était pas en faveur, l’éther, dis-je, a été rarement utilisé, sauf dans quelques services comme dans celui de Gosselin. Mais depuis deux ou trois ans une nouvelle réaction s'opère ; à Paris surtout cette réaction est assez caractéristique et les chirurgiens qui jusqu'ici employaient exclusivement le chloroforme ont de la tendance à lui substituer l’éther. Des récentes communications des sociétés savantes, surtout de la Société de chirurgie, il ressort que les partisans de l’éther augmentent chaque jour, à mesure que cet agent est mieux connu. Faut-il déduire de là que dans un avenir prochain l’éther remplacera le chloroforme ? Ce serait là certainement une opinion prématurée, car malgré les avantages de l’éther sur le chloroforme, il restera tou: jours des chirurgiens partisans de ce dernier anesthésique, soit qu'ils le trouvent de beaucoup préférable à l’éther, soit enfin qu'ils aient une plus grande pratique du premier de ces deux anesthésiques.

Avant de terminer ce chapitre, nous devons citer les diverses communications faites dans ces derniers temps aux sociétés savantes à propos de l’éthérisation. A la Société de biologie de l’année dernière, M. Angelesco (1) a étudié la température pendant l’anesthésie par l’éther. Cette étude a été complétée par le même auteur dans les Annales de

(1) ANGELESCO, Société de biologie, 8 décembre 1894. Annales de médecine, avril 1895.

médecine ; d’ailleurs nous reviendrons sur cette question dans un chapitre spécial ; à la même séance M. Lenoble (1)

a communiqué à la Société de biologie ses études sur l’é-

pilepsie spinale et le nystagmus qu’on observe dans léthérisation. se

Enfin à la Société de chirurgie, M. Chaput (2) a communiqué en son nom et au nom de ses deux internes, MM. Angelesco et Lenoble, un travail sur 135 cas d’anesthésie par l’éther à l’aide du masque de Wanscher; les conclusions de ces auteurs sont les suivantes:

1° L'’éther est beaucoup moins dangereux que le chloroforme. <

2 L'anesthésie par l’éther s'obtient en 4 ou 6 minutes ; elle est donc beaucoup plus rapide qu'avec le chloroforme.

3° L'administration de l’éther est très facile et peut être confiée même à quelqu'un de très ignorant.

4° L’éther renforce les pulsations cardiaques et n’expose pas au shock, le chloroforme a des effets inverses.

Avec l’éther il n'est nullement besoin de surveiller le pouls ; la respiration et la cyanose sont seules à considérer. Or précisément la respiration est très bruyante et son arrêt se remarque immédiatement. Quant à la cyanose, elle n’est dangereuse que lorsqu'elle tourne au noir foncé.

0° L’éther altère beaucoup moins les reins (albuminurie) que le chloroforme.

6° L'éther ne provoque de vomissements que d’une ma-nière très exceptionnelle.

(1) Lexoze, Société de biologie, 8 décembre 1894, (2) Société de chirurgie, 8 mai 1895.

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1° Les malades éthérisés se réveillent très facilement et très vite ; ils sont beaucoup moins abattus que les sujets chloroformisés. |

Les mêmes auteurs insistent ensuite sur les contre-indications de l’éther qui sont :

1° Les affections aiguës ou chroniques de l’appareil respiratoire; |

2° Les opérations sur la face et la trachéotomie ;

3° Les opérations cérébrales.

Enfin comme dernier chapitre ils montrent que le masque de Wanscher serait préférable au masque de Julliard, car le premier de ces appareils est moins volumineux, moins embarrassant ; de plus il permet l'inspection de la face et des yeux et la graduation facile de l’arrivée de l'air.

Dans la même séance M. Ollier a communiqué sa pratique de l’anesthésie par l’éther.

Peu de temps après sont venues les communications de MM. Monod, Reclus, Michaux, Ricard (1). M. Monod emploie le masque de Chalot, qui n’est que le masque de Julliard légèrement modifié. Il a fait 241 éthérisations etses conclusions sont à peu de chose près semblables à celles de M. Chaput, il reste partisan de l’éther.

M. Michaux comme MM. Ricard et Reclus se déclarent également partisans de ce dernier anesthésique.

MM. Poncet (2), Quénu, Championnière et Régnier ont de nouveau insisté sur cette question dans les séances suivantes ; les uns sont partisans de l’éther, les autres préfèrent le chloroforme. Ainsi pour M. Poncet, il ne peut plus

(1) Société de chirurgie, 22 mai 1895.

(2) Société de chirurgie, 29 mai 18%.

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surgir de discussion au sujet du danger de l’éther ; ce dernier est beaucoup moins dangereux que le chloroforme et malgré quelques inconvénients il reste supérieur au chloroforme. AU

M. Quénu est revenu depuis quelque temps à l'éther; il l'emploie pour les opérations rapides, et chez les malades affaiblis soit par la maladie soit par une opération préalable ; comme appareil il emploie une simple armature en fil de fer qu’on recouvre avec de la flanelle et un imperméable. |

M. Championnière croit qu’il ne faut pas être absolu dans le choix des anesthésiques ; l’éther a ses indications de même que le chloroforme. Pour lui l’éther présente un gros inconvénient pour l'opérateur, c’est celui d’être gêné par les vapeurs d’éther ; l'anesthésie du reste est moins complète qu'avec le chloroforme. Les vomissements sont les mêmes, l'excitation secondaire est beaucoup plus intense avéc l’éther. M. Championnière pratique une anesthésie mixte avec l’éther et le chloroforme ; il obtient ainsi une anesthésie rapide, sans alerte, ce qui est préférable, le début de l’anesthésie étant meilleur avec l’éther et la fin meilleure avec le chloroforme.

En résumé l’anesthésie par l’éther tend à être employée de plus en plus, surtout à Paris où elle était complètement délaissée.

Nous avons donné un court aperçu des phases successives par lesquelles l’éther a passé et nous ne pouvons pas plus longtemps insister sur l'historique de l’éthérisation, car cette question est presque complètement traitée dans

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la thèse de Mercier (1) à laquelle nous renvoyons les lec-

teurs qui veulent avoir sur cette question des notions plus complètes. |

(1) MERCIER, thèse de Paris, 1895.

Agents d’anesthésie générale.

Les agents principaux d'anesthésie générale employés actuellement en chirurgie sont au nombre de trois : le chloroforme, l’éther et le bromure d'éthyle. Ces agents sont employés d’une manière inégale : c’est ainsi que des chirurgiens emploient exclusivement l’éther, d’autres exclusivement le chloroforme ; enfin le bromure d’éthyle est utilisé très rarement.

Nous avons eu et nous aurons encore l’occasion d'indiquer les causes qui font que les chirurgiens sont partagés en ce qui concerne l’administration de l’un ou de l’autre anesthésique.

Le premier en date des anesthésiques généraux a été l’éther ; depuis la découverte de Jackson et Warren, cet agent a perdu et regagné du terrain tour à tour, de telle sorte qu'actuellement il est presque exclusivement employé en Amérique, très utilisé en Allemagne et en Angleterre, peu à Paris, beaucoup à Lyon, où les chirurgiens le préfèrent au chloroforme.

L'éther qu'on emploie dans l’anesthésie générale, est l'éther sulfurique, l’éther hydrique, oxyde d’éthyle ; il fut obtenu en 1720 par Fabronius de la distillation de l’alcool en présence de l’acide sulfurique. Nous avons vu par quelles phases a passé l'emploi de l’éther comme agent d’anesthésie générale et comme il tend actuellement à se répandre de plus en plus.

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Le chloroforme découvert presque simultanément, en 1831, en France par Soubeiran, en Allemagne par Liebig, fut employé en 1847 comme anesthésique général et depuis ce temps son emploi a égalé et surpassé celui de l’éther.

* Enfin le bromure d’éthyle est très peu utilisé; pourtant des chirurgiens le préfèrent aux autres anesthésiques et c’est ainsi que M. Segond l’emploie tout particulièrement.

Ces trois agents restent donc en présence, quoique utilisés avec une fréquence inégale. Ge qu’il faut donc chercher, c’est de voir, si par l'étude des faits, par l’examen des expériences faites sur les animaux, enfin par la comparaison des statistiques, c’est de voir, dis-je, si l’un de ces agents n’est pas supérieur aux autres, soit qu’il soit moins dangereux, soit qu’il donne une anesthésie plus complète.

Physiologie de l’éthérisation.

Bien que nous n’ayons en vue dans ce travail que l’éthérisation par le procédé de Julliard, nous ne saurions entreprendre la description des résultats obtenus par l'appareil du chirurgien de Genève, sans au préalable donner une idée générale des phénomènes physiologiques que détermine le passage de l’éther dans l'économie. |

Depuis le jour où Jackson reconnut empiriquement les propriétés anesthésiques de l’éther, depuis le jour fameux où pour la première fois Morton et Warren s’en servirent heureusement pour opérer un malade sans que celui-ci éprouvât la moindre douleur, les physiologistes des deux mondes répétèrent de curieuses expériences destinées à approfondir le mode d’action du nouvel agent. Mais c’est aux savants français que revient encore l'honneur d’avoir élucidé les phénomènes intimes de son administration. Flourens et Longet, le premier à l’Académie des sciences (séance du 8 février 1847), le second à l’Académie de médecine (9 février 1857), ont jeté dans d’immortelles expériences les bases de la théorie de l’anesthésie générale. Du premier coup, on doit le dire, ils approfondirent l’action de l’éther. On n’a ajouté que peu de choses aux notious si nouvelles qu’ils apportaient. Serres, Amussat, Gerdy, analysèrent plus complètement certains phénomènes déjà vus par ces expérimentateurs. Nous ne parlerons pas de Claude Bernard et de Paul Bert qui ont surtoutétudié les effets du

chloroforme. C'est à Flourens et à Longet que nous emprunterons les détails qui vont suivre relativement à l'éther « à cet agent nouveau à la fois merveilleux et terrible » (Flourens, Académie des sciences, séance du 22 février).

C'est depuis leurs travaux en effet que l'on divise en quatre périodes les effets anesthésiques de cet agent sur le système nerveux :

Dans une première période, l’éther après avoir pénétré dans le sang par la voie pulmonaire est transporté d’abord dans toutes les parties de l’organisme, mais manifeste son influence d’une façon toute spéciale sur les hémisphères cérébraux. C'est à ce moment que se montrent les phénomèênes d’excitation parfois si prononcés, qu'ils peuvent revêtir un caractère effrayant ; mais il faut bien savoir que eette phase ne résulte pas seulement de la réaction du cerveau, mais encore, et avant tout peut-être, de l'impression désagréable que produisent les vapeurs condensées de l’éther. Disons dès maintenant, qu’à ce point de vue tout spé: cial, le masque de Julliard nous paraît réaliser sur les autres appareils analogues un avantage considérable en ce sens qu'une forte proportion d’air se trouve mélangée aux premières inhalations de l’éther : les vapeurs d’éther n'arrivent donc qu’en proportion minime influencer les voies respiratoires. Le malade s’y accoutume peu à peu et Fon n’a plus, ordinairement, que l’esquisse de cette excitation qui avait effrayé, à juste titre, tous les expérimentateurs. Lorsqu'elle existe avec une intensité moyenne, cette phase se caractérise surtout par des mouvements de défense ; les rêves, le délire, la loquacité qu'on trouve signalés dans la plupart des observations d'anesthésie par

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le chloroforme nous ont paru toujours moindres avec le masque de Julliard. Il faut dire aussi que les nerveux ou les alcooliques, ici encore, présentent à leur maximum ces phénomènes d'excitation. Ce sont donc les hémisphères cérébraux qui sont frappés les premiers et c’est ce qui a fait dire à M. Dastre (1); « le plus délicat, le plus noble, l'élément des hémisphères cérébraux est celui qui ouvre la scène. Les phénomènes dont il est l'instrument, Îles actes de perception sensorielle et de conscience sont abolis, alors que le fonctionnement des autres éléments du système nerveux n’a pas encore subi d'atteinte ».

Dans la deuxième période, la moelle est envahie à son tour. « Mais, dit encore M. Dastre, la graduation nécessaire de l’envahissement nerveux par l’action anesthésique est possible. Le bulbe rachidien est le plus réfractaire des organes nerveux à l'atteinte de l'agent anesthésique ». C'est donc par la partie inférieure de la moelle et aussi, et surtout par les cornes postérieures que l’envahissement se manifeste. Ce sont les racines sensitives qui sont frappées d'inertie : la sensibilité progressivement disparaît jusqu'à l’abolition complète, mais toujours dans un ordre régulier; les membres et le tronc sont les premiers frappés d’anesthésie, puis la peau du visage, les téguments de l'oreille et enfin la conjonctive perdent toute sensibilité. CI. Bernard depuis longtemps déjà avait dit : la cellule sensitive subit la première attaque. La sensibilité à la douleur disparaît d’abord puis les diverses formes de sensibilité tactile. Et avant lui Flourens avait posé en loi qu’après son action

(1) Dasrre, Les anesthésiques ; physiologie et applications chirurgicales, Paris, 1890.

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sur le cerveau et le cervelet, l’anesthésique continuant d’agir sur la moelle épinière produit un phénomène singulier qui se manifeste par l'abolition de la sensibilité et de la motricité. C’est là la loi des périodes si bien étudiée récemment dans le livre de M. Dastre et dansles Lecons de thérapeutique de M. Hayem. D'après ce professeur (1): « la perte de la sensibilité porte d’abord sur les nerfs médullaires, puis Sur ceux de la protubérance (face) et en dernier lieu sur ceux du bulbe (oreille)... Les organes splanchniques, le tube digestif, le péritoine, les organes génitaux résistent plus longtemps que les autres parties à l’envahissement de linsensibilité, les nerfs du grand sympathique étant les derniers atteints ».

La troisième période survient alors : elle se caractérise anatomiquement par l'envahissement des cornes antérieures de la moelle et des racines motrices; on observe des contractions des muscles de la face et du tronc, des mouvements transversaux des globes oculaires aux limites extrémes desquels apparaissent des mouvements de nystagmus déjà signalés par M. Duret dans sa thèse (2), plus récemment par MM. Hayem et Dastre, et qui ont fait l’objetd’une communication récente à la Société de biologie par M. Lenoble (3). Si l’on recherche à ce moment l’état des réflexes on les trouverait le plus souvent augmentés, mais bientôt ils s’atténuent jusqu’à disparaître complètement. Cependant il ne serait pas rare de le voir persister pendant l’anesthésie complète (Dastre).

(1) Haven, Leçons de thérapeutique, les médications, Paris, 1890.

(2) Durer, Contre-indications à l’anesthésie Chirurg. Thèse d'agrégation,

Paris 1880.

(3) LENOBLE, Sociélé de biologie, 8 décembre 1894. BORREL-DEROIDE 4

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Alors on entre dans la période d’anesthésie chirurgicale, la vie de relation n’existe plus et il ne persiste plus sous la surveillance du bulbe et du sympathique que la vie végétative seule (Hayem). Dans cette succession de phénomènes, comme le montre M. Dastre, il faut donc distinguer deux phases successives : dans la première la motilité réflexe est conservée, elle peut même être exagérée par suite de l'excitation préparalytique d’une part et de la suppression de l’activité cérébrale inhibitrice des réflexes de l’autre. Dans la deuxième elle est abolie. Cependant alors même que l'on se trouve en pleine période d’anesthésie, on peut voir se manifester un certain nombre de curieux phénomènes encore mal étudiés et qui semblent être, au moins jusqu’à plus ample informé, surtout l'apanage de l’éther. Depuis longtemps déjà on a comparé le malade éthérisé à l'individu en état d’alcoolisme aigu. M. Dastre parle de phénomènes d’excilation asphyxique venant compliquer le tableau symptomatique ; des mouvements des membres, de la mâchoire, des paupières, des mouvements faibles et incoordonnés pouvant être dus à «l’anoxyhémie qui excite le pouvoir auto-moteur des centres ». Paul Berta démontré en effet la conservation de ce pouvoir auto-moteur des centres par une expérience convaincante : il asphyxie par immersion un animal bien anesthésie, et il obtient des convultions moins fortes sans doute qu’à l’état normal mais cependant bien évidentes (Dastre). Dans une communica- Lion déjà signalée (1), M. Lenoble relate un phénomène sur lequel l’attention des physiologistes n'avait pas encore été

(1) LENOBLE, loco citato.

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appelée : la trépidation épileptoïde. Nous citons tout au long cette communication :

€ COMMUNICATION DE M. LENOBLE. — Dans le cours des éthérisations pratiquées dans le service de M. le D' CGhaput à la Salpêtrière, nous avons été frappé par l'apparition de deux symptômes survenant au début de la résolution musculaire ou dans le cours de la narcose profonde: le nystagmus et la trépidation épileptoïde. Nous avons réuni un certain nombre d'observations cliniques qui nous permettent d’arriver aux conclusions suivantes :

4e Le nystagmus est un phénomène du début de la résolution musculaire. Il est transitoire. Au moment de sa pro-. duction, le réflexe cornéen persiste plus ou moins affaibli, très rarement aboli, alors que l’anesthésie est déjà sufiisante, Exceptionnellement, il ne se manifeste qu’au cours de la narcose profonde. Les secousses sont latérales. On le rencontre dans plus de la moitié des cas (22 fois sur 42 observations).

20 La trépidation épileptoïde appartient à la période chirurgicale de l’éthérisation. Elle est presque exclusivement localisée aux membres inférieurs (un cas où elle s’est généralisée aux membres thoraciques). Elle varie dans son siège (partie ou totalité des membres abdominaux, uni ou bilatéralité), dans son intensité, dans sa marche, dans sa durée, sans que la position donnée aux opérés intervienne dans sa production. Les réflexes, en particulier les réflexes patellaires, restent normaux, et les deux phénomènes semblent indépendants. Les symptômes médullaires d’origine organique (hémiplégie, myélite transverse) ne sont pas modifiés par l’éther. Le intoxications (alcool) ou les né-

vroses (hystérie, épilepsie) n’ajontent rien aux caractères : de l’épilepsie spinale qui disparaît au réveil, mais persiste

le plus souvent pendant toute la durée de l’anesthésie. On

la rencontre dans plus des deux tiers des cas (32 cas sur 44 observations). Peut-être est-elle moins fréquente chez les vieillards. |

3° Lorsque les deux signes s’associent (une fois sur deux) le nystagmus se constate toujours en premier lieu et le plus souvent la trépidation épileptoïde lui fait immédiatement suite. |

40 Tout paraît prouver que l’on se trouve en présence de phénomènes d’origine nerveuse dépendant de l’exagération du pouvoir excito-réflexe des centres nerveux. En particulier, l’épilepsie spinale serait un phénomène de dynamogénie résultant de l'imprégnation des éléments nerveux par l’éther : ce derniel appartiendrait, par suite, au groupe des poisons excito-moteurs des centres nerveux. Comme facteur secondaire on peut invoquer la séparation de la moelle et des centres encéphaliques, et, à titre accessoire, l'influence de l'acide carbonique, le sujet respirant dans un milieu de vapeurs d’éther condensées où l’air se renouvelle assez mal (masque de Landau).

9° En se basant sur Les expériences de Flourens et étant donnée la succession de ces deux symptômes, on pourrait y voir l'indice de la marche progressive de l’éther envahissant tour à tour le cerveau, le cervelet, la protubérance annulaire, la moelle épinière. L'’intégrité fonctionnelle des parties supérieures de la moelle serait caractérisée par l’absence de trépidation épileptoïde aux membres thoraciques ». — Tels sont les phénomènes qui marquent la période d’a-

on

nesthésie chirurgicale. Si l’anesthésie est poussée plus loin, cette phase est dépassée et la quatrième période se présente avec ses accidents.

C'est qu’en effet l'invasion du bulbe en est la caractéristique et son excitation la conséquence. Les nerfs modérateurs (pneumogastrique) l'emportant sur les accélérateurs

(sympathique): une syncope se produit, le cœur s’arrête en diastole. Si les nerfs accélérateurs l'emportent, le-cœur exécute des mouvements désordonnés auxquels succède la pa-

ralysie, d’où arrêt de la respiration.

=. Nous n’avons jusqu'alors qu’envisagé dans leur ensemble les symptômes qui se déroulent au cours de l’anesthésie par l’éther, il nous faut maintenant entrer plus avant dans l’analyse de certains phénomènes.

Il est de notion courante que l’anesthésie par l’éther s’obtient plus difficilement qu'avec le chloroforme. Quelques chirurgiens se sont cependant élevés contre cette manière de voir. Nous citerons en particulier les communications faites par M. Le Dentu à la Société de chirurgie (16 mai 1894). Plus récemment M.Chaput donnantcommunication à la Société de chirurgie du résultat des éthérisations pratiquées dans son service arrive à une durée moyenne de 6 minutes (1).

Pendant le cours de l’aneésthésie la respiration se maintient calme et profonde : elle est stertoreuse ce qui tient à l'accumulation des mucosités bronchiques au fond de la gorge. Nous aurons à voir au chapitre des accidents jusqu’à quel point on peut considérer ce phénomène comme un in-

(1) CHapur, LENOBLE et ANGELESCO, Société de chirurgie, 8 mai 1895.

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convénient. En même temps la respiration s’accélère (40 à 50 mouvements respiratoires par minute). Le pouls est plein et accéléré et monte facilement jusqu'à 150 par minute et même au delà.

La pupille en général dilatée au début de l’anesthésie revient bientôt à ses dimensions normales ; parfois on la trouve contractée. Ici encore sa dilatation brusque est un symptôme menaçant d'asphyxie. |

La face est vultueuse, rosée. Une fine sueur apparaît aux tempes, et les larmes plus abondamment sécrétées forment un petit lac au niveau du grand angle de l'œil. Cependant la conjonctive est sillpnnée de fins vaisseaux qui rayonnent vers la cornée. C’est qu’en effet l'éther est essentiellement un vaso-dilatateur et l’on a pu dire qu’un des grands inconvénients de son administration étaient les hémorrhagies en nappe auxquelles il expose. Disons dès maintenant que cette crainte est excessive. Nous avons vu pratiquer en effet quelques opérations extrêmement sanglantes sous l’anesthésie par l’éther, en particulier une trépanation de la moelle où les sinus veineux des vertèbres donnaient abondamment. Cependant le sommeil resta calme et l’opéré ne fut pas trop affaibli par la perte du sang.

Enfin il nous reste à parler de l’état de la température au cours de l'anesthésie. D'une façon générale elle est abaissée, de 0°30 à 5° (Dumeril et Demarquay), de 102 à 14 (Simonin) et de 0°2 à 1°1 (Kappeler). Ce refroidissement serait dû aux ralentissements des oxydations et au rayonnement des parties découvertes. Get abaissement de la température a donné lieu récemment à une communica-

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