CHAPITRE PREMIER
Nous allons exposer dans ce chapitre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les symptômes classiques de l’anévrisme de la crosse. Ils se divisent en deux catégories : symptômes fonctionnels et symptômes physiques.
SYMPTÔMES FONCTIONNELS, — Douleur. — Les phénomènes douloureux peuvent annoncer l’anévrisme avant tout autre symptôme. Le siège et la nature de la douleur dépendent du rameau nerveux atteint par la tumeur : telles sont les douleurs rachidiennes et les névralgies intercostales (lésions des nerfs spinaux, à leur issue du trou vertébral), les douleurs du bras, de la main, et la névralgie - cubitale (lésions des nerfs du plexus brachial), les douleurs angoissantes de l’angine de poitrine (lésions du plexus cardiaque), les douleurs diaphragmatiques. et la névralgie phrénique (lésions du nerf phrénique). Ces douleurs affectent tous les types : elles sont continues, interimnittentes, paroxystiques, et bien des gens se croient atleints d’une simple névralgie, d’une névralgie intercostale, d’une angine de poitrine, qui ont en réalité un anévrisme de l’aorte, ainsi que Trousseau l'avait si bien vu.
Troubles circulatoires. — Le cœur est déplacé quand il
Rp eee existe un anévrisme, volumineux ou non, de la erosse aortique : il occupe une position plus horizontale, et se trouve refoulé à gauche ; la pointe est par conséquent abaissée, et le choc apexien se produit alors dans le sixième ou septième espace intercostal gauche, ou plus bas encore, le plus souvent en dehors de la ligne mamelonnaire (Bamiberger). L’anévrisme est-il, placé derrière le cœur, celui-ci se trouve ramené en avant, et, la pulsation de l’anévrismie agissant sur lui, il se produit ume sorte de double pulsation à laquelle Hope donnait le qualificatif de jogging. Les troubles dans la circulation cardiaque déterminent fréquemment des symptômes tels que la dyspnée, les palpitations, surtout lorsque le malade veut se livrer à un effort quelconque.
Symptômes dus à la compression du récurrent. — Te récurrent peut être simplement irrité par une tumeur anévrismale et donner lieu à une série de phénomènes d’excitation récurrentielle : accès paroxystiques et spas- modiques de suffocation, d’étouffement, de strangulation ; crises de dyspnée avec dysphagie et aphonie ; attaques de pharyngisme et d’œsophagisme. La voix et la toux sont parfois sèches, métalliques, et bien caractérisées par le mot anglais clanging. Dieulafoy a particulièrement insisté sur la gêne de la déglutition œæsophagienne résul- . tant de l’irritation du nerf.récurrent. Cette action 1rritante, stimulante de la tumeur anévrismale sur le récurrent provoquerait, d’après Krishaber, un spasme de la glotte, qui expliquerait à la fois la dyspnée intermittente dont les malades sont atteints, et la dysphonie.
A une période plus avancée de l’affection, le récurrent, surtout le gauche (dans plus de la moitié des cas, 2 fois sur 3), peut ou subir une dégénérescence granulo-graisseuse, ou s’atrophier, ou être emprisonné dans une cou-
ARE CÉRE che épaisse de tissu scléreux : c’est alors le tableau de 4 paralysie récurrentielle. Elle appartient, presque exclusivement, parmi les tumeurs du médiastin, à l’anévrisme de la crosse de l’aorte. Chez un malade atteint d’une aphonie presque complète, Potain découvrit une paralysie absoiue de la corde vocale gauche, et fut amené, d’après ce symptôme, à soupcgnner l'existence d’un anévrisme de la crosse de l’aorte, avec compression du récurrent : Pautopsie justifia complètement ce diagnostic. Les altérations de
‘la voix sont très variables : celle-ci peut être bitonale,
sourde, basse, rauque, éteinte, sans sonorité, soufflée, prendre le caractère de la voix qui mue. Parfois, le re-
gistre vocal peut varier, et une voix élevée devenir su-
bitement basse, et vice-versas Tous ces signes dus à la compression récurrentielle, et, en particulier, l’aphonie, sont intermittents : c’est ce qui distingue d’aillems les aphonies d’origine laryngée de ceiles qui résultent d’une tumeur intrathoracique.
Symptômes dus à la compréssion du preumogastrique.
= ['anévrisme de la crosse de l’aorte irrite ordinairement les rameaux laryngés et pulmonaires du pneumo:
gastrique, et cette irritation donne lieu à des attaques
paroxysmales de dyspnée. Cette dyspnée peut ressembler à de l’asthme vrai on s'accompagner d’angine de poitrine, de congestion pulmonaire, d’hémoptysies avec toux quinteuse, rauque, férine, coqueluchoïde, spasmodique. es
Symptômes dus à la compression du grand: sympathi-
gue. — Ils consistent en troubles oculo-pupillaires, thermiques et sécrétoires. La présence d’un anévrisme de la crosse de l'aorte peut. provoquer l'inégalité pupillaire.
Si le grand sympathique est détruit par l’anévrisme, la. pupille du côté correspondant est en myosis ; si le nerf:
est simplement irrité, excité par la tumeur, la pupille du côté correspondant peut être en mydriase, Qu'il y ait mydriase ou myosis, le réflexe lumineux n’est pas aboii. Cette inégalité pupillaire est, d’ après Dieulafoy, un signe important de l’anévrisme de la crosse : il peut, d’après cet auteur, servir à distinguer l’anévrisme des cas où l’aortite n’est pas suivie de tumeur anévrismale. Toutefois, l’inégalité pupillaire n’est pas toujours l'indice de la présence d’une tumeur : on peut la constater, d’après Babinski, chez certains syphilitiques qui n’ont cependant ni anévrisme aortique, ni tumeur médiastine. Ces malades peuvent avoir, eux aussi, de la mydriase on du myosis, mais, chose importante, ils ont perdu le réflexe lumineux (signe de Robertson). L’inégalité pupillaire peut donc n’avoir aucun rapport direct avec l’anévrisme : elle peut être fonction dé syphilis. A l’appui de cette opinion, Babinski a publié des observations démonstratives Va quez, Widalet, Lemierre, les ont confirmées : ; Dieulafoy a été témoin, à la clinique médicale de l'Hôtel. Dieu, d” un cas analogue.
A côté des troubles oculo-pupillaires, la compression du grand sympathique peut amener des troubles thermiquez, Widalet, Lemierre, les ont confirmées : Dieulafoy a paralysie vaso-motrice des extrémités, augmentation de la température sur certaines parties du corps, crises sudorales avec polyurie, sécrétion exagérée d'urine, r'espiration de Cheyne-Stokes.
Symptômes dus à la compression du phrénique. = Ts sont constitués par du hoquet accompagné d’angoisse et de constriction thoracique, par la paralysie d’une moitié du diaphragme, et, selon M. le professeur Boinet, par des douleurs spéciales et une dyspnée intense tout à fait particulière.