‹ Contribution à l'étude de l'appendicite à forme néoplasiqueChapitre 18 sur 22 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Mme B... a 59 ans. Son père était goutteux et hémorrhoïdaire. Il est mort à 62 ans d’un ramollissement cérébral. Sa mère, rhumatisante et dyspeptique, a succombé quelques années après la ménopause à une péritonite qui serait venue compliquer une tumeur abdominale qualifiée « épanchement de sang ». La maladie avait duré en tout quatre mois. Réglée à 9 ans et demi, a cessé de l’être à 40 ans. Mariée à 20 ans, n’a jamais eu ni grossesse ni fausse couche. Elle a fait, à 18 ans, une fièvre typhoïde d’une gravité tout à fait exceptionnelle, Cette dothiénentérie s’est, en effet, compliquée dans le- cours de son évolution, d’hémorrhagies intestinales très abondantes et très fréquentes et d’une myocardite aiguë, devenue chronique par la suite, et dont la malade n’a jamais guéri. Au déclin de l'affection, survint un pseudo-rhumatisme infectieux, surtout localisé à la région de la nuque et au poignet gauche, qui s’est enkylosé par la suite. Cette fièvre typhoïde a laissé, en outre, à notre malade, une paralysie, ou, tout au moins, une parésie intestinale telle que, depuis cette époque, elle n’a pas cessé un seul jour l’usage de lavements ou de purgatifs.

Depuis dix ans cette constipation a encore augmenté. Elle s’accentuait surtout à chaque écart de régime, s’accompagnant alors de coliques sans localisation précise, plutôt sous-ombilicales, de ballonnement du ventre, d’éructations très pénibles et de nausées, mais sans vomissement ; généralement, il s’y ajou-

tait un léger mouvement fébrile. Un ou deux purgatifs ame-

naient la disparition de tous ces accidents en deux ou trois jours et les deux ou trois premières selles se montraient glaireuses et quelquefois teintées de sang.

Au mois de mai 1897, à une date que la malade ne peut guère préciser, elle fut reprise, sans raison très appréciable et sans écart de régime, des mêmes accidents et n’y attacha pas une grande attention. La douleur lui parut pourtant un peu plus intense à droite, au début tout au moins. Au bout de deux jours, d’ailleurs, elle avait disparu en tant que douleur spontanée, et, seule, une pression énergique dans le flanc droit pouvait la réveiller.

Cette fois, la constipation dura six jours. Quant à la fièvre, qui d'ordinaire disparaissait en quarante-huit heures, elle ne céda pas à la quinine, et, tous les soirs, à la même heure, la malade avait une élévation de température (frissonnement, peau chaude, soif,céphalée). L’appétit non seulement ne revenait pas, mais diminuait de jour en jour, en même temps que la faiblesse augmentait et qu'il se faisait un amaigrissement rapide.

Au bout de quinze jours, le médecin traitant constatait, dans la fosse iliaque droite, une tuméfaction allongée dans le sens vertical, mate, et un peu douloureuse à une palpation profonde et intense. Dans l'hypothèse d’une typhlite stercorale, lavements et purgatifs furent successivement administrés, tandis que, localement on appliquait sangsues, cataplasmes et vésica-

toires.

Mais l’état local ne s’améliora pas. Non seulement la tu- :

meur persista, mais son volume s’accrut. Au bout d’un mois, elle avait acquis le volume du poing et faisait saillie sous la paroi. Elle restait peu douloureuse. Quant à l’état général, il

était devenu de plus en plus mauvais. L’inappétence avait fait

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ir place à une anorexie absolue, l’amaigrissement était devenu extrême, la fièvre persistait ous forme d’accès vespéraux, les Jambes étaient œdématiées.

Un chirurgien appelé en consultation, porta le diagnostic ferme de cancer du cœeum. Aucune opération ne lui parut devoir être tentée étant donné l’état cachectique de la malade, la lésion de son cœur et le mauvais fonctionnement de ses reins, et 1l porta le pronosticle plus grave.

Tout le monde dans l’entourage de la malade s'attendait à un dénouement fatal à très brève échéance, lorsque apparut une légère rougeur au niveau de l’ombilic. La peau s’ulcéra et il s'écoula par cet orifice, environ un verre de pus très fétide. Il en sortit ainsi, tous les jours, une assez grande quantité pendant cinq ou six jours et l'écoulement diminua ensuite progressivement. Dès le lendemain de cette ouverture spontanée, la fièvre était moindre.

Au bout de trois jours, il n’y en avait plus. En même temps l'appétit revenait et l’état général s’améliorait très rapidement.

Au bout d’un mois, la malade pouvait se lever, la fistule ombilicale persistait, mais l’écoulement était assez minime pour que le pansement n’eût besoin d’être renouvelé que tous les deux jours. La tuméfaction iliaque s’était sensiblement affaissée mais n’avait pas totalement disparu. Au bout de deux mois, la suppuration se réduisait à quelques gouttes à peine. Quelquefois même le pansement pouvait rester trois ou quatre jours sans être souillé, et tout paraissait terminé, lorsque survenait un peu de gêne, un malaise et un léger mouvement fébrile. Le pus se faisait jour à nouveau, entraînant avec lui la disparition des acci-

dents.

Tel était l’état de la malade, lorsque nous eûmes à l’exami-

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