CHAPITRE IT
ÉTIOLOGIE
Nous venons de montrer par l'exposé précédent que les auteurs qui ont étudié avec quelque précision l'aponévrite plantaire ne sont pas extrêmement nombreux. En général, d’ailleurs, les maladies des aponévroses ne sont nibien communes, ni bien observées. Comme l'a remarqué excellemment De Bovis : « Les aponévroses ne font pas beaucoup parler d'elles en pathologie externe, si nous en exceptons celle de la paume de la main qui semble avoir tiré à elle toute la couverture. »
Mais une question se pose : cette pauvreté de documents répond-elle à une rareté effective de l'affection ? Nous ne le croyons pas. Comme le fait remarquer A. Chalier, qui a observé 6 cas d'aponévrite plantaire sur une centaine de fractures de jambe au minimum, une complication d'une telle fréquence n'est pas négligeable, el si, Jusqu'ici, aucun chirurgien n'en a parlé, c'est vraisemblablement que les douleurs de l'aponévrite étaient mises sur le comple de compressions nerveuses, de plâtres mal faits, etc., sans que les auteurs se soient exactement rendu compte de la nature de la complication, d'autañt qu'elle est souvent, nous le verrons, passagère.
l'est banal, en médecine, de répéter qu'on ne trouve
=: Eu vraiment que ce qu'on veut trouver, et que bien souvent il faut avoir l'attention altirée à priori sur un fait donné pour ne pas le laisser échapper. C'est ce qui explique sans doute que les spécialistes très expérimentés n'aient jamais observé des aponévrites plantaires au cours des fractures, ou d’autres maladies, générales ou locales. C'est ce qui fait aussi la pénurie des observations que nous avons pu rassembler.
Quoi qu'il en soit, il est désormais possible de rechercher dans quelles conditions apparaissent ces inflammations de l'aponévrose plantaire.
Sexe. — D'une façon générale, tout d'abord, l’affec- Hon surviendrait presque exclusivement chez des hommes. Elle n’a été observée qu'une seule fois (cas de De Bovis) chez une jeune femme de 21 ans immobilisée pendant trois mois et demi dans un plâtre pour coxalgie.
Age. — D'après tous les auteurs aussi, elle survient à l'âge adulte (surtout dé 25 à 50 ans, d’après la statistique de Chalier). Pourtant, un cas de Ledderhose signale l’appariton d'une aponévrite rétractile chez un jeune garcon de 12 ans: dans une observation de Chalier, recueilhe chez un enfant du service de M. Nové-Josserand, la lésion aponévrotique serait apparue encore bien plus tôt, à l’âge de 4 ans. En tout cas, contrairement à ce qui se passe dans la maladie de Dupuytren, on ne connaît pas de cas de rétraction où d'aponévrite plantaires congénilales ou héréditaires.
Les conditions générales d'apparition étant déterminées, quelles sont les causes déterminantes de l’aponévrite plantaire ?
Nous élimimerons d'abord les rares cas de rélraction
prunilive, spontanée, sans aucun antécédent pathologique, et où il est impossible de retrouver logiquement une cause quelconque. Tel est le cas de l'enfant de 12 ans observé par MM. Nové-Josserand et Chalier et chez lequel l'affection avait commencé à 4 ans, un an après un grave accident où l'enfant avait été presque scalpé par une roue de voiture, mais où il paraît absolument certain que le pied n'avait aucunement été lésé.
Causes générales. —- À côté des causes inconnues, 1l y a des causes générales souvent mises en avant, mais dont le rôle n'apparaît pas avec une certitude évidente. Nous voulons surtout parler de la {uberculose. On connaît des cas de rétractions de l'aponévrose palmaire dites d’origine tuberculeuse (Poncet et Perdrizet). Ici aussi, plusieurs observations relatent la tuberculose dans Îles antécédents héréditaires ou personnels des malades (Delore, De Bovis, Chalier et Cordier). Faut-il voir là-dedans une relation de cause à effet, ou, au contraire, une simple coïncidence ? Nous laissons la faculté à chacun de juger suivant ses tendances. Quant à nous, nous hésitons à charger de cette nouvelle accusation la tuberculose déjà coupable de tant de méfaits.
On a incriminé le froid (Gerdy), les lésions cérébrales (Féré), le rhumalisme articulaire aigu (Souza-Leite). On note assez souvent la coexistence, et surtout la préexistence d'une rétraclion aponévrolique palmaire : il laut, en effet, remarquer que, dans tous les cas connus, cest toujours la maladie de Dupuytren qui précède la maladie de Ledderhose, et jamais l'inverse, ce qui est encore une façon de tirer la couverture, comme dit plaisamment De Bovis.
tion
Une étiologie plus intéressante est la grippe. Comme nous lavons déjà dit dans l'historique, Franke rapporte 5 à 6 cas de grippe ayant très nettement précédé et vraisemblablement déterminé l'aponévrite plantaire.
Causes locales. -— Mais la cause la plus fréquente de beaucoup, celle qu'on retrouvera de plus en plus maintenant que l'attention aura été attirée sur elle, c'est le fraumalisme et plus spécialement la fracture de jambe. C'est, d’ailleurs cette éhiologie que nous aurons surtout présente à l'esprit dans cette étude, c'est celle que Chalier, par des recherches systématiques, a retrouvée dans de nombreuses observations personnelles: c'est celle que signalent plusieurs cas publiés : traumatisme de la voûte plantaire avec déchirure de l’aponévrose (Ledderhose, De Bovis), fracture de l'astragale (Auvrav, Béard), mais surtout fractures de jambe. La lésion apparaît chez des hommes de 25 à 50 ans exerçant des métiers pénibles, chez des tonneliers, des cultivateurs, des portefaix, des manœuvres. Généralement, d'ailleurs, il s'agit d'hommes sains, vigoureux: chez l’un pourtant, on a trouvé une tubercu- Jose pulmonaire fibreuse (obs. I).
Le mémoire de Chalier présente 9 cas de fracture de jambe antérieure, dont 6 cas personnels. C'est, le plus souvent, une fracture du tibia au tiers inférieur, ou à l'union du tiers inférieur et du tiers moyen (obs. IT, V, VI, IX); souvent aussi, fracture des deux os au tier supérieur (obs. IT ét IV); nous trouvons enfin une seule fois unne fracture bimalléolare (obs. 1). Dans les deux autres observations, dues à d'anciens auteurs, le siège de la fracture n’ést pas précisé.
Nous remarquons aussi, el ceci a sa signification, que
toutes les fois il s'est agi de fractures étendues et graves, ayant nécessité un long traitement, parfois même des interventions chirurgicales répétées. Quatre fois la fracture était ouverte. Dans les deux cas de fracture des deux os de la jambe au tiers supérieur, il y avait un véritable broiement et l’arthrite suppurée du genou s'ensuivit par infection de voisinage (obs. IT, IT).
À quelle date apparaît l'aponévrite comme complication d'une fracture de jambe ? Cela est assez variable, mais, d'une façon schématique, on peut distinguer, à ce point de vue, deux catégories d’aponévriles :
1° Les aponévriles précoces, qui apparaissent vers le quarantième jour, quand le malade commence à se lever et à faire ses premiers pas (obs. D), parfois même alors que le malade est encore dans son plâtre {obs. VI):
2° Les aponévrites lardives, paraissant plus fréquentes, et qui surviennent après trois mois (obs. IV, V, VID, six mois (obs. VIII), sept mois (obs. IT), et même davantage peut-être (obs. I).