‹ Contribution à l'étude de l'anesthésie par l'étherChapitre 9 sur 18 · HEC TS · texte numérisé non relu

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tion de certains chirurgiens en qualité de chloroformisateurs. Et cependant que d’accidents arrivent entre ces mains expérimentées; dans une récente discussion à la Medical Society of London, on n'accusait pas moins d’un décès par semaine dû à l'emploi du: chloroforme.

Nous avons vu que l’on a longtemps considéré les affections du cœur comme contraires à l’anesthésie éthérique : les insuffisances aortiques en particulier étaient regardées comme une contre-indication absolue : « Dans les cas d’in-

suffisance mitrale avec menace de congestion pulmonaire par déplétion incomplète de l'oreillette, dit M. Arloing, on devrait choisir le chloroforme parce qu'il resserre les capillaires du poumon et atténue les effets de l'accumulation du sang dans le cœur gauche. Il y aurait également lieu de préférer le chloroforme dans les insuffisances aortiques puisque ces affections produisent au début une diminution de la pression artérielle, et plus tard de la gêne dans la respiration pulmonaire ». Les observations rapportées par M. Lépine, et dont nous parlions plus haut, semblent au premier abord donner raison à cette manière de voir. Mais il faut se souvenir qu’il s'agissait de sujets débilités, porteurs en outre d’une hernie étranglée et probablement déjà dans cet état de refroidissement et de collapsus qui rend dangereux l'emploi de tout anesthésique. Mais si l’on veut bien remarquer que l’action physiologique de l’éther, tout en augmentant la force impulsive et le nombre des battements cardiaques, dilate les petits vaisseaux, on verra que cette action vaso-dilatatrice aura pour effet de favoriser la déplétion du cœur. Avec Le chloroforme, l’action intense sur le cœur a pour conséquence immédiate d’affai-

blir la pulsation cardiaque, mais d’entraver la déplétion du cœur par suite du resserrement du réseau capillaire. Au surplus, tous les raisonnements physiologiques ne sauraient aller contre les résultats obtenus par l’expérimentation : or, nous avons endormi un certain nombre de malades atteints d'insuffisance aortique sans que jamais la moindre alerte se soit produite. Pendant toute la durée de l’'anesthésie, et nous en avons eu de longues durant une heure et plus, les pulsations cardiaques se faisaient régulièrement, le pouls restait ample, bondissant et dépressif : en un mot, sans aucune modification sensible.

Si l’on en croit l'opinion d’Arloing, les maladies pulmonaires ne sont nullement une contre-indication à l'emploi de l’éther et il faut se servir de cet agent si l’on est dans la nécessité de pratiquer sur eux une intervention chirurgicale : « D’après nos résultats, dit-il, l'éther fait baisser la pression dans le cœur et diminue le travail de cet organe, tandis que le chloroforme produit un effet inverse. Par conséquent lorsqu'une intervention chirurgicale deviendra urgente sur un sujet atteint d’'emphysème, d’adhérences pleurales, en un mot d'affection chronique du poumon dont la conséquence est une dilatation du cœur droit et de ses orifices, si l’on croit devoir endormir le malade, on l’exposera moins en employant l’éther qui dilate lé réseau pulmonaire et diminue le travail mécanique du ventricule droit ». Nous avons vu dans les contre-indications à l’anesthésie par l’éther que la majorité des expérimentateurs regardent les affections pulmonaires chroniques comme rentrant dans cette catégorie. De plus nous trouvons signalé, dans la communication de M. Chaput, un cas de

mort par broncho-pneumonie chez un opéré emphysémateux. À vrai dire, nous ne croyons pas que l’éther présente un pareil désavantage : en nous appuyant sur les expériences de Dreser dont nous aurons l’occasion de parler, nous sommes persuadés que le masque de Julliard met à l'abri de cette complication redoutable puisqu'il n’expose pas, comme les autres appareils, à des modifications brusques de température variant de plusieurs degrés (1). En outre le malade de M. Chaput était un cancéreux auquel ce chirurgien fit un anus iliaque contre nature et une opération de Kraske: il nous semble que la broncho-pneumonie peut aussi bien être la conséquence du choc chirurgical que de l'emploi de l’éther. On connaît, depuis les recherches de MM. Clado et Laruelle, la pathogénie des complications pulmonaires aiguës (broncho-pneumonies septiques), conséquence des hernies étranglées; nous ne serions pas loin de croire qu’il s’est produit là un phénomène analogue auquel l'agent anesthésique nous paraît tout à fait étranger. Enfin, dans le cas de M. Chaput, ce chirurgien s’est servi du masque de Wanscher avec lequel la température des vapeurs contenues dans le sac varie de 20 à 31° (Dreser), se modifiant ainsi brusquement. Nous nous rangeons donc absolument à l'opinion de M. Arloing en y ajoutant ce complément qu'avec le masque de Julliard on peut sans faire courir de danger à son malade anesthésier les patients atteints d’affections pulmonaires chroniques : emphysème, tuberculose (à une période peu avancée), bronchite chronique etc.

(1) Voir au chapitre L'appareil de Juiliard la discussion sur la prééminence

à accorder à cet appareil sur le masque de Landau-Wanscher., BORREL-DEROIDE 8

Tant qu’à la question de savoir si léther est préférable au chloroforme en obstétrique, nous dirons que l’on peut à volonté se servir de l’un ou de l’autre. En tout cas l’objection, déjà signalée plus haut, de favoriser les épanchements sanguins en nappe ne nous semble pas constituer une contre-indication absolue: nous avons déjà longuement discuté cette manière de voir, nous n’y reviendrons pas. L’inconvénient de ne pouvoir être employé la nuit à cause de l’embrasement possible des vapeurs est à coup sûr bien moins redoutable qu'on ne l’a dit: de légères précautions seront largement suffisantes pour qu'un pareil accident ne se produise pas. On a dit encore que l’accoucheur en administrant l’éther pouvait s'anesthésier luimême: c’est là une objection qui ne mérite pasla discussion. En somme, si dans le cas particulier l’éther ne présente pas de grands avantages sur le chloroforme, il ne lui cède en rien, et peut être employé aussi bien que lui.

Ether et chloroforme.

D'après M. Gruby le chloroforme l'emporte sur l’éther parce que: 1° le sang dans les artères reste rouge sous son action, tandis qu'il devient noir sous l’influence de l’éther;

2° que l’action énivrante est plus rapide et que la sensibilité se rétablit plus promptement si l'expérience est interrompue.

A la première de ces objections il est facile de répondre: ce n’est pas parce que l’asphyxie est imminente que le sang au cours de l’éthérisation tend à prendre une teinte brune, attendu qu’on l’observe dès le début de l’anesthésie et alors même que l’on a pris le soin d’endormirlentement le malade. C’est là un phénomène secondaire, et du reste jamais la teinte brune n’est marquée au point de faire craindre pour la vie du malade, à moins que l’on n’ait procédé par l’anesthésie « à l’étouffée » et que l’on ne se trouve en présence de phénomène asphyxique. Mais le chloroformé est tout aussi susceptible d'entraîner une coloration brune en pareille condition. Quant à la seconde critique de Gruby nous lui avons largement répondu au moins pour la première partie : l’éther anesthésie aussi rapidement que le chloroforme. Peut-être a-t-il raison de dire que la sensibilité -se réveille plus rapidement avec le chloroforme qu'avec l’éther, mais nous ne saurions voir là un avantage : c’est plutôt un inconvénient puisqu'il oblige à poursuivre l’anesthésie jusqu'au moment où le dernier crin est posé.

aies

Avec l’éther au contraire on peut arrêter la narcose dès que les plans profonds sont réunis et qu’il ne reste plus qu'à affronter et coudre les bords de la plaie cutanée. Il y a donc là un véritable avantage puisqu'on n’est pas contraint de poursuivre l’intoxication aussi longtemps et aussi loin qu'avec le chloroforme.

Tant qu’à cette opinion apportée par tous les partisans du chloroforme que l’odeur de cet agent est moins désagréable que celle des vapeurs d’éther (Boyer, Sédillot), elle ne nous paraît pas mériter toute l'importance qu’on a voulu lui attribuer. Du reste M. Julliard a répondu victorieusement à cette façon de voir : « L’éther est désagréable. C'est une question de goût ; il est des gens qui préfèrent l’éther au chloroforme. En tout cas on n’expose pas bénévolement sa vie pour la différénce d'agrément qu'il y a entre l’éther et le chloroforme ».

Nous avons déjà répondu à l’objection que l’éther agit plus lentement que le chloroforme. Nous savons qu'iln’en est rien et que d’une façon générale on ne met pas plus de temps à anesthésier un patient avec l’un qu'avec l’autre de ces agents. Nous irons plus loin et nous dirons qu'avec la méthode « massive » préconisée par M. Chalot on peut anesthésier le malade très rapidement ; nous avons pu par cette méthode réaliser des narcoses extrêmement rapides en 3 ou 4 minutes. Certes nous ne sommes pas partisan de cet effrayant procédé, mais on nous accordera qu’il est moins dangereux à employer avec l’éther puisqu’ilest moins actif, en qualité de poison, que le chloroforme «-De deux poisons qui produisent aussi sûrement le même effet, mais dont l’un est le plus actif, il y a intérêt à choisir le moins

y Pre

actif parce que Ze bon sens indique qu'il est en même temps et par cela même le moins dangereux » (JULLIARD).

« Dans les grandes opérations, dit encore M. Julliard, le rôle de l’éthérisateur est aussi important que celui de l'opérateur, parce que la vie du malade dépend de lui autant que de celui qui opère. Dans les petites opérations il devient primordial, parce qu'ici la vie du malade dépend uniquement de l'anesthésie ».

Si l’on songe d'autre part « que le plus grand obstacle à anesthésie, ce qui la complique le plus, c’est l'état psychologique du malade » (Julliard), on y verra un nouvel argument en faveur de l’éthérisation. Une sensibilité par trop vive, une crainte exagérée de la narcose ne risque-t-elle pas de favoriser l'apparition de la terrible syncope laryngoréflexe de Duret: or avec l’éther celle-ci reste inconnue et tout semble prouver qu’elle est impossible à produire.

M. Dastre (Les anesthésiques) apprécie de la façon suivante les avantages comparatifs de l’éther et du chloroforme.

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