‹ Contribution à l'étude de l'appendicite à forme néoplasiqueChapitre 13 sur 22 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Il s’agit d’une femme de quarante-trois ans, soignée par notre excellent confrère M. Bachon. Son histoire est assez confuse et plusieurs diagnostics ont été successivement portés.

Il y a huit mois, la malade a commencé à maigrir très rapidement, en même temps qu’elle perdait ses forces et que son appétit disparaissait. Pendant quatre ou cinq mois, aucune localisation douloureuse n’a appelé l’attention sur un point quelconque ; mais outre l’amaigrissement et la perte de l’appétit et des forces, des vomissements sont survenus, alimentaires ou bilieux, qui se répétaient de temps à autre. On pensa alors à un cancer del’estomac et c’est pour cette affection que la malade fut traitée pendant plusieurs mois.

Un jour, elle accusa de vagues douleurs dans l’aîne et le membre du côté droit dont les mouvements devinrent douloureux. On constata à ce moment, dans la fosse iliaque droite, une induration profonde, squirrheuse, qui éveilla tout de suite l’idée d’un néoplasme secondaire,

Pendant un mois, les choses en restèrent là. La malade maigrissait de plus en plus, prenait une teinte jaune, de jour en jour plus prononcée, perdait toute énergie, ne quittait plus son lit et semblait condamnée à une fin prochaine. Un chirurgien des Hôpitaux, appelé à cette époque en consultation confirma le

diagnostic de néoplasme et jugea inutile toute intervention.

RTC

Cependant les mouvements du membre inférieur droit devenaient de plus en plus pénibles, et la cuisse se fléchissait peu à peu sur le bassin.

De temps en temps on notait quelques petits mouvements fébriles, survenant surtout le soir. C’est à ce moment que l’un de nous fut appelé à examiner la malade et à donner son avis sur la nature et le traitement de la tumeur iliaque.

On constatait à ce niveau, dans l’angle de la fosse iliaque et de la cuisse, exactement au niveau du pli de l’aîne, mais remontant à quelques travers de doigt au-dessus, une tumeur dure, ligneuse et régulière, occupant toute la fosse iliaque et faisant corps avec la paroi abdominale qu’elle unissait aux plans sousjacents. À son niveau, la peau présentait le pointillé caractéristique de la peau d’orange. La tuméfaction s’arrêtait nettement au ph de l’aîne, ne descendant pas au-dessous, et cependant la cuisse était légèrement fléchie sur le bassin, et il était impossible de l’étendre. En haut, au niveau du rein, sous le foie, la palpation née révélait rien d’anormal, et la tumeur s’arrêtait suivant une ligne nette, profonde, et presque régulière. En dedans, elle ne dépassait pas les limites de la fosse iliaque.

Au toucher vaginal on ne trouvait rien d’anormal du côté de l’utérus m1 des annexes.

La lenteur avec laquelle s’était développée cette tuméfaction (plus de deux mois), la marche torpide qu’elle avait suivie, le long passé dyspeptique qui avait précédé son apparition, enfin la dureté considérable, invitaient à partager le diagnostic de néoplasme précédemment porté. Mais dès ce premier examen, il y avait des raisons d’émettre des doutes sur ce diagnostic. C'’est-qu’en effet, la pression était un peu douloureuse, et que

la douleur devenait plus vive quand on cherchait à étendre le

membre inférieur. D'autre part, il y avait de la fièvre le soir, ainsi qu'il était permis de le supposer d’après les sueurs nocturnes, l'agitation vespérale et quelques sensations de froid. Et puis, surtout, il semblait y avoir, au centre de la tumeur, un point où la dureté était moindre. Ce semblant de ramollissement n'existait qu’en un tout petit point, de la dimension d’une pièce de 50 centimes environ.

C'en était assez pour penser à la suppuration du néoplasme secondaire. Ce fait s’observe parfois. La suppuration existait bien réellement, mais le néoplasme n'existait pas, ainsi que l’avenirle montra. Il y avait un phlegmon et rien qu’un phlegmon.

L'opération fut proposée et acceptée quelques jours plus tard. Une incision fut pratiquée sur la tumeur, parallèlement à l’arcade de Fallope, mais à quelques centimètres au-dessus, l’incision de l’appendice. Après avoir traversé des tissus sclérosés, lardacés et comme infiltrés de vieille date d’un tissu de néoformation déjà organisé, le bistouri arriva dans un foyer de suppuration contenant tout au plus 100 grammes de pus crémeux.

Depuis l'ouverture de cet abcès, la scène a changé. Localement, la douleur a disparu, le membre inférieur a pu s'étendre et ses mouvements ont récupéré toute leur liberté.

Mais c’est surtout au point de vue de l’état général que la transformation a été complète. Les vomissements ont cessé, l'appétit est revenu, la malade a engraissé, et tous les signes du prétendu néoplasme stomacal se sont dissipés complètement.

Trois mois après, la malade avait repris sa vie habituelle. La fosse iliaque est restée longtemps dure et ferme ; la suppuration a persisté en temps égal sans avoir été jamais très abondante et sans que jamais il soit sorti par le drain autre chose que du

pus.

Pair à En un mot la guérison a été radicale et complète et noùs avions été induits en erreur, dans ce cas, par une forme anormale et exceptionnelle de suppuration iliaque. La cause de cette suppuration nous reste inconnue, mais le siège de la collection porte à la rattacher à une lésion appendi-

culaire.

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