ÉTIOLOGIE, PATHOGÉNIE DE L'APHASIE HYSTÉRIQUE
Lorsqu'on possède un substratum anatomo-pathologique, une hémorragie, un ramollissement, etc., l’explication de l’aphasie est facile. Mais comment expliquer une aphasie intermittente de nature hystérique ? Le problème consiste dans l’étiologie et la pathogénie de l'hystérie elle-même, de ce vérilable prolée qui se présente sous autant de couleurs que le caméléon. Comment expliquer cette névrose complexe qui ne répond à aucune lésion certaine et qui peut se manifester par la séméiologie du système nerveux tout entier? Avec le professeur Grasset, nous envisagerons quelques causes universellement considérées comme prédisposantes :
a) Sexe. — Une théorie ancienne attribuait à la femme le monopole de lhystérie, mais au fur et à mesure qu'on connaît mieux la « grande simulatrice », on la trouve moins rare chez l'homme (1). 2
(1) Dans un travail fait sous l'inspiration de Charcot, Batault a pu en réunir 218 cas. ;
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L'hystérie masculine est aujourd'hui fréquente, cependant les cas les plus nombreux se rencontrent chez la femme dans une.proportion de 1/20.
b) Age. — Elle peut s'observer chez les petits garçons etles petites filles, mais plus de la moitié des faits relevés, par Briquet notamment, avaient pris naissance de 10 à 20 ans.
c) Hérédité.— On trouve fréquemment des antécédents névropathiques chez les parents et Briquet pense qu'une fille, née d'une mère hystérique, a une chance sur trois de le devenir.
d) Le mode d'éducation a une influence incontestable, soit en rendant le système nerveux trop impressionnable, soit en multipliant les occasions d'émotions vives; les passions, les affections morales contribuent au développement de l'hystérie.
c) Notons encore l’action pathogénique véritable des maladies longues : anémie, tuberculose, etc, songeons à l’onanisme, habitude funeste, souvent constatée chez quelques femmes et bon nombre d'hommes hystériques.
d) Les traumatismes, qui non seulement éveillent et rappellent la névrose, mais peuvent influencer la localisation et la forme des phénomènes névrosiques. |
Quant à la cause déterminante des manifestations de l'hystérie, les opinions varient et le champ des hypothèses est ouvert. |
Trousseau pense qu'il s'agit de pelites hémorragies se guérissant très rapidement et donnant lieu aux manifestations passagères de l'hystérie.
MM. Raymond etJanet admettent que cette affection est due à un trouble cérébral, à un engourdissement d'une nature parliculière qui affaiblit et dissocie Le langage. Se
jançant davantage dans l'hypothèse, Ball en France,
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Lôüwenfeld en Allemagne, Popoff en Russie, se trouvent d'accord pour admettre que l'aphasie hystérique est due à un trouble de la circulation cérébrale avec contraction et, par conséquent, ischémie spasmodique des vaisseaux du centre de la parole, tandis que Serre, de Montpellier, invoquait au contraire une congestion subite et passagère, affectant le côté gauche de l’encéphale.
Charcot, puis MM. Raymond et Janet, pensent que ces théories s'appuient sur des faits certains et par des expériences différentes ils arrivent à cette conclusion que la presque totalité des accidents de la parole, soit du mutisme, soit de l’aphasie hystérique, soit autres, surviennent chez des malades atteints d'hystérie droite, c’est-à-dire chez lesquels le cerveau gauche est touché absolument comme cela se produit dans les lésions organiques.
M. Sollier a fait, sur cette question de la localisation des troubles hystériques, d’intéressants travaux prouvant qu’à chaque accident hystérique correspond une lésion corticale, qui n'estautre que le centre de la fonction intéressée, et cette lésion est d'autant plus facile à découvrir que la zone cutanée qui la recouvre est plus où moins douloureuse à la pression, tandis que le tégument lui-même présente une anesthésie ou une analgésie plus ou moins marquée.
Ces faits sont encore peu connus et ne permettent pas une conclusion ferme ; les lésions de l’aphasie organique sont matérielles et les lésions de l'aphasie hystérique restent dynamiques.