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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

L'affection est ordinairement unilatérale. Quand elle est bilatérale, il est rare que les lésions aient débuté en même temps aux deux pieds, le processus a toujours débuté d'un côté et, plus tard, le second pied s'est pris à son tour.

Lésions macroscopiques. — Avant toute dissection, on observe l'attitude du pied. Si l'aponévrite est ancienne et sans tendance régressive, la rétraction de l'aponévrose plantaire a amené un certain degré de pied creux. La voûte plantaire est plus cambrée qu'à l'ordinaire, on le constate mieux en regardant par comparaison le côté sain, le pied se dévie parfois en varus et, du côté des phalanges, on observe, surtout au niveau des deux premiers orteils, un degré variable de flexion.

À la palpalion, on sent un épaississement considérable de l’aponévrose, siégeant toujours exclusivement sur le bord interne; à ce niveau aussi peuvent exister un ou plusieurs nodules fibreux, gros comme un pois, comme un haricot, aplatis, arrondis,

En disséquant les divers plans, on constate souvent un

notable épaississement de la peau; de plus, celle-ci adhère fortement par d'épais tractus fibreux à la face superticielle de l’aponévrose plantaire. L'aponévrose elle-même se montre très épaisse, très dure, d’une consistance fibreuse; si on la coupe, elle crie sous le couteau. Dans le cas de Cornil, elle atteignait une épaisseur de 2 à 3 centimètres après macération dans l'alcool. Dans cette aponévrose, les nodosités décrites plus haut sont encore plus dures et plus consistantes, elles sont enchassées dans le Hssu tendineux et il est impossible de les disséquer, on ne peut que les sculpter.

Cette description ne s'applique qu'à l’aponévrose plantaire superficielle: 1l est bien probable, d'ailleurs, qu'on observerait les mêmes lésions à l’'aponévrose profonde, mais l'opération chirurgicale n’a pu renseigner personne là-dessus, et aucune aulopsie n’a été faite chez un malade intéressant à ce sujet.

Chez un malade porteur d'une rétraction ancienne et prononcée, on observe aussi des lésions d’arthrite chronique avec subluxation; les mouvements sont difficiles et peu étendus. Ainsi, on peut distinguer anatomiquement trois degrés dans l'aponévrite rétractile :

1° Induration aponévrotique et nodules;

2° [Induration, rétraction et adhérence cutanée:

3° Arthrites chroniques et subluxations.

Lésions microscopiques. — Franke a pratiqué le premier examen histologique d'un nodule aponévrotique plantaire. Il en faisait une lésion inflammatoire. Ledderhose a examiné plusieurs fragments aponévrotiques exlirpés chez cinq de ses malades. Voici ses constatations :

« En dehors de son épaisseur, l’aponévrose montrait

ir — une série de noyaux ordonnés parallèlement aux faisceaux de fibres isolées. ,

« Suivant l'âge du processus, les cellules nouvellement formées avaient soit le caractère des cellules fibreuses allongées, avec un noyau de coloration pâle, soit celui des cellules fixes du tissu conjonctif avec leur noyau foncé.

« Il y avait une augmentation de cellules et de faisceaux allant de la périphérie du morceau d'aponévrose au centre des nodosités. Dans les cas récents, on remarquait une extrême irrégularité dans la disposition des cellules, des fibres et des vaisseaux. Au centre des nodules, les cellules offraient les dispositions les plus variées. Les faisceaux de fibres se recourbaient en se terminant comme s'ils avaient été coupés: ils étaient croisés en tous sens par d'autres faisceaux affectant les directions les plus diverses: quant au trajet des vaisseaux, 1l présentait également de nombreux lacets et d'irrégulières courbures.

« Dans un cas, on avait l'impression qu'une partie étroite d'un Jeune tissu cicatriciel s'était interposée dans la continuité de l'aponévrose. On remarquait, en outre, dans la portion d’aponévrose enlevée avec la nodosité, qu'il existait une forte augmentation des cellules fixes. »

En définitive, pour Ledderhose, il s'agit d'un processus inflammatoire chronique intéressant l’aponévrose et les tissus voisins. Pour les nodosités, Ledderhose se fonde sur l'ordonnance irrégulière des cellules, des faisceaux, de l'accumulation de pigments dans certains cas pour conclure à une origine nettement traumatique.

Sur un fragment aponévrotique extirpé par Auvray,

Cornil a prélevé des coupes et voici les conclusions auxquelles il aboutit également :

« Epaisseur exagérée, deux centimètres et demi à trois centimètres. [ faut tenir compte, en outre, de la rétraction occasionnée par la macération dans l'alcool et l'éther. À un faible grossissement, on voit, à la surface inférieure de l’aponévrose, c'est-à-dire du côté de la peau, quelques lobules adipeux qui lui adhèrent. Toute l'épaisseur de la coupe est formée par du tissu fibreux dont les faisceaux sont ondulés assez régulièrement. On voit, à la partie moyenne et à la partie supérieure, des faisceaux de fibres denses; transparentes et homogènes. Dans la partie centrale, on note des îlots de tissu conjonctif calcifié qui font effervescence par l'acide acétique ou l'acide chlorhydrique faible. Ces îlots sont entourés de tissus scléreux denses, à couches concentriques. Auprès du bord de l3 face supérieure de l'aponévrose, il existe des anses de petites cellules rondes qui indiquent linflammation en puissance, bien que limitée.

« Avec un grossissement plus fort, on voit les faisceaux ondulés de tissu conjonctif très épais et composés de fibrilles. Entre eux, il y a très peu de fibres élastiques. Les cellules de tissu conjonctif qui existent entre les faisceaux sont minces, avec un noyau atrophique plat et petit. Les parties calcifiées montrent tantôt des granulations calcaires, tantôt des plaques vitrifiées. Les anses de petites cellules que l'on trouve seulement auprès de la face supérieure, sont circonscriles par des fibres de tissus conjoncif dont les cellules sont plus volumineuses que dans ja partie médiare et inférieure de l'aponévrose.

« La plupart des cellules sont de petits leucocytes mono-

DD nuclés avec très peu de protoplasma autour du noyau. La forme un peu allongée de ces ilots est déterminée par la direction des fibres. Cette inflammation, qui existe encore partiellement dans l'aponévrose à un moment où elle est déjà très épaisse, dense et en partie calcifiée, me paraît prouver que le processus a été inflammatoire au début et qu'il donnerait encore lieu à une irritation qui se serait terminée par un épaississement et une rétraction de plus en plus intenses de l’aponévrose. »

A ces examens histologiques nous pouvons en Joindre un autre, très explicite, pratiqué au laboratoire de la clinique de M. Jaboulay, par M. R. Horand, sur un malade dont nous rapportons plus loin l'observation détaillée (obs. 1). Nous renvoyons à cette observation pour le détail du compte rendu histologique. Il confirme de tous points les examens de Franke, de Ledderhose, de Cornil; tous aboutissent à cette même conclusion, déjà soutenue par Langhans, Koler, au sujet de la maladie de Dupuytren, à savoir que l’aponévrite plantaire est une maladie histologiquement inflammatoire. Voyons s’il en est de même au point de vue clinique.

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