‹ Contribution à l'étude de l'anesthésie par l'étherChapitre 8 sur 18 · SOS · texte numérisé non relu

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bouche avec une éponge (1). Jamais nous n'avons été contraint d'en venir là. Parfois nous avons dû incliner la tête du malade de côté: ce procédé simple suffisait toujours à permettre l’écoulement des mucosités emmagasinées dans la gorge. C’est également l’opinion de Kœærte. Quant à l’irritation bronchique, elle est le plus souvent insignifiante. Cependant MM. Chaput, Lenoble et Angelesco, dans leur communication récente, signalent un cas de mort par broncho-pneumonie (2). M. Richet aurait observé à trois reprises les accidents d’asphyxie qui se seraient terminés par la mort (3). Mais à la lecture des observations on trouve rapporté que la plaie offrait une rougeur érysipélateuse et qu’à l'autopsie les poumons présentaient une coloration noire à leur base. Les reins étaient congestionnés, le cœur en état de surcharge graisseuse, le pneumogastrique droit englobé dans un ganglion volumineux. M. Richet attribua la mort à des embolies graisseuses. Pour nous l’anesthésique doit être regardé comme innocent de cette mort qui nous semble devoir être rapportée à une infection partant de la plaie. Enfin à la Société de chirurgie (4) M. Lucas Championnière reproche à nouveau à l'éther de causer des bronchites : c'est là, d’après cetauteur, un des grands inconvénients de son administration.

Vomissements. — Ca été longtemps un des grands arguments invoqués par les partisans absolus du chloroforme.

(1) Vazras, Revue de chirurgie, 1893.

(2) Loco citato.

(3) Gazette des hôpitaux (1879), n° 80, p. 633 et n° 103, p. 817, Accidents tardifs consécutifs à l’éther et au chloroforme par le Dr Vicror REVILLANT,

(4) Séance du 29 mai 189%.

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Et cependant depuis longtemps déjà les expérimentateurs de l’éther s'élèvent contre cette manière de voir. Kœrte les regarde comme rares : 40 fois sur 600 anesthésies. M. Le Dentu (1) a observé très peu de vomissements avec l’éther, moins qu'avec le chloroforme. La dépression est toujours moins forte aussi. La plupart des chirurgiens allemands - partagent cette opinion. C’est également celle des chirurgiens de Lyon. Dans sa communication M. Chaput dit que les vomissements sont rares: sur 135 observations pendant l’anesthésie, ils ont été nuls 129 fois ; 3 fois ils se présentèrent chez des sujets à jeun, 3 autres fois sur des sujets ayant mangé avant l'opération. Après l’anesthésie on ne note de vomissements bilieux que 13 fois ; 2 fois seulement ils se prolongèrent, de façon à simuler les vomissements si violents du chloroforme. M. Julliard estformel : pour lui les vomissements dépendent de la façon dont est administré l’anesthésique : ils se produisent environ une fois sur neuf.

Embrasement des vapeurs d'éther. — C’est le plus grave argument apporté contre l’éther. Si l'on opère le soir M. Julliard recommande de placer la lumière au-dessus de la tête pour éviter tout accident, les vapeurs d’éther étant plus lourdes que l'atmosphère tombent au niveau du plancher. M. Roux dans sa thèse (2) a rapporté plusieurs accidents analogues. Au surplus si l’on emploie le thermo-cautère on pourra interposer un carreau entre l’opérateur et l’anesthésiste, ou mieux encore se servir provisoirement du chloroforme. M. Le Dentu recommande de n’opérer jamais

(1) Le DEnTu, Société de chirurgie, Sem. médicale, 1891, p. 239. (2) Roux, Th. Lyon, 1879.

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à moins d’un mètre et demi de toute lumière ou foyer. En réalité, on voit qu’en prenant quelques précautions légères on évitera facilement un pareil accident : au surplus c’est plutôt l'incendie que l’on doit redouter que les brûlures que l’on peut faire au malade.

La toux si fréquente au début de l’anesthésie ne nous semble pas constituer un véritable accident. En prenant la . précaution d'accoutumer le malade aux inspirations de l’éther, elle est nulle ou si réduite qu’on peut la compter pour rien. Les accidents tels que le tremblement (Julliard) ne se rencontrent guère que chez des alcooliques et n'ontrien à voir avec l'agent anesthésique employé. Silex (1) signale des claquements des lèvres, du tremblement des membres, de la dyspnée disparaissanten quelques secondes lorsqu'on enlève le masque. On a dit encore que l’éther s’éliminait plus lentement que le chloroforme : ce n’est là qu'un inconvénient léger. Les néphrites sont rares : au surplus faut-il donner cette grave appellation à l’albuminurie qu'on rencontre parfois comme conséquence de l’éthérisation : en réalité l’albumine disparaît rapidement des urines lorsqu'elle est la conséquence d’une semblable anesthésie, sans jamais s'accompagner de troubles graves. Enfin le chloroforme s’en accompagnerait bien plus fréquemment (1 fois sur 4 d’après Patein) (2). Enfin on a signalé encore la mauvaise odeur déterminée par les vapeurs d’éther répandues dans la salle : à la séance du 29 mai 1895 de la Société de chirurgie M. Lucas Championnière insiste sur cet inconvénient: « Pour mon compte, dit-il, je suis littéralement as-

(1) SILEX, Sociélé médicale berlinoise, 189%, in Sem. médicale, p.196. (2) PATEIN, Thèse de Paris, 1888.

dore

phyxié par l’éther ». Peut-être pourrait-on objecteravec Jullard qu'ilsuffitdesavoir s’y prendre pour éviter cetinconvénient, « c'est-à-dire de ne pas verser l’éther à profusion ».

ACGIDENTS GRAVES. — Ce sont les accidents ordinaires de tous les anesthésiques. Mais il faut dire qu'ici ils se présentent avec des caractères bien spéciaux. Vallas (1) et Duret signalent trois sortes d’accidents cardiaques comme conséquence de la chloroformisation.

1° Syncope primitive ou laryngo-réflexe comme accident du début ;

2 Syncope secondaire ou bulbaire, accident plus tardif;

3° Syncope tertiaire ou par intoxication.

Le chloroforme est donc avant tout un poison du cœur. L'éther est un poison de l’appareil respiratoire.

Horatio Wood, de Philadelphie (2), a étudié la cause de la mort par les anesthésiques chez les animaux. Au point de vue de léther et du chloroforme cet auteur a recherché :

1° De quelle manière ces substances produisent la mort;

2° La toxicité comparative de ces deux poisons et ce qui constitue leur différence ;

3° Le meilleur traitement des accidents du chloroforme et de l'éther.

À doses modérées l’éther agit comme un stimulant de la circulation. À doses élevées il déprime l’action cardiaque, à un moindre degré cependant que la respiration. Le chloroforme peut produire la mort par la paralysie des centres respiratoires ou par un arrêt simultané de la respiration et

(4) VazLas, Revue de chirurgie (avril 1893), Anesthésie par l’éther et ses résultats dans la pratique des chirurgiens lyonnais. (2) Horario Woop, Sem. méd., 1890, p. 303, 304.

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de la circulation. La mort peut être immédiate par action sur le cœur surtout quand on le donne en vapeurs concentrées. =

Les expériences de l’auteur ont porté sur deux séries d'animaux. Chez les uns il injecte directement le chloroforme dans les veines. Chez les autres il procède par inhalation. Dans tous les cas le chloroforme a une action paralysante directe sur le cœur et la respiration : ces deux fonctions peuvent être paralysées simultanément. La respiration peut cesser avant le cœur. Mais dans quelques cas le cœur s’arrête avant la respiration qui continue quelquefois deux minutes après l’arrêt du cœur.

La mortalité par le chloroforme serait soumise à des influences climatériques (la mortalité serait moindre dans les États du Sud de l'Amérique que dans les États du Nord et qu’en Europe). | ;

L'éther détermine d’abord une élévation de la pression sanguine qui s’abaisse ensuite. L'auteur a constaté deux morts par syncope ; la respiration a persisté deux minutes après la circulation.

On peut conclure d’une manière générale que l’éther et le chloroforme paralysent aussi bien la circulation que la respiration ; que dans certains cas c’est l’une de ces fonctions qui est abolie la première; et enfin que l’éther a moins de tendance à produire l'arrêt primitif du cœur que le chloroforme.

2 point. Toxicité comparative des deux poisons.

D’après Turnbull 375 décès dans sa statistique sont dus au chloroforme et 75 à l’éther.

Andrews estime qu’il meurt un malade sur 23, 204 éthérisations et Lyman 1 sur 16,542.

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D’après Richardson le chloroforme donne un décès sur 3,000 opérés 1 sur 5,860 d’après Lyman.

Le chloroforme est donc 4 ou 5 fois plus dangereux que l'éther. Les chiens succombent en grande partie pendant la narcose chloroformique. Le chloroforme est plus toxique : il altère plus profondément les centres respiratoire et circulatoire et l’on voit souvent des chiens qui succombent bien que les fonctions de la respiration et de la cireulation soientactives, même quand on essaie de les sortir du sommeil artificiel. Jamais Wood « n’a constaté avec l’éther cette mort fatale même quand le chien paraissait presque mort ».

Il en conclut :

1° Tout anesthésique présente une chance de mort malgré toutes les précautions.

2° Le chloroforme agit plus profondément et plus promptement que l’éther sur les centres respiratoire et circulatoire.

3° L'action du chloroforme est plus persistante que celle de l’éther.

4° Le chloroforme peut causer la mort par arrêt primitif du cœur ou de la respiration ; en général ces deux fonctions sont atteintes et abolies en même temps.

5° L’éther agit plus spécialement sur la respiration ; mais quand le cœur est faible il peut aussi produire une paralysie primitive du cœur alors que la respiration se maintient (nous aurons lieu d'apprécier cette manière de voir). ,

6° Le chloroforme tue 4 ou 5 fois plus souvent que l’éther. Son action se maintient plus longtemps après la cessation

des inhalations, peut-être parce qu’il est beaucoup moins BORREL-DEROIDE 6

volatil que l’éther ; c’est peut-être aussi parce que la volatilisation de l’éther augmente qu'il est moins toxique dans les pays chauds où sa diffusibilité est plus grande parsuite de la température plus élevée de Pair.

: Si l’éther est si peu en faveur, c'est qu’on ne sait pas ladministrer.

M. Dastre (1) dit de même que l’éther expose moins que le chloroforme aux syncopes secondaires cardiaques. « Avec lui (l’éther), le cœur se ralentit successivement parce que l’action excitante sur les noyaux bulbaires du vague est elle-même successive et graduée et il faudrait prolonger l’irruption exagérée de l’éther pendant trois minutes pour produire la syncope fatale ». Mais la syncope tertiaire (arrêt de la respiration avant l'arrêt du cœur) surviendra plus inopinément avec l’éther.

C’est donc cette syncope tertiaire qui constitue le vrai danger, car la syncope primitive, la syncope laryngo-réflexe de Duret on ne l’a jamais observée avec l’éther : M. Julliard est formel à cet égard.

D’après M. Dastre, et tous les physiologistes sont d’accord avec lui, la syncope bulbaire pourrait se produire, mais elle est fort rare. Le grand danger, la syncope tertiaire est due à l'intoxication profonde du bulbe.

« Lorsque la chloroformisation (2)... finit par être excessive, dit M. Hayem, on n'obtient plus d’excitation mais de la paralysie.

« Cette paralysie portant à la fois sur les deux systèmes de nerfs cardiaques, que va-t-il se passer ?..….

(1) Loco cilato.

(2) HAYEM, loco citato.

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« Dans la paralysie produite par le chloroforme, on doit se trouver en présence de désordres occasionnés par la prédominance de l’action accélératrice. Et en effet les mouvements du cœur deviennent plus précipités et de plus en plus petits, la pression sanguine s'abaisse, la respiration s'arrête par paralysie du bulbe, et enfin le cœur cesse de battre, après l'arrêt respiratoire, au bout d’un certain temps qui peut s’élever jusqu’à deux minutes ».

Et plus loin : « Dans d’autres cas, l’apnée toxique paraît avoir été occasionnée par une complication survenue du côté de l'appareil respiratoire (apnée toxique pneumo-bulbaire). Les principales particularités notées dans les observations sont l'accumulation de mucosités dans les bronches, la chute de la langue, la congestion pulmonaire, les adhérences pleurales ».

C'est là certainement un effroyable accident. Mais s’il faut compter avec lui, il n’en est pas moins vrai que la syncope tertiaire est infiniment plus rare avec l’éther qu'avec le chloroforme. Il est intéressant de rechercher les causes de cette rareté relative. C’est à Paul Bert qu'est due cette importante notion (1) :

Paul Bert appelle dose maniable Y'intervalle compris entre la dose anesthésique d’une substance et la dose mortelle. 5

Dans tous les cas la dose mortelle d’une substance est précisément le double de la dose anesthésique (cité par Julliard).

D'autre part Paul Bert érigea cette loi: « L'action des gaz

(1) Comptes-rendus del’ Académie des sciences. 1891.

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et des vapeurs sur l'être vivant est réglée par leur tension partielle ». Avec un mélange de chloroforme déterminé l'organisme absorbe du chloroforme jusqu'à ce quelatension de la vapeur dans le sang soit égale à la tension dans l'atmosphère offerte. $

Mais l’on conçoit combien il est difficile de se rendre compte de l’approche de la quatrième période, de la période des syneopes ; son voisinage est inappréciable pour l’opé-

rateur. L’intervalle qui sépare l’anesthésie chirurgicale de l’anesthésie bulbaire constitue la zone variable de Paul Bert. Il résulte des expériences de l’illustre physiologiste que la limite entre la dose anesthésique et la dose mortelle est plus courte avec le chloroforme qu'avec l’éther. Pour produire l’anesthésie il faut mélanger à 100 volumes d’air 14 grammes de chloroforme et 55 grammes d’éther. Par le fait de l’activité moindre de l’éther son action est moins dangereuse. La zone variable de chaque anesthésique (étherou chloroforme) varie dans les proportions suivantes: pour le chloroforme entre 9 et 19 grammes pour 100 volumes d'air ; pour l’éther entre 87 et 74 grammes pour 100 volumes d'air également.

À ce sujet il nous semble intéressant de rappeler qu'Horatio Wood, dans la communication déjà citée a essayé de se rendre compte des agents thérapeutiques susceptibles de combattre les accidents et de l’éther ou du chloroforme. Les expériences ont porté sur les médicaments suivants :

La caféine injectée à la dose de 18 à 42 centigrammes a produit des effets nuls.

L’alcool augmenterait le pouvoir toxiquedu chloroforme.

La digitale aurait une réelle valeur. Elle augmente la

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pression artérielle et combat l’action déprimante du chloroforme. Il conseille d’en administrer aux cardiaques avant l’anesthésie.

La strychnine à la dose de 12 milligrammes donne «des résultats surprenants ». Elle augmente la pression artérielle et la respiration. Dans un cas celle-ci arrêtée depuis 10 secondes a repris jusqu’à acquérir 130 mouvements à la minute.

L'ammoniaque donne des résultats légers et fugaces.

Les modifications dans la station du corps: il recommande d'élever les pieds. La pression cérébrale s'élève même si le cœur est arrêté. Celui-ci peut reprendre ses battements.

En tournant le corps de l’animal on fait affluer dans les cavités droites du cœur le sang collecté dans les veines relâchées de l'abdomen et cette distension peut stimuler l’organe.

L’électrisation faradique de la peau donne quelques résultats.

Enfin et surtout la respiration artificielle. Celle-ci, on le conçoit, rendra des services en particulier dans le cas qui nous occupe : c’est le système respiratoire qui s'arrête et c’est sur lui qu’on agit par le moyen de la respiration artificielle. Donc si l’intoxication n’est pas poussée trop loin, on pourra réveiller la sensibilité bulbaire et déterminer le retour du réflexe respiratoire.

Ajoutons que les tractions rythmées de la langue par le procédé de M. Laborde seront tout aussi efficaces. Nous avons vu dans certaines alertes — légères, il est vrai — dé-

terminées par l’éther quelques tractions rythmées rétablir la respiration qui semblait devoir faiblir et s'arrêter.

C'est ce qui permet de dire avec Landau (1) que l'éther agissant d'abord sur la respiration, il est plus facile de rappeler à la vie un malade privé de respiration qu'un malade chez lequel le cœur a cessé de battre.

Enfin signalons ici le mélange que M. Laborde préconisait à l’Académie de médecine (2), qu’il appelle mélange de Meillères.

Chloroforme. 9/10 Ethèr. is "4#40

Il lui reconnaît une activité nocive inférieure à celle du chloroforme seul. L’anesthésie complète s’obtiendrait plus rapidement et plus facilement qu'avec l'éther seul. M. Reynier qui l’a essayé chez l’homme en a obtenu de bons résultats.

Inconvénients qui résultent des opérés. — L'âge n’est pas une contre-indication absolue, dit M. Giraldès dans son article du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiqués. Des enfants nouveau-nés, des vieillards de 70 à 80 ans ont été soumis aux vapeurs de chloroforme, d’éfher et d’amylène sans aucun inconvénient. Ghalot, Ollier, Rœfer n'hésitent pas à regarder l’éther comme excellent pour eux. Cependant la majorité des auteurs conseillent d'éviter son emploi chez les enfants. « Le jeune âge jusqu’à 14 ou 15 ans est une contre-indication de l’éther (3) ».

Les affections des voies respiratoires si elles ne sont pas

parties.

(1) Société médicale berlinoise, 1894, (2) Sem. méd., 1894, p. 286.

(3) PoxcÉT Société de chirurgie, 29 mai 1895.

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une contreindication absolue doivent cependant engager l’opérateur à se tenir sur ses gardes. M. Quénu (1) reproche à l’éther d'entraîner plus d'inconvénients que le chloroforme chez les tousseurs et les emphysémateux. M. Chaput dans sa récente communication a signalé un cas de mort par broncho-pneumonie chez un vieillard emphysémateux. Cependant l'opinion de Snow qui se refusait à endormir tout malade atteint d’une affection chronique des voies respiratoires, est par trop formelle et nous avons souvent endormi de pareils patients sans voir survenir aucune autre complication qu’une légère recrudescence aigue dans les symptômes présentés et cela pour peu de temps. Parfois même l’état ne se modifiait nullement. Aussi trouvonsnous Kôster excessif lorsqu'il contre-indique l'emploi de l’éther dans les affections broncho-pulmonaires. Kôrte (2) a éthérisé un malade atteint d’hémoptysie sans que celleci s’'aggravât. Pourtant il considère une bronchite récente comme une aggravation. Bien plus il a éthérisé heureusement un malade atteint d’empyème alors que le chloroforme eût été contre-indiqué à cause de la faiblesse du cœur. Une accumulation dans les bronches d’une grande quantité de liquide lui semble cependant constituer une contre-indication absolue.

Pour ce qui regarde les maladies du cœur, on sait que depuis longtemps les Anglais n'hésitent pas à donner du chloroforme aux patients qui en sont atteints. Pour quelques auteurs l'insuffisance aortique doit faire rejeter absolument l'emploi de l’éther. M. Lépine rapporte le cas d'un

(4) Quénu, Société de chirurgie (Sem. méd., 1894, p. 239). (2) KæœrTE, Société méd. berlinoise (Sen. méd., 1894, p. 62).

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opéré de Von Bardeleben qui mourut après qu'on eût employé 240 grammes d’éther : il est vrai que ce malade présentait en même temps une hernie étranglée. M. Lépine invoque l'excitation partie du péritoine enflammé et allant réagir sur le cœur (1). Dans une autre circonstance la lésion cardiaque se compliquait de lésions des voies respiratoires : c’est dans ces circonstances, nous semble-t-il, que la trachéotomie employée avec succès à deux reprises par M. Poncet (2) pourrait donner d’heureux résultats.

La chloro-anémie, les hémorrhagies abondantes n’exposent pas plus que le chloroforme aux syncopes respiratoires.

Signalons encore l’alcoolisme, le délirium tremens, une vive excitation cérébrale que l’on a longtemps regardés comme devant s'opposer à toute anesthésie. En réalité, il estrare que l'alcoolisme soit assez marqué pour constituer une contre-indication absolue. L’excitation cérébrale se calme lorsqu'on a le soin d’adoucir pour le patient le moment d'angoisse qui précède l'anesthésie.

Les opérations qui nécessitent la station assise contreindiquent toute intervention et nous n'avons rien de particulier à dire à ce sujet.

Celles qui sont consécutives aux grands traumatismes : mais on sait que dans cette circonstance il est le plus souvent inutile d'endormir le patient, l'ébranlement considérable du système nerveux central donnant lieu à un état de shok qui abolit toute sensibilité.

(1) LÉPINE, Sem. médicale, 189%, p. 501. De l'emploi de l’éther comme agent habituel de l’anesthésie chirurgicale.

(2) PonceT, Mercredi médical, décembre 1894.

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La hernie étranglée, si l’on en croit M. Lépine, est souventune contre-indication formelle : cas de Tschmarke, de Berlin, où 100 grammes d’éther furent donnés pendant une anesthésie de 45 minutes. Une syncope se produisit et le malade ne put être ramené à la vie qu'après 15 minutes.

Enfin si l’on en croit le même auteur, chez certains individus l’éther est funeste : il s'agirait là d’une idiosyncrasie spéciale (cas de Rayner, de Mac Whonnel, de Walther Thomson). M. Lépine parle même d'idiosyncrasie naturelle ou pathologique, durable ou temporaire (cas de la Lancet, 1891).

En ce qui concerne la hernie étranglée il nous semble qu’il faut envisager plusieurs cas : quelques malades arrivent dans le collapsus et l’on doit les opérer sans l’emploi de tout anesthésique. D’autres sont opérés au début de l’étranglement. En pareil cas l’éther ne peut donner que de bons résultats.

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Avantages de l’éther.

Nous avons longuement insisté sur les accidents et Les inconvénients qu’entraîne après elle l'administration de

l'éther. L'étude compar ative que nous avons dû faire de

ces accidents par le chloroforme nous dispensera de nous étendre longuement sur le présent chapitre.

« L'idéal, disait Horatio Wood, serait de découvrir une substance qui déterminerait la paralysie des nerfs sensitifs sans altérer aucune des autres fonctions physiologiques. »

Le meilleur des arguments que l’on puisse donner en faveur de l’éther, c’est sa toxicité moindre : la zone maniable de l’éther étant trois ou quatre fois plus large que celle du chloroforme, « c’est là incontestablement la raison de l’innocuité relative dont a fait preuve l’éther dans la pratique chirurgicale. (Paul Bert) »

Ce n’est pas à dire que l’éther soit inoffensif, mais on peut conclure d’une façon générale avec M. Julliard :

19 Que tout homme qui se fait endormir par l’éther ou le chloroforme risque sa vie ;

2 Qu'il la risque cent fois moins avec l’éther qu'avec le chloroforme.

Cest qu'en effet la syncope laryngo-réflexe de Duret n’est jamais à redouter avec cet agent; le danger de la syncope bulbaire est réduit à son minimum : certains physiologistes ont même nié qu’on püt la rencontrer. Enfin la syn-

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cope tertiaire, la seule redoutable ici, l’est beaucoup moins qu’avec le chloroforme: cet anesthésique, nous ne saurions trop le répéter, exerce son action sur le cœur d’une façon à peu près exclusive et avec une prédilection marquée. L’éther a pour objectif le système respiratoire : on conçoit donc que la respiration artificielle et les tractions rythmées seront particulièrement favorables pour rétablir la respiration et rappeler le malade à la vie.

« La différence que je viens de signaler entre l’éther et le chloroforme, dit M. Julliard, pour l'arrêt de la respiration, s’accentue fortement pour le cœur. Je ne veux pas dire par là d’une facon absolue que l’éther n’influence jamais le cœur. Mais il est loin d’avoir sur cet organe l’action directement nuisible et en quelque sorte élective du chloroforme ».

C’est ce que montrent toutes les statistiques.

. « On voit donc qu'avec le chloroforme la mort survient une fois sur deux avant l’anesthésie, et avec l’éther une fois sur quinze ».

C’est une opinion analogue qu'exprime M: Dastre lorsqu'il dit: « Nous avons expliqué en étudiant la physiologie de cet agent qu'il exposait moins que le chloroforme à la syncope secondaire ou bulbaire (arrêt du cœur antérieur à la respiration ou la suivant de très près) qui est un accident fréquent de l'anesthésie. C’est là, peut-on dire, le grand avantage de l’éther; c’est celui-là qu’ont en vue les chirurgiens quand ils assurent que l’éther présente moins de danger que le chloroforme ».

M. Julliard dont nous suivons pour ainsi dire pas à pas l'important travail montre que cette innocuité relative de

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l’éther est prouvée de trois façons: par les vivisections, par les statistiques, par l'expérience de Paul Bert.

Schiff n’a jamais perdu d'animaux avec l’éther: il en a perdu beaucoup avec le chloroforme.

Vulpian disait depuis longtemps que l’on a renoncé absolument à se servir de chloroforme dans les laboratoires où l’on n’emploie presque exclusivement que l’éther.

Les statistiques prouvent que l'éther n’entraine qu’une mort sur 4,860 patients anesthésiés. Le chloroforme tue 1 fois sur 1236 malades (statistiques de St-Bartholomews). Un total de 524,507 chloroformisations avec 161 morts et de 314,738 éthérisations avec 21 morts donne À mort sur 8,258 chloroformisations et 1 mort sur 14,987 éthérisations.

Enfin les expériences de Paul Bert sur la dose maniable de l’un et l’autre anesthésiques parlent dans le même sens (voir plus haut).

À côté de cet important avantage que tous les physiolo-

gistes reconnaissent, que tous les chirurgiens admettent et

sur lequel nous nous sommes à dessein longuement étendu, l’éther présente un certain nombre d'avantages secondaires, mais qui ont bien leur importance.

On a comparé le malade endormi au chloroforme à un cadavre, le patient éthérisé à un individu en état d’alcoolisme aigu. C’est ce qui a fait dire à M. Ollier : « L’éther est au chloroforme ce que le vin est à l'alcool ». Cette difrérence persiste avec le réveil et après lui. Ce n'est que peu à peu, que difficilement que l’on peut tirer de son sommeil l'individu endormi au chloroforme. Longtemps il reste sous le coup de l'agent anesthésique. Avec l'éther il n’en est pas ainsi : le réveil se produit en 2 ou 8 minutes; le

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patient a déjà sa connaissance, il reconnait ceux qui l’entourent, il leur parle. Sans doute à ce moment il n’a encore qu’une compréhension diffuse et ne saurait se rendre un compte exact de ce qui se passe autour de lui. Mais au bout d’une heüre, de deux au plus, sa pleine connaissance lui est revenue : il peut décrire ses sensations, raconter ce qu’il a éprouvé. Il y a loin de ce tableau, comme on peut s’en rendre compte, à l’état qui succède à l’anesthésie-par le chloroforme : ce n’est que 24 heures, 36 heures, parfois plus, que l'individu a récupéré son moi. Pendant tout ce temps il est resté dans une vague torpeur intermédiaire entre le sommeil et Le réveil parfait, il se plaint, il présente parfois une vive agitation que l’on ne rencontre qu’exceptionnellement avec l’éther.

Nous avons déjà dit qu’au cours de l’anesthésie il était rare de voir les malades être pris de vomissements ; c’est là, nous pouvons le dire, un grand avantage que l’on comprendra surtout lorsqu’il s’agit d'opérations pratiquées sur l'abdomen. Pour être un peu moins rares après le réveil, ces vomissements n’en sont pas moins exceptionnels. Pour M. Julliard les vomissements dépendent un peu de la façon dont est administré l’anesthésique. M. Chaput ne les a notés que 11 fois sur 135 cas et 2 fois ils se prolongèrent. Il note que 6 de ces malades avaient mangé. Il faut cependant savoir qu'après le réveil les opérés rejettent souvent des mucosités accumulées dans l’arrière-gorge et dégluties pendant le sommeil. M. Chaput les a notés 26 fois sur 135 cas. Mais il s’agit là, dit-il, d'une simple expuition, du rejet sans effort de liquides blanchâtres et aérés qui ne donnent pas lieu aux violentes secousses quiaccompagnent

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toujours les vomissements bilieux du sommeil chloroformique. En tout cas, ces rejets ne se répètent pas plus qu'à

déux ou trois reprises et n’ont pas la durée des vomisse- -

ments bilieux dus au chloroforme que l’on voit se reproduire deux et même trois jours après l’anesthésie.

Cette action inoffensive de l’éther, sur laquelle nous insistions plus haut, est telle, que l’on peut confier son

administration à un aide possédant une inexpérience pres-

que absolue. M. Chaput insiste avec juste raison sur ce fait capital. « L'administration de l’éther est très facile ; elle peut être confiée même à quelqu’un de très ignorant. Au contraire les bons chloroformisateurs sont très rares ». Et cela est si vrai que nous avons vu, dans certain service où des opérations urgentes se faisaient de nuit, l'opérateur n'ayant, pour tout aide, que l’interne de garde, la narcose éthérique une fois obtenue être continuée par un aïde quelconque sans que jamais la moindre alerte vint interrompre le chirurgien. Si nous ne craignions de pousser trop loin cette affirmation, nous dirions que l’aide chargé de l’éther peut suivre des yeux l'opération, étant suffisamment renseigné sur l’état du malade parle stertor bruyant qui accompagne la narcose éthérique. Au contraire il est de notion courante que l’anesthésie chloroformique nécessite des connaissances spéciales ; les bons chloroformisateurs se comptent. A l'étranger, en Angleterre par exemple, le soin d’endormir le malade au chloroforme est confié à des spécialistes qui en font un véritable métier pour ainsi dire. En France, on a quelque tendance à adopter cette manière de faire et M. Marcel Beaudoin s’est fait l’éloquent défenseur et le propagandiste à outrance de la spécialisa-

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